« S’il y a un truc que j’ai bien compris, c’est que quand t’es ici, t’as pas de droits »

Témoignage, le 21  juin 2022

« Je me suis fait taper par la police. T’entends pas comment je parle ? J’ai demandé pour voir le docteur, parce que j’ai mal aux dents. Ils m’ont dit non, ils m’ont dit de rentrer dans ma chambre. J’ai dit que je rentre pas dans ma chambre si je vois pas le docteur, je suis malade. Il m’a dit non, c’est moi qui commande ici, c’est moi qui décide. Il me dit que si je rentre pas dans ma chambre, il me met au mitard. Ils m’ont pris, ils étaient 10. Pas 3, 10 ! Ils m’ont tapé, frappé avec, tu vois leurs grosses chaussures là ? Ils m’ont étranglé jusqu’à ce que je vomisse. Je dis la vérité wallah, il y a des témoins et tout ! Devant tout le monde, devant la caméra. Même le docteur, il a tout vu, il n’a rien dit. Le matin je suis allé voir le médecin. Il a fait quoi le docteur ? Il m’a donné un doliprane ! J’ai des bleus, j’ai mal partout.

Mon avocat, je l’ai appelé au moins 10 fois, il m’a dit d’aller voir la CIMADE. Mais à la CIMADE ils m’ont dit que je pouvais porter plainte mais que ça ne servait à rien 1. Mais si c’est un avocat qui connaît son travail, les policiers ils ont pas le droit de faire ça, ils peuvent pas me taper comme ça, même une gifle ils ont pas le droit ! Pourquoi ils laissent faire ça ? Il faut que je sorte d’ici. Si je sors, je pourrai porter plainte.

S’il y a un truc que j’ai bien compris, c’est que quand t’es ici, t’as pas de droits, et eux ils ont le droit de faire tout. »


1 : Porter plainte pour les prisonnier·x·es du CRA, ça veut dire aller au commissariat, accompagné·x·e par des flics, pour demander à des flics d’ouvrir une enquête sur les violences d’autres flics. Comme en tôle, se défendre c’est aussi s’exposer à des plaintes en retour des flics de la PAF, qui peuvent avoir gain de cause, ce qui participe aux allers-retours CRA/prison

« ils m’ont attaché les pieds, les cuisses, ils m’ont menotté derrière le dos, ils m’ont mis un casque sur la tête et ils m’ont emmené jusqu’à l’aéroport »

Témoignage de T le 12 mai 2022 :

« Je suis au lycée, j’ai 18 ans, je suis en première à Pamiers. Ils m’ont arrêté le 3 mai par l’assignation à résidence, je signais au commissariat et le dernier jour, ils m’ont arrêté. Sur place ils m’ont embarqué. J’ai toute ma famille ici, ma mère, ma soeur, mon frère, mes oncles et je me retrouve quand même au centre. »

Le 27 mai, la PAF l’emmène pour l’expulser :

« Ce qu’ils ont fait, ça va rester dans ma tête à vie…
Ils sont venus me chercher à 3 heures du matin. Ils m’ont dit, tu as 10 minutes pour te lever sinon on va te lever de force et t’emmener de force. J’ai dis « ok », je me suis habillé et je leur ai dit « ça vous sert à quoi de m’emmener si je n’ai pas de famille au Gabon, j’ai personne au Gabon pour m’accueillir, je serai un clochard là-bas ? ». Ils m’ont dit « c’est pas notre problème ».
Après ça, ils m’ont emmené à l’accueil, ils m’ont fouillé, ils m’ont tout fait. Après ça, ils m’ont attaché les pieds, les cuisses, ils m’ont menotté derrière le dos, ils m’ont mis un casque sur la tête et ils m’ont emmené jusqu’à l’aéroport et jusqu’à l’aéroport je continuais de me débattre, je me disais j’ai pas envie de partir, même si je vais en prison, toute ma famille est ici, c’est le plus important pour moi.

Après ça, ils m’ont emmené avec brutalité dans l’avion, ils ont commencé à me mettre des chaussettes dans la bouche pour m’empêcher de crier, je disais, « lâchez-moi, j’ai personne au Gabon, j’ai rien, toute ma famille est en France ». Ils ont commencé à m’étouffer, à m’étrangler. Ils ont tout fait pour ne pas que je crie. Du coup il y avait une autre personne à côté de moi, qu’ils ont embarqué aussi, elle a commencé à crier avec moi, ils ont commencé à l’étrangler, à l’étouffer aussi, pour ne pas qu’on crie en fait.

Après ça l’hôtesse de l’air a décidé qu’on n’embarque pas. Les passagers dans l’avion étaient terrifiés, c’est eux qui ont dit à l’hôtesse de l’air de dire au pilote de ne pas nous embarquer. L’autre personne qu’ils voulaient expulser est dans ce centre aussi, comme moi. C’était un vol pour Paris. Ensuite de Paris j’avais un vol pour le Gabon. Ils m’ont ramené au CRA, à quoi ça me sert puisque j’ai pris 3 mois de prison avec sursis et 5 ans de mise à l’épreuve. Quand on est descendus de l’avion, ils m’ont emmené en garde à vue à au commissariat de l’aéroport pendant 4 ou 5 heures et ensuite directement à l’audience, au tribunal.

J’ai expliqué pourquoi j’ai pas pris l’avion. Ils m’ont mis 3 mois de prison pour refus d’embarquer, alors que ce n’est pas moi, c’est le pilote qui a décidé de nous faire descendre de l’avion. Et maintenant je suis encore au CRA. Ils m’ont expliqué que si je refuse le prochain avion, je pars en prison pour faire les 3 mois. La préfète, elle va reprogrammer un autre vol, je vais le refuser et je vais faire les 3 mois de prison, c’est ça.
Même l’ambassade du Gabon ne veut pas faire de laisser-passer mais vu qu’ils ont mon passeport, ils font tout ce qu’ils veulent.
Ma prof est venue me voir, elle a fait des manifestations devant la préfecture, elle a envoyé des dossiers à la préfecture et la préfecture de Foix veut rien entendre. Ils ne prennent pas en compte ma situation familiale. Le tribunal a refusé d’annuler mon OQTF.

Ce qu’ils m’ont fait je peux pas l’oublier :  ils m’ont étranglé, étouffé, ils m’ont mis des trucs dans la bouche et un casque sur la tête ! »

Il est interdit de chanter au réfectoire au risque de se faire tabasser par la PAF

Nous relayons les témoignages de prisonniers du CRA de Toulouse. Une personne a été tabassée par la PAF.  Le secteur E a été isolé suite à un cas de Covid, les parloirs ont été interrompus 15 jours. Un prisonnier testé positif au Covid est resté enfermé 6 jours sans pouvoir sortir du mitard. Les expulsions reprennent peu à peu vers l’Algérie via Paris.

K : « Les policiers m’ont frappé quand je sortais de la salle pour manger, pour rien. J’ai chanté après j’ai tapé le plateau vide contre le mur et pour ça ils m’ont sorti dehors et ils m’ont dit pourquoi tu chantes. Ils m’ont poussé aux épaules, ils m’ont frappé, ils m’ont mis contre le mur, ils m’ont mis des coups de poing. Ils m’ont insulté, « pourquoi t’es là pourquoi t’es pas dans ton pays », ils disent ça tout le temps. Y’avait un policier marocain, il m’a dégagé, il a dit « il est jeune, laissez-le ».

Après ils voulaient pas que je dépose plainte. J’ai dit je dépose plainte.
On est allé voir la Cimade avec les autres copains pour porter plainte. La Cimade a appelé la police et je suis parti avec eux à l’aéroport, c’est d’autres policiers, pas ceux du centre. Je leur ai dit vous pouvez voir sur les caméras ce qu’il s’est passé, ils m’ont montré ce qui les intéressait. Ils m’ont dit c’est interdit de chanter et c’est interdit de s’énerver avec le plateau. J’ai dis ça fait 2 mois que je suis ici, je chante à cause du stress et j’ai touché personne avec le plateau. D’accord c’est interdit mais pourquoi vous me frappez. Ils sont racistes, c’est tout.

Ils m’ont pas emmené à l’hôpital, je suis blessé, le médecin est venu au bout d’une semaine seulement.
ça fait 2 mois que je suis ici, le consulat a donné le laisser-passer mais la Cimade a dit y’a pas d’avion pour le Maroc.  Je suis arrivé ici jeune, j’ai personne au Maroc.
La Cimade elle fait rien pour nous, le docteur il est avec la police, la Cimade elle est avec eux.
Les policiers ils boivent le soir et ils font des trucs entre eux dans les bureaux.
J’habite à Paris j’ai un travail, je suis allé voir une copine à Narbonne, ils m’ont arrêté quand on sortait de chez elle. Les policiers m’ont demandé les papiers, j’ai dit j’en ai pas, ils m’ont emmené à la garde à vue pendant 3 heures. Après la préfecture a dit de m’emmener au centre ici. J’ai pas d’affaires ici , ni téléphone, ni argent. »

H :
 » ça fait 15 jours, ils nous ont fait le test du Covid, y’avait un tunisien âgé qui avait le Covid dans le secteur E mais moi j’ai pas de symptômes. Ils m’ont mis ici au mitard parce que j’ai le Covid. Je suis bloqué dans la chambre sans sortir depuis 6 jours, y’a pas de fenêtre, y’a un grand miroir près du lit, c’est sûrement pour nous surveiller.
Quand j’appelle l’interphone, ils disent « ouais on a autre chose à faire », ils en ont rien à foutre, ils mettent 3 heures à venir. La nuit ils rentrent direct dans la chambre en donnant des coups dans la porte. J’ai demandé le médecin il est pas venu, après plusieurs jours c’est un infirmier qui est venu pour rien.

Je voulais pas aller devant le juge, ils m’ont fait du chantage, si t’y vas pas on te met au mitard, pire que celui-là. Je suis passé devant le juge en visioconférence J’étais choqué, j’ai parlé à l’avocat, je lui ai raconté comment ça se passe ici, il m’a dit oui oui, il en a rien à foutre. Ils m’ont mis à l’isolement le jour où j’ai le vol alors que je veux partir en Algérie.

C’est un truc de fou ici, c’est pire que la prison ici, ils sont derrière nous à fond, pourtant on parle gentiment avec eux, ils en ont rien à foutre, ils frappent dans les portes. Je leur ai dit moi j’ai payé mes dettes, j’ai fait 12 ans de prison, y’a des gens dans le gouvernement avec ce qu’ils ont fait ils sont pas allés en prison. Ici ils te voient algérien, allez tu payes. Quand ils nous ont fait la guerre en Algérie ils ont pas payé, ils sont venus humilier et agresser.

Les chiens ils mangent pas la bouffe qu’ils nous donnent ici, c’est incroyable cet endroit. On mange rien, on a faim, j’ai beaucoup maigri. La nuit, les policiers sentent l’alcool, ils sont bourrés.
Ils rigolent de nous, dans la salle à manger, ils nous regardent, on est comme des marionnettes pour eux. Avec les jeunes qui parlent pas français les policiers ils sont pire, ils disent c’est des blédards. Je tiens, je prie, j’ai pas le choix, je reste patient, je peux pas rentrer dans leurs jeux, ils sont graves.

Pour la plainte du copain, les policiers voulaient s’arranger, ils nous ont dit « calmez-vous, lâchez l’affaire de la plainte, on va ouvrir les parloirs, vous allez rentrer de la nourriture » parce que d’habitude on peut rien rentrer, juste un paquet de gâteau et des petites bouteilles de jus.

Y’a 2 semaines, y’en a deux qui se sont évadés. Les policiers les ont attrapés, ils les ont frappé et emmené en garde à vue, on n’a pas de nouvelles. »

« Ils font grandir la haine à l’intérieur des gens »

Des prisonniers du centre de rétention administrative (CRA) de Toulouse témoignent du racisme d’État, du processus de fabrication des « sans-papiers »,  de l’humiliation et des violences policières auxquels les personnes enfermées font face quotidiennement, et de leurs luttes.

« J’ai demandé la nationalité à 18 ans, mais ils ont refusé, ils disaient que j’avais un titre de séjour et que ça suffit. Pourtant c’est mon droit, j’ai étudié ici, j’ai travaillé ici. Depuis l’âge de 15 ans je travaille, j’ai travaillé gratuitement au moins un an. Mon pays c’est la France maintenant.

Je connaissais même pas les centres comme ça. J’ai refusé le test. Je ne veux pas être renvoyé, de toute façon je ne connais personne, je n’ai plus rien en Guinée. Ma famille est toute en Angleterre, ils y sont allés il y a quelques années. Je risque de me faire torturer, de me faire tuer si je retourne en Guinée ! On a des dettes, on n’a pas fini de payer le passeur.

On m’a pas prévenu. Je suis sorti de prison, et ils m’attendaient au greffe et ils m’ont emmené ici. J’ai même pas eu le temps de contester, de faire les démarches, j’ai pas pu prendre des affaires, rien. Il fait froid, j’ai pas de veste. Ce que j’ai envie de dire, c’est que j’ai pas été notifié.

Il fait froid dans les chambres, il n’y a pas de chauffage. On a une heure par jour pour sortir, 30 minutes le matin et 30 minutes le soir.

On a des fouilles chaque jour. Pour voir si on n’a pas à manger, tout ça. On n’a pas le droit de ramener à manger, genre des yaourts, ils fouillent les chambres aussi.

On n’a pas le droit d’avoir de téléphone avec une caméra, on n’a même pas de stylo, je suis obligé de noter sur un mur en attendant de mettre dans le téléphone. On n’a pas le droit à la bouffe, on n’a pas de chauffage, pas de briquet. On n’a le droit à rien.

Comme je parle bien français, j’aide les autres à lire les papiers, à comprendre. Il n’y a pas de traducteur, pas d’aide sinon. »

Violences policières et mise à l’isolement

« Ils ont des mauvais comportements avec les gens… Il y a tellement de choses à dire, je sais même pas comment commencer. Le lavage est mal fait, les poubelles sont pas ramassées, l’eau est froide, les flics se comportent pas bien, ils profitent que les gens parlent pas bien français. Si tu parles pas bien français, ils t’écoutent pas.

Moi j’étais SDF, mais je travaillais au black. J’ai eu une embrouille avec mon patron. J’allais travailler, j’avais pas mangé, comment tu veux que je travaille comme ça ? C’est comme de l’esclavage. C’est pour ça que je me suis embrouillé avec le patron, et après je suis parti. Je me suis fait arrêter en prenant le train à Narbonne, juste pour un petit joint qu’un gars m’avait filé.

J’ai passé 10 jours à l’isolement, normalement c’est 48h, c’est illégal. Tu peux rien dire. Ils m’ont mis à l’isolement parce que j’étais un peu agressif, parce qu’ils acceptent pas. Alors ils m’ont frappé et mis à terre, puis au cachot. Ils mettent pas les matricules, sauf le chef. Surtout le groupe du soir, ils sont trop agressifs.

Il n’y a rien à l’islolement, ni télévision ni rien, pas de téléphone, je pouvais sortir dans le couloir à côté de la porte pour fumer mais pas dans la cour.

Il y a un gars avec un traitement psy, ils sort dans les couloirs en criant, c’est pas de sa faute mais la pref le laisse pas sortir pour recevoir son traitement. La pref enferme n’importe qui. C’est la deuxième fois que je suis en CRA. Je me suis évadé la première fois.

Avant c’était 45 jours le CRA maintenant c’est 3 mois, tu sors d’ici avec une grande haine. 3 mois tu prends l’habitude de la prison… C’est comme la drogue, tu t’habitues, tu sors de là, tu peux aller où si tu connais personne ? Tu fais un dégât, obligé tu rentres en prison encore, ça devient une habitude, ils font grandir la haine à l’intérieur des gens. »

10 mois d’enfermement entre CRA et prison en circuit fermé*.

« Je suis ici au centre à Toulouse depuis 18 jours. Ça fait un an que je suis enfermé à cause des papiers, depuis janvier 2021. Ils m’ont attrapé à Perpignan quand j’étais au travail, les policiers sont venus, mon patron s’est sauvé. Ils m’ont emmené au CRA de Lyon, je suis resté 88 jours, ils m’ont dit de faire le test pour l’avion, j’ai pas voulu, le juge m’a donné 2 mois de prison. Après encore le CRA pendant 2 mois et demi, j’ai refusé le test encore, le juge m’a encore donné 2 mois de prison. Quand je suis sorti de la prison de Lyon, ils m’ont ramené ici au CRA de Toulouse, ça fait 18 jours.

J’habite en Espagne depuis 5 ans, j’ai ma famille là-bas, j’ai un enfant, je suis venu à Perpignan pour travailler et voilà. La France c’est pire, je veux partir d’ici. »

Tentative de suicide, cas de Covid, secteur D confiné, les audiences du JLD se déroulent en visio

« Le secteur est confiné, un type a le covid, ça fait une semaine. Les audiences sont en visio à cause du covid, tout le monde a fait des tests sauf un, il a refusé, ils l’ont mis au cachot 14 jours. Il avait l’avion le lendemain du test, il a refusé le test.

« Les avions sont suspendus pour 15 jours pour le Maroc à cause du nouveau covid et je sais pas pourquoi il y a des algériens encore ici. Les relations entre l’Algérie et la France ça marche pas. Il n’y a pas d’avion avec l’Algérie et on reste enfermé ici, Teboune les emmerde alors eux ils nous emmerdent ici.

Ils nous traitent comme des chiens ici, c’est la hogra.

Ils sont restés 132 ans en Algérie et ils continuent de nous pourrir la vie.

Il y a que des cris ici. Un policier qui m’a emmené là où il n’y a pas de caméra pour me donner un coup de poing, c’est quoi ça ? Ils nous prennent pour des animaux ou quoi ?

La bouffe ils ne la donnent pas à leurs chiens, on fait 2 repas par jour, on a faim.

Ils m’ont arrêté à Auxerre, sur le chantier, je travaillais et ils m’ont ramené à Toulouse, je connais personne ici. Je peux pas récupérer mon argent, je travaille, je paye des impôts, qu’est-ce qu’on fait là ?

Il y en a un qui a voulu se suicider avec un drap, on l’a trouvé dans le couloir. »

* L’enfermement des étranger·e·s entre prison et CRA est en train de s’intensifier. Pour rappel, une disposition a été votée dans le CESEDA (code d’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile), validée en août 2021 par le Conseil constitutionnel, qui permet de condamner à une peine de 3 ans de prison les étranger.e.s refusant les tests PCR pour résister à leur expulsion, au même titre que le refus d’embarquer dans l’avion.

 

 

 

 

 

 

 

Cellule d’isolement

Ni rafles, ni CRA, ni prison, ni expulsions !
Solidarité avec les prisonnier.e.s et les personnes exilées !

Violences policières au CRA de Toulouse et peines de prison pour des refus de test Covid

Avec la fermeture des frontières, certains pays acceptent les expulsions de leurs ressortissant.e.s, si les personnes ont effectué un test PCR négatif récent.  Dans les CRA, les personnes qui refusent les tests sont poursuivies au pénal pour « soustraction à une mesure d’éloignement » et sont condamnées à plusieurs mois de prison avec souvent une interdiction de territoire (ITF), alors que le code de la santé publique exige le consentement de la personne pour la réalisation des tests.

Les juges font donc ce qu’ils veulent !

Sorties de prison, les personnes sont ensuite à nouveau enfermées au CRA, parfois pour la durée maximale de 90 jours, elles se retrouvent ainsi en circuit fermé entre CRA et prison pendant des mois !

Le témoignage de deux prisonniers :

A : « J’ai passé 3 mois au CRA de Lyon. J’ai refusé le test PCR. Ils m’ont fait passer au tribunal et j’ai fait 3 mois de prison. Après ma sortie de prison, ils m’ont envoyé au CRA de Cornebarrieu… Ici, y a quelqu’un qui fait la grève de la faim depuis 20 jours, il est dans sa chambre, il bouge pas…On va voir avec les autres ce qu’on fait, si on se met en grève aussi ? Il est tout seul… Il est là, je te le passe… »

« Ils sont arrivés à plusieurs, ils m’ont balancé sur le lit et ils m’ont scotché aux genoux et au torse, je pouvais plus bouger »

L : « Je suis en grève de la faim depuis le 11 février… Suis déjà venu en France en 2019, reparti et revenu… En août 2021, je suis arrivé à Lampedusa, ils m’ont mis sur le bateau pour la quarantaine. A ma sortie, le test covid était négatif. Le 25 septembre je suis allé à Vintimille, pour partir en Allemagne pour voir mon fils. Avec d’autres, je suis monté à l’arrière d’un camion pour le voyage. On a été contrôlé sur l’autoroute du côté de Nîmes. On nous a emmenés au commissariat puis au CRA de Nîmes, j’y suis resté 2 mois ½.

Le 19 octobre, ils ont voulu me mettre dans un avion à Marseille pour le pays, mais le commandant a pas voulu que je monte parce que j’avais pas un test-covid récent. Je suis pas parti. Ils ont voulu remettre ça 15 jours plus tard et j’ai refusé le test. Ils m’ont emmené au commissariat puis au tribunal, en comparution immédiate, et là j’ai pris 3 mois de taule, plus une ITF de 10 ans ! Je suis sorti de prison le 11 février, et c’est là qu’ils m’ont envoyé au CRA de Cornebarrieu Toulouse.

Au CRA de Cornebarrieu, j’ai été isolé pendant 14 jours, tout seul au Secteur C, car j’ai refusé de passer le test Covid. Et le 23 février, j’ai eu une agression : ils m’ont proposé un repas et j’ai refusé, et puis j’ai fait un malaise, je mange pas depuis le 11 février !… Y en a un qui a dit « on peut pas le laisser comme ça, il faut pas qu’il reste tout seul : c’est soit l’infirmerie, soit l’hôpital ! ». Ils m’ont pris la tension, le cœur et la glycémie.

Et puis, ils m’ont mis à l’isolement et m’ont pris mon téléphone, mes claquettes et mes sous. Moi, je voulais appeler ma mère et mon frère pour leur dire… Après , j’ai commencé à taper ma tête contre le mur, mais pas trop fort, j’ai pas de bleu, pas de blessure…y a qu’à voir sur la caméra, j’ai pas tapé fort…

Alors ils sont arrivés à plusieurs, ils m’ont balancé sur le lit et ils m’ont scotché au genoux et au torse, je pouvais plus bouger, ils m’ont mis un truc sur la tête, et y en a un qui m’a mis son genou sur le ventre et ses mains sur ma gorge ! Je pouvais plus respirer, j’ai cru que j’allais mourir, j’ai commencé à pleurer… Ils sont partis.

J’ai attendu un moment et j’ai sonné, et j’ai dit « je suis calme, s’il vous plaît, détachez-moi ! J’arrive pas à respirer !» Je venais de faire un malaise et au lieu de me soigner, ils m’ont attaché ! C’est Pas normal ! Ils sont venus, et ils m’ont détaché, y en a un qui a dit « Ici, vous êtes pas le roi ! Tu manges pas ? Nous, on va manger ! ». Je leur ai demandé mon portable pour appeler. Une heure après : ils m’ont redonné mon portable, ils m’ont donné une cigarette et après j’ai pu appeler mon frère. Je lui ai tout dit, alors après, il a appelé la Mairie :  « on peut rien faire ! », la Préfecture : « on peut rien faire ! » et les Droits de l’Homme : ils l’ont écouté…..Moi, j’ai demandé la Cimade, ils m’ont dit : « Ils sont pas là, ils sont parti déjeuner ! » c’est vrai, c’était entre midi et 13h….Et le lendemain, ils m’ont transféré au Secteur E avec les autres.

Le 24 février, Je suis allé à la Cimade, les Droits de L’Homme  avait déjà contacté la Cimade, ils m’avaient appelé avant et je leur avais tout raconté. La Cimade s’est occupé de me trouver un avocat qui devait venir me voir le 29 février, et finalement, il a décommandé. La Cimade m’en a trouvé un autre que j’ai eu au téléphone, et qui m’a dit de rencontrer le chef du CRA pour la plainte. Je l’ai fait, je l’ai vu le chef du CRA, et il m’a dit « Laisse tomber, ça sert à rien ! »

Le problème c’est que depuis l’agression, j’ai mal au dos et j’ai jamais eu mal au dos comme ça ! Je marche tordu, je peux plus marcher comme tout le monde !  J’ai jamais réclamé pour mon dos ! Ils ont qu’à regarder les dossiers médicaux du CRA de Nîmes, de la maison d’arrêt, j’ai jamais réclamé pour mon dos jusque-là !

J’ai encore demandé à porter plainte. Alors le lendemain, ils m’ont emmené à l’aéroport. Là-bas, ils me disent qu’ils veulent faire une audition, et je leur ai dit  » une audition ? Mais pourquoi ? Vous n’avez pas le droit ! Si vous voulez une audition, je suis pas contre, mais il faut appeler mon avocat ! Je suis pas venu ici pour une audition mais pour porter plainte ! En plus, je n’ai rien à cacher, vous savez déjà tout sur moi »…

En plus ils se sont trompés sur mon nom. Et je leur ai dit : « vous posez des questions bêtes alors que vous avez déjà tous les renseignements sur moi ! « . Je suis resté longtemps avec eux, j’ai vu qu’ils se sont un peu énervés. Y en a un qui a tapé avec son pied dans une poubelle qui était là et il a dit : « Ta plainte, elle va finir là, dans la poubelle ! » Finalement, j’ai pu déposer ma plainte. J’en ai gardé une copie, l’originale est parti à la police et j’ai envoyé une copie à la Police des polices et aux Droits de l’Homme ; il manquait juste les journalistes… J’ai demandé à la Cimade , ils m’ont dit :  » c’est ton droit ! …. » 

Moi, je connais pas de journalistes. Avec la plainte et pour mon dos, ils m’ont envoyé chez un médecin légiste qui m’a posé des questions, m’a examiné, il m’a dit « pourquoi tu manges pas ? », il m’a trouvé maigre ! Mais j’ai surtout grave mal au dos ! Il a passé des radios et a trouvé une maladie osseuse d’enfance, une « ostéopathie » ou quelque chose comme ça ?  « C’est pas grave ! » il a dit. Oui, mais moi, j’ai jamais eu mal au dos comme ça, c’est pas normal ! Même avec cette maladie d’enfance, j’ai jamais eu mal au dos ! 

Je lui ai demandé le certificat, et il n’a pas voulu me le donner alors que la Cimade et l’avocat m’avait dit de le rapporter. C’est sur les caméras comment ils m’ont poussé sur le lit, scotché et étranglé ! »

L. passera devant le juge des libertés et de la détention (JLD) le 13 mars au bout des 30 jours déjà passés au CRA de Cornebarrieu Toulouse. Sa rétention peut se prolonger jusqu’à 90 jours.

Solidarité avec les prisonnier.es qui subissent le racisme d’État et luttent à l’intérieur de ces taules !

Journée de lutte contre les violences d’État

Journée d’action samedi 20 mars 2021 pour protester contre les violences policières, carcérales, judiciaires, pénitentiaires et islamophobes.

Dans le cadre des journées internationales contre les violences policières (15 mars), pour l’élimination des discriminations raciales (21 mars) et suite à l’appel national lancé par des familles de victimes et des blessés, le Comité Vérité et Justice 31, la Case de Santé, Grisélidis, le Jeko, Toulouse Anti Cra et Révolte Décoloniale appellent à se rassembler à Toulouse le samedi 20 mars 2021 afin de protester contre les violences policières, carcérales, judiciaires, pénitentiaires et islamophobes.

Rendez-vous à partir de 13h12 au métro Capitole.

À partir de 15h30, retrouvons-nous à la Case de Santé, place Arnaud Bernard, pour se rencontrer, discuter et envisager la suite de la mobilisation ensemble.

Vérité et justice pour toutes les victimes des violences d’État et du racisme structurel.

Violences policières au CRA de Cornebarrieu Toulouse

Témoignage d’un prisonnier du secteur A, le 29 décembre 2020

« Hier soir, après le repas, on rentrait du repas, il y a un monsieur qui est noir de peau, il était en train de trainer un peu sur le chemin avec un café à la main, il y a un policier qui l’a poussé, le café s’est renversé par terre, ils se sont énervés, ils l’ont pris dans une chambre, ils lui ont enlevé ses vêtements, une chambre froide d’après ce qu’il a dit lui, ils l’ont frappé vite fait.
Après ils l’ont ramené chez nous au secteur, il était en train de pleurer, ça nous a fait de la peine, on a commencé à faire une petite démonstration on va dire, on a jeté tous nos matelas dans le couloir. Les policiers ont pris tous les matelas et ils sont venus pour faire du chantage on va dire. Ils ont pris un autre noir parce qu’il a réclamé pour son copain, ils l’ont pris, on sait pas où ils sont les 2, jusqu’à maintenant.
Ils ont pris les matelas vers 1h du matin et ils les ont remis vers 6h30 du matin avant que le deuxième groupe vient, comme ça le deuxième groupe remarque rien, mais nous on a insisté qu’il y a les caméras qui ont tout filmé et pour que justice soit rendue, c’est pas normal de faire ça, c’est interdit c’est contre la loi. Franchement on dirait des animaux à l’intérieur, Ils nous prennent pour des animaux, des animaux vraiment. »

Retour sur le rassemblement de samedi 19 décembre devant le CRA de Cornebarrieu Toulouse

Notre collectif Toulouse Anti CRA appelait à un rassemblement samedi 19 décembre devant le centre de rétention de Cornebarrieu, afin de manifester notre soutien aux prisonnier·e·s, d’appeler à l’abolition des CRA et de dénoncer les violences policières et le racisme d’État.

On était plusieurs dizaines à venir manifester mais à notre arrivée, on était attendu·e·s avec un dispositif complètement démesuré : la route passant devant le CRA était fermée des deux côtés 400 mètres avant l’entrée, des plots au sol empêchaient d’avancer, la circulation était déviée, 10 camions de gendarmes prêts à intervenir bloquaient tout accès. Impossible de s’approcher, on n’a donc pas pu ni manifester, ni communiquer avec les prisonnier·e·s.

Pendant ce temps, la violence s’est déployée sur les prisonnier·e·s.

Dès le matin, les flics de la PAF sont venus leur parler de la manifestation:

« Ils nous ont parlé de la manifestation, ils nous ont dit vous restez gentils sinon on trouvera quelque chose contre vous, vous restez dans les chambres.

On n’est pas d’accord, alors au secteur A, on a tous refusé le repas à midi, sauf ceux qui sont malades qui doivent prendre des médicaments. C’est l’humiliation ici tout le temps…

Des policiers sont rentrés, ils étaient 25 alors qu’on est 18 au secteur A. Ils sont rentrés avec des casques, des matraques, des lacrimos et des extincteurs. Ils sont allés dans les chambres, partout dans le secteur.

On est sortis dans la cour, on n’est pas rentrés dans les chambres, on a dit on reste dans la cour, on fait rien de mal, ils nous ont parlé de la manifestation. »

Depuis la cour du secteur A qui borde la route, il est possible d’entendre les manifestant.e.s, de faire un parloir sauvage.

« Ils ont dit c’est interdit la promenade, on a négocié et on est restés dans la cour. J’ai parlé avec un chef, je lui ai dit, « tu n’as pas le droit de nous dire de rentrer dans les chambres, si vous voyez un problème vous pouvez nous dire de rentrer mais là on n’a rien fait, on connait la législation, ça se fait pas de venir nous voir avec la lacrimo. »

« Les gens ici n’ont rien, ils ont pas le moral, ils faut venir les voir aux parloirs, faites quelque chose pour eux, ils sont pas bien, y’a pas de respect, on mange pas bien, on peut pas étudier, y’a pas de téléphone, pas de sport, pas de jeux, rien, venez ici et vous verrez c’est quoi le racisme. »

Lors des rassemblements précédents en septembre et en octobre, où le collectif était présent avec de nombreuses associations, on avait réussi à se rassembler devant le CRA, à faire des parloirs sauvages, à exprimer notre soutien aux prisonnier·e·s. Cette fois, rien de tout ça n’était possible.

Ce dispositif, à l’extérieur comme à l’intérieur, cherche à intimider et mater les prisonnier·e·s un peu plus, pour les décourager de lutter. Il a aussi pour but de décourager les militant·e·s qui dénoncent les violences policières et le racisme d’État, et qui relaient la parole des personnes enfermées.

À l’intérieur du CRA, dispositif exceptionnel ou pas, le système est rodé, tou·te·s les prisonnier·e·s le rapportent, les humiliations sont quotidiennes, les flics provoquent et si les personnes se rebiffent elles peuvent se faire tabasser et se retrouver au mitard plusieurs jours, voire partir en garde à vue puis en prison.

Tous ces témoignages, qui relatent la maltraitance et le racisme institutionnels, sont sur ce blog.

Ces intimidations ne nous empêcherons pas de continuer à lutter, à nous organiser, à témoigner notre solidarité aux prisonnier·e·s par tous les moyens ! Contre les CRA et les prisons ! À bas les frontières !

Rassemblement samedi 19 décembre à 14h devant le CRA de Cornebarrieu Toulouse

POUR L’ABOLITION DES PRISONS POUR ÉTRANGER.E.S !

Le 18 décembre, pour la Journée internationale des migrantEs, nous rejoignons les collectifs de sans-papiers et tous leurs soutiens pour un acte 4 : continuer la lutte pour la régularisation de toutEs les sans-papiers, la fermeture des centres de rétention administrative (CRA) et le logement pour toutEs.

Les images du démantèlement du camp à Saint-Denis et de la répression policière lors de la manifestation des exiléEs place de la République à Paris donnent à voir comment l’État traite les personnes vulnérables, sans abri. Mais loin des caméras, la répression est le quotidien des exiléEs, notamment à Calais.

Cette violence policière et ce racisme d’État s’exercent sur les sans-papiers partout, tout le temps : dans les rues, les camps, les squats, et dans les CRA. Les CRA sont des prisons pour étrangerEs, où les personnes y sont humiliées, déshumanisées et violentées par l’État.

Cette violence policière et ce racisme d’État s’exercent depuis des décennies sur les populations précaires et racisées. Appliquant une doctrine coloniale du maintien de l’ordre dans les quartiers populaires, la police harcèle, insulte, humilie, frappe, mutile et tue.

Il s’agit ainsi de soumettre les populations : de les invisibiliser, de les maintenir à la marge et dans la précarité, de permettre leur exploitation. Les CRA ont une fonction comparable, ils ne servent pas qu’à expulser et punir les sans-papiers, mais aussi à les faire vivre sous la menace permanente de l’enfermement et de l’expulsion, afin de les maintenir corvéables et invisibles, d’en faire une main d’œuvre délocalisée à l’intérieur du territoire.

La fuite en avant autoritaire et fascisante de l’État s’accentue avec la loi de « sécurité globale », tandis que la « loi confortant les principes républicains » (ex-loi contre le « séparatisme ») affiche une islamophobie d’État totalement décomplexée. Ces lois alimentent l’imaginaire d’un ennemi de l’intérieur qui est à contrôler, enfermer, expulser, à la suite des lois sécuritaires et racistes qui ont précédé et se sont empilées au fil des ans.

Sous le prétexte d’une « lutte anti-terroriste », l’État s’attaque depuis des années à toutes les personnes musulmanes ou supposées telles. Avec la décision récente de dissoudre le CCIF sur la base d’accusations fallacieuses, il cherche aussi à désarmer les luttes contre l’islamophobie, la résistance et l’auto-organisation de celles et ceux qui subissent le racisme d’État.

Contre cet État raciste, contre sa police, nous opposons une auto-organisation émancipatrice, décoloniale, anti-impérialiste et antiraciste, nous nous joignons aux collectifs de personnes concernées qui organisent la défense et la riposte.

Nous soutenons les luttes que les personnes enfermées mènent à l’intérieur des CRA, elles exigent leur libération et la fermeture de tous les CRA en France.

En solidarité avec les personnes sans-papiers emprisonnées au CRA, venez le samedi 19 décembre à 14h ! Notre collectif organise un covoiturage, n’hésitez pas à nous contacter au 07 51 37 96 57.

Papiers pour toutEs ou pour personne, ni prison, ni CRA, ni expulsion. À bas le racisme d’État ! À bas les frontières !

 

Au CRA de Cornebarrieu Toulouse, les prisonniers du secteur A ont été violemment réveillés pour une fouille. LA PAF a emmené 2 personnes en garde à vue.

Mardi 8 décembre, la PAF a violemment réveillé les prisonniers du secteur A, du centre de rétention de Cornebarrieu en banlieue toulousaine. Ils les ont sorti de leur chambre et ont fouillé leurs affaires. Un des retenus raconte : « Ils nous ont fouillés comme des animaux. Ils ont cassé des téléphones et ont tout balancé par terre… On a été privés de sortie [du secteur à l’intérieur du CRA]. On ne peut pas aller chercher des cigarettes ni aller voir la Cimade ».

La police prétexte une tentative d’évasion alors que personne n’a été retrouvé dehors. Ils ont sorti du secteur deux personnes (dont un qui est parti « en short » sans qu’on lui laisse le temps de s’habiller)

« La porte était grande ouverte, personne n’est sorti. L’équipe de nuit a mis une heure ou même une heure et demie à venir voir la porte et à constater qu’il ne manquait personne. Ils ont relevé les empreintes sur la porte : ça n’a pas de sens vu que tout le monde la touche. Ils vont trouver leurs propres empreintes. »

Tout au long de la journée la présence policière a été massive au secteur A et aux abords du CRA. La PAF patrouille même sur les pistes de l’aéroport qu’on voit derrière le grillage depuis le secteur A. «D’habitude c’est pas autant ». «On aurait dit qu’on avait fait un braquage, un attentat».

« On est juste enfermés parce qu’on est en situation irrégulière. T’es la, t’as rien fait. On a pas commis un délit : même si on s’était vraiment évades ce serait trop »

Finalement, les retenus ont obtenu qu’on les laisse sortir du secteur au moins pour aller voir la Cimade (qui leur fait du conseil juridique) en insistant auprès de la police. « Ils ont cédé parce qu’on leur a fait un boucan ».

On a appris que les deux personnes embarquées ont été gardées à vue dans un commissariat voisin, puis déférées, mais on n’en sait pas plus sur leur éventuel procès, transfert…

Tout ceci s’ajoute aux conditions de détention déjà difficiles en temps normal et qui ont empiré dernièrement :

Depuis deux semaines le secteur A n’arrive pas à accéder a l’OFII, ou ils peuvent acheter des cigarettes, des recharges téléphoniques… Ils sortent les avant-derniers en promenade, juste avant les prisonnières du secteur B, et ils leur disent que c’est trop tard pour acheter.

Lundi ils leur ont coupé l’eau a 21h. Le lendemain matin elle a été rétablie mais elle était froide. « C’est comme si c’était une punition ».

« On a rien fait, déjà moi je suis pas d’accord qu’on soit ici, mais en plus on est dans de mauvaises conditions »

Les CRA sont une prison ou l’on déshumanise d’autant plus les prisonniers qu’ils sont étrangers, à bas les frontières et à bas l’enfermement !