18 mars : journée internationale de solidarité avec les prisonnier-es politiques

A Toulouse un rassemblement a été organisé par le collectif Secours Rouge Toulouse , à l’appel de 25 organisations, syndicats, collectifs et partis toulousains.

Prise de parole de Toulouse Anti CRA

La population carcérale en France n’a jamais été aussi élevée et ne cesse d’augmenter, sans que la criminalité elle n’augmente, conséquence d’un important durcissement du système pénal. 

Afin d’enfermer toujours plus et toujours plus longtemps, l’État prévoit, d’ici 2027, la création de 15 000 places de prison et de 1041 places en centre de rétention. 
À Muret près de Toulouse, un projet de construction d’une prison de 615 places est prévu pour faire de Toulouse – Seysses – Muret un des plus grands centres pénitentiaires de France.
8 nouveaux CRA vont également être construits d’ici 2029, en plus des 27 existants. 
Rappelons que les CRA sont des prisons pour les personnes étrangères. 

Rappelons également que les prisons sont des lieux de torture qui humilient, déshumanisent, détruisent et tue. 

Elles constituent l’outil central de contrôle social pour surveiller et punir les personnes racisées et issues des milieux populaires, à travers des pratiques policières et judiciaires racistes et discriminantes. 
En France, comme il n’y a pas de statistiques ethniques, on se base sur des études sociologiques qui indiquent que la grande majorité des personnes incarcérées, notamment en maison d’arrêt, sont des nationaux noires et arabes.

S’il y a besoin de le préciser, dire qu’il y a plus de personnes noires et arabes en prison n’implique pas qu’elles sont davantage criminogènes. Ces chiffres confirment simplement le système de domination et de surveillance issu des pratiques coloniales mis en place par l’État dans les quartiers populaires, ainsi que sa justice de classe et de race.
Rappelons que les personnes racisées sont contrôlées jusqu’à 20 fois plus que les personnes blanches et sont d’avantage judiciarisées, avec des sanctions plus sévères. 

Concernant les personnes étrangères, elles représentent presque un quart du total des personnes emprisonnées en France. Chaque année, la police interpelle 192 000 étrangers par contrôles au faciès. Par rapport aux personnes françaises, elles risquent 3 fois plus de passer en comparution immédiate, 5 fois plus d’être placées en détention provisoire, et 3 fois plus la prison ferme. ​​​​​​​

Nombreuses sont celles qui se retrouvent en circuit fermé entre centres de rétention et prison. Cela s’explique notamment par la criminalisation des stratégies de résistances mises en place par les détenus. Puis les liens entre les CRA et la prison se renforcent du fait de collaborations croissantes des préfectures et de l’administration pénitentiaire. 

En effet, la prison est l’occasion pour les préfectures de trier les personnes qui pourraient représenter une « menace pour l’ordre public » : motif fourre-tout et prétexte arbitraire afin de ne pas renouveler le titre de séjour d’une personne, voire de le lui retirer pour mieux l’expulser par la suite.

Les expulsions visent également et tout particulièrement les sortants de prison qui subissent ce qu’on appelle le double voire la triple peine : celle d’être enfermé en CRA après avoir été enfermé en prison et celle d’être déporté – parfois vers un pays qu’elles ne connaissent pas.

Les luttes des personnes concernées, notamment via le Comité national contre la double peine dans les années 1980-1990, avaient conduit à obtenir des protections contre les déportations. La loi asile et immigration de 2024 a marqué une importante régression en supprimant les catégories protégées pour faciliter les déportations des sortants de prison. 

Aujourd’hui, la lutte anticarcérale mobilise très peu. Il est nécessaire que cette question retrouve de l’écho afin de lutter concrètement contre les prisons, outil essentiel de l’État et de son système de domination capitaliste, patriarcal et suprématiste. La lutte anticarcérale passe par le soutien aux prisonniers et prisonnières, en mettant en lumière leurs résistances, individuelles ou collectives, trop souvent invisibilisées. 

Ni CRA NI PRISON NI EXPULSION
Solidarités avec toutes les personnes enfermées !

EXTERNALISATION DES FRONTIÈRES ET DES DÉPORTATIONS

Depuis les années 2000, la France et l’UE externalisent leurs frontières dans certains pays du sud anciennement colonisés pour bloquer le départ des personnes vers l’Europe.

Cette externalisation s’inscrit dans la politique impérialiste de l’UE. Des accords asymétriques sont passés sous forme de chantage, en coupant les « aides financières au développement» ou les engagements commerciaux si les pays ne coopèrent pas pour bloquer l’immigration. 

Cette «coopération » passe par le financement de formations policières, le renforcement des patrouilles aux frontières et la mise en place de camps dans ces pays. L’UE délègue ainsi la barbarie et s’en lave les mains. 

Les frontières tuent et représentent un business colossal pour les multinationales occidentales. Rappelons notamment le pouvoir grandissant donné à l’agence européenne Frontex avec un budget colossal de 5,6 milliards d’euros pour 2021‑2027. En 2024, l’agence a aidé les États membres à expulser plus de 56 000 personnes, marquant une forte augmentation par rapport à l’année précédente.
Une grande partie de ces déportations par vols charters, ont été organisées principalement à l’initiative de la France, l’Italie et l’Allemagne. 

Le pacte migratoire de l’UE et ce qu’il change 


Le Pacte migratoire européen adopté en avril 2024 est un ensemble de lois et de mesures actuellement en période de mise en œuvre par les États membres. Il rentrera en vigueur le 12 juin 2026.
Les mots d’ordre : identification, contrôle, fichage, filtrage, enfermement, expulsion.

Dissimulé derrière un charabia bureaucratique (procédure filtrage, asile territoire, asile frontière), il dévoile une novlangue cynique à base de « lieux adéquats » pour parler de lieux d’enfermement et de « mesures de solidarité active » ou « flexible » entre États pour le « parrainage d’expulsions » en cas d’arrivée massive de personnes.

Il durcit le contrôle aux frontières et complexifie les procédures de droit d’asile visant à filtrer, tracer et expulser rapidement les personnes jugées non éligibles. S’y ajoute un traitement désindividualisant des personnes, une augmentation des motifs d’enfermement et de leur durée (jusqu’à 24 mois de rétention), ainsi que des violences institutionnelles, psychiques et physiques.

Sur les délais d’enfermement, on peut également évoquer le cas des zones d’attente, lieux d’enfermements aux frontières, où les personnes pourront être enfermées jusqu’à 6 mois, contre 26 jours actuellement. Il s’agira alors d’ouvrir 615 nouvelles places contre les 300 actuelles. 

Le Pacte UE tend à généraliser le partage de données (empreintes, image faciale, identité et statut) entre États membres via des bases communes (Europol, Interpol, Eurodac) et accorde une place non négligeable à l’intelligence artificielle dans le triage des dossiers.

Il permet d’élaborer un système commun de « gestion des retours » afin d’accélérer les expulsions. Le budget de la France en 2026 pour lutter contre « l’immigration illégale » est de 2,16 milliards – dont 508,5 millions d’euros sur la période 2025 – 2027 pour l’application du pacte migratoire.
L’enregistrement des données biométriques (à partir de 6 ans) et l’accès aux données contenues dans les téléphones ou ordinateurs pour les confronter aux déclarations des personnes (sur le parcours migratoire, la nationalité etc.) vont se systématiser. 

Le fichage s’applique à toutes les étapes du parcours, de l’accès au territoire jusqu’à la déportation. Il permet de vérifier la durée du séjour, contrôler, vérifier si les personnes peuvent constituer une «menace à l’ordre public», si elles ont une mesure d’expulsion, etc… Le profilage racial et l’IA transforment toutes les personnes, y compris les enfants, en suspects potentiels

La loi règlement retour adoptée le 9 mars 2026


Elle obligera les États membres à «détecter» les personnes en situation irrégulière à la manière de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement, police étasunienne chargée des expulsions), en généralisant les rafles et les dispositifs de surveillance. Quelques exemples du dispositif :

-Perquisitions policières dans des domicilessans mandat judiciaire, ainsi que dans des bureaux et lieux d’hébergement d’organisations humanitaires.

-Consécration et généralisation des opérations policières massives dans l’espace public comme le déploiement de 4 000 agent·es en France en juin 2025 pour mener, à grande échelle la chasse aux sans-papiers dans les gares routières et ferroviaires, afin de les arrêter et de les placer en rétention.

-Des obligations de signalement imposées aux autorités publiques et aux services sociaux. 

-Le profilage racial et surveillance technologique :  renforcer le contrôle au faciès des personnes des personnes racisées et généraliser le fichage via des bases de données communes

-Externalisation des déportations avec les « hubs de retour » l’UE prévoit des centres de détention situés hors UE, sans précision sur la durée ni le fonctionnement, pour les déportations de demandeur·euses d’asile. Il s’agit également de renvoyer les demandeur·euses d’asile vers des pays tiers « sûrs », avec lesquels le/la demandeur·euse n’a aucun liens.

Le Parlement européen a étendu la liste des pays tiers « sûrs » le 10 février 2026 :

Kosovo, Bangladesh, Colombie, Égypte, Inde, Maroc et Tunisie. Les dossiers des ressortissant·es de ces pays pourront ainsi être examinés de façon accélérée et leur expulsion effectuée plus rapidement.

Ces pays tiers sûrs serviront également à transférer les demandeur·euses d’asile débouté·es. Cette pratique, déjà testée en Italie avec l’Albanie, pourrait désormais se généraliser à tous les États membres. 

En effet, le 6 novembre 2023, l’Italie a conclu un « accord » avec l’Albanie en vue de délocaliser le traitement de la demande d’asile de certain·e·s ressortissant·es étranger·ères de l’autre côté de ses frontières – en échange de compensation financière et de l’intégration de l’Albanie dans l’UE. Il existe actuellement deux camps, à Shëngjin et Gjader. 

Évoquons dans la même logique, l’accord conclu entre le Kosovo et le Danemark en mai 2022, mêlant enfermement judiciaire et administratif. Accord qui prévoit d’ici à 2027 la location de 300 places de prison au Kosovo pour des détenu·es étranger·es condamné·es au Danemark et devant être expulsé·es après avoir purgé leur peine

Camp de migrants géré par l’Italie, situé dans un ancien camp militaire en Albanie

Les prisonniers du centre de rétention de Toulouse transmette leur vidéo et appellent à la solidarité

Ils ont réussi à envoyer cette vidéo bien que les téléphones avec caméra soient interdits.
Ils demandent que leurs revendications et leurs résistances soient diffusées et partagées.
Soutenons-les ! Soutenons leur résistance qui crée des solidarités face à l’isolement et la déshumanisation des CRA qui est quotidienne dans ces prisons où les personnes sont humiliées, maltraitées et subissent les violences policières.

En France, on dénonce la violence de l’ICE, la milice de Trump, et ses camps pour étrangers. Mais ici aussi, on traque les personnes étrangères : la police interpelle 192 000 étrangers par an avec des contrôles au faciès. Et entre 40 000 et 50 000 personnes étrangères sont enfermées chaque année par l’État français dans les 27 CRA du territoire où règnent l’arbitraire policier et des conditions de détention indignes.

Force et soutien à toutes les personnes enfermées au CRA de Toulouse et ailleurs !
Ni CRA, ni prison, ni expulsions
A bas le racisme d’État et l’impérialisme 🔥

3000 places d’enfermement en 2027 ?

Actualité des projets de construction et des luttes contre les CRA

En 2023, après 40 ans de durcissement de lois anti-immigration et de politiques racistes, l’État français, a annoncé un grand plan d’augmentation des capacités de rétention administrative, afin d’atteindre 3000 places en 2027 en Centres de Rétention Administrative (CRA) et Locaux de Rétention Administrative (LRA).

Deux ans après ces annonces, où en sont les constructions et les luttes qui sont nées dans les villes concernées ?

Texte écrit conjointement par différents collectifs qui luttent contre les CRA/ LRA et le racisme d’État.

Télécharger la brochure

Un prisonnier du centre de rétention de Toulouse a avalé des piles pour résister à sa déportation vers la Tunisie

Au lieu de le transférer à l’hôpital pour être soigné, il a été enfermé dans une cellule de l'infirmerie, à la merci des policiers qui l'ont frappé et insulté. 
Le médecin l'a vu 24h plus tard, lui a donnée des comprimés. Il a été remis dans sa cellule, il a actuellement encore les piles dans l'estomac.

Son témoignage
« Ils m’ont mis dans une cellule, je suis tout seul depuis hier. Ils m’ont dit « t’es un chien, tu restes comme ça sans rien, sans télé, ni chaussettes, ni claquette ». Le policier m’a frappé avec son pied, j’étais par terre parce que j’ai mal au ventre, il m’a dit « lève toi, arrête ton cinéma ». Ils m’ont pas ramené de couverture, j’ai très froid. Ils ont mis le plateau du repas derrière la porte. Je mange pas. Je vais mourir c’est mieux.

C’est pas une vie. Même la Cimade vient pas. La Cimade c’est pour la forme. Avec qui je dois parler ? L’infirmier il est comme le policier. C’est comme la garde à vue. Il m’a donné un gobelet pour faire pipi. Depuis qu’il m’a donné le médicament, j’ai mal au ventre, j’ai mal au pied, j’arrive pas à bouger. C’est pas normal, je suis pas un chien moi ! Ici y’a personne pour nous défendre, j’ai toujours pas vu le médecin, j’ai des piles dans le ventre, de l’acide ! J’ai un fil dans mon pantalon, je vais faire quelque chose pour mourir.

Avec le fil de mon pantalon, toute la nuit je me disais « maintenant… maintenant…maintenant » [pour mourir]. Je vois rien, je suis comme un chien. Je veux pas retourner au bled, je préfère être mort plutôt que de retourner au bled. Je vais reprendre des piles. Il n’y a pas de médecin, que des infirmiers. Je bois pas le verre qu’ils me donnent, j’ai pas confiance. C’est la police, c’est pas des médecins. Ils m’ont même pas donné mon téléphone, ils avaient peur que je le mange.
Si je retourne au bled et que je peux plus envoyer de l’argent à ma mère, on meure tous les deux. »

Après la visite du médecin qui l’a autorisé à retourner dans son secteur, il a demandé à la police de le sortir de l’isolement qui l’a insulté en retour: « ​​​​​​​La police il m’a dit « nique ta mère » c’est normal ça ? Qu’est-ce que j’ai fait moi ? »

Mise à jour le 28 janvier 2026

Samedi 24 janvier, les co-détenus de K. très inquiets de son état de santé, ont appelé les pompiers pour lui venir en aide car il avait de fortes douleurs au ventre et ne se nourrissait plus. La PAF a refusé que les pompiers interviennent leur indiquant que K. était sous surveillance et qu'il n'y avait pas d'urgence.

Après une mobilisation (1), l'administration du CRA a décidé de l'emmener à l'hôpital de Purpan faire une radio mardi 27. Le personnel de santé lui a fait une radio et rien d'autre, le médecin lui a dit : "je connais la prison, je travaille avec, tu fais du cinéma". "Les policiers étaient tout le temps là. Ils rigolaient" témoigne K.
Aucune explication de la part des médecins ne lui a été donné et K. a été ramené au CRA, toujours avec les piles dans le ventre. Il n'a pas eu accès à son dossier médical avec le résultat de la radio.
Le médecin du CRA a indiqué qu'il repassera une radio la semaine prochaine et lui a donné un médicament.

(1) https://www.mediacites.fr/breve/toulouse/2026/01/26/en-retention-pres-de-toulouse-il-choisit-davaler-des-piles-plutot-que-lexpulsion/
Mise à jour le 01 février 2026

K. est passé devant le Juge des libertés et de la détention (JLD) pour l'enfermement des 60 jours. L'audience a eu lieu dimanche 1 février. La juge a décidé de la libération de K. mais avec une assignation à résidence (AAR) de 45 jours avec signature au commissariat du lundi au vendredi (en attendant son expulsion)*.

Comme c'est souvent le cas, les personnes subissent une autre forme d'enfermement : l'AAR qui permet de les déporter à tout moment. La libération du CRA ne signifie pas que les mesures d'expulsion OQTF, IRTF, etc sont levées. Elles dépendent d'une autre juridiction, les recours se font au tribunal administratif ou au tribunal judiciaire pour les ITF (interdiction de territoire français)

Les mesures d'expulsion sont difficiles à lever (voir notre https://toulouseanticra.noblogs.org/files/2026/01/brochure-enfermement-au-cra-A5.pdf).

K. a toujours une OQTF (obligation de quitter le territoire) et une IRTF (interdiction de retour sur le territoire français) de 2 ans. Il risque donc à tout moment de se retrouver à nouveau enfermé en CRA puis déporter.

K. est sorti du CRA grâce à sa résistance au point de mettre sa santé et sa vie en danger. Sa résistance a été soutenue à l'intérieur et à l'extérieur et a poussé le préfet à annuler le vol prévu le 27 janvier.
K. a ainsi pu passer devant le JLD le 1 février.

A sa sortie du CRA, K., qui n'a pas de famille dans la région, s'est retrouvé sans argent, sans téléphone, dans la périphérie isolée où se situe le centre, toujours une pile dans le ventre : un clair prolongement de la maltraitance qu'il a subi, et que tous les détenus subissent, à l'intérieur.

Force à lui pour la suite !

* "...que la présente assignation à résidence est établie à son encontre le temps nécessaire à l'organisation de son voyage de retour vers son pays d'origine ou vers tout pays dans lequel il est légalement admissible et qu'il peut à tout moment être convoqué pour son départ dont le lieu et l'heure lui seront communiqués au moins un jour à l'avance..."

Témoignages de personnes enfermées au CRA de Toulouse et derniers chiffres du ministère de l’intérieur

Comment l’État crée des personnes « sans-papiers » et organise leur enfermement et leur déportation

Nous relayons les témoignages de personnes enfermées au centre de rétention administratif (CRA) de Toulouse Cornebarrieu rencontrées ces derniers temps. Elles rapportent les maltraitances physiques, médicales et psychologiques qu'elles subissent quotidiennement. Cette violence est systémique, volontaire et organisée - on la retrouve dans tous les CRA. Elle constitue la raison d'être de ces centres - outils au cœur de la stratégie répressive déployée par l'État français contre les personnes étrangères.

Le ministère de l’intérieur est fier de transmettre ses derniers chiffres : ceux d’une machine d’État qui transforme des personnes en « sans-papiers », en travailleurs-euses surexploité.es et en prisonnier.es à expulser.

Depuis la circulaire Retailleau de janvier 2025 qui renforce la loi Asile et Immigration de 2024 dite Darmanin, la régularisation « doit demeurer une voie exceptionnelle ». Les effets sont massifs : 

• 42 % de régularisations en moins sur les 9 premiers mois de l'année 2025, par rapport à la même période en 2024

54 % de baisse pour les régularisations au titre du travail

• 58 % de baisse pour les régularisation au titre de la vie privée et familiale

L’admission exceptionnelle au séjour (AES) est désormais presque inaccessible : elle est conditionnée à 7 ans de présence, une maîtrise certifiée du français, l’absence de menace à l’ordre public (attribuée arbitrairement par les préfectures) et l’absence d’OQTF préalable.

Même les titulaires d’une carte de séjour de 10 ans peuvent se retrouver sans papiers face à la difficulté du renouvellement. Selon la circulaire Retailleau, tout refus de titre de séjour doit désormais être assorti automatiquement d’une OQTF, valable trois ans depuis la loi de 2024. Ainsi, certaines personnes se retrouvent forcées de rester dans la clandestinité pour éviter le risque de recevoir une OQTF en se rendant à la préfecture.

Témoignage de M. A : M. A est au CRA depuis 55 jours. Il a pris 10 mois de prison pour une ITF (Interdiction de Territoire Français) et à la sortie de prison, il a été emmené au CRA directement.

« Dans le secteur E : il y a 2-3 personnes par chambre, 21 personnes en tout, certains dorment par terre. E est le meilleur secteur, A et B sont les pires. Il y a une 1 playstation mais les flics ont la télécommande. Il y a deux équipes de flics à l’intérieur. Une dont les flics sont ‘humains’, l’autre en roue libre : provoquent les détenus, frappent quand ils demandent du pain, n’allument jamais leurs caméras, peuvent frapper à 5 une personne avec une matraque, envoient tous les jours des gens au mitard, 5 jours minimum – tu restes pendant tout le temps avec les habits que t’as, tu prends pas de douche, il y a un ventilateur qui donne froid.
Ils n’aiment pas quand les détenus parlent français parce qu’ils comprennent tout. Un flic qui comprend l’arabe a traduit à son collègue ce que disait en arabe un détenu qui disait des insultes à cause de la bouffe.
Je fumais une cigarette, le flic m’a dit ‘tu ne fumes pas devant moi’, je répond que j’ai le droit, son collègue vient en sortant son taser. Hier, ils ont coupé l’eau de 20h à 7h du matin. A l’interphone, un gars demandait juste des bouteilles d’eau car il avait soif, les flics l’ont sorti et l’ont poussé au torse en lui disant d’arrêter de les harceler. Dehors, la cour c’est dégueulasse, ils ne font pas le ménage, il y a plein de trucs au sol, et encore, c’est la plus propre des cours des secteurs. 
La bagagerie, c’est quand ils veulent. C’est ouvert que sur les heures de promenade (13h30-14h15). Et des fois ils ouvrent pas en disant : ‘non on est en train de manger’. Et après ils ouvrent à 14h14 en disant : ‘c’est fini, c’est fermé’. Ici ça rigole pas par rapport à la prison. Là-bas tu peux rigoler avec eux. J’ai la haine contre eux à cause d’ici. [A la CIMADE] il y a un monsieur gentil et trois dames pas sympas du tout. Quand j’y vais je n’attend rien d’eux, je demande le nom de l’avocat et c’est tout. Ils sont pas avec nous ».

Témoignage de R.O. : R.O. explique qu’il a été mis au mitard pour des « insultes » – les flics exigeaient des excuses. Il a passé « une nuit de misère dans le froid, sans couverture, sans pantalon », il n’a pas dormi. C’est le docteur qui l’a fait sortir.

« Certains prennent des médicaments pour dormir pour être des légumes et laisser tout passer. J’étais bien en prison, je te mens pas quasiment tout le monde vient de prison, si j’avais su que c’était comme ça je serais resté en prison, mais là on attend que les 3 mois passent. [Les flics], j’ai compris qu’il fallait pas parler avec eux. Y’a un groupe c’est des humains, mais le groupe d’aujourd’hui, non. Il y a de la solidarité, obligé sinon on va crever. Devant le juge, j’avais même pas été calculé, t’as l’impression que personne te calcule, on te dit ‘pourquoi tu veux sortir?’, ‘mais à ton avis !??’. On mange mal, on est maltraité, tu veux du pain en plus il y en a pas, le soir on crève de faim, il y a que des sucreries c’est super cher. J’ai hâte de voir la liberté, ça fait 10 ans que je suis enfermé.
C’est pire que la prison, 6 mois de prison ou 3 mois ici je prend la prison parce que en prison tu fais à manger toi même etc. Yen a un il se plaint, il a mal dans son genou, ils lui donnent pas de médicaments. »

Témoignage de L.R : « Je suis rentré en France à l’âge de 14. Je suis passé par l’ASE, j’ai été arrêté pour conduite sans permis, refus d’optempérer, j’ai eu 18 mois de prison mais j’ai fait 14 mois pour bonne conduite. A la sortie de la prison, ils m’ont ramené ici au centre. Ils viennent de me me prolonger.  J’ai même pas de passeport ici. Ils m’ont mis 5 ans d’ITF (Interdiction de Territoire Français) alors que j’ai pas de passeport pour partir, je comprends rien. »

Témoignage de S.B. : « J’ai bientôt 28 ans, je suis algérien. Je suis depuis un mois et demi au CRA. Je suis depuis 7 ans en France, diplômé, je travaille avec des fiches de paie, pas de black. Je travaillais à Paris. Je suis descendu pour travailler à Toulouse, on m’a contrôlé et j’ai fait une semaine ici puis ils m’ont relâché mais pour me recontrôler une semaine après et me renvoyer ici, et maintenant ça fait un mois et demi que je suis là. Je peux pas manger tout parce que j’ai un dentier, je leur ai dit de me donner surtout du riz ou des pâtes mais ça a rien changé. »

DES PRISONNIERS DU CENTRE DE RÉTENTION DE TOULOUSE EN GRÈVE DE LA FAIM

Les prisonniers du CRA de Toulouse, en grève de la faim, nous ont contacté pour témoigner de leur condition d'enfermement et de leur lutte. La question des repas est récurrente dans tous les CRA, les personnes sont affamées. Cette maltraitance fait partie d'un système de torture avec de nombreuses violences exercées par l’administration et la police aux frontières à l’encontre des personnes étrangères. 

« On est dans le centre de rétention administratif de Toulouse. On fait grève de la faim dans le secteur B et C, pour la liberté et à cause des repas. On mange un repas par jour, on mange un bout de pain et une compote, les plats puent, c’est immangeable. Un humain peut pas manger ça. On a dit aux policiers on mange pas jusqu’à qu’ils trouvent une solution.

On n’a pas de droit, ya pas de loi pour nous. On a besoin de la voix, personne nous entend, personne n’est avec nous. Quand tu parles avec la police, ils disent « si vous mangez pas, mon chien il aime bien ça », ils nous prennent pour des chiens. Ils disent vous pouvez rester 15 jours sans manger, ça changera rien.

Le secteur C refuse les repas aussi, on a vu les flics en train de frapper quelqu’un, ils l’ont emmené au mitard.

On est arrivé à bout, c’est une maltraitance, ils nous travaillent sur la tête, c’est une politique. On arrive pas à manger, à penser bien, on n’a pas de téléphone, ça nous fait sortir de la société. Les policiers ont dit d’aller parler à la Cimade, c’est férié y’a personne et nous on galère ici. J’essaie de contrôler les nerfs, y’a des gens ici qui prennent des trucs, ils sont nerveux. On n’est pas des criminels. On est là pour des problèmes administratifs. 

Moi ça fait 8 ans que je vais à la préfecture pour déposer mon dossier. C’est la France qui nous laisse pas régulariser nos papiers. J’ai des fiches de paie, des diplômes, je paye des impôts, j’ai travaillé partout.

Et ici ils te parlent comme à une merde. On patiente, on patiente après c’est la limite. Les policiers nous ont ramené des policiers arabes pour parler avec nous, pour nous consoler. Ils nous disent « mangez du pain ». Soit vous êtes avec nous soit non, comment tu dis mange du pain ? Ils ont dit « oui c’est vrai, personne peut manger ça, la situation ici est difficile ». Mêmes les prisonniers qui viennent de sortir de prison, ils disent je préfère rester 3 mois en prison qu’ici. ça veut dire qu’on est pire que des criminels, les blédards sans papiers. 

On a un problème avec la graille ça sert à rien de casser les trucs, si on casse la télé, on sera sans rien après. On va se parler entre nous, on va être solidaires. Les fics nous menacent, ils ont dit si vous faites du bordel, ça va se passer mal. Ils vont faire quoi ? ils vont nous tuer ? Y’a pas besoin de nous menacer. Déjà vous m’avez éloigné de ma femme et mon fils, vas-y mets moi une balle dans la tête, dis moi on tue les arabes et ça y est. La peur je la connais pas, j’ai traversé la mer, et la plupart on est comme ça ici, c’est pas la peine de nous menacer, on connait pas la peur. »

Les CRA tuent à l’abri des regards. Soutien à tous les prisonniers !
Ni CRA ni prison ni expulsion !

MOBILISATION POUR LA JOURNÉE INTERNATIONALE DES MIGRANT-ES


📢🔥 JEUDI 18 DÉCEMBRE – TOULOUSE
À l’appel de la Marche des Solidarités, des collectifs, associations, partis politiques et syndicats appellent à la mobilisation, à la grève et à une marche antiraciste
Contre le racisme d’État et l’impérialisme, solidarité avec toustes les immigré.es

NI CRA NI PRISON NI EXPULSION

14h – Projection & discussion « Les petites mains invisibles »
📍La chapelle – 36 rue Danielle Casanova

16h – AG antiraciste
📍La chapelle – 36 rue Danielle Casanova

18h30 – MANIFESTATION 📢
📍RDV Conseil départemental de la Haute-Garonne – 1 bd de la Marquette

Témoignages de personnes enfermées au centre de rétention de Toulouse Cornebarrieu

Nous relayons les témoignages de personnes enfermées au centre de rétention de Toulouse Cornebarrieu rencontrées lors de visites au parloir ces dernières semaines.
La situation pour les Algérien.nes est toujours la même, les préfectures n'obtiennent pas de laissez-passer de l'Algérie pour les expulser et les juges des libertés et de la détention maintiennent quand même les personnes en CRA.
Les conditions de vie sont, comme toujours, indignes et déshumanisantes : racisme, violences policières, mauvaise nourriture, les prisonniers ont faim, absence de soins médicaux, de nombreuses personnes malades ou souffrant de troubles psychiques sont maintenues enfermées.
L’objectif de l’État est d’enfermer systématiquement les sortants de prison et d’appliquer la double peine. Pour rappel, cela consiste à enfermer au CRA puis à déporter les personnes alors qu’elles ont purgé leur peine de prison.

Témoignage de L. H :
L. H a refusé un premier vol pour le Maroc et pour résister au second vol programmé, il a avalé des piles et des pièces de monnaies. Il a perdu connaissance et a été emmené à l’hôpital pour un lavage d’estomac. A la suite de son hospitalisation, il a été mis directement dans l’avion.
Nous avions parlé avec L. H. entre les 2 vols de déportation :
« Je suis arrivé en France à 11 ans… J’ai fait 5 ans de prison, ma carte séjour a périmé pendant la prison et le renouvellement n’a pas été autorisé. Ils m’ont mis une OQTF et j’ai été emmené à l’aéroport direct. Ça m’a choqué, je m’y attendais vraiment pas. J’ai grandit ici – je voulais ressortir pour retrouver ma famille qui est là, on m’envoie à l’aéroport pour aller au Maroc directement. Ça fait des années, j’ai personne au Maroc. Je suis en train de faire toutes les démarches, j’ai pris un avocat et tout. Je préfère crever que partir au Maroc, je vous jure, j’ai même eu des idées bizarres qui me sont passées par la tête. J’ai toute ma famille qui est ici, du jour au lendemain on veut m’envoyer au Maroc. J’ai déjà envoyé un dossier au juge, il l’a pas encore lu, entre temps on m’a déjà pris un billet d’avion. On m’éloigne de ma famille. Ma faute je l’ai payée, mais là c’est mon avenir, je suis au bord du suicide, la vérité, sincèrement, j’ai l’impression que j’existe même plus, j’ai l’impression qu’y a plus de loi. Je travaille depuis que j’ai 16 ans, j’ai tous les documents, depuis mes 18 ans j’ai mon premier CDI. On dirait c’est fait exprès, même si on tient le coup, à la fin ça passe, y’a plus de quoi tenir. J’ai ma femme qui est dehors elle a besoin de moi, elle est enceinte elle va bientôt accoucher. Je suis épuisé, on me ramène au CRA je suis encore plus épuisé. Ma femme elle prend 2 jours rien que pour venir me voir elle vient de Marseille pour me voir, ça coûte 300-400 euros rien que pour des allers retours. Ma mère pareil, elle habite actuellement à Montpellier, je suis loin de tout le monde c’est une galère. J’ai pas besoin de gâteaux, de bonbons, j’ai besoin de ma liberté j’ai besoin de retrouver ma famille au plus vite. J’attire pas l’attention j’ai l’impression. Il faut se faire du mal pour attirer l’attention vous voyez ce que je veux dire ? On me traite de la pire des manières. »

Témoignage de B. K : 
« Il y avait un Palestinien avec nous dans le secteur A. Il y a surtout des Algériens, quelques marocains et ce Palestinien, il est sorti, il est resté que 4 jours. Il a passé 2 ans à Seysses parce qu’il a fait une vidéo où il a parlé d’Israël. Il est resté 2 ans à Seysses dans le secteur des gens dangereux. Ils sont allés le chercher chez lui, ils ont fait une perquisition chez lui. 
À Toulouse c’est pire qu’à Marseille le centre, ici les flics la police ils sont méchants ils tapent les gens au cachot pour pas qu’on les voit. L’autre jour quelqu’un ne voulait pas manger, le flic lui a dit mange, il a dit non c’est une gamelle, le flic lui a dit « tu es un chien c’est pour toi ». Le gars, il a dit quelque chose pour se défendre, le flic l’a emmené au cachot pour le frapper. J’ai remarqué et j’ai fait attention, c’est dommage on a pas de téléphone pour prendre des photos, les plats qu’on mange pas ils les remettent le lendemain même s’ils sont périmés. Au secteur A, il y a que des Algériens et il y a pas de laissez-passer de l’Algérie, on est là pour rien. Dans ce secteur il y a pas la télé, il y a rien il y a pas de jeu, il y a rien, la bouffe est dégueulasse. Au centre de Nice, un algérien a été attaché et scotché pour être expulsé avec une escorte dans l’avion quand il est arrivé à l’aéroport en Algérie il était blessé et ses vêtements étaient déchirés. La police algérienne a demandé pourquoi il était comme ça, il a dit qu’il ne voulait pas être expulsé, la police a demandé à renvoyer le gars en France. »

Témoignage de M. K :
« Moi c’est la deuxième fois qu’ils m’ont envoyé au CRA, j’ai un garçon français de 4 ans. Je suis arrivé en 2002 en France, j’ai fait la maternelle, le collège, j’ai tout fait. Sauf que je suis rentré 14 ans en prison, tu vois le délire, c’est mon casier, il est sale. Et de là, l’année dernière je suis venu, je suis venu ici, j’ai fait trois mois pleins. J’ai rien à faire ici, je suis arrivé par visa par regroupement familial pour me faire une opération, j’avais un kyste à l’œil. Et voilà, j’ai fait mes papiers, mais j’ai grandi, je suis rentré dans la délinquance, en fait. Mon titre de séjour, il a périmé en 2024, j’étais en prison, j’ai pas pu le refaire. Je suis sorti, ils m’ont envoyé au centre, j’ai fait trois mois. Ils savent que je suis assigné à résidence chez ma mère, à Empalot. Ça fait 15-20 ans là-bas que c’est toujours la même adresse. Je suis sorti, j’ai signé mercredi, vendredi, mercredi, vendredi pendant un mois et demi. Jusqu’à que un soir, je me suis endormi au volant dans ma voiture, le moteur allumé. Et ils sont venus pour bruit sonore parce que j’ai un Golf R, il fait du bruit quand tu le laisses en mode parking. Et moi ça faisait deux jours que j’avais pas dormi, je m’étais endormi au volant, mais garé, devant chez moi. Ils sont venus, ils m’ont dit conduite sans permis, pas conduite sans permis, alcoolémie, pas alcoolémie. J’avais un petit peu de liquide sur moi. Et bref, ils m’ont pris en garde à vue, moi j’ai cru que j’allais sortir. Je me suis retrouvé avec 10 mois de prison, parce que je dormais dans ma voiture, le moteur allumé. Je suis sorti, et depuis, je suis là au CRA. Lundi, ça fait un mois. Mais moi, je le sais qu’ils vont me garder 90 jours, de toute façon. C’est ma deuxième fois au CRA. Je suis Algérien, c’est pour ça que je t’ai dit moi c’est 3 mois c’est juste pour me faire mal aux fesses sans être impoli, ils savent très bien qu’ils peuvent rien faire de moi. Moi je suis né à l’ancienne chez ma grand-mère, chez elle. Je suis même pas né à l’hôpital ça veut dire le consulat d’Algérie ils me connaissent pas. Je suis jamais allé en vacances en Algérie. Je suis jamais allé nulle part, je suis jamais sorti de la France, tu vois ce que je veux dire ? Ça veut dire, y a personne qui me connaît de nulle part, y a que la France qui me connaît. Tu veux m’envoyer en Algérie ? Ok, je veux bien. Mais tu veux m’envoyer chez qui, s’il te plaît ? Franchement, tu veux que je te dise quoi, moi ? Je sais pas. C’est invivable, y a pas de frigo, y a rien. T’as le droit de faire rentrer 5 articles, avant on avait le droit de faire rentrer un sac entier, tu vois ? Et ils ont fait exprès de nous interdire les boissons parce qu’il y a des boissons, tu peux les acheter à la machine, mais la petite bouteille de coca, elle coûte 2,50 €. Tu vois ce que je veux dire ? C’est parce qu’il font un magnifique bénéfice, c’est pour ça ils ont interdit les bouteilles, […] La police je te mens pas, il y a des bons et des mauvais partout, comme dans le SAMU, comme dans les pompiers, comme dans tout, tu vois.” 

Témoignage de H. B :
« J’ai été arrêté à Sète alors que je venais en France pour récupérer des papiers pour faire ma demande de renouvellement de passeport en Espagne. Je sais déjà ce qu’ils vont faire moi – parce que je me renseigne sur internet, et avec mon vécu ! Avant que je parle ils vont me rajouter un mois de plus, c’est déjà décidé. Je peux pas accéder à mon Gmail pour envoyer les papiers en Espagne. J’ai rien, ni cigarettes, ni vêtements, tout est mouillé, il fait froid. C’est Alcatraz ici, ils disent retenu mais c’est de la détention. Au tribunal on se met debout, on parle dans le vide, ça a été programmé, ils croient qu’on est bêtes. Il y a beaucoup de jeunes, moi j’ai 41 ans. Ils m’ont relâché, je suis allé à la gare pour quitter la France, la PAF m’a contrôlé et il m’ont ramené, ils veulent nous expulser mais ils nous laissent même pas partir ! La nourriture sincèrement c’est de la merde, il y a des trucs qui ont atteint la date de péremption, c’est végétarien il y a pas de viande, parfois du poisson entre guillemets. C’est Alcatraz faut voir comment c’est franchement. Pour nous les Algériens c’est difficile de refaire le passeport à cause de ce président de merde là. J’ai un asile en Espagne »

Si les préfectures et l’administration pénitentiaire collaborent depuis longtemps pour expulser les sortants de prison, la loi de janvier 2024 et la circulaire Retailleau d’octobre 2024 généralisent la double peine, facilitée notamment par « la menace pour l’ordre public ». La circulaire Retailleau appelle les préfectures à retirer les titres de séjour des personnes qui représentent une « menace » et à distribuer des arrêtés d’expulsion et des OQTF. Il n’existe aucune définition de la « menace pour l’ordre public », c’est laissé à l’appréciation de l’administration qui l’utilise très largement, par exemple pour des délits mineurs, comme le vol ou la mendicité. « La menace grave pour l’ordre public » permet, elle, de supprimer toutes les protections contre l’expulsion hormis le fait d’être mineur. Ainsi, les personnes ayant des enfants ou étant en France depuis l’enfance peuvent être expulsées si la préfecture a décidé de façon totalement arbitraire que ces personnes représentent une menace pour la société française.