L’État enferme toujours plus les étranger·e·s entre CRA et prison

Entre les peines de prison pour refus de test PCR et le renforcement de la double peine, les étranger·e·s font des allers et retours entre prison et CRA en circuit quasi fermé en vue de leur expulsion, même quand celle-ci n’est pas possible. Pendant ce temps, les CRA tuent.

Avec la fermeture des frontières, certains pays donnent le laisser-passer pour l’expulsion de leurs ressortissant·e·s, à condition que les personnes aient un test PCR négatif récent. Dans les CRA, les personnes qui refusent les tests pour résister à leur expulsion sont poursuivies au pénal et sont condamnées à plusieurs mois de prison avec souvent une interdiction de territoire (ITF), alors que le code de la santé publique exige le « consentement libre et éclairé » de la personne pour la réalisation d’un test et que le refus de test ne fait pas partie des motifs qui relèvent du délit de « soustraction à une mesure d’éloignement ». Ainsi, les juges jouent le jeu de la machine à expulser de l’État, jusqu’à s’asseoir sur les lois, ce qui n’est pas nouveau quand il s’agit du droit des étranger·e·s.

Le lien entre les CRA et la prison se renforce pour les étranger·e·s. Le CRA de Toulouse a un des plus fort taux de sortant·e·s de prison (25,1%) . Sur l’ensemble du territoire et sur plus de de 53 000 personnes enfermées en 2019, 14,5 % sortaient de prison. Le nombre a doublé en deux ans (1). L’administration enferme même si elle ne peut pas expulser pour punir et soumettre les personnes sans papiers. Depuis la prison, les étranger·e·s ne peuvent pratiquement pas se défendre, contester une « mesure d’éloignement » ou renouveler un titre de séjour.

Par ailleurs, sous prétexte de lutter contre le terrorisme, le ministère de l’intérieur dans une instruction du 12 avril 2021 rappelle aux préfectures de renforcer les protocoles d’expulsion des « étrangers ayant commis des infractions graves ou représentant une menace grave pour l’ordre public ». La double peine se durcit, l’objectif est de retirer les titres de séjour à celleux qui sont en situation régulière et d’expulser les personnes incarcérées dès la sortie de prison sans passer par le centre de rétention administrative, évitant ainsi une possible libération par le Juge des libertés et de la détention.

« En prison ma carte de séjour s’est arrêtée le 15 février et ils m’ont mis une OQTF [Obligation de quitter le territoire], j’ai fait un recours, rejeté. Mes parents sont ici, mon grand-père a combattu pour la France, j’ai sa carte de combattant vous vous imaginez ? Je suis là depuis l’âge de 2 ans, j’ai fait toute ma scolarité en France, ils peuvent pas me renvoyer comme ça, je connais personne là-bas. Ok, j’ai fait une dégradation, j’ai pris 8 mois ferme, ok j’ai un casier judiciaire mais j’ai agressé personne, j’ai pas commis l’irréparable… »

« Le copain a côté de moi, il a fait 3 mois de prison parce qu’il a refusé le test PCR, c’est la 4ème fois qu’il est enfermé au CRA et en prison. Il a des enfants, ils veulent le renvoyer, je comprends pas, ils sont acharnés… »

« J’ai fait 3 mois pour un vol. Après il m’ont mis 17 jours au centre de rétention, j’ai refusé le test, ils m’ont condamné à 3 mois de prison. Après ils m’ont ramené ici au centre à Toulouse, j’ai passé une nuit, j’ai refusé le test ils m’ont ramené 2 mois en prison. J’ai fini les 2 mois, ils m’ont ramené au CRA de Perpignan et grâce à une faute de procédure, j’ai été libéré. Je suis resté dehors 1 mois et 20 jours, j’ai été arrêté ils ont vu que j’ai une obligation de quitter le territoire, ils m’ont ramené au centre de Toulouse et demain j’ai l’avion. Je galère depuis le 3 juillet en centre, prison, centre, prison. »

Un prisonnier retrouvé mort au CRA de Bordeaux

Le 22 avril des prisonniers du CRA de Bordeaux en grève de la faim alertaient sur le décès de leur co-détenu qu’ils soupconnaient de s’être suicidé, sans que l’information n’ait été diffusée par les institutions pendant un mois.(2)

Depuis 2017, 6 décès ont eu lieu dans les CRA, ils ne sont évidemment pas dû au hasard mais bien à l’enfermement, notamment avec la distribution de psychotropes par les médecins pour shooter les prisonnier·e·s. (3)

Quelques jours plus tard K. témoignait toujours depuis le CRA de Bordeaux:

« Les journalistes ont appelé parce qu’il y a eu mort et y’a eu un rassemblement devant le centre… Il avait du stress, de la haine, de la rage au fond de lui, le mec est allé dormir et le lendemain il s’est pas réveillé.

C’est un truc de fou ici, on voit des accidents tous les jours… Avant-hier un géorgien, il est suivi en psychiatrie il prend des traitements pour se soulager, ils ont pas voulu lui donner son traitement malgré qu’il a l’ordonnance de son médecin, il a fait une crise, il a crié dans le couloir, il a agressé personne et là la police l’a frappé, ils lui ont bousillé son visage, ils lui ont laissé des bleus sur son visage et lui après avec la rage et la haine au fond de lui – on est  en 2021 on parle que des droits de l’homme –  le mec il a cousu ses lèvres, voilà plus de droit d’expression. Il a pris un bout de verre ou de métal et il s’est tranché la gorge, il ouvre son ventre et il reste comme ça dans le couloir pendant une demi-heure, il saigne… Après les pompiers viennent, ils l’emmènent à l’hôpital et ils le ramènent ici comme si de rien n’était. Et hier ils l’ont pris je sais pas où dans la nuit à 3 ou 4 heures du matin. » [le prisonnier a été transféré au CRA de Hendaye]

En garde à vue, j’ai voulu appeler un avocat, sauf que c’est des racistes, ils ont refusé, ils m’ont passé un avocat au téléphone qui m’a pas bien expliqué mes droits. Ils m’ont renvoyé 2 fois dans mon pays, en 2017 et 2019, à chaque fois je revenais par la mer et cette fois-là je suis revenue par la Turquie. Ça m’a pris un an, j’ai traversé 9 pays, vous imaginez ? J’ai marché un an à pied, j’ai fait la Turquie, la Grèce, l’Albanie, Monténegro, Bosnie, Croatie, Slovenie, l’Autriche, l’Italie… Normalement quand on fait ce chemin là on rentre dans les livres de records alors que là quand on arrive, ils veulent nous battre en fait. En 2017 quand j’ai été arreté la loi enfermait les gens 45 jours maximum maintenant c’est 3 mois, c’est pas supportable, c’est une condamnation, c’est une peine de prison. »

Solidarité avec les prisonnier·e·s qui subissent la violence et le racisme d’État et luttent à l’intérieur de ces taules ! A bas les frontières !

(1) Rapport rétention Cimade 2019

(2) https://toulouseanticra.noblogs.org/un-prisonnier-retrouve-mort-au-cra-de-bordeaux/

(3) https://abaslescra.noblogs.org/au-cra-linfirmerie-cest-une-boucherie-un-autre-mort-a-vincennes-ni-oubli-ni-pardon/

Un prisonnier retrouvé mort au CRA de Bordeaux

Au CRA de Bordeaux qui est situé au sous-sol du commissariat (1), un prisonnier est retrouvé mort dans sa chambre il y a environ un mois. Aucune information ne semble avoir été diffusée sous prétexte que la famille ne souhaite pas que son nom soit révélé.

Des prisonniers sont en grève de la faim depuis 3 jours, voici le témoignage qu’ils souhaitent diffuser:

« Dans la nuit on rigolait ensemble, le mec il est parti pour dormir et le matin on est parti pour le réveiller pour manger, pour le petit déjeuner et lui il s’est pas réveillé. Oui la police est venue avec les pompiers.

Les policiers ont dit on peut pas dire aux journalistes parce que sa famille veut pas donner le nom.

Oui ils savent pourquoi il est mort, ils veulent pas nous dire. Nous on pense parce qu’il voulait pas aller au Maroc, y’a des gens qui veulent le tuer là bas, il avait beaucoup de stress, de médicaments de psychiatrie et tout ça, c’est pour ça qu’il est mort. Oui il a pris des médicaments pour mourir. Pas manger, pas dormir, il était pas bien, beaucoup de stress, pourquoi ils le laissent là ?

Il voulait pas aller au Maroc et les gens de l’État voulaient l’envoyer là-bas.

Il a pris beaucoup de cachets, il s’est suicidé je pense. Il a fait une overdose. Non il a pas dit forcément qu’il voulait se suicider. Il a dit j’espère demain Inch’Allah vous tous libérables les gars. Nous on croyait qu’il parlait pour nous, en fait il parlait pour lui, il savait qu’il allait mourir, il nous a dit ça avant de mourir.

Ici ils ont rien dit, ils s’en foutent, même pas c’est passé au journal, normalement ça passe à la télé et au journal, c’est vrai ou pas ça ?

Nous on fait la grève de la faim depuis 3 jours parce qu’on en a marre, c’est trop dur ici, c’est raciste, si on a besoin de voir un médecin à 8h, ou minuit, on peut pas jusqu’à 11h, y’a pas de médecin, si quelque chose se passe, on a rien.

On demande de passer ici parce que quelqu’un est mort. C’est même pas un centre de rétention ici. C’est trop dur, on dort pas, on mange pas bien, on prend pas bien les médicaments, il y a tous les jours quelque chose qui se passe ici.

Les policiers ils s’en foutent si on mange on mange pas, ça fait 35 jours je dors pas parce que j’ai pas l’injection pour dormir ici, l’injection de Subutex, ils le donnent pas. Le médecin refuse, il donne des cachets que je connais pas, on est mal ! »

(1) « Le centre de rétention administrative est situé au sous-sol du commissariat. Il est confiné, très exigu et les personnes qui y sont enfermées développent très rapidement des troubles psychiques dus aux conditions particulièrement anxiogènes de leur enfermement. Au-delà d’un certain nombre, les personnes se retrouvent très à l’étroit : la cour est très petite… La lumière naturelle est rare : la seule source étant un puits de jour au cœur de la courette grillagée (20m²). L’ensemble du CRA est éclairé aux néons qui restent parfois allumés la nuit…» – (Rapport rétention Cimade 2019)

 

Grève de la faim de prisonniers au CRA de Toulouse

Suite à de nombreuses arrestations la semaine dernière, notamment jeudi 1er avril, le centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu Toulouse a été rempli.
Des prisonniers sont en lutte pour dénoncer les conditions d’enfermement et ont débuté une grève de la faim vendredi 2 avril dans un des secteurs.
Voici leurs témoignages qu’ils demandent de diffuser :

D : « J’appelle du CRA parce que on a commencé une grève de pas manger depuis 24h :
– A cause de la bouffe qui est pas mangeable ;
A cause du Covid, on est 25 dans le secteur et des fois deux par chambre, c’est pas normal avec le Covid ;
A cause de l’hygiène qui est pas fait dans les douches, les WC, les couloirs, partout, ils passent juste une serpillère c’est tout ;
A cause des policiers, ils nous provoquent, ils nous cherchent

La bouffe est pas mangeable alors on a décidé de plus manger. C’est vraiment dégueulasse, et ça pue ! C’est pas qu’ils nous donne que des trucs pas pour les musulmans, mais ça pue, même eux ils pourraient pas le manger.
Ils disent qu’ils mangent la même chose, mais j’y crois pas, ils ont leur

bouffe à eux ! Pourquoi eux et pas nous ?

C’est pire qu’en prison ! Moi, je suis pas allé en prison, mais ceux qui en sortent le disent : c’est meilleur à la prison et tu peux avoir des colis, ils contrôlent et
c’est tout ! Les policiers disent que c’est les mêmes repas que dans les avions ! C’est pas possible, personne voudrait manger ça, même pas un chien ! Ils veulent pas qu’on se fasse apporter des choses de l’extérieur avec notre propre argent, on a fait une collecte…ils ont peur de quoi ? D’une bombe dans les pizzas ?

Quand quelqu’un se fait apporter au parloir quelque choses de bon à manger, on a seulement le droit de manger dans le parloir, pas le droit de prendre dans le secteur, C’est pas des armes ! C’est que de la bouffe !

On mange un peu de pain, un peu de fromage pour tenir, c’est tout, pour tenir quand même, on veut pas tomber !

ça sent la pisse dans les toilettes, les douches, les couloirs, les dames passent juste une serpillère, c’est tout ! Les douches, les lavabos, les WC sont pas nettoyés, et les murs c’est grave sale ! C’est dégueulasse !

Et y en a qui se grattent ! C’est la gale ou quoi ? Des punaises ? J’en sais rien mais on se grattait pas avant ! Ils en ont rien à foutre !

Quand on demande un truc, quand on dit que la bouffe est pas mangeable, il nous parlent mal, il parleraient pas comme ça même à leur chien, et ils nous poussent de l’épaule… C’est pour la provoc, ils nous cherchent, on dirait qu’ils veulent nous faire bouger, nous faire dégoupiller et y a pas intérêt à bouger !
C’est pas normal qu’ils nous touchent comme ça, pour rien, ils nous poussent à bout !

F :
Ça fait 40 jours que je suis ici, j’ai perdu 10 kilos. C’est immangeable : quand on lève le plastic, ça sent une odeur de ouf , une odeur bizarre. On le dit à la police, ils disent : « c’est pas nous qui faisons le manger ».

J’ai vu le médecin, il a vu que j’ai maigri, ça l’a étonné, je lui ai dit que j’arrivais pas à manger, il m’a dit : « je peux rien faire, c’est pas moi qui dirige le manger ».

Et même dans les visites, quand on t’apporte un tacos ou un sandwich, tu peux manger mais seulement sur place, dans le parloir, c’est tout, tu peux rien rentrer. Et même quand on nous apporte des choses emballées, en papier, pas en métal, ils en prennent la moitié ou plus, il reste deux trois choses, ils nous disent « on peut pas faire rentrer de la bouffe ! » Comment on va faire? Y a pas beaucoup d’argent ici ?  Comment ça va se passer ? On va crever de faim ? On mange que du sucre, on bouge pas…On va tomber malade ou quoi ?

Hier, mon oncle m’a apporté un Tacos, le policier a pas voulu même que je le mange sur place devant lui ! Je luis ai dit : « je le coupe en deux devant vous pour que vous voyez ! », il a pas voulu… Tout ça c’est pas bien ! C’est pas bien pour moi, mais c’est pas bien pour ceux qui vont venir après.

C’est vraiment dégueulasse, y a même des saletés dans les plats, des trucs tu sais pas ce que c’est, des cheveux des fois : tu vois ça : tu peux plus manger ! Vraiment c’est pas humain ! On va pour manger, on a envie de manger : on regarde le plateau, on sent et t’es déçu, t’as plus faim, c’est pas mangeable !

Et les policiers qui disent « mange ou crève ! ». On demande pas grand-chose ! Y a un truc pas normal : y a un policier qui laisse rentrer de la bouffe et pas l’autre : ils ont pas la même loi entre eux ? C’est quoi ça ?

Y a bien un distributeur, mais y a que des trucs sucrés et du café, c’est tout ! On mange du sucre, c’est pas bon pour la santé, et on bouge pas, on fait pas de sport, c’est l’ennui total, c’est pas bon pour la santé !

A Paris, ils ont fait la grève de la faim et ils ont obtenu de pouvoir faire rentrer des trucs à manger : on va essayer aussi ! »

Violences policières au CRA de Toulouse et peines de prison pour des refus de test Covid

Avec la fermeture des frontières, certains pays acceptent les expulsions de leurs ressortissant.e.s, si les personnes ont effectué un test PCR négatif récent.  Dans les CRA, les personnes qui refusent les tests sont poursuivies au pénal pour « soustraction à une mesure d’éloignement » et sont condamnées à plusieurs mois de prison avec souvent une interdiction de territoire (ITF), alors que le code de la santé publique exige le consentement de la personne pour la réalisation des tests.

Les juges font donc ce qu’ils veulent !

Sorties de prison, les personnes sont ensuite à nouveau enfermées au CRA, parfois pour la durée maximale de 90 jours, elles se retrouvent ainsi en circuit fermé entre CRA et prison pendant des mois !

Le témoignage de deux prisonniers :

A : « J’ai passé 3 mois au CRA de Lyon. J’ai refusé le test PCR. Ils m’ont fait passer au tribunal et j’ai fait 3 mois de prison. Après ma sortie de prison, ils m’ont envoyé au CRA de Cornebarrieu… Ici, y a quelqu’un qui fait la grève de la faim depuis 20 jours, il est dans sa chambre, il bouge pas…On va voir avec les autres ce qu’on fait, si on se met en grève aussi ? Il est tout seul… Il est là, je te le passe… »

« Ils sont arrivés à plusieurs, ils m’ont balancé sur le lit et ils m’ont scotché aux genoux et au torse, je pouvais plus bouger »

L : « Je suis en grève de la faim depuis le 11 février… Suis déjà venu en France en 2019, reparti et revenu… En août 2021, je suis arrivé à Lampedusa, ils m’ont mis sur le bateau pour la quarantaine. A ma sortie, le test covid était négatif. Le 25 septembre je suis allé à Vintimille, pour partir en Allemagne pour voir mon fils. Avec d’autres, je suis monté à l’arrière d’un camion pour le voyage. On a été contrôlé sur l’autoroute du côté de Nîmes. On nous a emmenés au commissariat puis au CRA de Nîmes, j’y suis resté 2 mois ½.

Le 19 octobre, ils ont voulu me mettre dans un avion à Marseille pour le pays, mais le commandant a pas voulu que je monte parce que j’avais pas un test-covid récent. Je suis pas parti. Ils ont voulu remettre ça 15 jours plus tard et j’ai refusé le test. Ils m’ont emmené au commissariat puis au tribunal, en comparution immédiate, et là j’ai pris 3 mois de taule, plus une ITF de 10 ans ! Je suis sorti de prison le 11 février, et c’est là qu’ils m’ont envoyé au CRA de Cornebarrieu Toulouse.

Au CRA de Cornebarrieu, j’ai été isolé pendant 14 jours, tout seul au Secteur C, car j’ai refusé de passer le test Covid. Et le 23 février, j’ai eu une agression : ils m’ont proposé un repas et j’ai refusé, et puis j’ai fait un malaise, je mange pas depuis le 11 février !… Y en a un qui a dit « on peut pas le laisser comme ça, il faut pas qu’il reste tout seul : c’est soit l’infirmerie, soit l’hôpital ! ». Ils m’ont pris la tension, le cœur et la glycémie.

Et puis, ils m’ont mis à l’isolement et m’ont pris mon téléphone, mes claquettes et mes sous. Moi, je voulais appeler ma mère et mon frère pour leur dire… Après , j’ai commencé à taper ma tête contre le mur, mais pas trop fort, j’ai pas de bleu, pas de blessure…y a qu’à voir sur la caméra, j’ai pas tapé fort…

Alors ils sont arrivés à plusieurs, ils m’ont balancé sur le lit et ils m’ont scotché au genoux et au torse, je pouvais plus bouger, ils m’ont mis un truc sur la tête, et y en a un qui m’a mis son genou sur le ventre et ses mains sur ma gorge ! Je pouvais plus respirer, j’ai cru que j’allais mourir, j’ai commencé à pleurer… Ils sont partis.

J’ai attendu un moment et j’ai sonné, et j’ai dit « je suis calme, s’il vous plaît, détachez-moi ! J’arrive pas à respirer !» Je venais de faire un malaise et au lieu de me soigner, ils m’ont attaché ! C’est Pas normal ! Ils sont venus, et ils m’ont détaché, y en a un qui a dit « Ici, vous êtes pas le roi ! Tu manges pas ? Nous, on va manger ! ». Je leur ai demandé mon portable pour appeler. Une heure après : ils m’ont redonné mon portable, ils m’ont donné une cigarette et après j’ai pu appeler mon frère. Je lui ai tout dit, alors après, il a appelé la Mairie :  « on peut rien faire ! », la Préfecture : « on peut rien faire ! » et les Droits de l’Homme : ils l’ont écouté…..Moi, j’ai demandé la Cimade, ils m’ont dit : « Ils sont pas là, ils sont parti déjeuner ! » c’est vrai, c’était entre midi et 13h….Et le lendemain, ils m’ont transféré au Secteur E avec les autres.

Le 24 février, Je suis allé à la Cimade, les Droits de L’Homme  avait déjà contacté la Cimade, ils m’avaient appelé avant et je leur avais tout raconté. La Cimade s’est occupé de me trouver un avocat qui devait venir me voir le 29 février, et finalement, il a décommandé. La Cimade m’en a trouvé un autre que j’ai eu au téléphone, et qui m’a dit de rencontrer le chef du CRA pour la plainte. Je l’ai fait, je l’ai vu le chef du CRA, et il m’a dit « Laisse tomber, ça sert à rien ! »

Le problème c’est que depuis l’agression, j’ai mal au dos et j’ai jamais eu mal au dos comme ça ! Je marche tordu, je peux plus marcher comme tout le monde !  J’ai jamais réclamé pour mon dos ! Ils ont qu’à regarder les dossiers médicaux du CRA de Nîmes, de la maison d’arrêt, j’ai jamais réclamé pour mon dos jusque-là !

J’ai encore demandé à porter plainte. Alors le lendemain, ils m’ont emmené à l’aéroport. Là-bas, ils me disent qu’ils veulent faire une audition, et je leur ai dit  » une audition ? Mais pourquoi ? Vous n’avez pas le droit ! Si vous voulez une audition, je suis pas contre, mais il faut appeler mon avocat ! Je suis pas venu ici pour une audition mais pour porter plainte ! En plus, je n’ai rien à cacher, vous savez déjà tout sur moi »…

En plus ils se sont trompés sur mon nom. Et je leur ai dit : « vous posez des questions bêtes alors que vous avez déjà tous les renseignements sur moi ! « . Je suis resté longtemps avec eux, j’ai vu qu’ils se sont un peu énervés. Y en a un qui a tapé avec son pied dans une poubelle qui était là et il a dit : « Ta plainte, elle va finir là, dans la poubelle ! » Finalement, j’ai pu déposer ma plainte. J’en ai gardé une copie, l’originale est parti à la police et j’ai envoyé une copie à la Police des polices et aux Droits de l’Homme ; il manquait juste les journalistes… J’ai demandé à la Cimade , ils m’ont dit :  » c’est ton droit ! …. » 

Moi, je connais pas de journalistes. Avec la plainte et pour mon dos, ils m’ont envoyé chez un médecin légiste qui m’a posé des questions, m’a examiné, il m’a dit « pourquoi tu manges pas ? », il m’a trouvé maigre ! Mais j’ai surtout grave mal au dos ! Il a passé des radios et a trouvé une maladie osseuse d’enfance, une « ostéopathie » ou quelque chose comme ça ?  « C’est pas grave ! » il a dit. Oui, mais moi, j’ai jamais eu mal au dos comme ça, c’est pas normal ! Même avec cette maladie d’enfance, j’ai jamais eu mal au dos ! 

Je lui ai demandé le certificat, et il n’a pas voulu me le donner alors que la Cimade et l’avocat m’avait dit de le rapporter. C’est sur les caméras comment ils m’ont poussé sur le lit, scotché et étranglé ! »

L. passera devant le juge des libertés et de la détention (JLD) le 13 mars au bout des 30 jours déjà passés au CRA de Cornebarrieu Toulouse. Sa rétention peut se prolonger jusqu’à 90 jours.

Solidarité avec les prisonnier.es qui subissent le racisme d’État et luttent à l’intérieur de ces taules !

Journée de lutte contre les violences d’État

Journée d’action samedi 20 mars 2021 pour protester contre les violences policières, carcérales, judiciaires, pénitentiaires et islamophobes.

Dans le cadre des journées internationales contre les violences policières (15 mars), pour l’élimination des discriminations raciales (21 mars) et suite à l’appel national lancé par des familles de victimes et des blessés, le Comité Vérité et Justice 31, la Case de Santé, Grisélidis, le Jeko, Toulouse Anti Cra et Révolte Décoloniale appellent à se rassembler à Toulouse le samedi 20 mars 2021 afin de protester contre les violences policières, carcérales, judiciaires, pénitentiaires et islamophobes.

Rendez-vous à partir de 13h12 au métro Capitole.

À partir de 15h30, retrouvons-nous à la Case de Santé, place Arnaud Bernard, pour se rencontrer, discuter et envisager la suite de la mobilisation ensemble.

Vérité et justice pour toutes les victimes des violences d’État et du racisme structurel.

Arrestations de personnes sans papiers sous le nez de la Croix Rouge française du Grand Ramier à Toulouse

Depuis des années, on assiste régulièrement à des arrestations de personnes sans papier à proximité du centre social du Grand Ramier à Toulouse. C’est là que les personnes sans logement stable sont domiciliées, à la Croix Rouge française, quand elles ont besoin d’une adresse pour leur courrier administratif.

La police piège les personnes utilisant ce service et procède à des contrôles d’identité qui peuvent conduire les étranger·e·s sans papiers à une garde à vue, au centre de rétention administrative (CRA) ou à la prison.

Les contrôles coïncident avec les horaires d’ouverture du service de domiciliation de la Croix Rouge, nombreux sont les témoignages venant des personnes concernées et des collectifs solidaires qui relatent les arrestations par des policiers en civil sur l’avenue du Grand Ramier, à proximité du pont Saint-Michel, au retour de la prise de courrier (1). Les contrôles sont permis par des réquisitions récurrentes (2) du Procureur de la République qui ciblent les personnes étrangères.
En effet, les périmètres des réquisitions et les horaires incluent le centre social du Grand Ramier, les infractions recherchées sont notamment les « maintien irrégulier d’un étranger » et « l’aide au séjour ». De plus, ces réquisitions sont généralement adressées aux services de la Police aux Frontières (PAF), ce qui démontre l’intention première de ces contrôles d’identité.

Nous, collectifs de personnes concernées et de personnes solidaires, dénonçons cette politique de rafles. Nous avons alerté l’antenne locale de la Croix Rouge française afin qu’elle prenne position publiquement. L’antenne locale s’est défaussée sur la direction nationale de la Croix Rouge française, et c’est sans surprise que nous sommes resté·e·s sans réponse depuis le 17 septembre 2020. Depuis des années, la Croix Rouge est le premier témoin de ces arrestations sans jamais avoir condamné cette situation ni agi d’une façon ou d’une autre.

Ces pratiques ignobles parmi beaucoup d’autres, qui se déroulent aux portes de la Croix Rouge, sont l’expression du racisme d’État et des politiques de chasses aux étranger·e·s de plus en plus féroces, dans un contexte d’islamophobie, de négrophobie, de rromophobie… où les personnes racisées sont considérées comme de potentiels ennemis de l’intérieur.

Les persécutions ont lieu partout sur le territoire, comme à Calais avec l’interdiction de distribution de nourriture pour les associations non-mandatées par l’État ou encore à Rennes avec des arrestations ciblées autour des centres de distribution alimentaire.

Par son absence de réaction et sous couvert de ses principes de neutralité, d’humanisme et d’indépendance, la Croix Rouge se rend complice de l’arrestation des personnes étrangères.

Face à ces institutions complices, face aux politiques racistes et sécuritaires, construisons des solidarités contre les violences d’État, organisons la riposte !

Le Collectif Russell
La CREA
La Perm 31
Toulouse Anti CRA

Contact presse : ripostegrandramier@riseup.net

(1) Carte de la zone du Grand Ramier

(2) réquisition du Procureur de la République et procès-verbaux de vérification du droit de circulation ou de séjour


Contrôles avenue du Grand Ramier

Violences policières au CRA de Cornebarrieu Toulouse

Témoignage d’un prisonnier du secteur A, le 29 décembre 2020

« Hier soir, après le repas, on rentrait du repas, il y a un monsieur qui est noir de peau, il était en train de trainer un peu sur le chemin avec un café à la main, il y a un policier qui l’a poussé, le café s’est renversé par terre, ils se sont énervés, ils l’ont pris dans une chambre, ils lui ont enlevé ses vêtements, une chambre froide d’après ce qu’il a dit lui, ils l’ont frappé vite fait.
Après ils l’ont ramené chez nous au secteur, il était en train de pleurer, ça nous a fait de la peine, on a commencé à faire une petite démonstration on va dire, on a jeté tous nos matelas dans le couloir. Les policiers ont pris tous les matelas et ils sont venus pour faire du chantage on va dire. Ils ont pris un autre noir parce qu’il a réclamé pour son copain, ils l’ont pris, on sait pas où ils sont les 2, jusqu’à maintenant.
Ils ont pris les matelas vers 1h du matin et ils les ont remis vers 6h30 du matin avant que le deuxième groupe vient, comme ça le deuxième groupe remarque rien, mais nous on a insisté qu’il y a les caméras qui ont tout filmé et pour que justice soit rendue, c’est pas normal de faire ça, c’est interdit c’est contre la loi. Franchement on dirait des animaux à l’intérieur, Ils nous prennent pour des animaux, des animaux vraiment. »

Retour sur le rassemblement de samedi 19 décembre devant le CRA de Cornebarrieu Toulouse

Notre collectif Toulouse Anti CRA appelait à un rassemblement samedi 19 décembre devant le centre de rétention de Cornebarrieu, afin de manifester notre soutien aux prisonnier·e·s, d’appeler à l’abolition des CRA et de dénoncer les violences policières et le racisme d’État.

On était plusieurs dizaines à venir manifester mais à notre arrivée, on était attendu·e·s avec un dispositif complètement démesuré : la route passant devant le CRA était fermée des deux côtés 400 mètres avant l’entrée, des plots au sol empêchaient d’avancer, la circulation était déviée, 10 camions de gendarmes prêts à intervenir bloquaient tout accès. Impossible de s’approcher, on n’a donc pas pu ni manifester, ni communiquer avec les prisonnier·e·s.

Pendant ce temps, la violence s’est déployée sur les prisonnier·e·s.

Dès le matin, les flics de la PAF sont venus leur parler de la manifestation:

« Ils nous ont parlé de la manifestation, ils nous ont dit vous restez gentils sinon on trouvera quelque chose contre vous, vous restez dans les chambres.

On n’est pas d’accord, alors au secteur A, on a tous refusé le repas à midi, sauf ceux qui sont malades qui doivent prendre des médicaments. C’est l’humiliation ici tout le temps…

Des policiers sont rentrés, ils étaient 25 alors qu’on est 18 au secteur A. Ils sont rentrés avec des casques, des matraques, des lacrimos et des extincteurs. Ils sont allés dans les chambres, partout dans le secteur.

On est sortis dans la cour, on n’est pas rentrés dans les chambres, on a dit on reste dans la cour, on fait rien de mal, ils nous ont parlé de la manifestation. »

Depuis la cour du secteur A qui borde la route, il est possible d’entendre les manifestant.e.s, de faire un parloir sauvage.

« Ils ont dit c’est interdit la promenade, on a négocié et on est restés dans la cour. J’ai parlé avec un chef, je lui ai dit, « tu n’as pas le droit de nous dire de rentrer dans les chambres, si vous voyez un problème vous pouvez nous dire de rentrer mais là on n’a rien fait, on connait la législation, ça se fait pas de venir nous voir avec la lacrimo. »

« Les gens ici n’ont rien, ils ont pas le moral, ils faut venir les voir aux parloirs, faites quelque chose pour eux, ils sont pas bien, y’a pas de respect, on mange pas bien, on peut pas étudier, y’a pas de téléphone, pas de sport, pas de jeux, rien, venez ici et vous verrez c’est quoi le racisme. »

Lors des rassemblements précédents en septembre et en octobre, où le collectif était présent avec de nombreuses associations, on avait réussi à se rassembler devant le CRA, à faire des parloirs sauvages, à exprimer notre soutien aux prisonnier·e·s. Cette fois, rien de tout ça n’était possible.

Ce dispositif, à l’extérieur comme à l’intérieur, cherche à intimider et mater les prisonnier·e·s un peu plus, pour les décourager de lutter. Il a aussi pour but de décourager les militant·e·s qui dénoncent les violences policières et le racisme d’État, et qui relaient la parole des personnes enfermées.

À l’intérieur du CRA, dispositif exceptionnel ou pas, le système est rodé, tou·te·s les prisonnier·e·s le rapportent, les humiliations sont quotidiennes, les flics provoquent et si les personnes se rebiffent elles peuvent se faire tabasser et se retrouver au mitard plusieurs jours, voire partir en garde à vue puis en prison.

Tous ces témoignages, qui relatent la maltraitance et le racisme institutionnels, sont sur ce blog.

Ces intimidations ne nous empêcherons pas de continuer à lutter, à nous organiser, à témoigner notre solidarité aux prisonnier·e·s par tous les moyens ! Contre les CRA et les prisons ! À bas les frontières !

Rassemblement samedi 19 décembre à 14h devant le CRA de Cornebarrieu Toulouse

POUR L’ABOLITION DES PRISONS POUR ÉTRANGER.E.S !

Le 18 décembre, pour la Journée internationale des migrantEs, nous rejoignons les collectifs de sans-papiers et tous leurs soutiens pour un acte 4 : continuer la lutte pour la régularisation de toutEs les sans-papiers, la fermeture des centres de rétention administrative (CRA) et le logement pour toutEs.

Les images du démantèlement du camp à Saint-Denis et de la répression policière lors de la manifestation des exiléEs place de la République à Paris donnent à voir comment l’État traite les personnes vulnérables, sans abri. Mais loin des caméras, la répression est le quotidien des exiléEs, notamment à Calais.

Cette violence policière et ce racisme d’État s’exercent sur les sans-papiers partout, tout le temps : dans les rues, les camps, les squats, et dans les CRA. Les CRA sont des prisons pour étrangerEs, où les personnes y sont humiliées, déshumanisées et violentées par l’État.

Cette violence policière et ce racisme d’État s’exercent depuis des décennies sur les populations précaires et racisées. Appliquant une doctrine coloniale du maintien de l’ordre dans les quartiers populaires, la police harcèle, insulte, humilie, frappe, mutile et tue.

Il s’agit ainsi de soumettre les populations : de les invisibiliser, de les maintenir à la marge et dans la précarité, de permettre leur exploitation. Les CRA ont une fonction comparable, ils ne servent pas qu’à expulser et punir les sans-papiers, mais aussi à les faire vivre sous la menace permanente de l’enfermement et de l’expulsion, afin de les maintenir corvéables et invisibles, d’en faire une main d’œuvre délocalisée à l’intérieur du territoire.

La fuite en avant autoritaire et fascisante de l’État s’accentue avec la loi de « sécurité globale », tandis que la « loi confortant les principes républicains » (ex-loi contre le « séparatisme ») affiche une islamophobie d’État totalement décomplexée. Ces lois alimentent l’imaginaire d’un ennemi de l’intérieur qui est à contrôler, enfermer, expulser, à la suite des lois sécuritaires et racistes qui ont précédé et se sont empilées au fil des ans.

Sous le prétexte d’une « lutte anti-terroriste », l’État s’attaque depuis des années à toutes les personnes musulmanes ou supposées telles. Avec la décision récente de dissoudre le CCIF sur la base d’accusations fallacieuses, il cherche aussi à désarmer les luttes contre l’islamophobie, la résistance et l’auto-organisation de celles et ceux qui subissent le racisme d’État.

Contre cet État raciste, contre sa police, nous opposons une auto-organisation émancipatrice, décoloniale, anti-impérialiste et antiraciste, nous nous joignons aux collectifs de personnes concernées qui organisent la défense et la riposte.

Nous soutenons les luttes que les personnes enfermées mènent à l’intérieur des CRA, elles exigent leur libération et la fermeture de tous les CRA en France.

En solidarité avec les personnes sans-papiers emprisonnées au CRA, venez le samedi 19 décembre à 14h ! Notre collectif organise un covoiturage, n’hésitez pas à nous contacter au 07 51 37 96 57.

Papiers pour toutEs ou pour personne, ni prison, ni CRA, ni expulsion. À bas le racisme d’État ! À bas les frontières !

 

Au CRA de Cornebarrieu Toulouse, les prisonniers du secteur A ont été violemment réveillés pour une fouille. LA PAF a emmené 2 personnes en garde à vue.

Mardi 8 décembre, la PAF a violemment réveillé les prisonniers du secteur A, du centre de rétention de Cornebarrieu en banlieue toulousaine. Ils les ont sorti de leur chambre et ont fouillé leurs affaires. Un des retenus raconte : « Ils nous ont fouillés comme des animaux. Ils ont cassé des téléphones et ont tout balancé par terre… On a été privés de sortie [du secteur à l’intérieur du CRA]. On ne peut pas aller chercher des cigarettes ni aller voir la Cimade ».

La police prétexte une tentative d’évasion alors que personne n’a été retrouvé dehors. Ils ont sorti du secteur deux personnes (dont un qui est parti « en short » sans qu’on lui laisse le temps de s’habiller)

« La porte était grande ouverte, personne n’est sorti. L’équipe de nuit a mis une heure ou même une heure et demie à venir voir la porte et à constater qu’il ne manquait personne. Ils ont relevé les empreintes sur la porte : ça n’a pas de sens vu que tout le monde la touche. Ils vont trouver leurs propres empreintes. »

Tout au long de la journée la présence policière a été massive au secteur A et aux abords du CRA. La PAF patrouille même sur les pistes de l’aéroport qu’on voit derrière le grillage depuis le secteur A. «D’habitude c’est pas autant ». «On aurait dit qu’on avait fait un braquage, un attentat».

« On est juste enfermés parce qu’on est en situation irrégulière. T’es la, t’as rien fait. On a pas commis un délit : même si on s’était vraiment évades ce serait trop »

Finalement, les retenus ont obtenu qu’on les laisse sortir du secteur au moins pour aller voir la Cimade (qui leur fait du conseil juridique) en insistant auprès de la police. « Ils ont cédé parce qu’on leur a fait un boucan ».

On a appris que les deux personnes embarquées ont été gardées à vue dans un commissariat voisin, puis déférées, mais on n’en sait pas plus sur leur éventuel procès, transfert…

Tout ceci s’ajoute aux conditions de détention déjà difficiles en temps normal et qui ont empiré dernièrement :

Depuis deux semaines le secteur A n’arrive pas à accéder a l’OFII, ou ils peuvent acheter des cigarettes, des recharges téléphoniques… Ils sortent les avant-derniers en promenade, juste avant les prisonnières du secteur B, et ils leur disent que c’est trop tard pour acheter.

Lundi ils leur ont coupé l’eau a 21h. Le lendemain matin elle a été rétablie mais elle était froide. « C’est comme si c’était une punition ».

« On a rien fait, déjà moi je suis pas d’accord qu’on soit ici, mais en plus on est dans de mauvaises conditions »

Les CRA sont une prison ou l’on déshumanise d’autant plus les prisonniers qu’ils sont étrangers, à bas les frontières et à bas l’enfermement !