L’État enferme toujours plus les étranger·e·s entre CRA et prison

Entre les peines de prison pour refus de test PCR et le renforcement de la double peine, les étranger·e·s font des allers et retours entre prison et CRA en circuit quasi fermé en vue de leur expulsion, même quand celle-ci n’est pas possible. Pendant ce temps, les CRA tuent.

Avec la fermeture des frontières, certains pays donnent le laisser-passer pour l’expulsion de leurs ressortissant·e·s, à condition que les personnes aient un test PCR négatif récent. Dans les CRA, les personnes qui refusent les tests pour résister à leur expulsion sont poursuivies au pénal et sont condamnées à plusieurs mois de prison avec souvent une interdiction de territoire (ITF), alors que le code de la santé publique exige le « consentement libre et éclairé » de la personne pour la réalisation d’un test et que le refus de test ne fait pas partie des motifs qui relèvent du délit de « soustraction à une mesure d’éloignement ». Ainsi, les juges jouent le jeu de la machine à expulser de l’État, jusqu’à s’asseoir sur les lois, ce qui n’est pas nouveau quand il s’agit du droit des étranger·e·s.

Le lien entre les CRA et la prison se renforce pour les étranger·e·s. Le CRA de Toulouse a un des plus fort taux de sortant·e·s de prison (25,1%) . Sur l’ensemble du territoire et sur plus de de 53 000 personnes enfermées en 2019, 14,5 % sortaient de prison. Le nombre a doublé en deux ans (1). L’administration enferme même si elle ne peut pas expulser pour punir et soumettre les personnes sans papiers. Depuis la prison, les étranger·e·s ne peuvent pratiquement pas se défendre, contester une « mesure d’éloignement » ou renouveler un titre de séjour.

Par ailleurs, sous prétexte de lutter contre le terrorisme, le ministère de l’intérieur dans une instruction du 12 avril 2021 rappelle aux préfectures de renforcer les protocoles d’expulsion des « étrangers ayant commis des infractions graves ou représentant une menace grave pour l’ordre public ». La double peine se durcit, l’objectif est de retirer les titres de séjour à celleux qui sont en situation régulière et d’expulser les personnes incarcérées dès la sortie de prison sans passer par le centre de rétention administrative, évitant ainsi une possible libération par le Juge des libertés et de la détention.

« En prison ma carte de séjour s’est arrêtée le 15 février et ils m’ont mis une OQTF [Obligation de quitter le territoire], j’ai fait un recours, rejeté. Mes parents sont ici, mon grand-père a combattu pour la France, j’ai sa carte de combattant vous vous imaginez ? Je suis là depuis l’âge de 2 ans, j’ai fait toute ma scolarité en France, ils peuvent pas me renvoyer comme ça, je connais personne là-bas. Ok, j’ai fait une dégradation, j’ai pris 8 mois ferme, ok j’ai un casier judiciaire mais j’ai agressé personne, j’ai pas commis l’irréparable… »

« Le copain a côté de moi, il a fait 3 mois de prison parce qu’il a refusé le test PCR, c’est la 4ème fois qu’il est enfermé au CRA et en prison. Il a des enfants, ils veulent le renvoyer, je comprends pas, ils sont acharnés… »

« J’ai fait 3 mois pour un vol. Après il m’ont mis 17 jours au centre de rétention, j’ai refusé le test, ils m’ont condamné à 3 mois de prison. Après ils m’ont ramené ici au centre à Toulouse, j’ai passé une nuit, j’ai refusé le test ils m’ont ramené 2 mois en prison. J’ai fini les 2 mois, ils m’ont ramené au CRA de Perpignan et grâce à une faute de procédure, j’ai été libéré. Je suis resté dehors 1 mois et 20 jours, j’ai été arrêté ils ont vu que j’ai une obligation de quitter le territoire, ils m’ont ramené au centre de Toulouse et demain j’ai l’avion. Je galère depuis le 3 juillet en centre, prison, centre, prison. »

Un prisonnier retrouvé mort au CRA de Bordeaux

Le 22 avril des prisonniers du CRA de Bordeaux en grève de la faim alertaient sur le décès de leur co-détenu qu’ils soupconnaient de s’être suicidé, sans que l’information n’ait été diffusée par les institutions pendant un mois.(2)

Depuis 2017, 6 décès ont eu lieu dans les CRA, ils ne sont évidemment pas dû au hasard mais bien à l’enfermement, notamment avec la distribution de psychotropes par les médecins pour shooter les prisonnier·e·s. (3)

Quelques jours plus tard K. témoignait toujours depuis le CRA de Bordeaux:

« Les journalistes ont appelé parce qu’il y a eu mort et y’a eu un rassemblement devant le centre… Il avait du stress, de la haine, de la rage au fond de lui, le mec est allé dormir et le lendemain il s’est pas réveillé.

C’est un truc de fou ici, on voit des accidents tous les jours… Avant-hier un géorgien, il est suivi en psychiatrie il prend des traitements pour se soulager, ils ont pas voulu lui donner son traitement malgré qu’il a l’ordonnance de son médecin, il a fait une crise, il a crié dans le couloir, il a agressé personne et là la police l’a frappé, ils lui ont bousillé son visage, ils lui ont laissé des bleus sur son visage et lui après avec la rage et la haine au fond de lui – on est  en 2021 on parle que des droits de l’homme –  le mec il a cousu ses lèvres, voilà plus de droit d’expression. Il a pris un bout de verre ou de métal et il s’est tranché la gorge, il ouvre son ventre et il reste comme ça dans le couloir pendant une demi-heure, il saigne… Après les pompiers viennent, ils l’emmènent à l’hôpital et ils le ramènent ici comme si de rien n’était. Et hier ils l’ont pris je sais pas où dans la nuit à 3 ou 4 heures du matin. » [le prisonnier a été transféré au CRA de Hendaye]

En garde à vue, j’ai voulu appeler un avocat, sauf que c’est des racistes, ils ont refusé, ils m’ont passé un avocat au téléphone qui m’a pas bien expliqué mes droits. Ils m’ont renvoyé 2 fois dans mon pays, en 2017 et 2019, à chaque fois je revenais par la mer et cette fois-là je suis revenue par la Turquie. Ça m’a pris un an, j’ai traversé 9 pays, vous imaginez ? J’ai marché un an à pied, j’ai fait la Turquie, la Grèce, l’Albanie, Monténegro, Bosnie, Croatie, Slovenie, l’Autriche, l’Italie… Normalement quand on fait ce chemin là on rentre dans les livres de records alors que là quand on arrive, ils veulent nous battre en fait. En 2017 quand j’ai été arreté la loi enfermait les gens 45 jours maximum maintenant c’est 3 mois, c’est pas supportable, c’est une condamnation, c’est une peine de prison. »

Solidarité avec les prisonnier·e·s qui subissent la violence et le racisme d’État et luttent à l’intérieur de ces taules ! A bas les frontières !

(1) Rapport rétention Cimade 2019

(2) https://toulouseanticra.noblogs.org/un-prisonnier-retrouve-mort-au-cra-de-bordeaux/

(3) https://abaslescra.noblogs.org/au-cra-linfirmerie-cest-une-boucherie-un-autre-mort-a-vincennes-ni-oubli-ni-pardon/

« C’est un système raciste… Ils nourrissent leur haine sur notre dos »

Le CRA de Toulouse se remplit progressivement, les arrestations suite aux contrôles au faciès ont repris et les sortants de prison continuent d’être enfermés au CRA pour subir la double peine. On retrouve peu à peu la situation d’avant le Covid, les différents secteurs se remplissent, dont celui des femmes.

Les audiences continuent d’avoir lieu au CRA en visio depuis la pandémie, ce qui empêche la présence du public et détériore le contact que peut avoir la personne avec son avocat et le juge. La publicité des débats et le face à face ne sont plus assurés dans cette parodie de justice. L’État cherche sans doute à pérenniser ce nouveau système et limiter ainsi les moyens de la défense.

Les visites sont possibles, la PAF a installé dans les parloirs un film plastique au milieu de la table comme séparateur entre visiteur·euse·s et prisonnier·e·s. Une seule personne peut entrer dans le parloir pour chaque visite.

 

Témoignages de prisonniers

J. : « Je suis sorti de Seysses et après 2 mois dehors, 2 mois de galère à cause du Covid, pour subvenir à mes besoins j’ai squatté…Ils m’ont arrêté, garde à vue et direct le CRA. ça fait 18 ans que je suis en France, je suis père d’un enfant français…J’avais une carte de séjour à Paris et quand je suis arrivé à Toulouse, elle était périmée et ils ont commencé à me donner des récépissés. À cause d’une bêtise j’ai fait de la prison, à partir de là ils ont décidé de pas renouveler mes papiers et j’ai reçu une OQTF sans délai. Ils nous traitent pire que de la merde. Ils savent qu’ils n’ont pas de solutions avec nous…C’est de la répression, un système raciste, c’est des fachos qui tiennent le pouvoir, ils nourrissent leur haine sur notre dos, j’ai bien compris tout ça, leur racisme avec moi ça a duré trop longtemps, j’en peux plus, je l’ai dit à la juge, si vous voulez que je quitte la France, laissez-moi partir, pourquoi vous m’enfermez… La police ici c’est la hogra surtout avec les plus jeunes, ils provoquent surtout ceux qui ne sont pas en France depuis longtemps et qui ne parlent pas bien le français… »

R. :   » Ils m’ont ramené de Corse dans un petit avion de 9 places, un avion noir avec 5 policiers dedans, il venait de Paris jusqu’à Bastia pour m’amener au CRA de Toulouse. J’ai rien compris, je leur ai demandé vous êtes venus que pour moi ? Pourquoi de Corse à Toulouse ? À la sortie de la prison, 2 policiers m’attendaient pour m’emmener en avion ! J’ai été condamné à 30 mois de prison pour travail dissimulé et harcèlement, j’ai fait 21 mois ferme. Le proprio où je faisais les travaux a commencé à me galérer pour me payer et m’a mis le harcèlement sur le dos. Ça fait 25 ans que je suis en France, je travaille, j’ai une famille, des enfants et je suis enfermé ici, j’ai 44 ans… C’est dégueulasse ici, ya pas d’hygiène, la femme de ménage doit faire 17 chambres en 25 minutes, elle peut pas la pauvre, alors avec un autre gars on le fait nous-mêmes mais y’a même pas d’eau de javel et ça pue, la nourriture est dégueulasse, je dépense beaucoup d’argent aux distributeurs et je paye pour ceux qui n’ont pas d’argent, on peut pas bouffer sinon…Les jeunes sont shootés aux médicaments, le médecin les bourrent ils sont comme des momies…On peut pas acheter de shampoing, de savon, de quoi se raser, l’OFFI ne veut pas, elle donne des dosettes de shampoing…

M. :  « J’habite l’Espagne depuis 6 ans, je suis arrivé en France en 1987, j’ai vécu à Paris 15 ans puis Toulouse… Ils peuvent pas m’expulser. J’ai déjà été enfermé ici dans le centre à Toulouse. Là ça fait 10 mois que je suis enfermé depuis mai 2019, j’ai fait 3 mois de prison à Albi parce-que je vendais des cigarettes… Ensuite pour une bagarre, j’ai été arrêté et j’ai pris 7 mois fermes, j’ai une interdiction en France* mais j’habite en Espagne… Ils m’ont sorti de Seysses plus tôt à cause du virus et j’ai été amené au CRA et ça fait 2 mois…. Ils me connaissent à Toulouse, même les policiers m’appellent pour me demander si je peux leur vendre des cartouches de cigarettes… »

(*Interdiction de Territoire Français)

Au CRA de Toulouse, le 15 mai : augmentation des enfermements

Alors que les frontières sont officiellement fermées, le CRA de Toulouse Cornebarrieu continue de se remplir avec en ce moment 4 personnes au secteur E et 12 au secteur D. Des personnes de Paris, Marseille et Perpignan ont été amenées. Les sortant·e·s de prisons continuent d’être enfermé·e·s au CRA comme d’habitude, dans la logique de la double peine, les CRA étant devenus des annexes des prisons.

La capacité du CRA de Toulouse Cornebarrieu est de 126 places, hors pandémie, c’est en moyenne 90 personnes qui y sont enfermées.

2 ressortissants roumains risquent d’être déportés. Des départs seraient prévus le 3 juin.

Y. : « je suis sorti de prison et on m’a ramené ici, c’est très dur ici pour nous, ça pue, c’est très sale, la nourriture pue. ça fait 3 jours que j’ai pas mangé, ça fait un an et 2 semaines que j’ai pas vu mes enfants, je peux pas rester encore ici, c’est la torture, je préfère partir en Roumanie, c’est fini pour moi la France, je veux plus rester ici… »

N. : « ils veulent m’envoyer en Serbie, je connais pas la Serbie, je vais faire quoi en Serbie, dormir sur un banc ? Je suis né à Rome, j’ai toute ma famille à Toulouse, je suis resté 18 mois en prison, ici c’est pire, la police est dure…Ils ont pas de masques… J’ai rien compris ce qu’il a dit le juge par la visio, j’étais dans la salle, la porte était ouverte et les policiers faisaient du bruit, ils rigolaient, ils ont pas fermé la porte…Je prends des médicaments 3 fois par jour pour le stress et dormir, du Tercian et un autre médicament. »

Les audiences devant le Juge des Libertés et de la Détention (JLD) se déroulent au CRA en visioconférence sans public, sans témoins. Les prisonnier·e·s sont derrière un écran, ils et elles ne peuvent pas discuter avec leur avocat comme dans une salle d’audience et être soutenu par leurs proches ou le public. S’ils ne comprennent rien à ce qu’il se passe, tant pis pour eux.

M : « j’ai 55 ans, je suis arrivé en France en 1987, j’ai travaillé 15 ans à Paris… J’ai déjà été enfermé ici en 2006 mais maintenant je vis en Espagne, je suis marin-pêcheur. Ils m’ont arrêté quand je suis passé à Toulouse, ils m’ont mis 5 mois en prison à Seysses à cause d’une interdiction de 3 ans* et après la prison je suis ici au centre depuis 24 jours. Ils peuvent pas m’expulser en Algérie » (*ITF : interdiction de territoire français)

L’objectif officiel des CRA est d’enfermer pour expulser les étranger·e·s qui n’ont pas les bons papiers mais pendant la crise sanitaire une grande partie des CRA est restée ouverte sans aucune base légale puisque les frontières sont officiellement fermées. C’est sans compter sur l’acharnement raciste de l’administration car des déportations ont bien eu lieu, un charter avec plus de 30 personnes a été organisé fin avril vers la Roumanie.

L’État a donc continué d’enfermer et ce n’est que la continuité des pratiques habituelles car l’objectif non avoué de l’enfermement dans les CRA est de punir, invisibiliser, précariser. Les CRA font partie d’un système qui maintient sans papiers les personnes alors même qu’elles travaillent. Ce système de domination fabrique depuis des décennies des travailleurs corvéables, exploités grâce à la menace permanente d’une expulsion alors qu’ils et elles représentent une force de travail pour des pans entiers de l’économie non délocalisable.

La politique d’expulsion est de plus en plus répressive. Entre 2015 et 2018, le nombre d’OQTF a augmenté de 30 % (de 80 000 à plus de 100 000 ) et leur taux d’exécution a chuté de 17 à 12 %. On enferme de plus en plus de personnes dont celles qui ne sont pas expulsables car on ne peut pas déporter sans répondre à un certain nombre d’obligations juridiques comme l’acceptation par le pays d’origine. Les préfectures le savent mais enferment quand même et les juges valident.

L’État n’a rien fait en faveur des étranger·e·s face au risque de transformer les CRA en clusters du Covid-19 (promiscuité, manque d’hygiène, pas de masques, etc.). Il a montré avec cette crise sanitaire qu’il ne compte pas changer sa politique raciste vis à vis des étranger·e·s quoi qu’il arrive.

Covid ou pas, les CRA tuent ! Les damnés de la terre y subissent une véritable torture, les conditions de « vie » sont dégradantes et les humiliations, insultes et violences policières font partie du fonctionnement de ces prisons.

Les visites sont à nouveau possible, les prisonnier·e·s ont besoin de notre solidarité, on peut y aller ou appeler.


Témoignage au CRA de Toulouse pendant le Covid-19

01 avril 2020

« Je suis stressé, j’arrive pas à dormir, j’ai mal au dos, j’ai peur la police qu’elle ramène quelque chose ici. Le médecin n’est pas là, j’ai très mal au dos, la tête elle éclate, j’ai demandé doliprane pour la tête, y a pas.

C’est compliqué avec la police. C’est bizarre. Il n’y a rien du tout, ni masques, ni gants, ni gel pour laver les mains, rien du tout. Les gens viennent de dehors, c’est pas comme nous ici, c’est pas une bonne idée, c’est pas protégé. On a trois doses de savon, chacun, par semaine. On mange tous les secteurs ensemble, mais chacun a sa table. Mais on est deux par chambre, comme d’habitude. L’OFII il est plus là, la Cimade ça fait 15 jours qu’il est plus là. A midi l’infirmier vient et il donne les médicaments pour dormir, et après il se barre, après tu le vois plus. Demain j’aurai une chance de sortir ou pas ? Normalement ils ont pas de droits de me garder moi ici, parce que les frontières elles sont fermées, y a pas d’aéroports, y a pas d’avions, y a rien du tout. Les juges ils savent rien de ce qu’il se passe ici. Y a pas de tribunal, tout est en visio, même moi j’ai pas pu parler à l’audience. »

Témoignage collectif de la situation au CRA de Toulouse

05 mars 2020

Plusieurs personnes ont voulu témoigner collectivement de ce qu’elles subissent. On a d’abord eu Y qui sera déporté dimanche suite à un visa périmé. Il a besoin de vêtements pour arriver correctement habillé chez lui. « Ils m’ont contrôlé, mon visa est périmé, ils m’ont mis au CRA 8 jours. C’est la première fois qu’on me met des menottes, je comprends pas pourquoi ils les mettent dans le dos. Je suis enfermé pour un visa !« .

Puis B a pris la parole, il est enfermé depuis le 22 février. Il est sorti de Seysses et a été placé au CRA.

  • Il nous fait part d’un problème avec un policier en particulier qui pose problème : il touche les nouveaux arrivants au CRA, il s’agit d’agressions sexuelles selon les explications. « Il provoque pour nous envoyer en prison et on peut rien faire ». « Le policier fait ça devant tout le monde pour que tout le monde voit. » Ils vont essayer de relever son matricule.
  • La nourriture n’est pas halal, ils ne peuvent pas prendre de nourriture dans les chambres alors que le dîner est à 19h30, ils ont faim la nuit. Ils mangent des sandwichs à la mayonnaise. Ils sont nombreux à ne rien manger. Un des retenus a été opéré, il a un certificat médical de son opération, mais il ne mange rien non plus.
  • Il fait froid, il n’y a pas de chauffage, pas de shampoing.
  • Hier matin vers 8h, le visage d’un des camarades a gonflé « comme un ballon de foot », ils ne l’ont pas emmené à l’hôpital, ils ne sont venus qu’à 11h, ils lui ont donné du Dafalgan (paracétamol) et de l’Augmentin, un antibiotique pour ce qui semble être une grosse allergie (?) « Le médecin ne donne que du Doliprane et du Valium, il ne soigne pas, on a peur de mourir ici, on a peur qu’il nous arrive quelque chose. Voilà ce qu’on a à dire, on s’est mis d’accord pour vous dire ça »

Au CRA de Toulouse : « Si tu veux pas partir, ils mettent un casque sur la tête et du scotch sur tout le corps et tout le monde te voit. »

09 février 2020

D. a grandi dans un orphelinat à Alep, il a quitté la Syrie à l’âge de 13 ans et a vécu et travaillé dans différents pays, notamment l’Égypte. Pour atteindre l’Europe il est passé par la Libye puis le Maroc, l’Espagne et enfin la France. Il a vécu à Toulouse, Nice et Marseille. Il travaillait sur des marchés à Toulouse. Il s’est fait arrêter à Bellefontaine. Il a été enfermé au CRA de Toulouse après sa levée d’écrou. Il a passé 4 mois à Seysses. Il évoque les violences de matons à l’intérieur de la prison.

« Oui, ici au CRA, il y a des violences, j’ai entendu des gens qui crient, les policiers ils nous insultent tous les jours, ils boivent de l’alcool, on voit leur table avec les bouteilles et ils mettent de la musique, ils prennent de la coke, je reconnais quand quelqu’un prend de la coke, ça se voit.

Oui, il y a des gens au mitard en ce moment mais je sais pas qui c’est.

On mange rien, c’est dégueulasse, c’est froid, il y a des plats périmés. Il y a 6 personnes au secteur D qui veulent pas manger, ils prennent un café le matin, c’est tout, ils mangent rien.

Je prends pas de médicaments pour dormir, ici, ils en donnent beaucoup mais après quand tu sors comment tu fais si tu n’as pas ces médicaments…

À côté du bureau de la Cimade, il y a une feuille pour les expulsions mais on on ne sait pas quand on est expulsé, ils préviennent pas, on peut pas prendre nos affaires… Si tu veux pas partir, ils mettent un casque sur la tête et du scotch sur tout le corps et tout le monde te voit. »