18 mars : journée internationale de solidarité avec les prisonnier-es politiques

A Toulouse un rassemblement a été organisé par le collectif Secours Rouge Toulouse , à l’appel de 25 organisations, syndicats, collectifs et partis toulousains.

Prise de parole de Toulouse Anti CRA

La population carcérale en France n’a jamais été aussi élevée et ne cesse d’augmenter, sans que la criminalité elle n’augmente, conséquence d’un important durcissement du système pénal. 

Afin d’enfermer toujours plus et toujours plus longtemps, l’État prévoit, d’ici 2027, la création de 15 000 places de prison et de 1041 places en centre de rétention. 
À Muret près de Toulouse, un projet de construction d’une prison de 615 places est prévu pour faire de Toulouse – Seysses – Muret un des plus grands centres pénitentiaires de France.
8 nouveaux CRA vont également être construits d’ici 2029, en plus des 27 existants. 
Rappelons que les CRA sont des prisons pour les personnes étrangères. 

Rappelons également que les prisons sont des lieux de torture qui humilient, déshumanisent, détruisent et tue. 

Elles constituent l’outil central de contrôle social pour surveiller et punir les personnes racisées et issues des milieux populaires, à travers des pratiques policières et judiciaires racistes et discriminantes. 
En France, comme il n’y a pas de statistiques ethniques, on se base sur des études sociologiques qui indiquent que la grande majorité des personnes incarcérées, notamment en maison d’arrêt, sont des nationaux noires et arabes.

S’il y a besoin de le préciser, dire qu’il y a plus de personnes noires et arabes en prison n’implique pas qu’elles sont davantage criminogènes. Ces chiffres confirment simplement le système de domination et de surveillance issu des pratiques coloniales mis en place par l’État dans les quartiers populaires, ainsi que sa justice de classe et de race.
Rappelons que les personnes racisées sont contrôlées jusqu’à 20 fois plus que les personnes blanches et sont d’avantage judiciarisées, avec des sanctions plus sévères. 

Concernant les personnes étrangères, elles représentent presque un quart du total des personnes emprisonnées en France. Chaque année, la police interpelle 192 000 étrangers par contrôles au faciès. Par rapport aux personnes françaises, elles risquent 3 fois plus de passer en comparution immédiate, 5 fois plus d’être placées en détention provisoire, et 3 fois plus la prison ferme. ​​​​​​​

Nombreuses sont celles qui se retrouvent en circuit fermé entre centres de rétention et prison. Cela s’explique notamment par la criminalisation des stratégies de résistances mises en place par les détenus. Puis les liens entre les CRA et la prison se renforcent du fait de collaborations croissantes des préfectures et de l’administration pénitentiaire. 

En effet, la prison est l’occasion pour les préfectures de trier les personnes qui pourraient représenter une « menace pour l’ordre public » : motif fourre-tout et prétexte arbitraire afin de ne pas renouveler le titre de séjour d’une personne, voire de le lui retirer pour mieux l’expulser par la suite.

Les expulsions visent également et tout particulièrement les sortants de prison qui subissent ce qu’on appelle le double voire la triple peine : celle d’être enfermé en CRA après avoir été enfermé en prison et celle d’être déporté – parfois vers un pays qu’elles ne connaissent pas.

Les luttes des personnes concernées, notamment via le Comité national contre la double peine dans les années 1980-1990, avaient conduit à obtenir des protections contre les déportations. La loi asile et immigration de 2024 a marqué une importante régression en supprimant les catégories protégées pour faciliter les déportations des sortants de prison. 

Aujourd’hui, la lutte anticarcérale mobilise très peu. Il est nécessaire que cette question retrouve de l’écho afin de lutter concrètement contre les prisons, outil essentiel de l’État et de son système de domination capitaliste, patriarcal et suprématiste. La lutte anticarcérale passe par le soutien aux prisonniers et prisonnières, en mettant en lumière leurs résistances, individuelles ou collectives, trop souvent invisibilisées. 

Ni CRA NI PRISON NI EXPULSION
Solidarités avec toutes les personnes enfermées !

EXTERNALISATION DES FRONTIÈRES ET DES DÉPORTATIONS

Depuis les années 2000, la France et l’UE externalisent leurs frontières dans certains pays du sud anciennement colonisés pour bloquer le départ des personnes vers l’Europe.

Cette externalisation s’inscrit dans la politique impérialiste de l’UE. Des accords asymétriques sont passés sous forme de chantage, en coupant les « aides financières au développement» ou les engagements commerciaux si les pays ne coopèrent pas pour bloquer l’immigration. 

Cette «coopération » passe par le financement de formations policières, le renforcement des patrouilles aux frontières et la mise en place de camps dans ces pays. L’UE délègue ainsi la barbarie et s’en lave les mains. 

Les frontières tuent et représentent un business colossal pour les multinationales occidentales. Rappelons notamment le pouvoir grandissant donné à l’agence européenne Frontex avec un budget colossal de 5,6 milliards d’euros pour 2021‑2027. En 2024, l’agence a aidé les États membres à expulser plus de 56 000 personnes, marquant une forte augmentation par rapport à l’année précédente.
Une grande partie de ces déportations par vols charters, ont été organisées principalement à l’initiative de la France, l’Italie et l’Allemagne. 

Le pacte migratoire de l’UE et ce qu’il change 


Le Pacte migratoire européen adopté en avril 2024 est un ensemble de lois et de mesures actuellement en période de mise en œuvre par les États membres. Il rentrera en vigueur le 12 juin 2026.
Les mots d’ordre : identification, contrôle, fichage, filtrage, enfermement, expulsion.

Dissimulé derrière un charabia bureaucratique (procédure filtrage, asile territoire, asile frontière), il dévoile une novlangue cynique à base de « lieux adéquats » pour parler de lieux d’enfermement et de « mesures de solidarité active » ou « flexible » entre États pour le « parrainage d’expulsions » en cas d’arrivée massive de personnes.

Il durcit le contrôle aux frontières et complexifie les procédures de droit d’asile visant à filtrer, tracer et expulser rapidement les personnes jugées non éligibles. S’y ajoute un traitement désindividualisant des personnes, une augmentation des motifs d’enfermement et de leur durée (jusqu’à 24 mois de rétention), ainsi que des violences institutionnelles, psychiques et physiques.

Sur les délais d’enfermement, on peut également évoquer le cas des zones d’attente, lieux d’enfermements aux frontières, où les personnes pourront être enfermées jusqu’à 6 mois, contre 26 jours actuellement. Il s’agira alors d’ouvrir 615 nouvelles places contre les 300 actuelles. 

Le Pacte UE tend à généraliser le partage de données (empreintes, image faciale, identité et statut) entre États membres via des bases communes (Europol, Interpol, Eurodac) et accorde une place non négligeable à l’intelligence artificielle dans le triage des dossiers.

Il permet d’élaborer un système commun de « gestion des retours » afin d’accélérer les expulsions. Le budget de la France en 2026 pour lutter contre « l’immigration illégale » est de 2,16 milliards – dont 508,5 millions d’euros sur la période 2025 – 2027 pour l’application du pacte migratoire.
L’enregistrement des données biométriques (à partir de 6 ans) et l’accès aux données contenues dans les téléphones ou ordinateurs pour les confronter aux déclarations des personnes (sur le parcours migratoire, la nationalité etc.) vont se systématiser. 

Le fichage s’applique à toutes les étapes du parcours, de l’accès au territoire jusqu’à la déportation. Il permet de vérifier la durée du séjour, contrôler, vérifier si les personnes peuvent constituer une «menace à l’ordre public», si elles ont une mesure d’expulsion, etc… Le profilage racial et l’IA transforment toutes les personnes, y compris les enfants, en suspects potentiels

La loi règlement retour adoptée le 9 mars 2026


Elle obligera les États membres à «détecter» les personnes en situation irrégulière à la manière de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement, police étasunienne chargée des expulsions), en généralisant les rafles et les dispositifs de surveillance. Quelques exemples du dispositif :

-Perquisitions policières dans des domicilessans mandat judiciaire, ainsi que dans des bureaux et lieux d’hébergement d’organisations humanitaires.

-Consécration et généralisation des opérations policières massives dans l’espace public comme le déploiement de 4 000 agent·es en France en juin 2025 pour mener, à grande échelle la chasse aux sans-papiers dans les gares routières et ferroviaires, afin de les arrêter et de les placer en rétention.

-Des obligations de signalement imposées aux autorités publiques et aux services sociaux. 

-Le profilage racial et surveillance technologique :  renforcer le contrôle au faciès des personnes des personnes racisées et généraliser le fichage via des bases de données communes

-Externalisation des déportations avec les « hubs de retour » l’UE prévoit des centres de détention situés hors UE, sans précision sur la durée ni le fonctionnement, pour les déportations de demandeur·euses d’asile. Il s’agit également de renvoyer les demandeur·euses d’asile vers des pays tiers « sûrs », avec lesquels le/la demandeur·euse n’a aucun liens.

Le Parlement européen a étendu la liste des pays tiers « sûrs » le 10 février 2026 :

Kosovo, Bangladesh, Colombie, Égypte, Inde, Maroc et Tunisie. Les dossiers des ressortissant·es de ces pays pourront ainsi être examinés de façon accélérée et leur expulsion effectuée plus rapidement.

Ces pays tiers sûrs serviront également à transférer les demandeur·euses d’asile débouté·es. Cette pratique, déjà testée en Italie avec l’Albanie, pourrait désormais se généraliser à tous les États membres. 

En effet, le 6 novembre 2023, l’Italie a conclu un « accord » avec l’Albanie en vue de délocaliser le traitement de la demande d’asile de certain·e·s ressortissant·es étranger·ères de l’autre côté de ses frontières – en échange de compensation financière et de l’intégration de l’Albanie dans l’UE. Il existe actuellement deux camps, à Shëngjin et Gjader. 

Évoquons dans la même logique, l’accord conclu entre le Kosovo et le Danemark en mai 2022, mêlant enfermement judiciaire et administratif. Accord qui prévoit d’ici à 2027 la location de 300 places de prison au Kosovo pour des détenu·es étranger·es condamné·es au Danemark et devant être expulsé·es après avoir purgé leur peine

Camp de migrants géré par l’Italie, situé dans un ancien camp militaire en Albanie

3000 places d’enfermement en 2027 ?

Actualité des projets de construction et des luttes contre les CRA

En 2023, après 40 ans de durcissement de lois anti-immigration et de politiques racistes, l’État français, a annoncé un grand plan d’augmentation des capacités de rétention administrative, afin d’atteindre 3000 places en 2027 en Centres de Rétention Administrative (CRA) et Locaux de Rétention Administrative (LRA).

Deux ans après ces annonces, où en sont les constructions et les luttes qui sont nées dans les villes concernées ?

Texte écrit conjointement par différents collectifs qui luttent contre les CRA/ LRA et le racisme d’État.

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MOBILISATION POUR LA JOURNÉE INTERNATIONALE DES MIGRANT-ES


📢🔥 JEUDI 18 DÉCEMBRE – TOULOUSE
À l’appel de la Marche des Solidarités, des collectifs, associations, partis politiques et syndicats appellent à la mobilisation, à la grève et à une marche antiraciste
Contre le racisme d’État et l’impérialisme, solidarité avec toustes les immigré.es

NI CRA NI PRISON NI EXPULSION

14h – Projection & discussion « Les petites mains invisibles »
📍La chapelle – 36 rue Danielle Casanova

16h – AG antiraciste
📍La chapelle – 36 rue Danielle Casanova

18h30 – MANIFESTATION 📢
📍RDV Conseil départemental de la Haute-Garonne – 1 bd de la Marquette

Compte Rendu – Audiences devant le JLD – Septembre 2025

Au tribunal judiciaire de Toulouse, tous les matins, tous les jours sans exception, se tiennent les audiences « droit des étrangers » des personnes enfermées au Centre de Rétention Administratif (CRA) de Cornebarrieu Toulouse devant le Juge des Libertés et de la Détention (JLD). Il s’agit de décider si les personnes doivent être maintenues au CRA ou libérées. Les personnes enfermées en CRA repassent devant le juge au bout de 4 jours, 30 jours, 60 jours, et 75 jours d’enfermement – soit potentiellement quatre fois durant la durée de leur détention. 

Les personnes peuvent être enfermées jusqu’à 90 jours. La libération du CRA ne lève pas les interdictions de territoire ou les obligations de le quitter : l’arrestation peut toujours survenir à tout moment et ramener au CRA. Ainsi de nombreuses personnes se retrouvent en circuit quasi fermé entre CRA et prison notamment en raison des mesures d’expulsion qui donnent aux préfectures et à la justice de nombreuses possibilités d’enfermer et d’expulser.

Nous publions un compte rendu brut – issu de notes prises lors d’un JLD fin septembre 2025 – retranscrivant ce qui a été dit, selon les termes utilisés lors des audiences. Le vocabulaire est donc celui de la juge, de la préfecture et des avocat·es, qui parlent de « retenus » pour désigner les prisonniers, de « rétention » pour les enfermements, et d’« éloignement » pour les déportations. Le choix de publier un compte rendu brut a pour objectif d’exposer la violence raciste institutionnelle et systémique à laquelle les détenus sont confrontés notamment au travers du caractère brutal, répétitif et mécanique des audiences.

Les détenus sont emmenés par la PAF (Police Aux Frontières) depuis le CRA jusqu’au tribunal en minibus. Ils sont escortés par la police, menottés dans le dos. Ils sont appelés tour à tour à la barre pour une audience très courte – ce jour-là en 1h20, sept personnes défilent devant la juge soit à peine plus de 11 min par audience. Ils n’ont quasiment pas la parole, sont méprisés par la juge, violentés physiquement et verbalement par la police, accusés par la préfecture, et dépendants de la défense que leur avocat·e commis d’office voudra bien leur accorder – bien que peu importe si la défense s’applique ou non à mettre en lumière les contradictions de l’enfermement, les décisions de justice varient très peu. Trois avocat·es différent·es plaident, avec plus ou moins d’implication. Une interprète est présente pour les personnes qui le souhaitent.

Première audience – B.A.

La juge commence à introduire le dossier avant de se rendre compte, confuse, qu’elle s’est trompée et qu’elle est en train de donner les détails d’un dossier qui n’est pas le bon – apparemment il y deux personnes qui comparaissent avec le même nom de famille aujourd’hui. Elle explique que B.A. est un ressortissant tunisien, qu’il a eu plusieurs OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français), dont la dernière en octobre. Il a eu un refus de titre de séjour en février dernier. Il a été incarcéré à plusieurs reprises.

B.A. prend la parole et explique que sa copine et son grand-père sont en France – d’ailleurs, iels sont présent·es dans la salle. Il souhaite partir par ses propres moyens, en Suisse ou en Italie.

Le représentant de la préfecture prend la parole – il parle de lui en disant l' »individu ». Il affirme qu’il est connu sous quatre identités différentes et qu’il a été incarcéré à Seysses pour une histoire de stupéfiants. La préfecture demande le maintien en rétention.

L’avocate corrige l’énoncé qui a été fait du dossier en soutenant qu’il n’y a eu qu’une seule OQTF, qui date de 2022, et qu’il y a eu donc une seule mesure d’éloignement. Elle expose un problème de diligences1: la préfecture n’a pas fait les mesures nécessaires pour l’éloignement. Elle cite les différents mails qui ont été adressés au consulat de Tunisie, dans lesquels les photos ont été envoyées, mais pas d’empreintes – alors que l’accord franco-tunisien précise qu’il est nécessaire d’envoyer les empreintes. L’impératif de diligence n’est donc pas rempli, la préfecture n’a pas tout fait pour éloigner au plus vite la personne, la détention est donc illégale.

B.A. a de nouveau la parole, il explique qu’il n’arrive pas à manger ni à dormir, que c’est très compliqué, qu’il est prêt à partir et que c’est très très dur.

Deuxième audience – M.B.

La juge introduit le dossier : M.B est un ressortissant algérien. C’est la seconde demande de prolongation de son enfermement, il est donc au CRA depuis 1 mois. Il a eu plusieurs OQTF et une ITF (Interdiction de Territoire Français) de trois ans en 2023.

L’avocate soulève une atteinte aux droits. La juge parait agacée. L’avocate explique que le 11 septembre, M.B. a été sorti du centre pour un déferrement pour la mise à exécution d’une peine. Elle explique que ça a été une journée très longue, qu’il n’a pas pu manger, qu’il a été tenu dans l’ignorance et qu’il s’agit d’un incident dans la rétention, qui doit figurer dans le registre. Ensuite, et la défense semble reposer principalement sur cet argument, elle fait remarquer qu’au vu de la « crise diplomatique franco-algérienne »2, et de l’absence de laissez-passer pour l’Algérie, il n’y a pas de perspective raisonnable d’éloignement vers l’Algérie. Elle cite une jurisprudence récente qui date de septembre 2025 – du tribunal de Toulouse – qui a donné lieu à la remise en liberté des retenus au vu de cette absence de perspective raisonnable d’éloignement – au regard de la « crise diplomatique franco-algérienne ».

La préfecture avance en réponse qu’on ne peut pas affirmer qu’il ne sera pas éloigné car on ne peut pas prévoir le contexte géopolitique, et que l’individu est une menace à l’ordre public3. La préfecture demande le maintien en rétention.

M.B. prend la parole. Il dit que c’est sa troisième fois en CRA, et qu’à chaque fois il a fait trois mois. Il dit que c’est très, très dur, qu’il a déjà été en prison et qu’il a été libéré.
La juge lui rétorque « euh oui, mais vous êtes resté en France après, monsieur ». Il répond qu’il est resté car on l’a mis dans un foyer pour le soigner, qu’il sait très bien qu’il n’a pas le droit de rester en France et qu’il compte partir pendant trois ans.

Troisième audience – M.V.

La juge introduit le dossier : M.V. est un ressortissant algérien. Il est sorti de détention en prison en août, et il a une interdiction de retour de trois ans.

M.V. prend la parole, dit qu’il veut partir en Autriche. Il a un cousin là-bas et a fait une demande d’asile. Il explique qu’il est malade.

Le représentant de la préfecture répond, en ce qui concerne le côté médical, que puisqu’il est allé en hôpital psychiatrique tout est réglé, il a été traité, donc il n’y a plus de problème : son état n’est pas incompatible avec l’enfermement. Il ajoute qu’il est coupable de violences sur conjoint. La préfecture demande le maintien en rétention.

L’avocate entame la défense en évoquant la demande d’asile attestée, qui a été faite en Autriche par le retenu. Elle dit que M.V. est une personne dublinée4 qui doit être reconduite vers le pays de l’asile. Comme sa consœur plus tôt, elle fait remarquer l’insuffisance des diligences. Il n’y a pas de perspective raisonnable d’éloignement – sachant que par raisonnable on entend que l’éloignement pourrait être envisagé dans le délai de la rétention et que, au vu de la crise diplomatique qui perdure ce n’est pas le cas. Elle dit : « la rétention n’est pas une sanction, c’est un moyen pour permettre l’éloignement ». Elle cite également la jurisprudence récente de septembre 2025, du tribunal de Toulouse évoquée plus tôt, expliquant que les jurisprudences commencent à noter qu’il existe une crise diplomatique. Elle dénonce les saisines absurdes de la préfecture qui tente de contourner le problème et prolonger la durée de rétention en entamant des démarches auprès du consulat du Maroc alors que rien n’aurait pu indiquer une nationalité marocaine. Elle ajoute que le retenu présente une particulière vulnérabilité, qu’il a subi des faits en détention – dont elle ne donnera pas le détail – qui l’ont fragilisé et qu’il a déposé plainte en raison de ces faits, ce qui selon ses mots « demande beaucoup de courage ».

L’un des policiers présents perturbe l’audience avec le son au volume très élevé de son téléphone. L’avocate lui jette un regard rapide, agacée.

Le représentant de la préfecture reprend la parole, avance qu’il y a beaucoup de choses qui ont été dites et qu’il n’est pas possible de répondre à tout, mais qu’il tient à souligner que c’est toujours la même chose qui est dit à propos de l’Algérie, et que ça n’a pas de sens.

Quatrième audience – A.A.

La juge introduit le dossier : A.A. est un ressortissant tunisien. Il est né en 2006 (il a donc 19 ans). C’est la première demande de prolongation de son enfermement (4 jours après son incarcération au CRA).

L’avocate entame la défense en faisant remarquer que le retenu doit être informé de ses droits, et notamment du droit d’entrer en contact avec son consulat. Or, les coordonnées du consulat n’ont pas été communiquées au retenu par la préfecture, ce qui constitue un grief.
Elle soulève également un vice de procédure en ce qui concerne les pièces justificatives : l’audition n’a pas été communiquée. L’audition est pourtant nécessaire pour vérifier la situation personnelle de l’accusé. L’absence d’une retranscription de l’audition rend la requête irrecevable, puisqu’il n’est pas possible d’apprécier son parcours administratif, la proportionnalité de la requête ni de vérifier que les déclarations de la préfecture sont conformes avec les propos de l’accusé. Le principe du contradictoire n’a pas été respecté. Elle dit : « à aucun moment on a invité la personne à se prononcer ni à s’exprimer sur une mesure prise à son encontre ».
Elle poursuit en introduisant son propos sur la vulnérabilité du retenu avec un : « alors là, c’est fort de café ». Elle démontre qu’il n’y a pas eu le temps d’avoir un examen de vulnérabilité, le compte rendu de l’examen indiquant qu’il a commencé à 9:47 et la décision que le retenu n’était pas en situation de vulnérabilité étant déjà rédigée à 9:50. On a donc rédigé la décision avant d’examiner son état de vulnérabilité : la décision était déjà prise. Elle dit: « On se moque de qui? Visiblement de Monsieur A. ». Elle ajoute que le retenu a été pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance en tant que mineur non accompagné par le passé, et qu’il a bénéficié d’un contrat jeune majeur – alors, selon ses ses mots « qu’on sait à quel point c’est dur de bénéficier de ce contrat, même pour des français ». Il a également eu un contrat d’engagement dans un centre de formation, il a été apprenti. Il a des bulletins de paie. Son employeur, au sein de la boulangerie où il était apprenti, était satisfait. Il a sollicité un droit au séjour – que le préfet a refusé car il a considéré que c’était une menace à l’ordre public à cause d’un rappel à la loi. Pourtant il justifiait d’une résidence, de démarches, de preuves d’intégration. L’avocate remarque qu’il aurait pu être assigné à résidence. Elle dit: « si monsieur n’a pas des garanties de représentation, personne n’en a ». Elle estime que le placement en rétention est disproportionné. Par ailleurs, les diligences, ici aussi sont insuffisantes. Le protocole franco-tunisien exige que soient envoyées au consulat les photos et les empreintes par voie postale, en version originale – et non par mail, comme l’a fait la préfecture.

Le représentant de la préfecture répond que « ce n’est pas indiqué qu’on doit lui communiquer le numéro de la préfecture, il doit le connaître – en tant que ressortissant ». Il ne se donne pas la peine de répondre au reste car « il y a trop de choses qui ont été dites ». Il ajoute simplement que l’individu représente une menace à l’ordre public, il a commis des faits de violences conjugales. Il conclut d’un ton ironique « on voit bien que l’intéressé s’intègre parfaitement ». La préfecture demande le maintien en rétention.

A.A. a la parole, et dit : « Pour les violences, je suis désolé, je regrette ce que j’ai fait ».

Cinquième audience – M.B.

La juge introduit le dossier : M.B. est un ressortissant algérien. C’est la première demande de prolongation de son enfermement, il a été placé en septembre au CRA. Il a eu une OQTF en avril 2024.

Le représentant de la préfecture prend la parole et anticipant les arguments de la défense, assure que la préfecture a bien fait les diligences. Il affirme que le retenu est marié et qu’il a trois enfants, que sa femme et ses enfants sont en Algérie (à ce moment-là le détenu fait « non » de la tête) et qu’il est donc « incompréhensible » qu’il soit présent en France. Il ajoute qu’il a fait de la prison pour un refus d’obtempérer, pour de la conduite sans permis, pour arnaque et pour vol et qu’on voit qu’il y a « un parcours de délinquance », que c’est une menace à l’ordre public. La préfecture demande le maintien en rétention.

L’avocat soulève un défaut de contradictoire et un défaut de diligence. Il explique que sa famille n’est pas en Algérie, mais en Espagne et que le risque de fuite n’est pas justifié. En ce qui concerne la menace à l’ordre public, il argue qu’il ne s’agit pas de faits récents et que sa peine a déjà été purgée en prison.

M.B. prend la parole et dit « Je ne suis jamais allé en prison avant. Je ne suis pas un délinquant. » Il dit qu’il est arrivé en France à 37 ans et qu’il est vétérinaire.
A ce moment-là, la juge l’interrompt : « Ah oui, j’ai vu que vous étiez vétérinaire !? Vous pouvez m’en dire plus ?  » d’un air très surpris. Il explique qu’il a fait des études, qu’au vu de la corruption dans son pays, au bout de 10 ans, il n’y arrivait pas, il s’est dit qu’il fallait qu’il tente sa chance ailleurs et qu’il est allé en France, en Espagne, en Belgique, puis est retourné en France.

Sixième audience – A.F.

La juge introduit le dossier : A.F. est un ressortissant algérien. C’est la troisième demande de prolongation de son enfermement.

A.F. prend la parole : « Je suis là pour rien. Ça fait deux mois que je suis au centre. J’ai ma vie ici, en France, je travaille. Ça fait quinze ans que je suis en France. On m’a fait rentrer au centre après un contrôle d’identité. J’ai jamais eu de problème. J’ai une attestation d’hébergement et de travail. »

Le représentant de la préfecture indique à nouveau que sa famille est en Algérie. Il déclare ironiquement : « Il dit ne pas comprendre pourquoi il est là ? Eh bien, écoutez… Il n’a pas de papiers, il le sait, et il n’a pas fait de démarches. »
Il ajoute que le retenu déclare être suivi par un psychiatre, mais n’apporte aucun élément de preuve pour soutenir cette déclaration. La préfecture demande le maintien en rétention.

L’avocat répond qu’il a fait des démarches et est inséré socialement. Il dit : « La vérité c’est que parfois, la préfecture, elle s’obstine. On peut justifier de tous les éléments, et pourtant, ce n’est pas facile. Il a tous les éléments pour être régularisé sans aucune difficulté s’il sort demain ».

Septième audience – N.B.

La juge introduit le dossier : N.B. est algérien. C’est la seconde demande de prolongation de son enfermement. Il est arrivé en France en 2022. Sa demande d’asile a été rejetée. En mai 2025, il a eu une OQTF.

N.B. dit qu’il veut repartir en Espagne.

La préfecture assure avoir bien fait les diligences, avoir relancé le consulat algérien. Il dit: « l’intéressé est connu sous plusieurs alias », qu’il « n’a pas de ressources licites », et qu’il « est célibataire sans enfant ». Il dit qu’il représente une menace pour l’ordre public et que la préfecture demande le maintien en rétention. Comme pour tous les autres.

L’avocat prend à peine la peine de plaider.

N.B. reprend la parole et dit qu’il est malade, qu’il a besoin de son médecin en Espagne. La juge lui demande: « Vous souffrez de quoi? », d’un air impatient. Il explique – et montre – qu’il a des problèmes de dos, et de jambes. La juge lui dit: « Vous savez que vous pouvez rencontrer aussi un médecin au CRA? ». N.B. explique qu’il a déjà vu le médecin du CRA, qui ne donne que des dolipranes.

Sur les 7 personnes présentes ce jour-là, 7 demandes de maintien en rétention sont demandées. 5 des détenus sont algériens, 2 sont tunisiens. D’après le rapport annuel de la CIMADE sur les centres et locaux de rétention administratives de 2024, 31,9% des personnes enfermées en France hexagonale sont de nationalité algérienne (ce qui constitue la nationalité la plus représentée), et 12,1% sont de nationalité tunisienne (2e nationalité la plus représentée)2.

Pour plus d’infos sur les étapes et les procédures d’enfermement voir notre brochure : https://toulouseanticra.noblogs.org/files/2025/02/brochure-enfermement-au-cra-A5.pdf

1 Les diligences correspondent à toutes les démarches que la préfecture doit effectuer pour justifier qu’elle cherche à expulser la personne (demandes de laissez-passer consulaires, demandes de vols…) et donc justifier le maintien en détention. 

2 L’ Algérie ne délivre plus de laissez-passer consulaire depuis plusieurs mois. Les laissez-passer sont indispensables pour expulser les personnes si celles-ci n’ont pas de titre de voyage valide. Malgré cela les préfectures continuent de séquestrer les personnes Algériennes. Au CRA de Toulouse la majorité des prisonniers sont Algériens et peuvent être enfermés jusqu’à 90 jours notamment en mettant une « menace à l’ordre public » dans leur dossier.

3 La menace à l’ordre public est devenue centrale dans la loi de 2024. La préfecture ou le ministère de l’intérieur indique qu’il y a menace à l’ordre public dans la décision d’expulsion. Il n’existe aucune définition juridique de la menace à l’ordre public, c’est laissé à l’appréciation de l’administration qui l’utilise très largement, de façon arbitraire notamment pour des délits mineurs, comme le vol.

4 L’adjectif « dubliné » désigne une personne « demandeur·se d’asile » en Europe selon le règlement européen « Dublin » du 26 juin 2013. Une personne « demandeur·se d’asile » est généralement désignée comme « dublinée » lorsque ses empreintes ont été enregistrées dans un pays (et placées dans la base de données européenne Eurodac) mais qu’elle dépose une demande d’asile dans un autre pays européen.

Week-end anticolonial

En hommage aux martyrs Algériens du 17 octobre 1961 et en soutien à toutes celles et ceux qui luttent encore contre les États coloniaux, racistes et impérialistes ici comme ailleurs.

VENDREDI 17 OCTOBRE 2025
Marche anticoloniale – 18h30 – départ parvis Marengo Toulouse

SAMEDI 18 OCTOBRE
Hangar de la Cépière, 8 rue Bagnolet, Toulouse

Hier comme aujourd’hui : à bas le colonialisme !
Honorons la mémoire des martyrs du 17 octobre 1961

Le 17 octobre 1961, à l’appel de la Fédération de France du FLN, des dizaines de milliers d’Algériens et d’Algériennes entreprennent une marche pacifique dans Paris. L’objectif est de boycotter le couvre-feu illégal et raciste imposé aux seul·es « français·es musulman·es d’Algérie » et de sensibiliser l’opinion publique française à l’indépendance de l’Algérie. Cette manifestation, sauvagement réprimée par la police du sinistre préfet de Paris, Maurice Papon, sous les ordres du gouvernement de Michel Debré, un farouche opposant à l’indépendance de l’Algérie, se termine dans le sang. Les victimes se comptent par centaines, disparues, noyées dans la Seine. Les jours qui suivent, plus de 10 000 Algérien·nes sont raflé·es, interné·es et matraqué·es. S’en suivent tortures et exécutions.

Ce massacre d’État a été occulté et n’a jamais été officiellement reconnu par l’État français, comme tous les crimes coloniaux perpétrés pendant 132 ans en Algérie.

Plus largement, l’absence de condamnation claire et officielle du colonialisme est le reflet des politiques actuelles dans les territoires d’outre-mer et de la politique impérialiste de la France.

À bas le colonialisme et l’impérialisme français !

L’État français maintient sa présence néocoloniale, notamment militaire, soutient des régimes corrompus partout où ses intérêts économiques et stratégiques sont en jeu, continue de piller le sous-sol du continent africain. Ainsi, Macron a officialisé le soutien de la France à la colonisation du Sahara Occidental par le Maroc durant l’été 2024. De la même manière, l’État réaffirme sans cesse sa domination coloniale aux Antilles, à la Réunion ou encore à Mayotte où la répression est permanente, comme avec la déportation de milliers de comorien·nes vers les autres îles de l’archipel.

En mai 2024 en Kanaky, une vaste révolte a ébranlé le pays contre l’adoption de la loi sur le dégel du corps électoral à l’Assemblée nationale visant à renforcer plus de 170 ans de colonisation de peuplement française sur l’île. Face à cette mobilisation légitime, l’État a emprisonné et déporté des dizaines de Kanak en métropole. Aujourd’hui, l’accord de Bougival proposé par le gouvernement français vise à nier le droit à l’autodétermination du peuple Kanak sur leur terre. Un projet fermement rejeté par le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (FLNKS).

La France complice du génocide en Palestine
Depuis deux ans, Israël mène un génocide dans la bande de Gaza qui a déjà fait des centaines de milliers de victimes palestiniennes, des millions de déplacé·es et détruit la quasi-totalité des infrastructures de l’enclave palestinienne. Parallèlement, l’État sioniste poursuit sa politique coloniale, d’occupation et de nettoyage ethnique dans toute la Palestine, en particulier en Cisjordanie et à Jérusalem. Alors que le gouvernement israélien a annoncé sa volonté d’occuper totalement Gaza, les États occidentaux, dont la France, continuent d’être des soutiens économiques et politiques de cet État génocidaire.

Rendre hommage aux victimes du 17 octobre 1961, c’est rendre hommage au peuple algérien et c’est soutenir toutes celles et ceux qui luttent encore contre les États coloniaux, racistes et impérialistes ici comme ailleurs. L’Algérie a vaincu, la Palestine, la Kanaky, le Sahara Occidental et tous les peuples en résistance vaincront !

Afa Tolosa • Asso 31 • Attac Toulouse • CGT Educaction31 • Collectif Populaire contre l’Extrême droite • Collectif Vietnam Dioxine 31 • Comité de Soutien à la Palestine 31 • CPES Mirail • CREA • INSA en lutte Toulouse • Jeunesse Active Sahraouie • Le poing levé • LJR • Nous Toustes 31 • NPA 31 • Nta Rajel ? • PCR Toulouse • RETSER 31 • Révolution Permanente • Secours Rouge Toulouse • Solidaires31 • Solidarité Palestine Toulouse • Sud Education 31-65-82 • Toulouse Anti CRA • Tsedek ! • UCL Toulouse • Union Etudiante • Watizat Toulouse

Prise de parole du collectif Toulouse Anti CRA lors de la mobilisation nationale du 18 septembre 2025

La journée de mobilisation nationale du 18 septembre 2025 a rassemblé près de 40 000 personnes à Toulouse. Le collectif Toulouse Anti CRA était présent dans un grand cortège anti raciste, anti impérialiste et antisioniste, auprès du comité Vérité et Justice pour Bilal, d’AutonoMIE, de la Caselle, de l’AFA Tolosa, de la CREA Tolosa, de Secours Rouge, du Comité Soutien Palestine 31, de l’AG du Social, des grévistes de l’UCRM, et de RETSER31.

Depuis plus de quarante ans, l’État français durcit sa politique contre les personnes étrangères. Les lois racistes s’enchaînent et renforcent la répression et la criminalisation des immigré·es. Ces lois, accompagnées de discours racistes, sécuritaires et islamophobes, alimentent la haine et la suspicion envers les immigré·es, qui sont désigné·es comme des menaces potentielles. 

La dernière loi Asile et Immigration de 2024 a multiplié les obstacles à tous les niveaux : l’accès à la procédure d’asile a été durci, tout comme les conditions pour le renouvellement et l’obtention des titres de séjour. 

Par exemple, il faut désormais, en plus de justifier d’un bon niveau de français, souscrire un « contrat d’engagement au respect des principes de la République », un concept aux contours suffisamment flous qui renforce le pouvoir discrétionnaire des préfectures. De la même manière, la notion de « menace à l’ordre public » n’a aucune définition juridique : elle est laissée à l’appréciation de l’administration qui l’utilise très largement, et de façon totalement arbitraire, même pour des délits mineurs. Elle permet de placer les personnes en CRA avec ce motif. 

La circulaire Retailleau d’octobre 2024 appelle les préfectures à retirer les titres de séjour ou à ne pas les renouveler pour les personnes qui ont commis une infraction, peu importe le niveau de gravité, en utilisant la «menace pour l’ordre public».

Toutes ces mesures racistes permettent de créer une main d’œuvre jetable et expulsable. Les personnes sans papiers sont poussées à s’invisibiliser, à accepter n’importe quelles conditions de travail, à vivre dans la peur et sans droit.

Les centres de rétention administrative sont au cœur de la politique répressive contre les personnes sans papiers. Chaque année, entre 40 000 et 50 000 personnes sont séquestrées dans les centres de rétention dont plus de la moitié dans le département colonial de Mayotte. Rappelons que les CRA, dans leur forme actuelle, sont un héritage direct de la colonisation. Dans ces prisons, les personnes sans papiers subissent des violences et des conditions dégradantes, qui relèvent de la torture. Ce sont des lieux d’enfermement où les personnes peuvent mourir par privation de soin ou poussées au suicide.

La France et l’Europe ont mis en place des accords impérialistes avec les pays d’origine et de transit pour bloquer l’immigration et opèrent un chantage économique et aux visas avec ces États. Les laissez-passer constituent alors le nerf de la guerre pour procéder aux expulsions. Par exemple, en ce moment l’Algérie ne délivre plus de laissez-passer aux préfectures et malgré cela les personnes algériennes sont quand même traquées et gardées enfermées.

Pour finir, on peut rappeler que les luttes contre les politiques anti-migratoires sont indissociables des luttes anti-impérialistes. Le renforcement de la France en Kanaky, les discriminations à Mayotte et dans ses colonies en général, et la complicité de la France dans la colonisation de la Palestine par l’État sioniste, sont l’application de la politique coloniale française. 

Cette politique va de pair avec les violences faites aux immigrés, la fermeture des frontières et le business généré. La déshumanisation des personnes musulmanes, arabes, noires, est un continuum colonial raciste et islamophobe qui autorise le génocide des Palestiniens et les milliers de migrants qui sont tués en mer, à la rue et dans les prisons.

Il est urgent de nous mobiliser massivement contre ces politiques, pour la régularisation de tous les sans-papiers, pour les droits des mineurs isolés, pour l’abolition des centres de rétention et contre l’impérialisme.

Solidarité avec tous les immigrés, à bas le racisme d’État et l’impérialisme !

L’assemblée nationale a voté l’allongement de la durée de rétention à 7 mois.

La durée maximale a d’abord été de 6 jours et passe aujourd’hui à 210 jours.
La durée de rétention pourra encore être rallongée car l’Union Européenne prévoit l’enfermement jusqu’à 24 mois.

L’allongement s’appliquera pour l’instant aux personnes condamnées à une interdiction de territoire français (ITF) pour un crime ou un délit puni d’au moins cinq ans d’emprisonnement ou dont le comportement « constitue une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public« .

La « menace à l’ordre public » a été inscrite dans la loi Asile et Immigration de 2024, c’est le fer de lance du gouvernement contre l’immigration. Elle permet de placer les personnes en CRA avec ce motif. Il n’existe aucune définition juridique de la « menace pour l’ordre public », c’est laissé à l’appréciation de l’administration qui l’utilise très largement de façon totalement arbitraire même pour des délits mineurs.

La « menace grave pour l’ordre public » permet, elle, de supprimer toutes les protections contre l’expulsion sauf le fait d’être mineur. Cela signifie que les personnes qui ont des enfants et conjoint.es français.es ou sont en France depuis l’enfance peuvent être expulsées si la préfecture l’a décidé de façon totalement arbitraire.

Idem, la loi 2024 a rallongé la durée des obligations de quitter le territoire français (OQTF) à 3 ans et a fait disparaître aussi les protections qui existaient contre les OQTF afin d’enfermer et de déporter encore plus.

La circulaire Retailleau d’octobre 2024 vient renforcer la loi de 2024, elle appelle les préfectures à retirer les titres de séjour ou à ne pas les renouveler pour les personnes qui ont commis une infraction, peu importe le niveau de gravité, en utilisant la «menace pour l’ordre public».

Les personnes qui ne peuvent pas être expulsées (par exemple si la préfecture n’obtient pas de laisser-passez consulaire du pays d’origine) sont quand même enfermées et maintenues en CRA. A l’issue de la durée maximale d’enfermement, les préfectures et les juges peuvent décider de prolonger la torture et de les assigner à résidence jusqu’ à 135 jours.

Pour l’État, l’enfermement a un double objectif : déporter les personnes qui n’ont pas les bons papiers mais aussi les maltraiter et les punir, et leur rappeler qu’elles ne seront jamais tranquilles, et pourront être humiliées et violentées à tout moment.

À bas les frontières, les CRA et le racisme d’État !