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En France, l’État enferme et déporte les étranger·es

Qu’est ce qu’un CRA ?

Un CRA, ou Centre de Rétention Administrative, est une prison pour étranger·es. L’État français y enferme les personnes dont il estime qu’elles n’ont pas les bons papiers, pour une durée pouvant aller jusqu’à trois mois, afin de les déporter. Cela concerne aussi les personnes qui ne sont pas expulsables, celles qui sont en demande d’asile mais « dublinées », celles qui sont malades ou atteintes de troubles psychiques ou encore des familles avec enfants. De plus en plus de personnes non expulsables font de longs séjours entre CRA et prison, en circuit quasi-fermé.

Cet enfermement au CRA a un double objectif : celui affiché de retenir, en attendant de pouvoir déporter, et celui inavoué de punir et de soumettre ces personnes, car à l’instar de tous les lieux d’enfermement, les CRA sont des lieux de cruauté où règne l’arbitraire. Ces prisons sont gérées par la PAF (la Police aux Frontières), qui arrête suite à des contrôles au faciès, à l’occasion de convocations à la préfecture, et rafle au domicile des personnes, dans les écoles, jusque dans les lieux d’accueil médico-sociaux qui leur sont destinés. Les personnes en transit peuvent être également arrêtées dans les bus, dans les trains, etc. Ces arrestations et expulsions sont notamment motivées par une politique du chiffre, qui permet à l’État de faire appliquer et d’afficher une politique d’expulsion de plus en plus répressive.

Au-delà de la violence intrinsèque à l’enfermement, les personnes retenues en CRA subissent :

  • des violences policières ; provocations, humiliations, insultes racistes, chantage, isolement, mise au mitard parfois avec entraves, violences physiques… ;
  • des conditions de « vie » inhumaines ; nourriture non adaptée aux habitudes alimentaires, parfois périmée, absence régulière de chauffage, difficulté d’accès aux produits d’hygiène et aux vêtements… ;
  • une absence de soins médicaux adaptés, associée à une coercition médicamenteuse à grand renfort de psychotropes qui vise à s’assurer leur soumission ;
  • un désœuvrement total ; au contraire des établissements pénitentiaires, aucune activité n’est possible, ce qui détruit les corps et les esprits et relève tout simplement de la torture ;
  • une incertitude sur leur date de sortie qui génère une souffrance psychologique supplémentaire.

Les CRA tuent.

Sur l’année 2019, trois personnes sont décédées dans les CRA. Les tentatives de suicides, les auto-mutilations régulières, les grèves de la faim, les évasions, les incendies traduisent la violence de cet enfermement.

Ces prisons sont la plupart du temps accolées aux aéroports, afin de permettre des déportations discrètes et rapides, où les personnes peuvent être bâillonnées, scotchées, casquées et contraintes physiquement à monter dans l’avion. Les résistances aux déportations sont de plus en plus souvent punies par une peine de prison.

La grande machine à broyer

Les CRA ne sont que le dernier rouage d’un système de domination et d’exploitation raciste et néocolonial.

En premier lieu, le contrôle des frontières intérieures et extérieures permet à l’État d’exister et d’exercer son pouvoir. La figure de l’étranger·e incarne l’ennemi contre lequel l’État doit protéger les citoyen·ne·s et une identité française fantasmée. La politique de persécution des racisé·e·s et des sans papiers est ainsi légitimée.

Ensuite, ce contrôle des frontières représente un business juteux et en plein essor pour les multinationales du complexe militaro-industriel : murs et barrières hors de prix, systèmes de surveillance à la pointe de la technologie… Les CRA, comme toutes les prisons, et comme tous les dispositifs de contrôle des frontières engraissent les entreprises de construction des bâtiments, comme Eiffage, de gestion des lieux, comme Vinci, ONET et GEPSA (Engie), de déportation, comme Air France.  Elles tirent profit de cette machine  à punir, soumettre et expulser les étranger·es. Pendant ce temps, le nombre de soldats français sur le continent africain a considérablement augmenté ces dernières années sous le prétexte de « lutter contre le terrorisme », faisant de la France le pays au monde qui maintient en permanence le plus grand nombre de militaires en Afrique. Cette présence est au service de la défense des intérêts des multinationales.

Enfin, la politique migratoire européenne s’appuie sur le fait que la grande majorité des ouvriers se trouvent dorénavant dans le tiers-monde, suite aux délocalisations. Ils sont maintenus là-bas dans des situations de misère. Pour les industries et activités non-délocalisables, les étranger·e·s sans papiers sont maintenu·e·s dans des conditions de vie et de travail similaires, mais cette fois-ci sur place, et ce grâce à la menace permanente de l’expulsion. Il n’y a pas d’efficacité véritable de la machine à expulser, au sens où les expulsions ne sont jamais massives, mais elles sont toujours suffisamment nombreuses pour semer la peur, pousser les personnes à s’invisibiliser et imposer à toutes l’acceptation des conditions de travail.

Racisme d’État, colonialisme et capitalisme sont de fait indissociables.

Un droit d’exception

Le droit des étranger·e·s est l’instrument de légitimation des pratiques répressives de l’État pour « lutter contre l’immigration » de celleux qu’il n’aura pas choisi. Depuis les années 70 ce droit évolue sans relâche par empilements successifs, donnant un enchevêtrement inextricable de lois, de règles et de circulaires.

Il s’agit d’un droit d’exception : les délais de recours et d’appel sont réduits, les erreurs de procédure n’annulent rien tant quelles « ne font pas grief à l’intéressé », il y a deux juridictions différentes et donc deux tribunaux différents pour contester la rétention d’une part et la déportation d’autre part, la libération vis à vis de la rétention ne lève pas les interdictions de territoire ou les obligations de le quitter : l’arrestation peut toujours survenir à nouveau et ramener au CRA.

En même temps, l‘État montre en permanence qu’il se moque de la loi et la viole sans aucune difficulté quand cela sert ses intérêts. Ses décisions contraires au droit se voient très souvent avalisées par la justice judiciaire et par la justice administrative, et ce jusqu’aux plus hautes sphères : la Cour de cassation et le Conseil d’État. De nouveaux textes viennent ensuite légaliser les pratiques illégales et durcir la loi, et ce de manière cyclique.

Ainsi, le durcissement extrême du droit d’une part et les libertés que l’État prend vis à vis de ce droit d’autre part font que les personnes les plus vulnérables et les plus pauvres qui n’ont pas les moyens de se défendre sont broyées par cette machine à criminaliser et à invisibiliser.

À Toulouse

Le CRA est situé à Cornebarrieu, en bordure des pistes de l’aéroport international de Toulouse-Blagnac. Ce CRA canalise l’enfermement et l’expulsion d’hommes, de femmes et d’enfants arrêté·e·s dans la région mais aussi dans tout le sud de la France, et provenant parfois de l’ensemble du territoire lors des démantèlements de camps de réfugié·e·s, notamment autour de Calais.

Au tribunal judiciaire de Toulouse, les Juges des libertés et de la détention (JLD) qui exercent sont particulièrement durs, le taux de libération en première instance est parmi les plus faibles de France métropolitaine, sans pour autant que les pratiques policières et préfectorales diffèrent.

S’organiser

Face à cette machine à broyer les étranger·es, nous avons décidé de nous organiser.

Nous nous organisons pour dénoncer sans relâche les agissements de l’État français, pour faire connaître cette machine féroce contre les étranger·e·s, pour être solidaires des personnes sans papiers en général et des personnes retenues en CRA en particulier, pour relayer leur parole individuelle et collective, pour appuyer leurs luttes et faire connaître leurs résistances.

.Que faire concrètement ?

  • rendre visite aux personnes enfermées au CRA, les appeler aux numéros des cabines de chaque secteur du CRA, relayer leurs témoignages, dénoncer ce qu’il se passe derrière les murs, exprimer sa solidarité, apporter son soutien ;
  • assister aux audiences du JLD qui ont lieu au Palais de Justice tous les jours de l’année, weekends et jours fériés compris, ainsi qu’aux audiences du Tribunal Administratif pour apporter son soutien aux personnes jugées et à leurs proches, afficher sa solidarité, ne pas laisser se faire dans l’ombre cette justice d’abattage ;
  • nous contacter pour nous rejoindre et participer à nos actions.

Fermeture de tous les CRA, régularisation des sans-papiers, liberté de circulation et d’installation pour tou·te·s, égalité des droits pour tou·te·s !

Abolition des frontières !