Allongement de la durée de rétention et pratiques arbitraires des préfectures 

Lorsque l’enfermement administratif est officialisé et consacré par la loi en 1981⁽¹⁾, la durée de séquestration est fixée à 7 jours.
Depuis, elle n’a cessé d’être allongée, faisant de l’enfermement administratif l’un des principaux dispositifs de gestion et de contrôle des populations étrangères, hérité du colonialisme. ⁽²⁾

1993 : 10 jours
1998 : 12 jours
2003 : 32 jours
2011 : 45 jours
2018 à aujourd’hui : 90 jours

La loi du 16 juin 2011 relative à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité a permis de porter la durée maximale de la rétention administrative à 210 jours pour les étrangers condamnés à une peine d’interdiction du territoire et condamnés pour des faits de terrorisme.

Le 16 juin 2026, la loi Rodwell est votée.
Elle comprend notamment le prolongement de la rétention à 210 jours pour les personnes étrangères jugées « dangereuses » : définitivement condamnées à toute une série d’infractions passible d’une peine de prison de 5 ans d’emprisonnement et « qui représente une menace réelle, actuelle et d’une particulière gravité pour l’ordre public » . 
Au nom de la lutte contre le terrorisme, elle prévoit également « une série de mesures dont l’objectif est de permettre une meilleure prise en charge des individus présentant des troubles psychiatriques et susceptibles de commettre un acte de terrorisme » – nourrissant ainsi l’amalgame entre radicalisation et troubles psychiatriques.

Comme toujours, toutes les lois racistes sont avalisées par les plus hautes juridictions de l’État : le 23 juillet 20026 le conseil constitutionnel approuve cette nouvelle loi qui renforce la double peine, un des principaux objectifs de la loi Asile et immigration de 2024. ⁽³⁾

Il existe déjà « la menace à l’ordre public simple » et la « menace à l’ordre public grave » qui renforcent le pouvoir arbitraire des préfectures car il n’existe aucune définition juridique de ces notions. C’est laissé à l’appréciation de l’administration qui l’utilise très largement, notamment pour des délits mineurs ou sur la base d’un signalement, sans condamnation pénale. « Des préfectures ont considéré que la menace était caractérisée « pour des motifs manifestement dérisoires : regarder ‘suspicieusement’ autour de soi, cracher sur le trottoir, ralentir la circulation des voitures… », listent les associations intervenant en CRA ». ⁽⁴⁾

Ces notions permettent toute une série de mesures répressives comme la délivrance d’une OQTF, le retrait des titres de séjours, la suppression de toutes les protections contre l’expulsion comme le fait d’être parent d’enfant français, marié•e à un•e français•e, etc.

Tout cela participe à la fabrique des « sans-papiers ». On comprend bien comment l’État illégalise des personnes sur son propre territoire ce qui participe à gonfler la politique du chiffre, légitimer les contrôles au faciès lors d’opérations spectaculaires et, plus généralement, justifier le durcissement des politiques anti-immigration, appuyées par une rhétorique raciste de menace extérieure.

Une conséquence de plus en plus répandue est la prolongation jusqu’à 90 jours en CRA, sous prétexte de cette menace à l’ordre public. De plus, quand l’expulsion n’a pas pu avoir lieu au bout des 90 jours d’enfermement, les personnes qui ne sont donc pas expulsables reçoivent souvent à leur sortie une assignation à résidence (AAR), de 45 jours renouvelables 3 fois, ou de 1 an renouvelable 2 fois. 

L’AAR est une autre forme de privation de liberté qui peut obliger les personnes à ne pas sortir du département où elles sont assignées et à signer jusqu’à plusieurs fois par jour au commissariat dans le but de les arrêter à nouveau pour les déporter. La police peut pénétrer dans les domiciles avec autorisation du juge pour rechercher des documents confirmant la nationalité. 

La préfecture se passe complètement de garanties de représentation dans le cas des AAR à l’issue des 3 mois au CRA. Les personnes peuvent ne pas habiter par exemple à Toulouse et y être tout de même assignées à résidence. Le non respect d’une AAR est passible d’une peine de prison de 3 ans et et d’une amende de
15 000€.


Ainsi, l’État a à sa disposition tout un tas de mesures qui permettent d’enfermer entre CRA, prison et assignation à résidence les personnes étrangères, de les torturer continuellement pour les pousser à quitter la France et l’Europe quand il ne s’en charge pas lui-même.

⁽¹⁾ « Arenc la prison clandestine » – L’ancêtre des centres de rétention – Revue Z
https://toulouseanticra.noblogs.org/files/2026/08/Brochure-Arenc-lecture.pdf

⁽²⁾ L’enfermement administratif, un dispositif colonial : https://toulouseanticra.noblogs.org/files/2026/03/table-ronde-TAC-mai-2025-1-4.pdf

⁽³⁾ La double peine, un racisme institutionnel : https://toulouseanticra.noblogs.org/qui-sommes-nous/

⁽⁴⁾ https://www.infomigrants.net/fr/post/48481/la-menace-a-lordre-public-un-motif-de-plus-en-plus-en-plus-utilise-pour-placer-les-migrants-en-cra

Toulouse : construction d’une annexe du tribunal au CRA et externalisation de l’enfermement

Entrée du CRA de Cornebarrieu – Toulouse

Un appel d’offres publié par le ministère de l’Intérieur le 14 mars 2026

Il annonce la création d’une « annexe judiciaire » au sein du CRA de Toulouse, les travaux débuteront en mars 2027. Le marché porte sur l’aménagement d’une salle d’audience dans le centre de rétention administrative afin d’y tenir les audiences du juge des libertés et de la détention (JLD), chargé de statuer sur l’enfermement au CRA des personnes étrangères. Le document du marché public prévoit une enveloppe de travaux d’environ 1,08 million d’euros TTC.
Règlement de consultation : https://betterplace.info/files/2943532-reglement.pdf

Ce projet s’inscrit dans la loi « asile et immigration » de 2024 et prévoit donc la multiplication des annexes judiciaires au sein ou à proximité des CRA, notamment à Sète, Nîmes, Perpignan ou Toulouse. L’objectif est de déplacer les audiences hors des tribunaux, loin du regard du public, des proches, des soutiens pour renforcer l’invisibilisation des audiences concernant les personnes étrangères enfermées.

Aujourd’hui, il est encore possible de soutenir les personnes enfermées en CRA lors des audiences publiques du (JLD) au tribunal judiciaire de Toulouse. Des proches, soutiens, collectifs, associations, peuvent assister aux audiences et témoigner des conditions dans lesquelles cette justice d’abattage est rendue.

Le déplacement de ces audiences vers une annexe judiciaire directement installée au CRA de Cornebarrieu rendra cet accès beaucoup plus difficile. Situé au bout des pistes de l’aéroport de Blagnac, mal desservi par les transports en commun, le CRA est très isolé. Installer le tribunal au sein même du centre de rétention éloignera encore davantage les audiences du regard public, compliquera la présence des soutiens et renforcera l’invisibilisation des violences judiciaires et administratives subies par les personnes étrangères.

La violence que subissent les étranger·es n’est pas que policière ou carcérale, elle est aussi judiciaire. Les personnes doivent contester leur mesure d’expulsion dans un délai très court (48h) devant le tribunal administratif, tout en contestant par ailleurs leur enfermement au tribunal judiciaire devant le juge des libertés et de la détention (JLD).

Chaque jour, des dizaines de personnes comparaissent devant les différentes juridictions de France, les audiences publiques ont lieu tous les jours de l’année. À l’audience du JLD pour les étranger·es, les personnes comparaissent systématiquement en groupe, et le délibéré est lui aussi rendu collectivement en une fois, contrairement aux audiences de droit commun.

Il est difficile pour les personnes de se défendre : la plupart du temps, elles ont des avocat·es commis d’office, n’ayant pas les moyens de payer un·e avocat·e de leur choix. De plus les avocat·es de l’audience du JLD ont connaissance du dossier au dernier moment et il arrive qu’iels ne plaident pas du tout.

Audience en visio à Toulouse pendant le Covid

L’État investit ainsi des millions d’euros pour construire des CRA et alimenter le business du secteur du bâtiment – secteur qui emploie le plus de travailleur•euses sans papier surexploité•es.

Depuis plusieurs années, l’externalisation gagne du terrain dans les CRA. En 2021, un marché public de plus de 1,5 million d’euros est consacré aux escortes à Marseille, Nîmes et Toulouse. Par «escortes», il faut entendre les agents privés chargés de transférer les prisonniers par exemple, du CRA au tribunal, comme c’est le cas à Toulouse. 

Les entreprises impliquées appartiennent souvent à de grands groupes d’échelle nationale ou internationale, mais peuvent aussi être des entreprises de plus petite envergure, implantées localement. Ce sont ainsi des cabinets d’architectes comme celui de l’agence Patrice Chabbert (1) à Toulouse, qui se mettent au service de l’industrie de l’enfermement, en prison comme en CRA. En 2024, la maîtrise d’œuvre relative à la rénovation du CRA de Toulouse Cornebarrieu a été attribuée au bureau d’étude et d’ingénierie SETI, basé à Haute-Garonne. (2)

Pour assurer la gestion quotidienne d’une quinzaine de CRA dont celui de Cornebarrieu, c’est GEPSA (3)– qui appartient depuis 2024 au groupe Newrest, basé à Toulouse et présidé par Olivier Sadran, homme d’affaire toulousain et ancien président du TFC (Toulouse Football Club) – qui offre ses services à l’État pour des prestations dites d’ « hôtellerie » et de « restauration » ou encore d’ « escorte » à l’intérieur du CRA. On retrouve ici le vocabulaire euphémisé utilisé par l’administration pour décrire la rétention – faisant écho à la novlangue néolibérale utilisée par l’entreprise GEPSA lorsqu’elle se décrit comme le « leader du Facility Management en site sensible », pour ne pas dire qu’elle est spécialisée dans la gestion logistique des lieux d’enfermement, CRA, maisons d’arrêt, centres pénitentiaires…

Depuis le mois de mars, la société Weesure assure l’accueil des visiteurs – visiteuses

Ce sont des agents d’une entreprise privée qui assurent l’« accueil » des visiteurs, c’est à dire : passage sous portique, palpations, fouilles poussées des sacs et des vêtements, retrait des chaussures, ouverture des objets personnels. Ces fouilles étaient auparavant réalisées par la police aux frontières. A présent, les identités des visiteurs-euses sont aussi inscrites dans des registres par les agent.es privés.

Cette externalisation s’inscrit dans le cadre d’un marché public du ministère de l’Intérieur, attribué pour plus de 3,4 millions d’euros et concernant plusieurs CRA, Marseille, Toulouse et Nîmes.

On en avait parlé dans un précédent article, la société Weesure qui a pour ligne directrice « la sécurité première des libertés ». Le choix de confier la gestions des visiteurs / visiteuses à une société privée est sans doute une réponse à la requête des flics. En effet, à chaque visite de député, ils se plaignent d’être en sous-effectif, justifiant ainsi les violences commises à l’intérieur. Résultat ? les flics auront désormais davantage de temps pour mater les prisonniers.

Elle révèle aussi la manière dont le contrôle migratoire est un marché. La sélection, la hiérarchisation et l’enfermement des étranger·es s’inscrivent dans un système raciste et capitaliste où entreprises privées, marchés publics et industrie sécuritaire trouvent de nouvelles sources de profit.

Ce recours au privé existe déjà dans d’autres CRA, notamment à Vincennes. Comme souvent dans la gestion de l’enfermement, les dispositifs testés localement finissent par être généralisés lorsqu’ils sont jugés efficaces — lorsqu’ils permettent d’isoler davantage les personnes enfermées et de renforcer le contrôle sur elles et leurs soutiens.

Les CRA tuent à l’abri des regards. Soutien à toustes les prisonnier.es !
Ni CRA ni prison ni expulsion !

(1) https://www.apcarchitectes.fr/realisation/centre-de-retention-administrative-aeroport-de-toulouse-blagnac-31/

(2)https://www.boamp.fr/pages/avis/?q=idweb:%2224-17507%22

(3) https://www.boamp.fr/pages/avis/?q=idweb:%2222-153277%22
https://www.gepsa.fr/qui-sommes-nous/appartenance-a-newrest/
https://www.newrest.eu/notre-gouvernance/
https://www.mediacites.fr/entreprise/toulouse/2025/01/20/olivier-sadran-le-centimier-enquete-dans-larriere-cuisine-de-newrest/

Victoire contre la censure : la mairie de Toulouse déboutée par le tribunal administratif

Le collectif toulousain (regroupant associations, collectifs, partis, syndicats) organisateur d’une manifestation et d’une soirée de solidarité avec le Sahara occidental le 9 mai 2026, remporte une victoire importante face à la mairie de Toulouse. 

Saisi en référé liberté, après la décision de la mairie d’empêcher la tenue de l’évènement en réquisitionnant la salle Osète, pourtant réservée et payée par l’organisateur, le tribunal administratif a donné raison aux collectifs.

Lors de l’audience, la mairie a tenté de justifier son interdiction en invoquant une prétendue menace à l’ordre public  en raison de la tenue et du contenu de l’évènement.

Des arguments fallacieux qui n’ont pas convaincu le tribunal et qui révèlent avant tout de l’alignement politique de l’État français, et de la majorité municipale, sur le soutien à la colonisation marocaine du Sahara occidental, ainsi qu’une volonté de céder aux pressions d’associations marocaines réclamant l’annulation de l’évènement.

Les pressions n’ont pas réussi à faire taire la solidarité avec le peuple sahraoui. Le collectif continuera à défendre le droit de débattre, de s’organiser et d’exprimer sa solidarité avec les luttes anticoloniales et anti-impérialistes et pour le droit à l’autodétermination des peuples. 

Libération du Sahara occidental ! Vive la lutte du peuple sahraoui ! 

La mairie de Toulouse censure un évènement en solidarité avec le Sahara occidental

Communiqué de presse
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A Toulouse la Mairie réquisitionne la salle municipale Osète, louée initialement par notre collectif (regroupant associations, collectifs, partis, syndicats) afin d’y organiser une projection-débat en solidarité avec la lutte du peuple sahraoui. La salle municipale Osète, louée pour le 9 mai (facture payée le 7 avril et visite technique réalisée le 22 avril), a été réquisitionnée via un mail expédié le 30 avril sans autre explication.

L’évènement consiste en une projection-débat ainsi qu’une exposition de photos et des prises de paroles de jeunes sahraoui.es et du représentant du Front Polisario Mohamed Ali ZEROUALI. Il vise à informer les citoyen-nes de l’histoire du Sahara occidental, victimes de la colonisation par le Maroc depuis la grande marche dite « marche verte » de 350 000 marocains, lancée par l’armée et le gouvernement en 1975 avec bombardement au napalm, obligeant les Sahraoui-es à se réfugier en plein désert algérien. Il a pour objectif d’expliquer les raisons pour lesquelles les Sahraoui-es contestent la prétendue marocanité du Sahara occidental.

Le collectif toulousain soutient le peuple sahraoui qui réclame un référendum d’autodétermination, en application du droit international et du mandat confié par l’ONU à la MINURSO depuis 1991. Il condamne les tentatives d’annexion par le Maroc et l’actuelle colonisation de peuplement de la plus grande partie du Sahara occidental. Il dénonce aussi ce mur de séparation de 2700 km de long, truffé de mines et en permanence sous surveillance policière, entre les territoires occupés par le Maroc et les territoires libérés par le Front Polisario. Ainsi que le soutien permanent de la France à cette colonisation.

Nous exigeons des explications de la part de la mairie sur le motif de cette soudaine réquisition. Nous établissons un rapprochement avec la promptitude du maire de Toulouse Mr Moudenc à cautionner, en avril 2025, les accusations mensongères de Samir Hajije, un de ses adjoints, destinées à discréditer les organisateurs de l’accueil à Toulouse de la Marche pour la Liberté, de Paris à la prison de Kénitra au Maroc, réclamant la libération des prisonniers politiques. Mensonge reconnu par la justice puisque la plainte de Samir Hajije a été classée sans suite.

https://france3-regions.franceinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/une-grossiere-manipulation-pour-virer-la-cgt-de-la-bourse-du-travail-les-faits-sur-l-agression-inventee-par-un-elu-de-la-majorite-municipale-3065683.html

Nous ne pouvons, non plus, ne pas évoquer le nombre de fois où des manifestations et évènements de soutien à la lutte du peuple palestinien ont été interdites ou empêchées à Toulouse.

Nous rappelons que les salles municipales sont des biens publics. Elles ne sauraient être considérées comme la propriété privée du maire ou de la majorité municipale, qui décideraient arbitrairement de leur attribution. Ainsi, le collectif toulousain réclame le droit d’organiser à Toulouse, dans les salles municipales, des événements anti-impérialistes et anticolonialistes. Ces initiatives relevant de l’éducation populaire ont pour objectif d’informer, notamment sur la nécessité pour la France de cesser de rejeter les droits à l’autodétermination et à la libération des peuples autochtones colonisés (sahraoui, palestinien, kanak, …).

Le collectif a déposé un référé liberté le 7 mai 2026 au tribunal administratif pour faire annuler cette décision.

JOURNÉE EN SOUTIEN AUX PRISIONNIER·ES DU CRA DE TOULOUSE

Le 29 mai à la Chapelle, Toulouse Anti CRA organise une journée en soutien aux prisonnier·es du centre de rétention de Toulouse – Pour soutenir matériellement les personnes enfermées au CRA mais aussi pour se rencontrer, faire connaitre les CRA.

Au programme :

14h : OUVERTURE – TOMBOLA LOTS EXCEPTIONNELS !!
tables de collectifs – friperie – gaufres – etc
16h : PROJECTION DOCU SUR LE HANGAR D’ARENC ET DISCUSSIONS
18h : APÉRO QUIZZ
19h : REPAS VÉGAN
20h à 22h : CONCERT MAI DE RIMAS et DJ SWELL

Participation libre (espèces uniquement) – accès PMR
La Chapelle – 36 rue Danielle Casanova – Toulouse

Avec les tables des collectifs : Nta Rajel, La Créa, Secours rouge Toulouse, Comité de soutien à la Palestine 31, CPCED, Tsedek, Survie, PMN Editions, collectif Vietnam-dioxine, AFA Tolosa, Casarp

18 mars : journée internationale de solidarité avec les prisonnier-es politiques

A Toulouse un rassemblement a été organisé par le collectif Secours Rouge Toulouse , à l’appel de 25 organisations, syndicats, collectifs et partis toulousains.

Prise de parole de Toulouse Anti CRA

La population carcérale en France n’a jamais été aussi élevée et ne cesse d’augmenter, sans que la criminalité elle n’augmente, conséquence d’un important durcissement du système pénal. 

Afin d’enfermer toujours plus et toujours plus longtemps, l’État prévoit, d’ici 2027, la création de 15 000 places de prison et de 1041 places en centre de rétention. 
À Muret près de Toulouse, un projet de construction d’une prison de 615 places est prévu pour faire de Toulouse – Seysses – Muret un des plus grands centres pénitentiaires de France.
8 nouveaux CRA vont également être construits d’ici 2029, en plus des 27 existants. 
Rappelons que les CRA sont des prisons pour les personnes étrangères. 

Rappelons également que les prisons sont des lieux de torture qui humilient, déshumanisent, détruisent et tue. 

Elles constituent l’outil central de contrôle social pour surveiller et punir les personnes racisées et issues des milieux populaires, à travers des pratiques policières et judiciaires racistes et discriminantes. 
En France, comme il n’y a pas de statistiques ethniques, on se base sur des études sociologiques qui indiquent que la grande majorité des personnes incarcérées, notamment en maison d’arrêt, sont des nationaux noires et arabes.

S’il y a besoin de le préciser, dire qu’il y a plus de personnes noires et arabes en prison n’implique pas qu’elles sont davantage criminogènes. Ces chiffres confirment simplement le système de domination et de surveillance issu des pratiques coloniales mis en place par l’État dans les quartiers populaires, ainsi que sa justice de classe et de race.
Rappelons que les personnes racisées sont contrôlées jusqu’à 20 fois plus que les personnes blanches et sont d’avantage judiciarisées, avec des sanctions plus sévères. 

Concernant les personnes étrangères, elles représentent presque un quart du total des personnes emprisonnées en France. Chaque année, la police interpelle 192 000 étrangers par contrôles au faciès. Par rapport aux personnes françaises, elles risquent 3 fois plus de passer en comparution immédiate, 5 fois plus d’être placées en détention provisoire, et 3 fois plus la prison ferme. ​​​​​​​

Nombreuses sont celles qui se retrouvent en circuit fermé entre centres de rétention et prison. Cela s’explique notamment par la criminalisation des stratégies de résistances mises en place par les détenus. Puis les liens entre les CRA et la prison se renforcent du fait de collaborations croissantes des préfectures et de l’administration pénitentiaire. 

En effet, la prison est l’occasion pour les préfectures de trier les personnes qui pourraient représenter une « menace pour l’ordre public » : motif fourre-tout et prétexte arbitraire afin de ne pas renouveler le titre de séjour d’une personne, voire de le lui retirer pour mieux l’expulser par la suite.

Les expulsions visent également et tout particulièrement les sortants de prison qui subissent ce qu’on appelle le double voire la triple peine : celle d’être enfermé en CRA après avoir été enfermé en prison et celle d’être déporté – parfois vers un pays qu’elles ne connaissent pas.

Les luttes des personnes concernées, notamment via le Comité national contre la double peine dans les années 1980-1990, avaient conduit à obtenir des protections contre les déportations. La loi asile et immigration de 2024 a marqué une importante régression en supprimant les catégories protégées pour faciliter les déportations des sortants de prison. 

Aujourd’hui, la lutte anticarcérale mobilise très peu. Il est nécessaire que cette question retrouve de l’écho afin de lutter concrètement contre les prisons, outil essentiel de l’État et de son système de domination capitaliste, patriarcal et suprématiste. La lutte anticarcérale passe par le soutien aux prisonniers et prisonnières, en mettant en lumière leurs résistances, individuelles ou collectives, trop souvent invisibilisées. 

Ni CRA NI PRISON NI EXPULSION
Solidarités avec toutes les personnes enfermées !

EXTERNALISATION DES FRONTIÈRES ET DES DÉPORTATIONS

Camp de migrants géré par l’Italie, situé dans un ancien camp militaire en Albanie

Depuis les années 2000, la France et l’UE externalisent leurs frontières dans certains pays du sud anciennement colonisés pour bloquer le départ des personnes vers l’Europe. Cette externalisation s’inscrit dans la politique impérialiste de l’UE. Des accords asymétriques sont passés sous forme de chantage, en coupant les « aides financières au développement» ou les engagements commerciaux si les pays ne coopèrent pas pour bloquer l’immigration. 

Cette «coopération » passe par le financement de formations policières, le renforcement des patrouilles aux frontières et la mise en place de camps dans ces pays. L’UE délègue ainsi la barbarie et s’en lave les mains. 

Les frontières tuent et représentent un business colossal pour les multinationales occidentales. Rappelons notamment le pouvoir grandissant donné à l’agence européenne Frontex avec un budget colossal de 5,6 milliards d’euros pour 2021‑2027. En 2024, l’agence a aidé les États membres à expulser plus de 56 000 personnes, marquant une forte augmentation par rapport à l’année précédente.
Une grande partie de ces déportations par vols charters, ont été organisées principalement à l’initiative de la France, l’Italie et l’Allemagne. 

Le pacte migratoire de l’UE et ce qu’il change 


Le Pacte migratoire européen adopté en avril 2024 est un ensemble de lois et de mesures actuellement en période de mise en œuvre par les États membres. Il rentrera en vigueur le 12 juin 2026.
Les mots d’ordre : identification, contrôle, fichage, filtrage, enfermement, expulsion.

Dissimulé derrière un charabia bureaucratique (procédure filtrage, asile territoire, asile frontière), il dévoile une novlangue cynique à base de « lieux adéquats » pour parler de lieux d’enfermement et de « mesures de solidarité active » ou « flexible » entre États pour le « parrainage d’expulsions » en cas d’arrivée massive de personnes.

Il durcit le contrôle aux frontières et complexifie les procédures de droit d’asile visant à filtrer, tracer et expulser rapidement les personnes jugées non éligibles. S’y ajoute un traitement désindividualisant des personnes, une augmentation des motifs d’enfermement et de leur durée (jusqu’à 24 mois de rétention), ainsi que des violences institutionnelles, psychiques et physiques.

Sur les délais d’enfermement, on peut également évoquer le cas des zones d’attente, lieux d’enfermements aux frontières, où les personnes pourront être enfermées jusqu’à 6 mois, contre 26 jours actuellement. Il s’agira alors d’ouvrir 615 nouvelles places contre les 300 actuelles. 

Le Pacte UE tend à généraliser le partage de données (empreintes, image faciale, identité et statut) entre États membres via des bases communes (Europol, Eurodac…) et accorde une place non négligeable à l’intelligence artificielle dans le triage des dossiers. Il permet d’élaborer un système commun de « gestion des retours » afin d’accélérer les expulsions.

L’enregistrement des données biométriques (à partir de 6 ans) va se systématiser. Le fichage s’applique à toutes les étapes du parcours, de l’accès au territoire jusqu’à la déportation. Il permet de vérifier la durée du séjour, contrôler, vérifier si les personnes peuvent constituer une «menace à l’ordre public», si elles ont une mesure d’expulsion, etc… Le profilage racial et l’IA transforment toutes les personnes, y compris les enfants, en suspects potentiels.

Le budget de la France en 2026 pour lutter contre « l’immigration illégale » est de 2,16 milliards – dont 508,5 millions d’euros sur la période 2025 – 2027 pour l’application du pacte migratoire.

La loi règlement retour adoptée le 9 mars 2026


Elle obligera les États membres à «détecter» les personnes en situation irrégulière à la manière de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement, police étasunienne chargée des expulsions), en généralisant les rafles et les dispositifs de surveillance. Quelques exemples du dispositif :

-Perquisitions policières dans des domicilessans mandat judiciaire, ainsi que dans des bureaux et lieux d’hébergement d’organisations humanitaires.

-Consécration et généralisation des opérations policières massives dans l’espace public comme le déploiement de 4 000 agent·es en France en juin 2025 pour mener, à grande échelle la chasse aux sans-papiers dans les gares routières et ferroviaires, afin de les arrêter et de les placer en rétention.

-Des obligations de signalement imposées aux autorités publiques et aux services sociaux. 

-Le profilage racial et surveillance technologique :  renforcer le contrôle au faciès des personnes des personnes racisées et généraliser le fichage via des bases de données communes

-Externalisation des déportations avec les « hubs de retour » l’UE prévoit des centres de détention situés hors UE, sans précision sur la durée ni le fonctionnement, pour les déportations de demandeur·euses d’asile. Il s’agit également de renvoyer les demandeur·euses d’asile vers des pays tiers « sûrs », avec lesquels le/la demandeur·euse n’a aucun liens.

Le Parlement européen a étendu la liste des pays tiers « sûrs » le 10 février 2026 :

Kosovo, Bangladesh, Colombie, Égypte, Inde, Maroc et Tunisie. Les dossiers des ressortissant·es de ces pays pourront ainsi être examinés de façon accélérée et leur expulsion effectuée plus rapidement.

Ces pays tiers sûrs serviront également à transférer les demandeur·euses d’asile débouté·es. Cette pratique, déjà testée en Italie avec l’Albanie, pourrait désormais se généraliser à tous les États membres. 

En effet, le 6 novembre 2023, l’Italie a conclu un « accord » avec l’Albanie en vue de délocaliser le traitement de la demande d’asile de certain·e·s ressortissant·es étranger·ères de l’autre côté de ses frontières – en échange de compensation financière et de l’intégration de l’Albanie dans l’UE. Il existe actuellement deux camps, à Shëngjin et Gjader. 

Évoquons dans la même logique, l’accord conclu entre le Kosovo et le Danemark en mai 2022, mêlant enfermement judiciaire et administratif. Accord qui prévoit d’ici à 2027 la location de 300 places de prison au Kosovo pour des détenu·es étranger·es condamné·es au Danemark et devant être expulsé·es après avoir purgé leur peine

3000 places d’enfermement en 2027 ?

Actualité des projets de construction et des luttes contre les CRA

En 2023, après 40 ans de durcissement de lois anti-immigration et de politiques racistes, l’État français, a annoncé un grand plan d’augmentation des capacités de rétention administrative, afin d’atteindre 3000 places en 2027 en Centres de Rétention Administrative (CRA) et Locaux de Rétention Administrative (LRA).

Deux ans après ces annonces, où en sont les constructions et les luttes qui sont nées dans les villes concernées ?

Texte écrit conjointement par différents collectifs qui luttent contre les CRA/ LRA et le racisme d’État.

Télécharger la brochure

MOBILISATION POUR LA JOURNÉE INTERNATIONALE DES MIGRANT-ES


📢🔥 JEUDI 18 DÉCEMBRE – TOULOUSE
À l’appel de la Marche des Solidarités, des collectifs, associations, partis politiques et syndicats appellent à la mobilisation, à la grève et à une marche antiraciste
Contre le racisme d’État et l’impérialisme, solidarité avec toustes les immigré.es

NI CRA NI PRISON NI EXPULSION

14h – Projection & discussion « Les petites mains invisibles »
📍La chapelle – 36 rue Danielle Casanova

16h – AG antiraciste
📍La chapelle – 36 rue Danielle Casanova

18h30 – MANIFESTATION 📢
📍RDV Conseil départemental de la Haute-Garonne – 1 bd de la Marquette