« Les flics sont venus m’arrêter sur mon lieu de travail : un collègue m’avait dénoncé en disant que j’avais des faux papiers français »

Nous publions les témoignages de personnes enfermées au centre de rétention de Toulouse rencontrées au parloir en mai et juin 2026.

Concernant les déportations vers l’Algérie : cinq Algériens ont été déportés depuis la Haute-Garonne le mois dernier. Après plusieurs années de refus, le consulat algérien recommence, dans certains cas, à délivrer des laissez-passer. À Toulouse, le consul se rend au CRA régulièrement pour rencontrer ses ressortissants afin d’émettre ou non un laissez-passer qui permettra leur déportation si ces derniers n’ont pas de passeport valide. Cependant l’Algérie refuse que les personnes déportées soient accompagnées d’une escorte de policiers. Les escortes sont diligentées par la PAF pour contraindre la personne à partir et l’empêcher de résister. Celle-ci est bâillonnée, casquée et attachée afin d’éviter toute résistance à bord de l’avion. Dans ce cas, il arrive que le pilote décide de la faire descendre de l’avion, notamment lorsque les passagers se solidarisent avec la personne et protestent.

Le 12 juin le Pacte migratoire de l’UE est entré en vigueur et le 17 juin le loi Règlement retour a été votée par le parlement européen où des députés de droite et d’extrême droite ont scandé « send them back » pour se féliciter de l’adoption de cette loi raciste qui va considérablement renforcer la chasse aux personnes étrangères, leur enfermement et leur déportation.

Retrouvez notre article sur le Pacte migratoire et la loi Règlement retour sur le blog : https://toulouseanticra.noblogs.org/critiques/

Également les articles de Migreurop : https://migreurop.org/article3596.html?lang_article=fr

Témoignage de A.B. : « Je suis né au Maroc en 71 mais je suis en Italie depuis 96 et j’ai une carte de séjour longue durée depuis 2008. Aujourd’hui je vis dans le Tarn avec ma femme et mes enfants. Je travaille à l’Intermarché de Montauban, je suis préparateur de commande. Le 2 mars, les flics sont venus m’arrêter sur mon lieu de travail : un collègue m’avait dénoncé en disant que j’avais des faux papiers français. Ils m’ont amené chez moi et ils ont perquisitionné ma maison, ma femme et mes enfants dormaient, ils ont pris mon passeport marocain et ma carte de séjour italienne puis ils m’ont mis en garde à vue pendant 4H.
Après j’ai reçu une OQTF et une ITF d’un an. Ils m’ont dit que je passerais au tribunal le 18 juin. Mais d’ici là il fallait que j’aille signer à la gendarmerie tous les lundi, mercredi et vendredi. Un jour je suis allé signé et ils ont dit – on a un vol pour toi pour le Maroc, tu acceptes ? J’ai dit – non, j’attends mon jugement le 18. Puis le 22 mars, en allant signer, ils m’ont arrêté et ils m’ont enfermé au CRA. Ils ont recommencé – on a un vol pour toi demain pour le Maroc et moi j’ai dit – non, j’attends de passer devant le juge ! parce que tu passes devant le juge 4 jours après être entré au CRA. Maintenant ils m’ont programmé un vol pour le 12 juin et comme j’ai refusé les précédents, ils ont dit qu’ils allaient me mettre une escorte. Même si on m’envoie au Maroc, je retourne direct en Italie. Je leur ai dit – envoyez moi en Italie, j’ai mes papiers là bas ! mais ils s’en foutent. Tout ce que j’espère c’est qu’il vont me rendre ma carte de séjour italienne. »
A.B a finalement été déporté au Maroc le 12 juin, on ne sait pas si la préfecture lui a rendu sa carte de séjour italienne.

Témoignage de K.A. 
: « Depuis 2017 j’ai mal aux hanches mais on me dit que j’ai rien et je passe pour un fou. En 2019 je suis rentré en prison, en 2023 transféré à Muret jusqu’en 2026, j’ai jamais été soigné, juste ils m’ont donné du tramadol, tous les jours. Là ça fait 25 jours que je suis au CRA et que je demande à voir le médecin mais les flics ils me poussent et ils disent que le médecin il est pas là. Alors moi j’insiste tu vois ? J’insiste et d’un coup le médecin il est là, il apparait ! Je l’ai vu, il m’a pas consulté, pas touché, rien ! Juste il m’a posé des questions. Je lui ai dit que je voulais faire une radio, des examens, que j’avais le droit d’être soigné. Il a répondu – je suis chez moi, je fais ce que je veux. Il m’a donné un anti-inflammatoire ! Mais moi je peux pas marcher, j’ai mal tout le côté gauche ! C’est pas un médecin, c’est la mafia. Des fois j’ai trop mal pour aller manger mais les flics ils s’en foutent, ils disent que je refuse le repas. La Cimade j’ai été les voir, ils font rien, ils sont complices, ce matin ils m’ont répondu – on n’est pas dieu. »

Témoignage de O.C. :
J’ai fait un an de prison, c’était pire qu’ici, enfermé h24 dans une cellule minuscule avec deux autres gars. Ici tu vas tu viens, la cellule elle est grande. Quand je sors, je reste pas en France, je vais en Italie – y’a mon père et mon frère là bas. En Tunisie y’a rien, tu travailles toute la journée tu gagnes 50 dinar, tu sors, tu manges tu bois un coup : 60 dinar. Tu peux rien faire. Ils peuvent m’expulser, je reviens en Italie, je suis jeune, c’est pas la première fois, ils croient quoi ? Comment je suis arrivé ici ? J’ai pris un bateau, Tunisie – Italie. Le gars avec qui j’ai fait la traversée, il est resté, j’aurai du faire pareil, regarde où je suis moi ? on m’avait dit la France c’est bien, c’est mieux. J’ai vu la France et c’est pas bien : regarde où je suis ? »

Témoignage de I.L. : « Je suis arrivé en France à 15 ans, j’ai été pris en charge comme mineur isolé à Lyon, j’ai mon diplôme de CAP, j’ai des fiches de paie, j’ai tout mais ici ils s’en foutent ! A l’audience ils faisaient que répéter menace pour la France, menace pour la France. Moi j’ai tout fait pour être en règle.

A chaque fois que j’allais à la préfecture pour ma demande de titre de séjour j’amenais un CDI, une fiche de paie, à chaque fois ! Mais eux ils me donnaient un récépissé de trois mois puis ils mettaient 6 mois à la renouveler ! Alors l’employeur il voulait pas me garder, ils disaient ton récépissé il est périmé. Et ça pendant 4 ans ! Après je suis venu à Toulouse, j’ai été pris pour stup et maintenant ils me disent que je suis une menace pour la France. Je suis sorti de Seysses après 13 mois pour bonne conduite mais à la sortie ils m’ont amené direct au CRA.

Ça fait 6 jours que je suis en grève de la faim – je préfère être hospitalisé que rester ici. Ils sont pas humains les flics. Je mange pas et ils me disent que je suis un comédien. Quand j’ai eu ma première audience, ils m’ont pas ramené au tribunal l’après midi pour connaitre la décision du juge. Puis le lendemain ils m’ont donné un papier qui disait que je prenais 26 jours supplémentaires. Et là où j’étais censé signé, y’avait écrit – refus de signer, avec la date de la veille. Mais j’ai rien refusé moi, je l’avais même vu le papier – tu vois comment ils font ici ? Comme l’OQTF ! Il me l’ont mise quand j’étais en prison sauf que je l’ai jamais reçue. Pourtant je recevais le courrier des impôts qui me disait que j’avais pas payé ceci cela. Alors pourquoi j’ai pas reçu le refus de titre de séjour doublé de l’OQTF ? Pour pas que je conteste ! Parce que t’as que 48H pour contester. Je suis déprimé.

Y’a des gars ici qui sortent parce qu’ils ont aucun papier, rien, la préfecture les trouve pas. C’est injuste. Moi j’ai tout alors ils me gardent pour m’expulser dans mon pays d’origine, en Côte d’Ivoire. Y’a beaucoup d’Algériens ici et je sais pas c’est quoi les accords entre l’Algérie et la France mais les gars ils font trois mois et il sortent et ils reviennent à nouveau et ils sortent. C’est quoi l’histoire ?
Comme si la France elle avait pas de lien avec la Côte d’Ivoire ! 80% des richesses de la France elles viennent de la Côte d’Ivoire ! Et c’est comme ça qu’on nous traite aujourd’hui ? »

Témoignage de L.R. à propos de la résistance de H.F. à sa déportation en Algérie, prévue 3 jours avant qu’il arrive au terme de ses 90 jours d’enfermement, et alors qu’il avait déjà résisté à plusieurs tentatives de déportation : « Il a pris des médicaments dangereux. Après, il était dans la chambre, il est resté comme ça… Il était malade beaucoup parce qu’il a pris un médicament dangereux, comme ça il part à l’hôpital, et il peut pas partir en Algérie direct. Après, la police est venue chez lui le matin, et l’a ramené direct. Facile, comme ça ! Il n’est pas revenu, il est plus là. »

Un prisonnier du centre de rétention de Toulouse a avalé des piles pour résister à sa déportation vers la Tunisie

Au lieu de le transférer à l’hôpital pour être soigné, il a été enfermé dans une cellule de l'infirmerie, à la merci des policiers qui l'ont frappé et insulté. 
Le médecin l'a vu 24h plus tard, lui a donnée des comprimés. Il a été remis dans sa cellule, il a actuellement encore les piles dans l'estomac.

Son témoignage
« Ils m’ont mis dans une cellule, je suis tout seul depuis hier. Ils m’ont dit « t’es un chien, tu restes comme ça sans rien, sans télé, ni chaussettes, ni claquette ». Le policier m’a frappé avec son pied, j’étais par terre parce que j’ai mal au ventre, il m’a dit « lève toi, arrête ton cinéma ». Ils m’ont pas ramené de couverture, j’ai très froid. Ils ont mis le plateau du repas derrière la porte. Je mange pas. Je vais mourir c’est mieux.

C’est pas une vie. Même la Cimade vient pas. La Cimade c’est pour la forme. Avec qui je dois parler ? L’infirmier il est comme le policier. C’est comme la garde à vue. Il m’a donné un gobelet pour faire pipi. Depuis qu’il m’a donné le médicament, j’ai mal au ventre, j’ai mal au pied, j’arrive pas à bouger. C’est pas normal, je suis pas un chien moi ! Ici y’a personne pour nous défendre, j’ai toujours pas vu le médecin, j’ai des piles dans le ventre, de l’acide ! J’ai un fil dans mon pantalon, je vais faire quelque chose pour mourir.

Avec le fil de mon pantalon, toute la nuit je me disais « maintenant… maintenant…maintenant » [pour mourir]. Je vois rien, je suis comme un chien. Je veux pas retourner au bled, je préfère être mort plutôt que de retourner au bled. Je vais reprendre des piles. Il n’y a pas de médecin, que des infirmiers. Je bois pas le verre qu’ils me donnent, j’ai pas confiance. C’est la police, c’est pas des médecins. Ils m’ont même pas donné mon téléphone, ils avaient peur que je le mange.
Si je retourne au bled et que je peux plus envoyer de l’argent à ma mère, on meure tous les deux. »

Après la visite du médecin qui l’a autorisé à retourner dans son secteur, il a demandé à la police de le sortir de l’isolement qui l’a insulté en retour: « ​​​​​​​La police il m’a dit « nique ta mère » c’est normal ça ? Qu’est-ce que j’ai fait moi ? »

Mise à jour le 28 janvier 2026

Samedi 24 janvier, les co-détenus de K. très inquiets de son état de santé, ont appelé les pompiers pour lui venir en aide car il avait de fortes douleurs au ventre et ne se nourrissait plus. La PAF a refusé que les pompiers interviennent leur indiquant que K. était sous surveillance et qu'il n'y avait pas d'urgence.

Après une mobilisation (1), l'administration du CRA a décidé de l'emmener à l'hôpital de Purpan faire une radio mardi 27. Le personnel de santé lui a fait une radio et rien d'autre, le médecin lui a dit : "je connais la prison, je travaille avec, tu fais du cinéma". "Les policiers étaient tout le temps là. Ils rigolaient" témoigne K.
Aucune explication de la part des médecins ne lui a été donné et K. a été ramené au CRA, toujours avec les piles dans le ventre. Il n'a pas eu accès à son dossier médical avec le résultat de la radio.
Le médecin du CRA a indiqué qu'il repassera une radio la semaine prochaine et lui a donné un médicament.

(1) https://www.mediacites.fr/breve/toulouse/2026/01/26/en-retention-pres-de-toulouse-il-choisit-davaler-des-piles-plutot-que-lexpulsion/
Mise à jour le 01 février 2026

K. est passé devant le Juge des libertés et de la détention (JLD) pour l'enfermement des 60 jours. L'audience a eu lieu dimanche 1 février. La juge a décidé de la libération de K. mais avec une assignation à résidence (AAR) de 45 jours avec signature au commissariat du lundi au vendredi (en attendant son expulsion)*.

Comme c'est souvent le cas, les personnes subissent une autre forme d'enfermement : l'AAR qui permet de les déporter à tout moment. La libération du CRA ne signifie pas que les mesures d'expulsion OQTF, IRTF, etc sont levées. Elles dépendent d'une autre juridiction, les recours se font au tribunal administratif ou au tribunal judiciaire pour les ITF (interdiction de territoire français)

Les mesures d'expulsion sont difficiles à lever (voir notre https://toulouseanticra.noblogs.org/files/2026/01/brochure-enfermement-au-cra-A5.pdf).

K. a toujours une OQTF (obligation de quitter le territoire) et une IRTF (interdiction de retour sur le territoire français) de 2 ans. Il risque donc à tout moment de se retrouver à nouveau enfermé en CRA puis déporter.

K. est sorti du CRA grâce à sa résistance au point de mettre sa santé et sa vie en danger. Sa résistance a été soutenue à l'intérieur et à l'extérieur et a poussé le préfet à annuler le vol prévu le 27 janvier.
K. a ainsi pu passer devant le JLD le 1 février.

A sa sortie du CRA, K., qui n'a pas de famille dans la région, s'est retrouvé sans argent, sans téléphone, dans la périphérie isolée où se situe le centre, toujours une pile dans le ventre : un clair prolongement de la maltraitance qu'il a subi, et que tous les détenus subissent, à l'intérieur.

Force à lui pour la suite !

* "...que la présente assignation à résidence est établie à son encontre le temps nécessaire à l'organisation de son voyage de retour vers son pays d'origine ou vers tout pays dans lequel il est légalement admissible et qu'il peut à tout moment être convoqué pour son départ dont le lieu et l'heure lui seront communiqués au moins un jour à l'avance..."

« Ici c’est la hoggra sans pitié »

Nous relayons les propos de prisonniers du centre de rétention (CRA) de Toulouse. Ils racontent les violences médicales et psychologiques ainsi que le déni de soin que subissent quotidiennement les personnes enfermées dans les centres de rétention. Nous rappelons que ces comportements et ces pratiques nuisibles et dégradantes ne sont pas le fait de quelques individus mais qu’ils sont quotidiens, systémiques dans toutes les prisons pour sans papiers. Mais comme toujours, cela se passe en toute impunité et dans le silence.

M : « Quand j’étais en prison pendant 3 et demi j’étais suivi par une psychologue. D’abord à la prison de Fresnes après ils m’ont transféré à Metz. Ici au centre j’ai pris rdv avec la psychologue mais ils m’appellent pas, ils me disent tu n’es pas sur la liste. Mais moi j’ai parlé avec la dame c’est elle qui m’a proposé. La police veut pas me laisser la voir. 2 collègues sont allés la voir. Pour l’audience de l’appel, ils m’ont pas appelé, c’est la hogra sans pitié ici j’te jure. Je leur ai pas parlé mal, j’étais gentil. J’ai une grand broche dans le dos à cause d’un accident grave, dans ma tête aussi. Je leur ai dit je suis malade, j’ai des problèmes à la tête tout est dans mon dossier médical, en prison, ils m’ont soigné. Le médecin ici il me croit pas. L’autre fois il a jeté le stylo, il s’est énervé. J’ai expliqué l’accident que j’ai eu. Quand il voit mon dossier il doit comprendre normalement. J’ai demandé qu’il me donne du Prégabaline, le docteur ici veut pas me le donner, il m’a donné Tramadol à sa place mais ça va pas. Le Tramadol ça sert à rien pour moi. Il y en a ici qui prennent du Tramadol ils sont même pas malades, pourquoi je vais prendre ça ? Je vais pas me rendre dingue avec ça pour rien. Depuis 2019 je prends Prégabaline en prison, j’ai eu de la kiné, il m’ont donné de la pommade pour que je masse mon dos, c’est pas comme ici, ici c’est la hoggra sans pitié.

L’avocat a dit que je suis malade, fracture dans ma tête, vis dans le dos mais le juge s’en fout.
Il y a u policier qui est mauvais ici, il m’a pris la tête, j’ai dit je parle pas avec vous monsieur, je sais après qu’il va m’emmener devant le juge, les policiers ils nous prennent pour des animaux, je vous dis la vérité. Y’en a c’est des chefs ils te parlent bien. J’espère que ça va bien se passer ici avec eux. J’ai peur.
J’ai ma femme qui m’attend ici, je suis père de famille, j’ai une maison. Ils m’ont envoyé ici pour rien du tout, j’ai pas volé, pas bagarré rien. Ils m’ont contrôlé, j’étais en train d’acheter des affaires pour l’Aïd, ils m’ont arrêté à la porte. ça faisait 20 jours que j’étais sorti de prison.
Je suis partie voir la Cimade, j’ai parlé avec la dame, pourquoi les policiers m’ont pas prévenu pour aller à l’audience de l’appel et aussi pour le psychologue. Elle m’a dit je sais pas, je peux rein faire pour ça. On est des êtres humains nous, on n’est pas des animaux. Dieu punit ceux qui font du mal. »

S : « Je veux rentrer en Algérie, y’a pas de problème, mais ramenez-moi mes médicaments, j’ai jamais rien fait de mal, j’ai toujours travaillé, j’ai fait mécanicien. J’ai besoin de ce médicament je ne peux pas manger, ça fait une semaine qu’ils me le donnent pas, le Pylera avec l’Oméprazone car j’ai une bactérie. Quand j’ai demandé au médecin pourquoi je n’ai pas mon médicament, le policier à côté m’a dit ferme ta gueule. Ils nous laissent pas aller en promenade le matin, que l’après-midi et souvent c’est fermé aussi.
J’étais aux Pays Bas, j’ai demandé l’asile là-bas, après je suis venu ici en France, on m’a dit qu’il y a du travail. Ils nous supportent pas nous les algériens. Maintenant, les expulsions c’est avec le 2eme avion et l’escorte ».

« Ici je pense tous les jours où je vais mettre un drap pour me pendre »

Le témoignage de B. illustre les violences médicales et psychologiques ainsi que le déni de soin que subissent quotidiennement les personnes enfermées dans les centres de rétention. Ce n’est pas le premier témoignage de refus de soin et de maintien d’une personne enceinte en rétention à Toulouse, lire ici le récit de V enfermée malgré l’incompatibilité de son état avec l’enfermement. Il s’ajoute à une longue liste de témoignages de détresses psychologiques, d’usage de psychotropes distribués par le médecin du centre pour assommer les personnes ou d’absence de soins dans des cas de blessures graves.  Les tentatives de suicide sont nombreuses. Ici le récit concernant une personne qui s’est suicidée à  Bordeaux suite à l’absorption  d’anxiolytiques et de somnifères distribués par le médecin.

B. mentionne aussi son interdiction de territoire français (ITF) à vie et son enfermement en CRA alors qu’elle n’est pas expulsable. Cela répond à la même logique selon laquelle les Algérien·nes continuent d’être enfermé·es  en ce moment alors que l’Algérie ne délivre explicitement aucun laisser-passer. Le CRA n’est pas qu’un rouage de la logique de déportation des étranger·es, mais c’est aussi un outil de répression envers celleux qui ne peuvent pas être expulsée·es. Il s’agit de les obliger à s’invisibiliser, à se soumettre aux conditions de travail les plus pourries, voire à partir sans faire de bruit lorsque les patrons refusent de payer les personnes embauchées au black.

Mais partout les prisonnier·es se mutinent et résistent malgré tout ! Récemment, il y a eu des évasions (à Sète et à Oissel), des grèves de la faim à Holsbeek en Belgique, de la résistance collective à Toulouse… Partout dans le monde, à bas les frontières, feu aux CRA et crève la taule !

« Je suis Rrom avec une carte « gens du voyage », je suis en France depuis que je suis petite, depuis que j’ai 4 ans, ils veulent m’expulser en Bosnie mais je ne connais personne là-bas. Le seul pays que je connais c’est la France. Je suis sortie de prison de Marseille, ils m’ont mise ici, c’était ma phobie de venir ici, c’est pire que la prison.

On devient fous ici, quand on sort d’ici on peut exploser dehors et faire n’importe quoi tellement ça rend fou ici. Ils m’ont mis une interdiction à vie (Interdiction de Territoire Français – ITF). Pourquoi à vie ? Même les gens qui tuent on leur donne pas une interdiction à vie. Ils m’enferment ici pour me punir en plus de la prison. Il restait 3 mois en prison que j’ai pas fait, ils veulent me les faire payer ici. Ils m’ont enlevé mes enfants, y’en a un en foyer et 2 dans des familles d’accueil, je ne peux même pas leur parler. C’est compliqué, je ne sais pas comment faire, je n’ai pas eu d’aides pour tout ça.

Je suis ici depuis presque un mois, il y a une fille de 21 ans, elle ne parle pas français, elle est enceinte de 5 mois, elle est malade, elle vomit, elle saigne, je peux pas la laisser comme ça, ça me fait de la peine. J’ai appelé la sage-femme de l’hopital pour qu’elle appelle le médecin du CRA. Je ne sais pas ce qu’il a fait.
Ils l’ont emmené à l’hopital parce qu’elle avait un RDV d’avant, ils ont dit qu’elle a le diabète, ils l’ont ramenée au centre, ils vont l’expulser le 12 avil. C’est pas possible de laisser une femme enceinte dans ce centre.
C’est invivable ici, j’ai demandé de voir un psychologue, je me sens pas bien, il va pas venir, je sais pas pourquoi, ils font n’importe quoi avec les gens.

J’ai peur la nuit ici, il y a du bruit. Ils veulent que les gens se suicident, depuis que je suis ici j’ai des idées noires tous les jours, ils vont me rendre folle. J’ai passé 24 mois en prison, j’avais des idées noires quand je pensais à mes enfants, à ma mère mais ici c’est tous les jours les idées noires, je pense tous les jours où je vais mettre un drap pour me pendre. »

Enfermement et soin sont incompatibles. Réponse à la lettre ouverte du médecin du CRA de Lyon Saint Exupéry.

Nous relayons cet article des camarades de Lyon Anti CRA. La maltraitance du corps médical est la même dans tous les centres de rétention de France, les prisonnier-es en témoignent régulièrement depuis des années.

TW : violence médicales, tentatives de suicide.

Il y a quelques semaines, le médecin du CRA de Lyon a démissionné en publiant une lettre ouverte (https://www.rue89lyon.fr/2022/12/20/demission-medecin-centre-retention-lyon-fabrique-violence/) expliquant qu’il ne pouvait plus exercer son métier à cause des « conditions dégradées » dans le centre ces derniers mois. Pourtant cela fait des années que des prisonnier-es du CRA de Lyon témoignent de violences de la part du corps médical. En dénonçant uniquement un manque de moyen et une dégradation de ses conditions de travail, il masque le véritable problème : soin et enfermement sont incompatibles.

Ce témoignage a été beaucoup diffusé par les associations et les médias. De nombreux autres récits – qui contredisent celui-ci – ont été publiés par le passé, sans retenir la même attention, parce que c’étaient ceux des prisonnier-es elleux-mêmes, dont la parole est systématiquement délégitimée ou ignorée par rapport à celle des institutions, dont le corps médical. Accorder plus d’importance à ce témoignage d’un médecin qu’à celle des premier-es concerné-es participe à l’invisibilisation des prisonnier-es, de leur parole et de leurs luttes.

Ce témoignage sert un discours qui légitime l’incarcération en affirmant que les problèmes dans les centres de rétention (et autres prisons) seraient dus uniquement à de mauvaises conditions d’enfermement ou à un manque de moyens et non à l’enfermement en lui-même. Dans les CRA, les médecins n’ont pas vocation à améliorer les conditions de vie des détenu-es, ils font partie du système de maintien de l’ordre. La dégradation des conditions de santé des prisonnier-es est un outil de l’État pour réprimer et contrôler les personnes étranger-es, et les médecins à l’intérieur des CRA en sont l’instrument (voir l’article : https://abaslescra.noblogs.org/le-juge-le-flic-et-le-medecin/).

Au CRA de Lyon, que ce soit dans l’ancien CRA ou dans le nouveau ouvert en 2022, les prisonnier-es ont toujours dénoncé de mauvais traitements par les médecins. Ces derniers n’ont jamais réagi pendant des années et ont participé activement aux violences qui y ont lieu quotidiennement.

Le 16 mars 2019, des détenu-es en grève de la faim écrivaient dans un communiqué (https://crametoncralyon.noblogs.org/nouvelle-greve-de-la-faim-au-centre-de-retention-de-lyon-et-appel-a-soutien-17-03-2019/) :

« ils nous donnent des médicaments donnés pour les gens vraiment fous sans ordonnance sans rien (comme Diazépam, Lyrica, Valium, Prazépam, Tercian, Zopiclone, Théralène, Subutex) et même les infirmières elles sont courant de tout. Les gens ils font la grève mais elles leur donnent des médicaments pour les intoxiquer même y en a des pères de famille ils se charclent ici il a des points de suture ils l’ont laissé comme ça au confinement sans qu’on le soigne y a quelqu’un aussi il a une maladie du foie il obligé qui soigne »

En avril 2019, Yanis, détenu au CRA, dénonçait aussi le recours systématique à des traitements lourds pour mieux contrôler les prsionnier-es (https://crametoncralyon.noblogs.org/temoignage-de-yanis-detenu-au-cra-de-st-exupery-avril-2019/) :

« Concernant les soins, il n’y a pas de soins ici, c’est … C’est de la merde. Ya que du Diazepam et tout. Yen a, jsais pas moi, concernant… moi j’ai consulté le médecin l’autre jour, elle m’a donné du Diazepam, moi j’ai, je suis un peu stressé, elle m’a dit « deux Diazepam ».
Et deux Diazepam je sais pas pourquoi elle m’a donné ce médicament là parce que c’est … C’est un anti-dépresseur ou quelque chose comme ça. Moi c’est pas une dépression c’est un petit stress passagère. Mais c’est…
Mais je savais pas pourquoi elle m’a donné ce médicament là, mais du coup ya une euh… une grande euh… Une grande euh… C’est la majorité qui prend ces médicaments là… C’est parce que c’est… C’est exprès qu’ils font ça ou je sais pas… […] Je sais pas pour calmer les gens peut-être, je sais pas… »

À l’automne 2020, un prisonnier tabassé par les flics racontait comment le médecin avait minimisé ses blessures pour couvrir ses agresseurs (https://crametoncralyon.noblogs.org/jai-peur-franchement-vous-me-faites-peur-je-pense-il-suffit-quon-vous-donne-quelques-droits-la-et-vous-allez-commencer-a-tuer-des-gens-vous-temoignage-de-x-tabass/) :

« Pour moi, c’est pas un médecin. C’est pas un médecin. Il m’a dit « ouais, je vois, t’as une cicatrice sur ton front, t’as des bleus sur la tête », mais  il y avait le policier à côté de lui, mais franchement, vous prenez les gens pour quoi ? Je lui ai dit, « toi t’es pas un médecin en fait, tu viens me voir au mitard, tu me dis montre tes bras, montre tes jambes, mais déjà, quand tu viens me voir, devrait pas y avoir la police à côté de toi là, et la vérité, je lui ai dit, t’es pas un médecin toi, t’es un policier, t’es plus qu’un policier ». C’est plus qu’un policier lui, je sais, je suis parti à l’infirmerie le lendemain, je suis allé voir l’infirmière pour porter plainte, tout ça, ils m’ont donné 0 jours d’ITT, j’ai montré à l’infirmière, regarde, hier j’étais pas bleu comme ça, j’étais pas gonflé comme ça ». Elle m’a dit, « ouais, c’est vrai, je vais parler avec le médecin ». Ils m’ont pas appelé. »

En novembre 2020, en pleine épidémie de covid (plusieurs dizaines de prisonnier-es testé-es positifs), les détenu-es dénonçaient l’absence totale de mesures sanitaires, face à quoi le médecin n’a rien fait :

« J’ai dit je suis malade je tousse, ça fait trois jours j’ai la gorge… les gens qui ont le coronavirus ils étaient avec moi, je suis malade. Ils me donnent pas de rendez-vous, non. Ils me parlent mal, même le médecin ici il parle mal, il me dit on n’a pas ça, on n’a pas ça. Si tu parles mal avec lui il va appeler la police. La police va t’amener à l’isolement. » (https://crametoncralyon.noblogs.org/greve-de-la-faim-au-cra-de-lyon-les-prisonniers-denoncent-leur-situation-alors-que-11-personnes-ont-ete-testees-positives-au-covid-19-temoignage/)

« J’ai demandé le médecin, ils veulent pas. le médecin il est venu me voir parce que comme j’ai un accident, une fracture au niveau du cou, ils m’ont bandé sur un tabouret fixe (?). c’est la même chose, la fracture elle est comme avant. j’ai demandé le médecin, il n’y a pas. j’ai demandé les secours, il n’y a rien. j’ai appelé la police, ils ont dit « tu peux pas te déplacer, tu es au centre de rétention ». j’ai appelé les pompiers et là… je sens qu’ils m’écoutent. après ils m’ont emmené au mitard. » (https://crametoncralyon.noblogs.org/voila-comment-on-traite-les-gens-on-est-isoles-cest-vrai-quil-y-a-des-cameras-mais-dans-les-chambres-il-y-en-a-pas-dans-les-chambres-il-y-a-que-des-agressions-temoignage-de-x/)

« Ceux qui ont envie de faire le test, il faut qu’ils aillent demander. C’est pas tout le monde qui le demande ; le médecin, il demande rien lui. Nous, on a demandé au médecin qu’est ce qui se passe, pourquoi ils font pas quelque chose pour nous sortir de cette situation. Ils disent que pour le moment, ils peuvent rien faire et qu’ils vont réfléchir s’il y a plus de cas. Mais là, les cas ils augmentent tout les jours. Ça veut dire que nous tout le monde va être contaminé. Parce qu’en plus, on est 4-5 personnes dans les chambres, c’est pas possible. » (https://crametoncralyon.noblogs.org/parce-que-nous-on-est-la-on-est-dans-la-realite-du-virus-le-virus-il-circule-on-est-la-dedans-et-personne-ne-nous-aide-personne-ne-fait-rien-pour-nous-aider-temoignage-de-d-enferme-au-cra-de/)

Ou encore ce témoignage d’un prisonnier dénonçant la réaction du médecin suite à la tentative de suicide d’un co-détenu :

« Le médecin il s’en bat les couilles ! je lui ai dit t’es payé pour ça, il m’a dit « tu me parles pas comme ça. moi suis pas payé pour ça, je suis pas payé pour la merde pour le covid et tout. il m’a dit j’ai mon salaire normal je me casse pas les couilles ». je l’appelle il me dit comme ça « tu me casses pas les couilles ». la dernière fois j’ai appelé la police, j’ai appelé le médecin, « ramène moi un médicament ». ils ont appelé, il était chez lui, il a dit quoi ? il a dit « lui il casse les couilles tous les jours, ramène-le à l’isolement ». ils m’ont ramené à l’isolement. » (https://crametoncralyon.noblogs.org/on-compte-sur-vous-pour-fermer-ce-centre-cest-catastrophe-on-est-trop-touches-temoignage-de-x-prisonnier-au-cra-de-lyon-14-11-20/)

En plus des risques sur la santé physique liés au covid, l’inaction et le mépris des médecins face à l’épidémie dans le CRA ont eu un impact très violent sur la santé mentale des personnes enfermées (stress, peur d’attraper le virus, isolement…).

Si à l’époque les nombreux cas de covid au CRA avaient attiré l’attention des médias et des associations pour quelques temps, ensuite les violences médicales ont continué, dans l’indifférence totale.

En juin 2021, des prisonnier-es en grève de la faim témoignaient (https://crametoncralyon.noblogs.org/ils-shootent-la-plupart-des-personnes-covid-maltraitance-et-violences-policieres-au-cra-de-lyon-temoignages-des-prisonnier%c2%b7es-3-7-06/) :

«  Bah le médecin vous savez, ils sont pas avec nous. Donc du coup, eux ils sont dans leur bureau, ils savent vraiment pas ce qui se passe, ils sont dans leur coin. sauf quand quelqu’un est malade, mal aux dents, n’importe quoi, c’est doliprane quoi. Après ils essaient de donner aussi des… je vais pas vous mentir hein, ils donnent aussi beaucoup des… ce qu’ils prescrivent aussi beaucoup c’est des… comment ils appellent ça déjà? des calmants, anxiolytiques, voilà. Ils shootent la plupart des personnes. »

«  ça se passe mal, ils nous traitent comme des animaux. Ils nous mettent la pression, ils nous narguent, ils nous disent : comme mon ami il a la dent cassée, il est dans sa chambre dans l’isolement [car il est positif au covid], il va mourir, il a parlé avec les flics ils ont dit : « prend un doliprane et allonge toi », il a parlé avec le médecin il a dit « prend un doliprane ». On est malmenés quoi ! on est pas des êtres humains, on est du bétail, on est du bétail voilà. Y’a un copain aussi là il est malade, il est trop malade, il est au mitard ça fait cinq jours.
– Pourquoi il est au mitard depuis 5 jours?
– Parce que il est tombé de son lit, il s’est cassé le bras et y’a eu du sang, ils ont dit : « t’as fait exprès », et ils l’ont mis au mitard. »

Le déménagement dans le nouveau CRA neuf en janvier 2022 n’a amélioré en rien la santé des prisonnier-es, comme avait témoigné l’un d’eux en mai dernier (https://crametoncralyon.noblogs.org/temoignage-de-x-on-dit-le-pays-des-droits-de-lhomme-quand-on-se-donne-cette-etiquette-il-y-a-un-degre-de-respecter-les-humains/) :

« Au niveau médical, j’ai eu un début de, je sais pas, parce que je l’avais jamais eu dehors, un début de problème cardiaque. Je faisais déjà de la tension, a plus de 17° de tension, déjà ce n’était pas très bon, pendant plus de 2 semaines. […] Dejà même si c’est dehors, pour un être humain, faire de la tension à plus de 17° pendant 2 semaines, c’est un risque de danger, ça peut causer un problème cardiaque. Et pour celà, au moins on doit avoir un suivi médical, un peu ordonné. Et là, sans toutefois me faire des examens, on me propose de me mettre sous traitement. Et quand je demande pour voir le traitement, c’est des somnifères qu’on me donne ! Et quand tu refuses ça devient un problème ! (inaudible). Tu dois au moins me faire des examens,  me mettre sous traitement, avec un suivi médical bien ordonné qu’on peut défendre. Mais pas me dire directement on va te mettre sous traitement et quand tu regarde ce que tu m’as donné c’est ce que tu donnes, le même traitement, à tout le monde qui est au centre. On retrouve particulièrement les mêmes problèmes, parce que quand tu regardes les comprimés qu’on donne à d’autre gars, tu reviens avec quelque chose qu’il a eu, c’est pratiquement les mêmes comprimés qui sont donnés chaque fois. »

En mai 2021, notre collectif avait déjà alerté de nombreuses structures et associations  (https://crametoncralyon.noblogs.org/il-est-impossible-de-soigner-dans-les-lieux-denfermement/) sur ces pratiques médicales abusives, tout en rappelant l’incompatibilité entre soin et enfermement :

« Au lieu de les accompagner et de leur apporter les soins nécessaires, par définition incompatibles avec l’enfermement, les unités médicales au sein des CRA minimisent les souffrances psychiques et physiques exprimées, et participent ainsi à renforcer la vulnérabilité des personnes concernées. Déjà soumises à la violence administrative et policière inhérente à l’enfermement, les prisonnièr-es sont donc également confronté-es à une violence médicale plus difficile à dénoncer. »

La lettre ouverte du médecin démissionnaire du CRA de Lyon n’apprend donc rien de nouveau sur les mauvais traitements subis par les prisonnier-es. En revanche, elle passe sous silence l’hypocrisie du corps médical qui s’est rendu complice et acteur de ces violences pendant des années.
Cette lettre est dégueulasse. Elle légitime en de nombreux points le discours étatique, par exemple en reprenant l’idée raciste et classiste que les prisonnier-es du CRA seraient des personnes dangereuses et violentes, et donc qu’iels seraient en partie responsables de leurs mauvaises conditions de détention.

En se focalisant davantage sur les supposées violences des détenu-es que sur celles structurelles de la détention, cela le conduit à remettre en question la relative « libre circulation » au sein du CRA et à déplorer le fait qu’il n’y ait pas de surveillants, comme en prison, pour « pacifier » la détention. En prenant pour exemple les prisons, il invisibilise et nie là encore la réalité vécue par de nombreuses personnes enfermées dans ces prisons, où, en plus de la violence des matons, les conditions médicales sont tout aussi violentes, comme le documente depuis des années le journal anticarcéral l’Envolée (https://lenvolee.net/).

L’enfermement en soi, ainsi que la menace de déportation, ont des conséquences désastreuses sur la santé des personnes, car ces institutions traumatisent, usent de violences physiques et psychologiques, torturent, sont la cause de tentatives de suicide.  Pour nous il ne peut pas y avoir de « relations normalisées » dans une institution raciste dont la raison d’être sont l’enfermement et l’expulsion, pas plus « qu’attendre sereinement son expulsion » n’est possible ou souhaitable. Les prisonnier-es ne cessent de résister et iels ont raison.

Sous couvert de critiquer le système carcéral, ce genre de discours ne fait que le renforcer, en prétendant qu’il pourrait y avoir une « bonne » manière d’enfermer.

Répétons-le encore une fois : soin et enfermement sont incompatibles. Les CRA et les prisons tuent.

Pour un droit à la santé pour toustes,
Abolition des CRA et de toutes les prisons !

Le collectif Lyon Anticra

« S’il y a un truc que j’ai bien compris, c’est que quand t’es ici, t’as pas de droits »

Témoignage, le 21  juin 2022

« Je me suis fait taper par la police. T’entends pas comment je parle ? J’ai demandé pour voir le docteur, parce que j’ai mal aux dents. Ils m’ont dit non, ils m’ont dit de rentrer dans ma chambre. J’ai dit que je rentre pas dans ma chambre si je vois pas le docteur, je suis malade. Il m’a dit non, c’est moi qui commande ici, c’est moi qui décide. Il me dit que si je rentre pas dans ma chambre, il me met au mitard. Ils m’ont pris, ils étaient 10. Pas 3, 10 ! Ils m’ont tapé, frappé avec, tu vois leurs grosses chaussures là ? Ils m’ont étranglé jusqu’à ce que je vomisse. Je dis la vérité wallah, il y a des témoins et tout ! Devant tout le monde, devant la caméra. Même le docteur, il a tout vu, il n’a rien dit. Le matin je suis allé voir le médecin. Il a fait quoi le docteur ? Il m’a donné un doliprane ! J’ai des bleus, j’ai mal partout.

Mon avocat, je l’ai appelé au moins 10 fois, il m’a dit d’aller voir la CIMADE. Mais à la CIMADE ils m’ont dit que je pouvais porter plainte mais que ça ne servait à rien 1. Mais si c’est un avocat qui connaît son travail, les policiers ils ont pas le droit de faire ça, ils peuvent pas me taper comme ça, même une gifle ils ont pas le droit ! Pourquoi ils laissent faire ça ? Il faut que je sorte d’ici. Si je sors, je pourrai porter plainte.

S’il y a un truc que j’ai bien compris, c’est que quand t’es ici, t’as pas de droits, et eux ils ont le droit de faire tout. »


1 : Porter plainte pour les prisonnier·x·es du CRA, ça veut dire aller au commissariat, accompagné·x·e par des flics, pour demander à des flics d’ouvrir une enquête sur les violences d’autres flics. Comme en tôle, se défendre c’est aussi s’exposer à des plaintes en retour des flics de la PAF, qui peuvent avoir gain de cause, ce qui participe aux allers-retours CRA/prison

« Ils profitent des richesses de l’Afrique, ils sont en train de voler toute l’Afrique et nous quand on vient ici on est traité comme des chiens »

L’administration pénitentiaire et le ministère de l’Intérieur collaborent pour que les personnes emprisonnées ne puissent pas renouveler leur titre de séjour et soient expulsées. Une double, voire triple peine : après celui la prison, les étranger.e.s doivent aussi subir l’enfermement en CRA puis l’expulsion quelque soit leur situation. Le témoignage d’un prisonnier du CRA de Toulouse.

« J’ai mes papiers depuis 2007. Quand je suis allé en prison ma carte de séjour s’est terminée. Ils n’ont pas voulu me laisser renouveller ma carte et quand je suis sorti de prison, ils m’ont dit tu vas quitter la France. Ils m’ont arreté à 6 heures du matin quand je partais travailler, je travaillais dans une ferme à Limoges, j’ai mes fiches de paie, les chèques… Je conduisais sans permis, il faut bien que j’aille travailler, j’ai fait 8 mois de prison pour ça, parce que je suis noir, c’est des racistes ! J’avais des cours pour le permis à payer et je devais travailler pour ça ! Et de Limoges, ils m’ont ramené au centre de Toulouse, je ne comprends pas pourquoi. Pour passer le permis il faut de l’argent et je travaillais.

Depuis 1997 je travaille, je travaille… Je suis un danger pour la France pour qu’on me mette ici et qu’on me renvoie dans un pays en guerre ?
J’ai une petite fille qui a 8 ans, elle est française, ma femme est française. Alors s’ils veulent que je partent au Congo, qu’il me laisse partir avec ma fille ! Le Congo c’est un pays en état de siège, c’est un pays en guerre, ça fait 20 ans que je suis parti. Au Congo je suis militaire, j’ai fui le Congo en 1997 pour venir en France pour demander l’asile. Ils m’ont donné la carte de l’immigration. Ils n’ont pas voulu me donner 10 ans, ils me donnaient un an, puis 6 mois.

 Je suis un opposant de la politique du Congo. Je préfère qu’on me tue ici. Ma fille a 8 ans, elle va chercher son père. Mon père était rebelle, ils l’ont tué, ma mère aussi, je n’ai plus de famille au Congo, je vais aller chez qui au Congo ? Et si je pars, c’est ma mort, ils vont me considérer comme un déserteur.
Quand je suis sorti de prison j’ai vu un papier sauf-conduit dans mon dossier, j’ai demandé c’est quoi ça. Comment le consulat vous a donné ça ? Je n’étais pas au courant ! Ils peuvent faire ça sans me dire ? Le consulat connait ma vie ? Je ne suis pas allé au consulat, comment ils peuvent savoir. Je suis passé au tribunal, ils m’ont mis 28 jours. Comment le Congo peut bien collaborer avec la France ? Ils veulent qu’on retourne là-bas ? C’est des malades ! Mon cousin était médecin, prix nobel de la paix, il arrange les corps des femmes car ils violent les femmes, les enfants, les personnes âgées. Le Congo c’est pas un pays, c’est un calvaire.

Les dictateurs sont accueillis ici en France, les français foutent la merde au Congo, ils sont dans les guerres… Ils profitent des richesses de l’Afrique, ils sont en train de voler toute l’Afrique et nous quand on vient ici on est traité comme des chiens. Ils respectent rien, ils détruisent la nature, ils cherchent le pétrole. Mais ça va pas durer, un jour ou l’autre il faudra que la France paye, ça fait 100 ans la colonisation, on est toujours exploité, qu’est-ce qu’on va faire avec toute cette jeunesse ? ça va pas durer !

Ici au centre, c’est l’enfer, le bruit des avions et la police crie toute la journée dans les micros, j’ai des problèmes de dos, je dors sur le sol, les matelas sont pourris, les toilettes sont dégueulasses, tout est dégueulasse ici. J’ai été opéré. J’ai vu le médecin du centre, c’est un raciste, il se fout de notre gueule, il me parle comme si j’étais un enfant. Les infirmiers c’est pareil, des racistes. Quand je demande à la Cimade, ils savent rien, je comprends pas ce qu’ils font là. Il y a beaucoup de jeunes ici, comment on peut enfermer un jeune de 18 ans, il s’en souviendra toute sa vie, c’est traumatisant »

Il est interdit de chanter au réfectoire au risque de se faire tabasser par la PAF

Nous relayons les témoignages de prisonniers du CRA de Toulouse. Une personne a été tabassée par la PAF.  Le secteur E a été isolé suite à un cas de Covid, les parloirs ont été interrompus 15 jours. Un prisonnier testé positif au Covid est resté enfermé 6 jours sans pouvoir sortir du mitard. Les expulsions reprennent peu à peu vers l’Algérie via Paris.

K : « Les policiers m’ont frappé quand je sortais de la salle pour manger, pour rien. J’ai chanté après j’ai tapé le plateau vide contre le mur et pour ça ils m’ont sorti dehors et ils m’ont dit pourquoi tu chantes. Ils m’ont poussé aux épaules, ils m’ont frappé, ils m’ont mis contre le mur, ils m’ont mis des coups de poing. Ils m’ont insulté, « pourquoi t’es là pourquoi t’es pas dans ton pays », ils disent ça tout le temps. Y’avait un policier marocain, il m’a dégagé, il a dit « il est jeune, laissez-le ».

Après ils voulaient pas que je dépose plainte. J’ai dit je dépose plainte.
On est allé voir la Cimade avec les autres copains pour porter plainte. La Cimade a appelé la police et je suis parti avec eux à l’aéroport, c’est d’autres policiers, pas ceux du centre. Je leur ai dit vous pouvez voir sur les caméras ce qu’il s’est passé, ils m’ont montré ce qui les intéressait. Ils m’ont dit c’est interdit de chanter et c’est interdit de s’énerver avec le plateau. J’ai dis ça fait 2 mois que je suis ici, je chante à cause du stress et j’ai touché personne avec le plateau. D’accord c’est interdit mais pourquoi vous me frappez. Ils sont racistes, c’est tout.

Ils m’ont pas emmené à l’hôpital, je suis blessé, le médecin est venu au bout d’une semaine seulement.
ça fait 2 mois que je suis ici, le consulat a donné le laisser-passer mais la Cimade a dit y’a pas d’avion pour le Maroc.  Je suis arrivé ici jeune, j’ai personne au Maroc.
La Cimade elle fait rien pour nous, le docteur il est avec la police, la Cimade elle est avec eux.
Les policiers ils boivent le soir et ils font des trucs entre eux dans les bureaux.
J’habite à Paris j’ai un travail, je suis allé voir une copine à Narbonne, ils m’ont arrêté quand on sortait de chez elle. Les policiers m’ont demandé les papiers, j’ai dit j’en ai pas, ils m’ont emmené à la garde à vue pendant 3 heures. Après la préfecture a dit de m’emmener au centre ici. J’ai pas d’affaires ici , ni téléphone, ni argent. »

H :
 » ça fait 15 jours, ils nous ont fait le test du Covid, y’avait un tunisien âgé qui avait le Covid dans le secteur E mais moi j’ai pas de symptômes. Ils m’ont mis ici au mitard parce que j’ai le Covid. Je suis bloqué dans la chambre sans sortir depuis 6 jours, y’a pas de fenêtre, y’a un grand miroir près du lit, c’est sûrement pour nous surveiller.
Quand j’appelle l’interphone, ils disent « ouais on a autre chose à faire », ils en ont rien à foutre, ils mettent 3 heures à venir. La nuit ils rentrent direct dans la chambre en donnant des coups dans la porte. J’ai demandé le médecin il est pas venu, après plusieurs jours c’est un infirmier qui est venu pour rien.

Je voulais pas aller devant le juge, ils m’ont fait du chantage, si t’y vas pas on te met au mitard, pire que celui-là. Je suis passé devant le juge en visioconférence J’étais choqué, j’ai parlé à l’avocat, je lui ai raconté comment ça se passe ici, il m’a dit oui oui, il en a rien à foutre. Ils m’ont mis à l’isolement le jour où j’ai le vol alors que je veux partir en Algérie.

C’est un truc de fou ici, c’est pire que la prison ici, ils sont derrière nous à fond, pourtant on parle gentiment avec eux, ils en ont rien à foutre, ils frappent dans les portes. Je leur ai dit moi j’ai payé mes dettes, j’ai fait 12 ans de prison, y’a des gens dans le gouvernement avec ce qu’ils ont fait ils sont pas allés en prison. Ici ils te voient algérien, allez tu payes. Quand ils nous ont fait la guerre en Algérie ils ont pas payé, ils sont venus humilier et agresser.

Les chiens ils mangent pas la bouffe qu’ils nous donnent ici, c’est incroyable cet endroit. On mange rien, on a faim, j’ai beaucoup maigri. La nuit, les policiers sentent l’alcool, ils sont bourrés.
Ils rigolent de nous, dans la salle à manger, ils nous regardent, on est comme des marionnettes pour eux. Avec les jeunes qui parlent pas français les policiers ils sont pire, ils disent c’est des blédards. Je tiens, je prie, j’ai pas le choix, je reste patient, je peux pas rentrer dans leurs jeux, ils sont graves.

Pour la plainte du copain, les policiers voulaient s’arranger, ils nous ont dit « calmez-vous, lâchez l’affaire de la plainte, on va ouvrir les parloirs, vous allez rentrer de la nourriture » parce que d’habitude on peut rien rentrer, juste un paquet de gâteau et des petites bouteilles de jus.

Y’a 2 semaines, y’en a deux qui se sont évadés. Les policiers les ont attrapés, ils les ont frappé et emmené en garde à vue, on n’a pas de nouvelles. »

« Ils veulent nous laisser ici, c’est raciste, c’est tout. »

Le centre de rétention administrative (CRA) de Toulouse est comme toujours bien rempli. Les prisonnier.e.s témoignent depuis les différents secteurs du centre pour faire connaître les conditions d’enfermement et les acharnements racistes de l’État qu’iels subissent.
Des algérien.ne.s sont enfermé.e.s alors qu’il n’y pas d’expulsions vers l’Algérie qui ne délivre pas de laissez-passer depuis la fermeture de ses frontières en raison du Covid.

 

J : « Y’a pas d’avion pour les algériens et rien que dans ce secteur on est plusieurs, ils ont pris 28 jours et 60 jours, Y’a plein d’algériens dans le centre pour rien… Je suis marié et père d’une fille de 3 ans, elles sont françaises et je suis en France depuis 2016.  Ils veulent nous laisser ici, c’est raciste c’est tout. »

L : « On nous traite comme des chiens ici, les policiers ils font des gestes bizarres, on veut se couper les cheveux, c’est eux qui choisissent qui va se couper les cheveux. Tout est comme ça, le manger est dégueulasse, on mange du pain avec de la mayonnaise, on a faim.

Les gens ici sont loin de leurs enfants, y’a des pères de famille ici, pour les visites avec l’enfant il faut faire une demande, il faut demander à la Cimade. On dort pas de la nuit ici, on a des problèmes dans la tête, après ils viennent rajouter des problèmes, des propos racistes. On a parlé à la cheffe, on verra si ça va changer.
On demande qu’ils arrêtent de nous chauffer la tête, il faut pas fatiguer les gens ici.  Ils nous prennent la tête avec tout. Il faut qu’ils laissent les enfants rentrer.

Y’a des caméras ici vous pouvez demander à voir les caméras pour voir ce qui se passe. Je veux pas en rajouter, je dois régler ma situation. »

Plusieurs personnes d’un même secteur :
« Ici c’est pire que la prison. La liberté, c’est un truc énorme. Ils n’arrivent pas à expulser, mais avec la nouvelle loi maintenant on peut faire 90 jours, c’est pas bien ça. La plupart de nous, on vient de loin, Lyon, Marseille, on peut pas avoir de visites. »

« Nous, les musulmans, on mange végétarien. La dernière fois, ils n’ont pas voulu me donner mon argent pour manger dans la cellule. Mais même un truc sucré, dehors ça coûte 30ct, ici c’est 1€. »

« Ils sont racistes, la police ici ils ne respectent pas »

« Quand je suis venu ici, ils m’ont mis 6 jours au cachot, tu sors pas, enfermé 24h sur 24, tu sors juste pour aller aux toilettes deux fois. »

« Ici c’est dangereux ! Viens ici vérifier, ici c’est dangereux, ici il n’y a pas de liberté. Même le manger, ils donnent de la merde. Il y a des rats, il fait froid. Ils disent non pour la couverture. »

« Ici on est comme des animaux. 60 jours c’est long, on n’a pas de draps, pas de couverture. La dernière fois je voulais une couverture en plus, il m’a dit non. Pas de vêtements, pas d’argent, quand on va voir le juge. Moi j’étais en prison, à Rodez, c’était mieux pour rester. Il n’y a pas de cigarette. »

M : « Je n’ai pas mangé depuis 4 jours, c’est vraiment pas possible de manger, ici c’est pire que la prison. En prison ils te donnent la gamelle c’est mieux que le manger là. Il y a la machine, tu peux prendre du coca, des biscuits ou des chips mais au bout de 3 jours la machine y’a plus, les gens achètent.

Il y a des policiers qui nous cherchent pour tomber dans leur jeu, quand je suis revenue du parloir avec mon frère, la policière me parle mais je comprends pas, je lui dis je comprends pas, elle me dit, me prends pas pour une con. Elle me dit je rigole pas avec toi, je lui dis j’ai rien fait, j’ai fait ce que tu m’as dit. J’ai rien dit après pour qu’elle me laisse tranquille. L’autre fois un flic m’a dit plusieurs fois, toi tu vas partir à Lagos. Je sais pas pourquoi il me dit ça. »

S : « Ici c’est pire que la prison. La liberté, c’est un truc énorme. Ils n’arrivent pas à expulser, mais avec la nouvelle loi maintenant on peut faire 90 jours, c’est pas bien ça ». « Si tu peux, la plupart de nous, on vient de loin, Lyon, Marseille, on peut pas avoir de visites. »

E : « Je suis de Lille, je suis venu travailler dans les vendanges à Montauban. Ils m’ont mis 2 jours en garde à vue et après ici. J’étais venu dans le sud pour travailler un mois. ça fait 11 ans que je suis en France. J’ai vu une femme guinéenne qui a fait 90 jours ici…
ça fait 35 jours que je suis ici, un mois ici c’est comme 6 mois en prison. La bouffe est dégueulasse, le petit-déjeuner à 7h, si tu le rates, tu attends jusqu’à 11h30 et ensuite le diner à 19h, entre temps rien, que des saletés dans les distributeurs, c’est pas de la nourriture ça, on mange des bonbons nous ?

On dépense 10 euros par jour, y’a pas de chauffage. Tu peux pas dormir le soir, tu es toujours en stress y’a pas de droits ici. Y’en a qui crient le soir, les gens deviennent fous.

Y’en a qui ont des cartes de séjour, un a fait 12 ans de prison et ils le ramènent ici, ça suffit pas 12 ans de prison ? Sa vie est ici, il a sa famille, une promesse d’embauche… Avec les élections ça tombe sur nous les étrangers »

A :  « Tout le monde, il prend des cachets pour dormir. Et ça c’est injuste. Quand tu as des problèmes pour dormir, le médecin il donne des trucs, normal, comme ça.
Moi je lui dis, vous êtes généraliste. Dans mon cas il faut des spécialistes. Mais on est tellement enfermés, ils veulent pas. Un des médecins, il m’a dit « on n’est pas là pour ça ».

C : « Je suis arrivé en france mineur à 14 ans, j’étais scolarisé à Montauban, j’ai passé un CAP,  j’ai eu des papiers et le  31 août dernier, ma carte était finie, ils m’ont donné rdv le 14 et le jour où je vais à la préfecture pour le rdv, je suis arrêté à la gare de Montauban, ils m’ont menotté et m’ont emmené au comissariat 3 heures et ensuite ici au centre. Et je découvre que j’ai une OQTF.
Le juge m’a donné 28 jours une première fois puis encore 30 jours.

Mon ambassade a refusé de donner le laissez-passer, la consule ne comprend pas pourquoi je dois être expulsé.

Alors ils ont dit ils vont demander à la Centrafrique, au Sénégal ou à la Côte d’Ivoire de m’accepter. Je leur ai dit vous avez mes papiers guinéens, la photocopie du passeport, l’extrait de décès guinéen de mes parents je vais pas rentrer dans un pays qui n’est pas le mien….

J’ai travaillé à Toulouse, j’ai fait les travaux à l’université Paul Sabatier, j’ai tous les contrats de travail. Je leur ai dit laissez moi partir si vous voulez m’expulser, je vais aller dans un autre pays mais ne me laissez pas enfermé ici.

ça sert à rien que je combatte ici pour rien si dans 5 ans je me retrouve encore comme ça, c’est pas la loi ça.

A Toulouse c’est pas net pour nous les noirs, on donne des certificats, des attestations, des contrats pour rien, ils sont racistes contre les noirs ici. »

Témoignages de prisonniers du CRA de Toulouse, mises au mitard quotidiennes et enfermement à tout prix

N :
« On vous appelle parce que la police elle a mis 4 personnes au mitard.

La police ils ont dit comme quoi vous voulez casser la porte, vous voulez vous évader. Eux ils ont rien fait, ni porte cassée, ni rien. Ils demandent les caméras, mais ils ne montrent pas les caméras, ils n’ont pas de preuves contre eux.

Mettre quelqu’un en isolement, c’est grave. L’isolement c’est une chambre y a rien dedans, même pas de couverture, et quand ils ont réclamé comme quoi ils avaient froid, ils ont donné une seule couverture sur les quatre personnes.

Quelqu’un qui n’a rien fait, on peut le mettre au mitard, j’ai jamais vu ça.

Ces personnes, elles sont calmes, elles sont tranquilles, et le soir la police elle vient les chercher un par un chaque soir pour les mettre au mitard. »

K :
« On a rien fait ils nous mettent au mitard, je sais pas pourquoi, on a demandé de voir le chef du centre, ils nous ont dit, il est pas là, mais on le voit tourner, on a demandé de voir la caméra, ils ont dit y’a pas de caméra, on est 4 algériens à qui ils font ça.

Ils nous ramènent au mitard, ils mettent la clim, on a froid, ils nous donnent rien, pas de couverture de 18h jusqu’à 8h30.

Y’a pas de preuve qu’on a cassé la porte, y’a une caméra, ils peuvent voir. La porte n’est pas cassée, ils disent qu’on veut se sauver, on n’a pas touché la porte, elle est en face de la caméra. C’est pas normal ils en prennent 3, ils les mettent au mitard et un à l’isolement dans une chambre seul, tout ça pour rien, y’a des caméras partout

Quand on a dit on veut porter plainte, ils nous mettent au mitard
On va bientôt sortir pourquoi on va se sauver ?

On a peur que quelqu’un meurt là-bas et qu’ils disent après on s’est suicidé, tu comprends ?

Hier quelqu’un s’est tapé la tête contre le mur devant les flics, il a essayé de se suicider, de s’ouvrir, il l’ont emmené 2 fois au mitard

Personne nous défend ici, on est seuls.

On vous appelle pour voir si vous pouvez faire quelque chose… »

L :
« On est enfermés, y’a rien qui va, ça fait 45 jours que je suis là, ça fait 5 ans que je suis à Toulouse…

Y’a un problème avec les algériens ici, le consulat algérien a envoyé un mail comme quoi il n’y a pas de vol qui part en Algérie. Au lieu de libérer les gens, ils les gardent 2 mois ici, ils les gardent 2 mois pour rien.

y’a un algérien qui est là depuis 1 mois et demi, il va faire 2 mois mais à quoi ça sert si les frontières sont fermées, les gens comprennent pas pourquoi ils doivent rester si y’a pas d’expulsions.
Le copain est sorti de prison, il a demandé son dossier médical, ils lui ont pas donné, il a des broches dans le genou il doit voir un kiné, il boite de plus en plus, ils veulent pas le soigner, il a pété un plomb. Ils l’ont emmené à l’isolement 2 jours.

Un géorgien a porté plainte contre la police parce qu’ils l’ont frappé, il parait qu’il est sorti, le flic lui a demandé de retirer la plainte. »

L’enfermement des algérien.e.s continue alors que les frontières de l’Algérie ont été fermées depuis le début de la pandémie. Entre le 17 mars 2020 et le 31 décembre 2020, près de 1000 algérien.e.s étaient enfermé.e.s en CRA en France, 4 ont été expulsé.e.s.

L’enfermement à tout prix est utilisé à des fins punitives pour mater les sans-papiers et les maintenir dans la peur de se faire arrêter à tout moment puis enfermer entre CRA et prison, lire les témoignages.

L’augmentation de l’enfermement des étranger.e.s entre prison et CRA n’est pas prête de s’arrêter : le gouvernement a fait voter une disposition dans le Ceseda qui permettra de condamner à une peine de 3 ans de prison les étranger.e.s refusant les tests PCR pour résister à leur expulsion.

Le conseil constitutionnel a validé cette décision le 05 août 2021.

Rappel : avec la fermeture des frontières, certains pays donnent le laisser-passer pour l’expulsion de leurs ressortissant·e·s, à condition que les personnes aient un test PCR négatif récent. Dans les CRA, les personnes qui refusent les tests pour résister à leur expulsion sont souvent poursuivies au pénal et sont condamnées à plusieurs mois de prison avec souvent une interdiction de territoire (ITF) alors que le code de la santé publique exige le
« consentement libre et éclairé » de la personne pour la réalisation d’un test et que jusqu’à cette nouvelle loi le refus de test ne faisait pas partie des motifs qui relèvent du délit de « soustraction à une mesure d’éloignement ».

C’est un grand classique dans le droit des étranger.e.s, quand l’État et les juges bafouent les lois comme ici avec l’emprisonnement des étranger.e.s refusant les tests Covid, les plus hautes institutions, ici le conseil constitutionnel, finissent par les valider.