Grève de la faim au centre de rétention de Toulouse dans plusieurs secteurs suite à l’annonce du confinement

Depuis le début de la crise de la Covid 19, le trafic aérien est extrêmement limité, beaucoup de frontières sont fermées mais des personnes continuent d’être enfermées dans les centres de rétention administrative (CRA). Mercredi 28 octobre, le gouvernement annonce un deuxième confinement et la fermeture totale des frontières extérieures à l’Europe. Pourtant, l’État refuse toujours de fermer les centres de rétention ! Les prisonnier.e.s du CRA de Cornebarrieu Toulouse répondent en lançant une grève de la faim vendredi matin ! La grève a lieu dans plusieurs secteurs et les prisonnier.e.s sont solidaires entre elles et eux, plus d’une trentaine de grévistes.

Les prisonnier.e.s demandent leur expulsion ou leur libération, ils et elles ne comprennent pas cet enfermement à tout prix alors que les vols vers leurs pays d’origine sont suspendus. Ils et elles nous racontent, dans les témoignages qui suivent, leurs conditions de vie indignes, la saleté des lieux, des conditions inadaptées au Covid-19, le racisme des policiers et du médecin qui ne les soigne pas, le désœuvrement total car il n’y a rien à y faire, aucune occupation n’est possible.

Au secteur A, 28 prisonniers, tous faisant la grève de la faim. Un des prisonniers nous informe des revendications de la grève de la faim :

« Les 28 personnes ici, demandent ou bien qu’ils nous expulsent ou bien qu’ils nous libèrent. Pourquoi ils nous retiennent ici ? J’ai un enfant en bas âge ici en France, j’ai un métier, pourquoi je suis enfermé ici, j’ai rien à faire ici.
Ils ont des avions militaires, si ils veulent pas de nous ici, nous on est d’accord de partir. Même si il y a la guerre dans notre pays, si il y a cartel et tout le bazar, moi je m’en fous qu’ils m’expulsent. Pourquoi je suis privé de liberté moi ?

Malgré la fermeture des frontières, l’État continue d’enfermer :
« On voyait qu’ils libéraient personne, ils font que ramener des gens »

Les conditions d’enfermement sont ignobles :
« 2 par chambre, la douche elle est froide, pas de papier toilette, pas de stylo, pas de feuille, rien pour écrire pour passer le temps. Y’a pas d’activité. La télé tu vois pas, tu vois juste à moitié. Ils nous traitent comme de la merde. Parce qu’on est immigrés, qu’on a pas de carte de séjour, pas de papier, ils nous traitent comme de la merde.
On est considéré comme des animaux. Même les animaux ils sont mieux traités que nous. Ils nous font pas les tests comme les citoyens. Tout le secteur A y’a pas de test.
Ouais ils nous donnent des masques, c’est normal c’est des masques fournis par l’État. Les masques ils sont gratuits il sont obligés de donner les masques c’est eux qui font rentrer la maladie. C’est eux qui sortent et rentrent, nous on est enfermés…
On fait grève de la faim jusqu’à ce qu’on crève la. Ou bien on va crever ici ou bien ils nous libèrent. C’est ça qu’on demande nous. »

Le témoignage d’un autre prisonnier :
« Je suis pas né en France mais j’ai vécu toute ma vie en France, je suis allé à l’école en france. Je suis ici depuis que j’ai un an et ils m’ont enfermé ici »
On demande juste nos droits, soit qu’ils nous libèrent soit qu’ils nous expulsent.
Le président il a fait un discours hier, il a dit que les frontières étaient fermées, il n’y a plus de raison de nous garder.
Pour l’instant la police, ils disent que vous allez craquer, que je sais pas, ils s’en foutent en fait. Clairement ils sont foutent, qu’on mange, qu’on mange pas, ils s’en foutent. Y’en a qui sont sortis de prison, ça y est, leur peine, la juge de libération des peine, elle a levé leur liberté. A partir du moment où tu es libéré ça y est c’est que tu as fini ta peine »

Au secteur B, celui des femmes, elles sont trois grévistes. L’une d’elles enceinte de 5 mois est en grève de la faim et décrit les conditions de l’enfermement :

« On fait la grève de la faim parce que nous sommes ici, ils nous font la misère ici quand on reste ici pour rien…
Le confinement il n’y a plus rien. Nous sommes dans la merde, il n’y a plus personne, plus de visite, plus rien maintenant.
Chaque fois qu’on passe au tribunal, c’est négatif c’est négatif parce que les juges du tribunal sont tous racistes, même la préfecture elle est raciste.
Moi ici je suis enceinte de 5 mois, je me stresse, même je suis partie deux fois à l’hôpital. 24h après qu’ils m’aient apporté à l’hôpital, que j’ai saigné, j’ai perdu du sang et tout, et ils font rien.
Et le docteur ici il est vraiment méchant, et raciste.

Normalement nous on doit être dehors, avec notre famille, avec nos enfants.
Moi j’ai 4 enfants, tous mineurs, de 6 ans jusqu’à 1 an ici en France, ils sont nés en France, je suis enceinte de 5 mois, c’est n’importe quoi en fait.
On a droit à notre liberté, normalement c’est les droits de l’homme, la liberté »

Au secteur D, 4 personnes sont en grève de la faim pour la même revendication :

« They have took our passports. We are asking to them or to send us back or to let us free. Because they gave to us 28 days, and they said we can repeat it 28 days, and another 28 days. Three months for what ? »

Secteur C : 8 nouveaux arrivants hier juste après l’annonce du confinement, des personnes venant de Lyon, de Nice et de Montpellier ont été enfermées au CRA de Toulouse.

Cet acharnement contre les étranger.e.s sans-papiers ne doit pas rester caché, ne laissons pas les retenu.e.s isolé.e.s, soutenons leurs luttes !

A bas les frontières, A bas les CRA !

Une personne malade au CRA de Toulouse : absence de soins et violences policières

16 avril 2020

Il y a au 16 avril encore 5 personnes au Centre de Rétention Administrative (CRA) de Toulouse, à Cornebarrieu.

Le CRA enferme habituellement plus de 80 personnes, mais les demandes de mise en liberté massives, vu la fermeture des frontières, l’absence de trafic aérien, etc., ont permis un grand nombre de libérations. Pour autant, l’État refuse toujours de fermer les centres de rétention pendant la crise du Covid-19.

Depuis le confinement, les nouvelles personnes enfermées au CRA arrivaient essentiellement de la prison de Seysses. Hier, une personne a été enfermée suite à une arrestation dans la rue à Perpignan suivie d’une GAV.

Elle nous raconte comment s’est déroulée son arrivée au CRA, sans aucunes mesures de protection, sans tests, et comment elle a assistée le soir du 15 avril au malaise d’une autre personne, sans que la police ne vienne voir malgré les appels à l’aide :

Elle nous raconte ensuite l’intervention des policiers de la PAF qui ont frappé la personne et l’ont emmené :

Ce matin du 16 avril cette personne a pu nous raconter comment s’était passé son malaise et les violences qu’elle a subi, elle a décidé d’entamer une grève de la faim :

 

Au CRA de Toulouse : « Si tu veux pas partir, ils mettent un casque sur la tête et du scotch sur tout le corps et tout le monde te voit. »

09 février 2020

D. a grandi dans un orphelinat à Alep, il a quitté la Syrie à l’âge de 13 ans et a vécu et travaillé dans différents pays, notamment l’Égypte. Pour atteindre l’Europe il est passé par la Libye puis le Maroc, l’Espagne et enfin la France. Il a vécu à Toulouse, Nice et Marseille. Il travaillait sur des marchés à Toulouse. Il s’est fait arrêter à Bellefontaine. Il a été enfermé au CRA de Toulouse après sa levée d’écrou. Il a passé 4 mois à Seysses. Il évoque les violences de matons à l’intérieur de la prison.

« Oui, ici au CRA, il y a des violences, j’ai entendu des gens qui crient, les policiers ils nous insultent tous les jours, ils boivent de l’alcool, on voit leur table avec les bouteilles et ils mettent de la musique, ils prennent de la coke, je reconnais quand quelqu’un prend de la coke, ça se voit.

Oui, il y a des gens au mitard en ce moment mais je sais pas qui c’est.

On mange rien, c’est dégueulasse, c’est froid, il y a des plats périmés. Il y a 6 personnes au secteur D qui veulent pas manger, ils prennent un café le matin, c’est tout, ils mangent rien.

Je prends pas de médicaments pour dormir, ici, ils en donnent beaucoup mais après quand tu sors comment tu fais si tu n’as pas ces médicaments…

À côté du bureau de la Cimade, il y a une feuille pour les expulsions mais on on ne sait pas quand on est expulsé, ils préviennent pas, on peut pas prendre nos affaires… Si tu veux pas partir, ils mettent un casque sur la tête et du scotch sur tout le corps et tout le monde te voit. »

Violences policières au Centre de Rétention Administrative (CRA) de Toulouse

31 janvier 2020

Une personne, qui depuis a été libérée du CRA, témoigne des violences policières qui s’y déroulent et raconte une tentative de suicide.

Les CRA sont des prisons pour les personnes qui n’ont pas les bons papiers et que l’État veut expulser. Cet enfermement peut durer jusqu’à 90 jours, le temps que se donne l’administration pour l’expulsion. Mais cela concerne aussi celles et ceux qui sont “difficilement éloignables” pour reprendre la novlangue institutionnelle. C’est le cas de J. qui est au CRA de Toulouse pour la 4ème fois, il ne peut pas être expulsé. Il est arrivé en Europe à l’âge de 8 ans, en France vers 14 ans et a vécu entre Toulouse et Perpignan.

Il fait partie de ces personnes sur lesquelles l’administration s’acharne, qui ne sont pas reconnus par leurs pays d’origine et à qui l’État français ne veut pas donner de papiers. Ils font ainsi de longs séjours entre CRA et prison, prison suite au non respect d’IRTF ou d’ITF [1].

J. a subi des violences policières. Le schéma est classique : provocations de la part du flic puis agressions physiques. “Je sais pourquoi ils font ça, ils veulent avoir des jours de congés, c’est comme ça.” Il n’est pas le premier à le dire. La gestion des situations violentes est l’occasion pour les flics d’avoir en contrepartie des temps de repos supplémentaires.

Le flic insulte J., qui lui demande pourquoi il l’agresse. En guise de réponse, il le pousse. J. lui fait remarquer qu’il y a la caméra et qu’il ira se plaindre. A ce moment, le flic le soulève du sol par le col et le cogne violemment à plusieurs reprises contre le mur : “je m’en bats les couilles de la caméra, tu la vois, là, la caméra ? Regarde-la bien, qu’est-ce que tu crois qu’il va se passer ?
Il a insulté ma mère qui est morte, c’est trop moche pour répéter ce qu’il a dit, je peux pas parler comme lui
Je suis resté les mains derrière le dos pour qu’ils voient à la caméra que j’ai rien fait, que je l’ai pas touché, que c’est lui qui m’a frappé. Et là, il m’a poussé dans les escaliers, je suis tombé, je suis blessé à la tête, je suis allé voir la Cimade pour porter plainte.

Comment les personnes enfermées et sans papiers peuvent-elles se défendre face aux violences policières et autres maltraitances à l’intérieur du CRA ? Un dépôt de plainte aboutirait-il à quelque chose, à une enquête IGPN et une condamnation des flics ? On peut rêver… Il y a aussi le risque de représailles si le plaignant est encore au CRA. J. a finalement choisi de ne pas porter plainte, il craint d’ailleurs d’être déferré vers la prison de Seysses. “Je dois rester tranquille, penser à mon avenir, ils me cherchent peut-être pour que je retourne en prison”. Il a bien raison de s’en inquiéter, il peut se retrouver en garde à vue suite à une embrouille et passer en comparution immédiate juste avant l’expiration de son délai de rétention. Il y a une recrudescence du nombre de personnes déférées du CRA vers la prison ces derniers mois à Toulouse. C’est une tendance qui se retrouve aussi sur tout le territoire national.

On assiste à une augmentation des violences policières au CRA de Toulouse, tandis que de nouvelles équipes sont arrivées pour agrandir les effectifs de la PAF. Comme quoi, encore une fois, les violences policières ne sont pas un « dysfonctionnement » dû au manque de personnel ou aux conditions de travail, comme on peut l’entendre souvent, mais relèvent bien d’un système où les ardeurs racistes et brutales sont de mises.

J. a également été témoin d’une tentative de suicide en décembre. Il s’agissait d’un jeune qui a depuis été expulsé. Il a vu depuis le couloir le camarade dans sa chambre qui essayait de se pendre aux barreaux de la fenêtre, il avait fabriqué une corde avec des lambeaux de draps découpés puis tressés. J. a appelé au secours. Le camarade a été mis à l’isolement 5 jours. Quand il est revenu du mitard, il a raconté à J. qu’il a eu des injections. “Après il avait peur de tout, il tremblait tout le temps, il avait même peur de l’eau”. Ainsi, le « mode thérapeutique » choisi pour une personne en situation de souffrance psychique et qui a besoin de soins est la mise à l’isolement sécuritaire prolongé, avec ce qui semble être des injections non consenties.

Au CRA, il existe des chambres d’isolement sanitaire, censées être meublées (table, chaise et TV) et des chambres d’isolement sécuritaire, dépourvues de mobilier hormis une paillasse fixée au sol et un combiné toilette/douche. Selon le règlement, les mises à l’isolement sécuritaire doivent être les plus courtes possibles, ne doivent pas dépasser 24h et ne peuvent pas servir de mesure disciplinaire. Or les personnes qui font des tentatives de suicide ou se mutilent sont isolées dans ces pièces, parfois attachées pour de longues durées. L’État n’en est plus à une violence près contre les étranger·es. Comme disait l’autre jour un prisonnier du CRA, “même leurs chiens sont mieux traités que nous

[1] Interdiction de Retour sur le Territoire Français – Interdiction de Territoire Français