Un prisonnier du centre de rétention de Toulouse a avalé des piles pour résister à sa déportation vers la Tunisie

Au lieu de le transférer à l’hôpital pour être soigné, il a été enfermé dans une cellule de l'infirmerie, à la merci des policiers qui l'ont frappé et insulté. 
Le médecin l'a vu 24h plus tard, lui a donnée des comprimés. Il a été remis dans sa cellule, il a actuellement encore les piles dans l'estomac.

Son témoignage
« Ils m’ont mis dans une cellule, je suis tout seul depuis hier. Ils m’ont dit « t’es un chien, tu restes comme ça sans rien, sans télé, ni chaussettes, ni claquette ». Le policier m’a frappé avec son pied, j’étais par terre parce que j’ai mal au ventre, il m’a dit « lève toi, arrête ton cinéma ». Ils m’ont pas ramené de couverture, j’ai très froid. Ils ont mis le plateau du repas derrière la porte. Je mange pas. Je vais mourir c’est mieux.

C’est pas une vie. Même la Cimade vient pas. La Cimade c’est pour la forme. Avec qui je dois parler ? L’infirmier il est comme le policier. C’est comme la garde à vue. Il m’a donné un gobelet pour faire pipi. Depuis qu’il m’a donné le médicament, j’ai mal au ventre, j’ai mal au pied, j’arrive pas à bouger. C’est pas normal, je suis pas un chien moi ! Ici y’a personne pour nous défendre, j’ai toujours pas vu le médecin, j’ai des piles dans le ventre, de l’acide ! J’ai un fil dans mon pantalon, je vais faire quelque chose pour mourir.

Avec le fil de mon pantalon, toute la nuit je me disais « maintenant… maintenant…maintenant » [pour mourir]. Je vois rien, je suis comme un chien. Je veux pas retourner au bled, je préfère être mort plutôt que de retourner au bled. Je vais reprendre des piles. Il n’y a pas de médecin, que des infirmiers. Je bois pas le verre qu’ils me donnent, j’ai pas confiance. C’est la police, c’est pas des médecins. Ils m’ont même pas donné mon téléphone, ils avaient peur que je le mange.
Si je retourne au bled et que je peux plus envoyer de l’argent à ma mère, on meure tous les deux. »

Après la visite du médecin qui l’a autorisé à retourner dans son secteur, il a demandé à la police de le sortir de l’isolement qui l’a insulté en retour: « ​​​​​​​La police il m’a dit « nique ta mère » c’est normal ça ? Qu’est-ce que j’ai fait moi ? »

Mise à jour le 28 janvier 2026

Samedi 24 janvier, les co-détenus de K. très inquiets de son état de santé, ont appelé les pompiers pour lui venir en aide car il avait de fortes douleurs au ventre et ne se nourrissait plus. La PAF a refusé que les pompiers interviennent leur indiquant que K. était sous surveillance et qu'il n'y avait pas d'urgence.

Après une mobilisation (1), l'administration du CRA a décidé de l'emmener à l'hôpital de Purpan faire une radio mardi 27. Le personnel de santé lui a fait une radio et rien d'autre, le médecin lui a dit : "je connais la prison, je travaille avec, tu fais du cinéma". "Les policiers étaient tout le temps là. Ils rigolaient" témoigne K.
Aucune explication de la part des médecins ne lui a été donné et K. a été ramené au CRA, toujours avec les piles dans le ventre. Il n'a pas eu accès à son dossier médical avec le résultat de la radio.
Le médecin du CRA a indiqué qu'il repassera une radio la semaine prochaine et lui a donné un médicament.

(1) https://www.mediacites.fr/breve/toulouse/2026/01/26/en-retention-pres-de-toulouse-il-choisit-davaler-des-piles-plutot-que-lexpulsion/
Mise à jour le 01 février 2026

K. est passé devant le Juge des libertés et de la détention (JLD) pour l'enfermement des 60 jours. L'audience a eu lieu dimanche 1 février. La juge a décidé de la libération de K. mais avec une assignation à résidence (AAR) de 45 jours avec signature au commissariat du lundi au vendredi (en attendant son expulsion)*.

Comme c'est souvent le cas, les personnes subissent une autre forme d'enfermement : l'AAR qui permet de les déporter à tout moment. La libération du CRA ne signifie pas que les mesures d'expulsion OQTF, IRTF, etc sont levées. Elles dépendent d'une autre juridiction, les recours se font au tribunal administratif ou au tribunal judiciaire pour les ITF (interdiction de territoire français)

Les mesures d'expulsion sont difficiles à lever (voir notre https://toulouseanticra.noblogs.org/files/2026/01/brochure-enfermement-au-cra-A5.pdf).

K. a toujours une OQTF (obligation de quitter le territoire) et une IRTF (interdiction de retour sur le territoire français) de 2 ans. Il risque donc à tout moment de se retrouver à nouveau enfermé en CRA puis déporter.

K. est sorti du CRA grâce à sa résistance au point de mettre sa santé et sa vie en danger. Sa résistance a été soutenue à l'intérieur et à l'extérieur et a poussé le préfet à annuler le vol prévu le 27 janvier.
K. a ainsi pu passer devant le JLD le 1 février.

A sa sortie du CRA, K., qui n'a pas de famille dans la région, s'est retrouvé sans argent, sans téléphone, dans la périphérie isolée où se situe le centre, toujours une pile dans le ventre : un clair prolongement de la maltraitance qu'il a subi, et que tous les détenus subissent, à l'intérieur.

Force à lui pour la suite !

* "...que la présente assignation à résidence est établie à son encontre le temps nécessaire à l'organisation de son voyage de retour vers son pays d'origine ou vers tout pays dans lequel il est légalement admissible et qu'il peut à tout moment être convoqué pour son départ dont le lieu et l'heure lui seront communiqués au moins un jour à l'avance..."

Témoignages de personnes enfermées au CRA de Toulouse et derniers chiffres du ministère de l’intérieur

Comment l’État crée des personnes « sans-papiers » et organise leur enfermement et leur déportation

Nous relayons les témoignages de personnes enfermées au centre de rétention administratif (CRA) de Toulouse Cornebarrieu rencontrées ces derniers temps. Elles rapportent les maltraitances physiques, médicales et psychologiques qu'elles subissent quotidiennement. Cette violence est systémique, volontaire et organisée - on la retrouve dans tous les CRA. Elle constitue la raison d'être de ces centres - outils au cœur de la stratégie répressive déployée par l'État français contre les personnes étrangères.

Le ministère de l’intérieur est fier de transmettre ses derniers chiffres : ceux d’une machine d’État qui transforme des personnes en « sans-papiers », en travailleurs-euses surexploité.es et en prisonnier.es à expulser.

Depuis la circulaire Retailleau de janvier 2025 qui renforce la loi Asile et Immigration de 2024 dite Darmanin, la régularisation « doit demeurer une voie exceptionnelle ». Les effets sont massifs : 

• 42 % de régularisations en moins sur les 9 premiers mois de l'année 2025, par rapport à la même période en 2024

54 % de baisse pour les régularisations au titre du travail

• 58 % de baisse pour les régularisation au titre de la vie privée et familiale

L’admission exceptionnelle au séjour (AES) est désormais presque inaccessible : elle est conditionnée à 7 ans de présence, une maîtrise certifiée du français, l’absence de menace à l’ordre public (attribuée arbitrairement par les préfectures) et l’absence d’OQTF préalable.

Même les titulaires d’une carte de séjour de 10 ans peuvent se retrouver sans papiers face à la difficulté du renouvellement. Selon la circulaire Retailleau, tout refus de titre de séjour doit désormais être assorti automatiquement d’une OQTF, valable trois ans depuis la loi de 2024. Ainsi, certaines personnes se retrouvent forcées de rester dans la clandestinité pour éviter le risque de recevoir une OQTF en se rendant à la préfecture.

Témoignage de M. A : M. A est au CRA depuis 55 jours. Il a pris 10 mois de prison pour une ITF (Interdiction de Territoire Français) et à la sortie de prison, il a été emmené au CRA directement.

« Dans le secteur E : il y a 2-3 personnes par chambre, 21 personnes en tout, certains dorment par terre. E est le meilleur secteur, A et B sont les pires. Il y a une 1 playstation mais les flics ont la télécommande. Il y a deux équipes de flics à l’intérieur. Une dont les flics sont ‘humains’, l’autre en roue libre : provoquent les détenus, frappent quand ils demandent du pain, n’allument jamais leurs caméras, peuvent frapper à 5 une personne avec une matraque, envoient tous les jours des gens au mitard, 5 jours minimum – tu restes pendant tout le temps avec les habits que t’as, tu prends pas de douche, il y a un ventilateur qui donne froid.
Ils n’aiment pas quand les détenus parlent français parce qu’ils comprennent tout. Un flic qui comprend l’arabe a traduit à son collègue ce que disait en arabe un détenu qui disait des insultes à cause de la bouffe.
Je fumais une cigarette, le flic m’a dit ‘tu ne fumes pas devant moi’, je répond que j’ai le droit, son collègue vient en sortant son taser. Hier, ils ont coupé l’eau de 20h à 7h du matin. A l’interphone, un gars demandait juste des bouteilles d’eau car il avait soif, les flics l’ont sorti et l’ont poussé au torse en lui disant d’arrêter de les harceler. Dehors, la cour c’est dégueulasse, ils ne font pas le ménage, il y a plein de trucs au sol, et encore, c’est la plus propre des cours des secteurs. 
La bagagerie, c’est quand ils veulent. C’est ouvert que sur les heures de promenade (13h30-14h15). Et des fois ils ouvrent pas en disant : ‘non on est en train de manger’. Et après ils ouvrent à 14h14 en disant : ‘c’est fini, c’est fermé’. Ici ça rigole pas par rapport à la prison. Là-bas tu peux rigoler avec eux. J’ai la haine contre eux à cause d’ici. [A la CIMADE] il y a un monsieur gentil et trois dames pas sympas du tout. Quand j’y vais je n’attend rien d’eux, je demande le nom de l’avocat et c’est tout. Ils sont pas avec nous ».

Témoignage de R.O. : R.O. explique qu’il a été mis au mitard pour des « insultes » – les flics exigeaient des excuses. Il a passé « une nuit de misère dans le froid, sans couverture, sans pantalon », il n’a pas dormi. C’est le docteur qui l’a fait sortir.

« Certains prennent des médicaments pour dormir pour être des légumes et laisser tout passer. J’étais bien en prison, je te mens pas quasiment tout le monde vient de prison, si j’avais su que c’était comme ça je serais resté en prison, mais là on attend que les 3 mois passent. [Les flics], j’ai compris qu’il fallait pas parler avec eux. Y’a un groupe c’est des humains, mais le groupe d’aujourd’hui, non. Il y a de la solidarité, obligé sinon on va crever. Devant le juge, j’avais même pas été calculé, t’as l’impression que personne te calcule, on te dit ‘pourquoi tu veux sortir?’, ‘mais à ton avis !??’. On mange mal, on est maltraité, tu veux du pain en plus il y en a pas, le soir on crève de faim, il y a que des sucreries c’est super cher. J’ai hâte de voir la liberté, ça fait 10 ans que je suis enfermé.
C’est pire que la prison, 6 mois de prison ou 3 mois ici je prend la prison parce que en prison tu fais à manger toi même etc. Yen a un il se plaint, il a mal dans son genou, ils lui donnent pas de médicaments. »

Témoignage de L.R : « Je suis rentré en France à l’âge de 14. Je suis passé par l’ASE, j’ai été arrêté pour conduite sans permis, refus d’optempérer, j’ai eu 18 mois de prison mais j’ai fait 14 mois pour bonne conduite. A la sortie de la prison, ils m’ont ramené ici au centre. Ils viennent de me me prolonger.  J’ai même pas de passeport ici. Ils m’ont mis 5 ans d’ITF (Interdiction de Territoire Français) alors que j’ai pas de passeport pour partir, je comprends rien. »

Témoignage de S.B. : « J’ai bientôt 28 ans, je suis algérien. Je suis depuis un mois et demi au CRA. Je suis depuis 7 ans en France, diplômé, je travaille avec des fiches de paie, pas de black. Je travaillais à Paris. Je suis descendu pour travailler à Toulouse, on m’a contrôlé et j’ai fait une semaine ici puis ils m’ont relâché mais pour me recontrôler une semaine après et me renvoyer ici, et maintenant ça fait un mois et demi que je suis là. Je peux pas manger tout parce que j’ai un dentier, je leur ai dit de me donner surtout du riz ou des pâtes mais ça a rien changé. »

Témoignages de personnes enfermées au centre de rétention de Toulouse Cornebarrieu

Nous relayons les témoignages de personnes enfermées au centre de rétention de Toulouse Cornebarrieu rencontrées lors de visites au parloir ces dernières semaines.
La situation pour les Algérien.nes est toujours la même, les préfectures n'obtiennent pas de laissez-passer de l'Algérie pour les expulser et les juges des libertés et de la détention maintiennent quand même les personnes en CRA.
Les conditions de vie sont, comme toujours, indignes et déshumanisantes : racisme, violences policières, mauvaise nourriture, les prisonniers ont faim, absence de soins médicaux, de nombreuses personnes malades ou souffrant de troubles psychiques sont maintenues enfermées.
L’objectif de l’État est d’enfermer systématiquement les sortants de prison et d’appliquer la double peine. Pour rappel, cela consiste à enfermer au CRA puis à déporter les personnes alors qu’elles ont purgé leur peine de prison.

Témoignage de L. H :
L. H a refusé un premier vol pour le Maroc et pour résister au second vol programmé, il a avalé des piles et des pièces de monnaies. Il a perdu connaissance et a été emmené à l’hôpital pour un lavage d’estomac. A la suite de son hospitalisation, il a été mis directement dans l’avion.
Nous avions parlé avec L. H. entre les 2 vols de déportation :
« Je suis arrivé en France à 11 ans… J’ai fait 5 ans de prison, ma carte séjour a périmé pendant la prison et le renouvellement n’a pas été autorisé. Ils m’ont mis une OQTF et j’ai été emmené à l’aéroport direct. Ça m’a choqué, je m’y attendais vraiment pas. J’ai grandit ici – je voulais ressortir pour retrouver ma famille qui est là, on m’envoie à l’aéroport pour aller au Maroc directement. Ça fait des années, j’ai personne au Maroc. Je suis en train de faire toutes les démarches, j’ai pris un avocat et tout. Je préfère crever que partir au Maroc, je vous jure, j’ai même eu des idées bizarres qui me sont passées par la tête. J’ai toute ma famille qui est ici, du jour au lendemain on veut m’envoyer au Maroc. J’ai déjà envoyé un dossier au juge, il l’a pas encore lu, entre temps on m’a déjà pris un billet d’avion. On m’éloigne de ma famille. Ma faute je l’ai payée, mais là c’est mon avenir, je suis au bord du suicide, la vérité, sincèrement, j’ai l’impression que j’existe même plus, j’ai l’impression qu’y a plus de loi. Je travaille depuis que j’ai 16 ans, j’ai tous les documents, depuis mes 18 ans j’ai mon premier CDI. On dirait c’est fait exprès, même si on tient le coup, à la fin ça passe, y’a plus de quoi tenir. J’ai ma femme qui est dehors elle a besoin de moi, elle est enceinte elle va bientôt accoucher. Je suis épuisé, on me ramène au CRA je suis encore plus épuisé. Ma femme elle prend 2 jours rien que pour venir me voir elle vient de Marseille pour me voir, ça coûte 300-400 euros rien que pour des allers retours. Ma mère pareil, elle habite actuellement à Montpellier, je suis loin de tout le monde c’est une galère. J’ai pas besoin de gâteaux, de bonbons, j’ai besoin de ma liberté j’ai besoin de retrouver ma famille au plus vite. J’attire pas l’attention j’ai l’impression. Il faut se faire du mal pour attirer l’attention vous voyez ce que je veux dire ? On me traite de la pire des manières. »

Témoignage de B. K : 
« Il y avait un Palestinien avec nous dans le secteur A. Il y a surtout des Algériens, quelques marocains et ce Palestinien, il est sorti, il est resté que 4 jours. Il a passé 2 ans à Seysses parce qu’il a fait une vidéo où il a parlé d’Israël. Il est resté 2 ans à Seysses dans le secteur des gens dangereux. Ils sont allés le chercher chez lui, ils ont fait une perquisition chez lui. 
À Toulouse c’est pire qu’à Marseille le centre, ici les flics la police ils sont méchants ils tapent les gens au cachot pour pas qu’on les voit. L’autre jour quelqu’un ne voulait pas manger, le flic lui a dit mange, il a dit non c’est une gamelle, le flic lui a dit « tu es un chien c’est pour toi ». Le gars, il a dit quelque chose pour se défendre, le flic l’a emmené au cachot pour le frapper. J’ai remarqué et j’ai fait attention, c’est dommage on a pas de téléphone pour prendre des photos, les plats qu’on mange pas ils les remettent le lendemain même s’ils sont périmés. Au secteur A, il y a que des Algériens et il y a pas de laissez-passer de l’Algérie, on est là pour rien. Dans ce secteur il y a pas la télé, il y a rien il y a pas de jeu, il y a rien, la bouffe est dégueulasse. Au centre de Nice, un algérien a été attaché et scotché pour être expulsé avec une escorte dans l’avion quand il est arrivé à l’aéroport en Algérie il était blessé et ses vêtements étaient déchirés. La police algérienne a demandé pourquoi il était comme ça, il a dit qu’il ne voulait pas être expulsé, la police a demandé à renvoyer le gars en France. »

Témoignage de M. K :
« Moi c’est la deuxième fois qu’ils m’ont envoyé au CRA, j’ai un garçon français de 4 ans. Je suis arrivé en 2002 en France, j’ai fait la maternelle, le collège, j’ai tout fait. Sauf que je suis rentré 14 ans en prison, tu vois le délire, c’est mon casier, il est sale. Et de là, l’année dernière je suis venu, je suis venu ici, j’ai fait trois mois pleins. J’ai rien à faire ici, je suis arrivé par visa par regroupement familial pour me faire une opération, j’avais un kyste à l’œil. Et voilà, j’ai fait mes papiers, mais j’ai grandi, je suis rentré dans la délinquance, en fait. Mon titre de séjour, il a périmé en 2024, j’étais en prison, j’ai pas pu le refaire. Je suis sorti, ils m’ont envoyé au centre, j’ai fait trois mois. Ils savent que je suis assigné à résidence chez ma mère, à Empalot. Ça fait 15-20 ans là-bas que c’est toujours la même adresse. Je suis sorti, j’ai signé mercredi, vendredi, mercredi, vendredi pendant un mois et demi. Jusqu’à que un soir, je me suis endormi au volant dans ma voiture, le moteur allumé. Et ils sont venus pour bruit sonore parce que j’ai un Golf R, il fait du bruit quand tu le laisses en mode parking. Et moi ça faisait deux jours que j’avais pas dormi, je m’étais endormi au volant, mais garé, devant chez moi. Ils sont venus, ils m’ont dit conduite sans permis, pas conduite sans permis, alcoolémie, pas alcoolémie. J’avais un petit peu de liquide sur moi. Et bref, ils m’ont pris en garde à vue, moi j’ai cru que j’allais sortir. Je me suis retrouvé avec 10 mois de prison, parce que je dormais dans ma voiture, le moteur allumé. Je suis sorti, et depuis, je suis là au CRA. Lundi, ça fait un mois. Mais moi, je le sais qu’ils vont me garder 90 jours, de toute façon. C’est ma deuxième fois au CRA. Je suis Algérien, c’est pour ça que je t’ai dit moi c’est 3 mois c’est juste pour me faire mal aux fesses sans être impoli, ils savent très bien qu’ils peuvent rien faire de moi. Moi je suis né à l’ancienne chez ma grand-mère, chez elle. Je suis même pas né à l’hôpital ça veut dire le consulat d’Algérie ils me connaissent pas. Je suis jamais allé en vacances en Algérie. Je suis jamais allé nulle part, je suis jamais sorti de la France, tu vois ce que je veux dire ? Ça veut dire, y a personne qui me connaît de nulle part, y a que la France qui me connaît. Tu veux m’envoyer en Algérie ? Ok, je veux bien. Mais tu veux m’envoyer chez qui, s’il te plaît ? Franchement, tu veux que je te dise quoi, moi ? Je sais pas. C’est invivable, y a pas de frigo, y a rien. T’as le droit de faire rentrer 5 articles, avant on avait le droit de faire rentrer un sac entier, tu vois ? Et ils ont fait exprès de nous interdire les boissons parce qu’il y a des boissons, tu peux les acheter à la machine, mais la petite bouteille de coca, elle coûte 2,50 €. Tu vois ce que je veux dire ? C’est parce qu’il font un magnifique bénéfice, c’est pour ça ils ont interdit les bouteilles, […] La police je te mens pas, il y a des bons et des mauvais partout, comme dans le SAMU, comme dans les pompiers, comme dans tout, tu vois.” 

Témoignage de H. B :
« J’ai été arrêté à Sète alors que je venais en France pour récupérer des papiers pour faire ma demande de renouvellement de passeport en Espagne. Je sais déjà ce qu’ils vont faire moi – parce que je me renseigne sur internet, et avec mon vécu ! Avant que je parle ils vont me rajouter un mois de plus, c’est déjà décidé. Je peux pas accéder à mon Gmail pour envoyer les papiers en Espagne. J’ai rien, ni cigarettes, ni vêtements, tout est mouillé, il fait froid. C’est Alcatraz ici, ils disent retenu mais c’est de la détention. Au tribunal on se met debout, on parle dans le vide, ça a été programmé, ils croient qu’on est bêtes. Il y a beaucoup de jeunes, moi j’ai 41 ans. Ils m’ont relâché, je suis allé à la gare pour quitter la France, la PAF m’a contrôlé et il m’ont ramené, ils veulent nous expulser mais ils nous laissent même pas partir ! La nourriture sincèrement c’est de la merde, il y a des trucs qui ont atteint la date de péremption, c’est végétarien il y a pas de viande, parfois du poisson entre guillemets. C’est Alcatraz faut voir comment c’est franchement. Pour nous les Algériens c’est difficile de refaire le passeport à cause de ce président de merde là. J’ai un asile en Espagne »

Si les préfectures et l’administration pénitentiaire collaborent depuis longtemps pour expulser les sortants de prison, la loi de janvier 2024 et la circulaire Retailleau d’octobre 2024 généralisent la double peine, facilitée notamment par « la menace pour l’ordre public ». La circulaire Retailleau appelle les préfectures à retirer les titres de séjour des personnes qui représentent une « menace » et à distribuer des arrêtés d’expulsion et des OQTF. Il n’existe aucune définition de la « menace pour l’ordre public », c’est laissé à l’appréciation de l’administration qui l’utilise très largement, par exemple pour des délits mineurs, comme le vol ou la mendicité. « La menace grave pour l’ordre public » permet, elle, de supprimer toutes les protections contre l’expulsion hormis le fait d’être mineur. Ainsi, les personnes ayant des enfants ou étant en France depuis l’enfance peuvent être expulsées si la préfecture a décidé de façon totalement arbitraire que ces personnes représentent une menace pour la société française.

Compte Rendu – Audiences devant le JLD – Septembre 2025

Au tribunal judiciaire de Toulouse, tous les matins, tous les jours sans exception, se tiennent les audiences « droit des étrangers » des personnes enfermées au Centre de Rétention Administratif (CRA) de Cornebarrieu Toulouse devant le Juge des Libertés et de la Détention (JLD). Il s’agit de décider si les personnes doivent être maintenues au CRA ou libérées. Les personnes enfermées en CRA repassent devant le juge au bout de 4 jours, 30 jours, 60 jours, et 75 jours d’enfermement – soit potentiellement quatre fois durant la durée de leur détention. 

Les personnes peuvent être enfermées jusqu’à 90 jours. La libération du CRA ne lève pas les interdictions de territoire ou les obligations de le quitter : l’arrestation peut toujours survenir à tout moment et ramener au CRA. Ainsi de nombreuses personnes se retrouvent en circuit quasi fermé entre CRA et prison notamment en raison des mesures d’expulsion qui donnent aux préfectures et à la justice de nombreuses possibilités d’enfermer et d’expulser.

Nous publions un compte rendu brut – issu de notes prises lors d’un JLD fin septembre 2025 – retranscrivant ce qui a été dit, selon les termes utilisés lors des audiences. Le vocabulaire est donc celui de la juge, de la préfecture et des avocat·es, qui parlent de « retenus » pour désigner les prisonniers, de « rétention » pour les enfermements, et d’« éloignement » pour les déportations. Le choix de publier un compte rendu brut a pour objectif d’exposer la violence raciste institutionnelle et systémique à laquelle les détenus sont confrontés notamment au travers du caractère brutal, répétitif et mécanique des audiences.

Les détenus sont emmenés par la PAF (Police Aux Frontières) depuis le CRA jusqu’au tribunal en minibus. Ils sont escortés par la police, menottés dans le dos. Ils sont appelés tour à tour à la barre pour une audience très courte – ce jour-là en 1h20, sept personnes défilent devant la juge soit à peine plus de 11 min par audience. Ils n’ont quasiment pas la parole, sont méprisés par la juge, violentés physiquement et verbalement par la police, accusés par la préfecture, et dépendants de la défense que leur avocat·e commis d’office voudra bien leur accorder – bien que peu importe si la défense s’applique ou non à mettre en lumière les contradictions de l’enfermement, les décisions de justice varient très peu. Trois avocat·es différent·es plaident, avec plus ou moins d’implication. Une interprète est présente pour les personnes qui le souhaitent.

Première audience – B.A.

La juge commence à introduire le dossier avant de se rendre compte, confuse, qu’elle s’est trompée et qu’elle est en train de donner les détails d’un dossier qui n’est pas le bon – apparemment il y deux personnes qui comparaissent avec le même nom de famille aujourd’hui. Elle explique que B.A. est un ressortissant tunisien, qu’il a eu plusieurs OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français), dont la dernière en octobre. Il a eu un refus de titre de séjour en février dernier. Il a été incarcéré à plusieurs reprises.

B.A. prend la parole et explique que sa copine et son grand-père sont en France – d’ailleurs, iels sont présent·es dans la salle. Il souhaite partir par ses propres moyens, en Suisse ou en Italie.

Le représentant de la préfecture prend la parole – il parle de lui en disant l' »individu ». Il affirme qu’il est connu sous quatre identités différentes et qu’il a été incarcéré à Seysses pour une histoire de stupéfiants. La préfecture demande le maintien en rétention.

L’avocate corrige l’énoncé qui a été fait du dossier en soutenant qu’il n’y a eu qu’une seule OQTF, qui date de 2022, et qu’il y a eu donc une seule mesure d’éloignement. Elle expose un problème de diligences1: la préfecture n’a pas fait les mesures nécessaires pour l’éloignement. Elle cite les différents mails qui ont été adressés au consulat de Tunisie, dans lesquels les photos ont été envoyées, mais pas d’empreintes – alors que l’accord franco-tunisien précise qu’il est nécessaire d’envoyer les empreintes. L’impératif de diligence n’est donc pas rempli, la préfecture n’a pas tout fait pour éloigner au plus vite la personne, la détention est donc illégale.

B.A. a de nouveau la parole, il explique qu’il n’arrive pas à manger ni à dormir, que c’est très compliqué, qu’il est prêt à partir et que c’est très très dur.

Deuxième audience – M.B.

La juge introduit le dossier : M.B est un ressortissant algérien. C’est la seconde demande de prolongation de son enfermement, il est donc au CRA depuis 1 mois. Il a eu plusieurs OQTF et une ITF (Interdiction de Territoire Français) de trois ans en 2023.

L’avocate soulève une atteinte aux droits. La juge parait agacée. L’avocate explique que le 11 septembre, M.B. a été sorti du centre pour un déferrement pour la mise à exécution d’une peine. Elle explique que ça a été une journée très longue, qu’il n’a pas pu manger, qu’il a été tenu dans l’ignorance et qu’il s’agit d’un incident dans la rétention, qui doit figurer dans le registre. Ensuite, et la défense semble reposer principalement sur cet argument, elle fait remarquer qu’au vu de la « crise diplomatique franco-algérienne »2, et de l’absence de laissez-passer pour l’Algérie, il n’y a pas de perspective raisonnable d’éloignement vers l’Algérie. Elle cite une jurisprudence récente qui date de septembre 2025 – du tribunal de Toulouse – qui a donné lieu à la remise en liberté des retenus au vu de cette absence de perspective raisonnable d’éloignement – au regard de la « crise diplomatique franco-algérienne ».

La préfecture avance en réponse qu’on ne peut pas affirmer qu’il ne sera pas éloigné car on ne peut pas prévoir le contexte géopolitique, et que l’individu est une menace à l’ordre public3. La préfecture demande le maintien en rétention.

M.B. prend la parole. Il dit que c’est sa troisième fois en CRA, et qu’à chaque fois il a fait trois mois. Il dit que c’est très, très dur, qu’il a déjà été en prison et qu’il a été libéré.
La juge lui rétorque « euh oui, mais vous êtes resté en France après, monsieur ». Il répond qu’il est resté car on l’a mis dans un foyer pour le soigner, qu’il sait très bien qu’il n’a pas le droit de rester en France et qu’il compte partir pendant trois ans.

Troisième audience – M.V.

La juge introduit le dossier : M.V. est un ressortissant algérien. Il est sorti de détention en prison en août, et il a une interdiction de retour de trois ans.

M.V. prend la parole, dit qu’il veut partir en Autriche. Il a un cousin là-bas et a fait une demande d’asile. Il explique qu’il est malade.

Le représentant de la préfecture répond, en ce qui concerne le côté médical, que puisqu’il est allé en hôpital psychiatrique tout est réglé, il a été traité, donc il n’y a plus de problème : son état n’est pas incompatible avec l’enfermement. Il ajoute qu’il est coupable de violences sur conjoint. La préfecture demande le maintien en rétention.

L’avocate entame la défense en évoquant la demande d’asile attestée, qui a été faite en Autriche par le retenu. Elle dit que M.V. est une personne dublinée4 qui doit être reconduite vers le pays de l’asile. Comme sa consœur plus tôt, elle fait remarquer l’insuffisance des diligences. Il n’y a pas de perspective raisonnable d’éloignement – sachant que par raisonnable on entend que l’éloignement pourrait être envisagé dans le délai de la rétention et que, au vu de la crise diplomatique qui perdure ce n’est pas le cas. Elle dit : « la rétention n’est pas une sanction, c’est un moyen pour permettre l’éloignement ». Elle cite également la jurisprudence récente de septembre 2025, du tribunal de Toulouse évoquée plus tôt, expliquant que les jurisprudences commencent à noter qu’il existe une crise diplomatique. Elle dénonce les saisines absurdes de la préfecture qui tente de contourner le problème et prolonger la durée de rétention en entamant des démarches auprès du consulat du Maroc alors que rien n’aurait pu indiquer une nationalité marocaine. Elle ajoute que le retenu présente une particulière vulnérabilité, qu’il a subi des faits en détention – dont elle ne donnera pas le détail – qui l’ont fragilisé et qu’il a déposé plainte en raison de ces faits, ce qui selon ses mots « demande beaucoup de courage ».

L’un des policiers présents perturbe l’audience avec le son au volume très élevé de son téléphone. L’avocate lui jette un regard rapide, agacée.

Le représentant de la préfecture reprend la parole, avance qu’il y a beaucoup de choses qui ont été dites et qu’il n’est pas possible de répondre à tout, mais qu’il tient à souligner que c’est toujours la même chose qui est dit à propos de l’Algérie, et que ça n’a pas de sens.

Quatrième audience – A.A.

La juge introduit le dossier : A.A. est un ressortissant tunisien. Il est né en 2006 (il a donc 19 ans). C’est la première demande de prolongation de son enfermement (4 jours après son incarcération au CRA).

L’avocate entame la défense en faisant remarquer que le retenu doit être informé de ses droits, et notamment du droit d’entrer en contact avec son consulat. Or, les coordonnées du consulat n’ont pas été communiquées au retenu par la préfecture, ce qui constitue un grief.
Elle soulève également un vice de procédure en ce qui concerne les pièces justificatives : l’audition n’a pas été communiquée. L’audition est pourtant nécessaire pour vérifier la situation personnelle de l’accusé. L’absence d’une retranscription de l’audition rend la requête irrecevable, puisqu’il n’est pas possible d’apprécier son parcours administratif, la proportionnalité de la requête ni de vérifier que les déclarations de la préfecture sont conformes avec les propos de l’accusé. Le principe du contradictoire n’a pas été respecté. Elle dit : « à aucun moment on a invité la personne à se prononcer ni à s’exprimer sur une mesure prise à son encontre ».
Elle poursuit en introduisant son propos sur la vulnérabilité du retenu avec un : « alors là, c’est fort de café ». Elle démontre qu’il n’y a pas eu le temps d’avoir un examen de vulnérabilité, le compte rendu de l’examen indiquant qu’il a commencé à 9:47 et la décision que le retenu n’était pas en situation de vulnérabilité étant déjà rédigée à 9:50. On a donc rédigé la décision avant d’examiner son état de vulnérabilité : la décision était déjà prise. Elle dit: « On se moque de qui? Visiblement de Monsieur A. ». Elle ajoute que le retenu a été pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance en tant que mineur non accompagné par le passé, et qu’il a bénéficié d’un contrat jeune majeur – alors, selon ses ses mots « qu’on sait à quel point c’est dur de bénéficier de ce contrat, même pour des français ». Il a également eu un contrat d’engagement dans un centre de formation, il a été apprenti. Il a des bulletins de paie. Son employeur, au sein de la boulangerie où il était apprenti, était satisfait. Il a sollicité un droit au séjour – que le préfet a refusé car il a considéré que c’était une menace à l’ordre public à cause d’un rappel à la loi. Pourtant il justifiait d’une résidence, de démarches, de preuves d’intégration. L’avocate remarque qu’il aurait pu être assigné à résidence. Elle dit: « si monsieur n’a pas des garanties de représentation, personne n’en a ». Elle estime que le placement en rétention est disproportionné. Par ailleurs, les diligences, ici aussi sont insuffisantes. Le protocole franco-tunisien exige que soient envoyées au consulat les photos et les empreintes par voie postale, en version originale – et non par mail, comme l’a fait la préfecture.

Le représentant de la préfecture répond que « ce n’est pas indiqué qu’on doit lui communiquer le numéro de la préfecture, il doit le connaître – en tant que ressortissant ». Il ne se donne pas la peine de répondre au reste car « il y a trop de choses qui ont été dites ». Il ajoute simplement que l’individu représente une menace à l’ordre public, il a commis des faits de violences conjugales. Il conclut d’un ton ironique « on voit bien que l’intéressé s’intègre parfaitement ». La préfecture demande le maintien en rétention.

A.A. a la parole, et dit : « Pour les violences, je suis désolé, je regrette ce que j’ai fait ».

Cinquième audience – M.B.

La juge introduit le dossier : M.B. est un ressortissant algérien. C’est la première demande de prolongation de son enfermement, il a été placé en septembre au CRA. Il a eu une OQTF en avril 2024.

Le représentant de la préfecture prend la parole et anticipant les arguments de la défense, assure que la préfecture a bien fait les diligences. Il affirme que le retenu est marié et qu’il a trois enfants, que sa femme et ses enfants sont en Algérie (à ce moment-là le détenu fait « non » de la tête) et qu’il est donc « incompréhensible » qu’il soit présent en France. Il ajoute qu’il a fait de la prison pour un refus d’obtempérer, pour de la conduite sans permis, pour arnaque et pour vol et qu’on voit qu’il y a « un parcours de délinquance », que c’est une menace à l’ordre public. La préfecture demande le maintien en rétention.

L’avocat soulève un défaut de contradictoire et un défaut de diligence. Il explique que sa famille n’est pas en Algérie, mais en Espagne et que le risque de fuite n’est pas justifié. En ce qui concerne la menace à l’ordre public, il argue qu’il ne s’agit pas de faits récents et que sa peine a déjà été purgée en prison.

M.B. prend la parole et dit « Je ne suis jamais allé en prison avant. Je ne suis pas un délinquant. » Il dit qu’il est arrivé en France à 37 ans et qu’il est vétérinaire.
A ce moment-là, la juge l’interrompt : « Ah oui, j’ai vu que vous étiez vétérinaire !? Vous pouvez m’en dire plus ?  » d’un air très surpris. Il explique qu’il a fait des études, qu’au vu de la corruption dans son pays, au bout de 10 ans, il n’y arrivait pas, il s’est dit qu’il fallait qu’il tente sa chance ailleurs et qu’il est allé en France, en Espagne, en Belgique, puis est retourné en France.

Sixième audience – A.F.

La juge introduit le dossier : A.F. est un ressortissant algérien. C’est la troisième demande de prolongation de son enfermement.

A.F. prend la parole : « Je suis là pour rien. Ça fait deux mois que je suis au centre. J’ai ma vie ici, en France, je travaille. Ça fait quinze ans que je suis en France. On m’a fait rentrer au centre après un contrôle d’identité. J’ai jamais eu de problème. J’ai une attestation d’hébergement et de travail. »

Le représentant de la préfecture indique à nouveau que sa famille est en Algérie. Il déclare ironiquement : « Il dit ne pas comprendre pourquoi il est là ? Eh bien, écoutez… Il n’a pas de papiers, il le sait, et il n’a pas fait de démarches. »
Il ajoute que le retenu déclare être suivi par un psychiatre, mais n’apporte aucun élément de preuve pour soutenir cette déclaration. La préfecture demande le maintien en rétention.

L’avocat répond qu’il a fait des démarches et est inséré socialement. Il dit : « La vérité c’est que parfois, la préfecture, elle s’obstine. On peut justifier de tous les éléments, et pourtant, ce n’est pas facile. Il a tous les éléments pour être régularisé sans aucune difficulté s’il sort demain ».

Septième audience – N.B.

La juge introduit le dossier : N.B. est algérien. C’est la seconde demande de prolongation de son enfermement. Il est arrivé en France en 2022. Sa demande d’asile a été rejetée. En mai 2025, il a eu une OQTF.

N.B. dit qu’il veut repartir en Espagne.

La préfecture assure avoir bien fait les diligences, avoir relancé le consulat algérien. Il dit: « l’intéressé est connu sous plusieurs alias », qu’il « n’a pas de ressources licites », et qu’il « est célibataire sans enfant ». Il dit qu’il représente une menace pour l’ordre public et que la préfecture demande le maintien en rétention. Comme pour tous les autres.

L’avocat prend à peine la peine de plaider.

N.B. reprend la parole et dit qu’il est malade, qu’il a besoin de son médecin en Espagne. La juge lui demande: « Vous souffrez de quoi? », d’un air impatient. Il explique – et montre – qu’il a des problèmes de dos, et de jambes. La juge lui dit: « Vous savez que vous pouvez rencontrer aussi un médecin au CRA? ». N.B. explique qu’il a déjà vu le médecin du CRA, qui ne donne que des dolipranes.

Sur les 7 personnes présentes ce jour-là, 7 demandes de maintien en rétention sont demandées. 5 des détenus sont algériens, 2 sont tunisiens. D’après le rapport annuel de la CIMADE sur les centres et locaux de rétention administratives de 2024, 31,9% des personnes enfermées en France hexagonale sont de nationalité algérienne (ce qui constitue la nationalité la plus représentée), et 12,1% sont de nationalité tunisienne (2e nationalité la plus représentée)2.

Pour plus d’infos sur les étapes et les procédures d’enfermement voir notre brochure : https://toulouseanticra.noblogs.org/files/2025/02/brochure-enfermement-au-cra-A5.pdf

1 Les diligences correspondent à toutes les démarches que la préfecture doit effectuer pour justifier qu’elle cherche à expulser la personne (demandes de laissez-passer consulaires, demandes de vols…) et donc justifier le maintien en détention. 

2 L’ Algérie ne délivre plus de laissez-passer consulaire depuis plusieurs mois. Les laissez-passer sont indispensables pour expulser les personnes si celles-ci n’ont pas de titre de voyage valide. Malgré cela les préfectures continuent de séquestrer les personnes Algériennes. Au CRA de Toulouse la majorité des prisonniers sont Algériens et peuvent être enfermés jusqu’à 90 jours notamment en mettant une « menace à l’ordre public » dans leur dossier.

3 La menace à l’ordre public est devenue centrale dans la loi de 2024. La préfecture ou le ministère de l’intérieur indique qu’il y a menace à l’ordre public dans la décision d’expulsion. Il n’existe aucune définition juridique de la menace à l’ordre public, c’est laissé à l’appréciation de l’administration qui l’utilise très largement, de façon arbitraire notamment pour des délits mineurs, comme le vol.

4 L’adjectif « dubliné » désigne une personne « demandeur·se d’asile » en Europe selon le règlement européen « Dublin » du 26 juin 2013. Une personne « demandeur·se d’asile » est généralement désignée comme « dublinée » lorsque ses empreintes ont été enregistrées dans un pays (et placées dans la base de données européenne Eurodac) mais qu’elle dépose une demande d’asile dans un autre pays européen.

L’assemblée nationale a voté l’allongement de la durée de rétention à 7 mois.

La durée maximale a d’abord été de 6 jours et passe aujourd’hui à 210 jours.
La durée de rétention pourra encore être rallongée car l’Union Européenne prévoit l’enfermement jusqu’à 24 mois.

L’allongement s’appliquera pour l’instant aux personnes condamnées à une interdiction de territoire français (ITF) pour un crime ou un délit puni d’au moins cinq ans d’emprisonnement ou dont le comportement « constitue une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public« .

La « menace à l’ordre public » a été inscrite dans la loi Asile et Immigration de 2024, c’est le fer de lance du gouvernement contre l’immigration. Elle permet de placer les personnes en CRA avec ce motif. Il n’existe aucune définition juridique de la « menace pour l’ordre public », c’est laissé à l’appréciation de l’administration qui l’utilise très largement de façon totalement arbitraire même pour des délits mineurs.

La « menace grave pour l’ordre public » permet, elle, de supprimer toutes les protections contre l’expulsion sauf le fait d’être mineur. Cela signifie que les personnes qui ont des enfants et conjoint.es français.es ou sont en France depuis l’enfance peuvent être expulsées si la préfecture l’a décidé de façon totalement arbitraire.

Idem, la loi 2024 a rallongé la durée des obligations de quitter le territoire français (OQTF) à 3 ans et a fait disparaître aussi les protections qui existaient contre les OQTF afin d’enfermer et de déporter encore plus.

La circulaire Retailleau d’octobre 2024 vient renforcer la loi de 2024, elle appelle les préfectures à retirer les titres de séjour ou à ne pas les renouveler pour les personnes qui ont commis une infraction, peu importe le niveau de gravité, en utilisant la «menace pour l’ordre public».

Les personnes qui ne peuvent pas être expulsées (par exemple si la préfecture n’obtient pas de laisser-passez consulaire du pays d’origine) sont quand même enfermées et maintenues en CRA. A l’issue de la durée maximale d’enfermement, les préfectures et les juges peuvent décider de prolonger la torture et de les assigner à résidence jusqu’ à 135 jours.

Pour l’État, l’enfermement a un double objectif : déporter les personnes qui n’ont pas les bons papiers mais aussi les maltraiter et les punir, et leur rappeler qu’elles ne seront jamais tranquilles, et pourront être humiliées et violentées à tout moment.

À bas les frontières, les CRA et le racisme d’État !

L’enfermement administratif : dispositif colonial

Podcast de la table ronde organisée par le collectif Toulouse Anti CRA dans le cadre d’une action en soutien aux prisonnier·es du centre de rétention (CRA) de Toulouse (24 mai 2025)

Textes et podcast relayés par Enquête Critique et Spectre.


L’idée de cette table ronde a été de réfléchir à l’enfermement administratif (détention, internement ou rétention) comme un dispositif de répression du racisme d’État en montrant les liens dans le temps et l’espace. 
On a d’abord parler de la question de l’emprisonnement colonial et la détention administrative des prisonniers palestiniens puis de l’enfermement administratif en Algérie coloniale et montrer le continuum colonial avec l’enfermement, les déportations et les assignations à résidence des personnes étrangères en France aujourd’hui. Enfin, montrer rapidement le lien entre l’immigration et l’impérialisme autour de la question de l’externalisation des frontières et des déportations. 

Discussion avec Tom, militant anti-impérialiste et antisioniste et avec des membres du collectif Toulouse Anti CRA, collectif anticarcéral et antiraciste créé en février 2020 qui milite contre les centres de rétention administrative et contre le racisme d’État.

Écouter le podcast sur Spectre : https://spectremedia.org/enquete-critique/?playing=2263

Lire les interventions écrites sur le site Enquête Critique : https://enquetecritique.org/projets/prison-et-enfermements/article/l-enfermement-administratif-dispositif-colonial]

Ressources
– Sylvie Thénault, « Violence ordinaire dans l’Algérie coloniale, camps, internements, assignations à résidence »
– Marc Bernardot,« La tradition d’internement en France »
– FASTI –« Abrogeons le CESEDA »
 Centres et locaux de rétention administrative – Rapport national et local des associations 2024
 MIGREUROP – Réseau euro-africain d’associations de défense des droits
 ANAFE – Défense des droits des personnes étrangères aux frontières
 Toulouse Anti CRA, brochures citées à retrouver dans la rubrique Brochures :
> Enfermement au CRA, étapes et procédures
> La répression coloniale de l’État français contre les étranger·es à Mayotte
> Contre les prisons et les frontières, luttes contre les CRA, paroles de prisonnier·es de Toulouse

Soirée en soutien aux prisonnier.es du CRA de Toulouse

– 17h Table ronde
L’enfermement administratif : dispositif colonial
// en Algérie coloniale et rétention des étranger·es aujourd’hui en France // détention des palestinien·nes sous l’occupation israélienne
avec Toulouse Anti CRA & militant·es anti-impérialistes et antisionistes

– 19h Repas vegan
– 20h DJ set – BOTCHO – afro rave
17h-22h
La Chapelle – 36 rue Danielle Casanova
Participation libre (espèces uniquement) – accès PMR

« Je comprends pas à la télé, BFM disent que l’Algérie ne veut pas prendre ses ressortissants mais y’a des avions pour l’Algérie. »

Au CRA de Toulouse, il n’y a plus de secteurs femmes et famille, toutes les cellules sont maintenant destinées aux hommes. L’objectif de l’Etat est d’enfermer systématiquement les sortants de prison et d’appliquer la double peine. Pour rappel, cela consiste à enfermer au CRA puis à expulser les personnes qui ont commis un crime ou un délit, alors qu’elles ont purgé leur peine de prison. Pour autant, les femmes et les familles ne sont pas épargnées, et si elles ne sont pas enfermées au CRA de Toulouse, elles sont assignées à résidence (AAR). La durée des AAR a augmenté avec la dernière loi Asile et Immigration de 2024, passant à 45 jours renouvelables deux fois, pour une durée totale pouvant aller jusqu’à 135 jours. Par ailleurs, l’AAR est de plus en plus utilisée par les préfectures quand l’expulsion n’a pas pu avoir lieu au terme de la durée maximale d’enfermement. Cette pratique permet de continuer à punir et torturer les personnes : n’ayant pas de titre de voyage valide ou de laissez-passer consulaire, elles restent inexpulsables.

Si les préfectures et l’administration pénitentiaire collaborent depuis longtemps pour expulser les sortants de prison, la loi de janvier 2024 et la circulaire Retailleau d’octobre 2024 généralisent la double peine, facilitée notamment par « la menace pour l’ordre public ». La circulaire Retailleau appelle les préfectures à retirer les titres de séjour des personnes qui représentent une « menace » et à distribuer des arrêtés d’expulsion et des OQTF. Il n’existe aucune définition de la « menace pour l’ordre public », c’est laissé à l’appréciation de l’administration qui l’utilise très largement, par exemple pour des délits mineurs, comme le vol ou la mendicité. « La menace grave pour l’ordre public » permet, elle, de supprimer toutes les protections contre l’expulsion hormis le fait d’être mineur. Ainsi, les personnes ayant des enfants ou étant en France depuis l’enfance peuvent être expulsées si la préfecture a décidé de façon totalement arbitraire que ces personnes représentent une menace pour la société française.  

Par ailleurs, le Sénat vient d’adopter deux projets de lois. Sous réserve d’un vote favorable à l’Assemblée Nationale, la loi allongera la durée de la rétention administrative à 210 jours. Elle s’appliquera aux personnes condamnées à une interdiction de territoire français (ITF) pour un crime ou un délit puni d’au moins cinq ans d’emprisonnement ou dont le comportement « constitue une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public« . L’autre loi concerne « la préférence nationale », en limitant l’accès des étranger·es aux prestations sociales.

En parallèle, l’Union Européenne renforce ses frontières et la répression des personnes étrangères. Elle a adopté deux mesures, l’une concernant l’allongement de la rétention administrative de 18 à 24 mois et l’autre autorisant les États membres à externaliser des camps d’enfermement dans des pays hors UE, appelés « centres de retour » où seront séquestrés les demandeurs d’asile avant leur déportation.
Le témoignage de S. ci-dessous rappelle que l’Italie a déjà construit d’immenses camps en Albanie où la police italienne transfère les personnes étranger·es et les trie avant de les déporter.

Pour finir, dans un autre témoignage K. s’étonne d’entendre les médias français relayer la propagande colonialiste de Retailleau et des nostalgiques de l’Algérie française, en faisant croire que l’Algérie ne délivre aucun laissez-passer consulaire alors que des avions décollent avec des algériens expulsés depuis le CRA.

TÉMOIGNAGES

S : « Au secteur C, y’a quelqu’un qui a tout cassé, les vitres, les télés, les caméras, il a cassé toutes les cellules, on est que 4 maintenant dans le secteur C. Y’a que 2 cellules maintenant. Il a pété un plomb. Il était seul, pas de visite, rien. Il a dit qu’il ne veut pas rester ici, il veut aller en prison, c’est un peu fou. Il s’est blessé avec la vitre. Il a dit heureusement je casse des trucs comme ça, c’est mieux que de casser des bouches.

C’est fini la France, c’est la troisième fois je me retrouve au centre. Deuxième fois à Toulouse. Il y a 7 mois, je suis sorti du CRA de Toulouse, je suis restée 2 semaines à la Reynerie, ils m’ont arrêté, ils m’ont mis en prison à cause de l’interdiction définitive et quand je suis sortie de Seysses, ils m’ont ramené encore ici au CRA de Toulouse. J’ai fait 6 mois de prison pour l’interdiction définitive. Et là ils viennent de me donner un mois encore au CRA.

Je sais plus quoi dire, j’ai plus les mots. C’est un cauchemard Seysses, trois dans une cellule, force aux hommes là-bas. Ici Toulouse c’est la pire ville. Je suis sorti de la Tunisie, j’ai pas de passeport, j’ai pas de carte d’identité même si je meurs, ils peuvent pas expulser mon corps chez moi. Ils peuvent pas m’expulser, à chaque fois c’est pareil, ils savent, ils ont demandé à la Tunisie, au Maroc à l’Algérie, y’a rien et ils me ramènent encore ici. Ils font ça pour que tu craques. Il faut patienter faire le prière, je sais pas moi.
Au tribunal hier, y’avait un Algérien. Il est à Toulouse depuis qu’il a 13 ans. Il a presque 33 ans. Il a payé un avocat très cher. Il a sa mère et sa soeur ici, pourquoi ils le ramènent au centre ? ça leur ramène toujours du travail, voilà pourquoi. Je trouve plus les mots. J’en ai marre de la prison, ça fait presque 9 ans que j’ai quitté le pays, j’ai pas envie de retourner comme ça. En Italie quand ils savent pas leur origine ils les envoient en Albanie dans un grand centre, y’a des trucs incroyables, c’est pas une vie quand t’as pas de papier en Europe.
On vient chez eux, on est pas au paradis non plus. Hier j’ai bien parlé avec le juge, j’ai dit donnez-moi 24h et je quitte la France, laissez-moi une chance. Le policier m’a dit toi ta chance tu l’as eue déjà, tu es arrivé en France, tu n’as pas le droit d’avoir une deuxième chance. Ils provoquent, faut être fort dans la tête.. Même si vous pouvez pas venir pour une visite, parler avec vous c’est déjà beaucoup, ça fait du bien, tu remontes le moral à la personne. »

K : « J’ai une interdiction de territoire français depuis 2023. J’étais en Espagne, je suis revenu ici pour voir mon frère et ma nièce, je suis restée 3 jours, ils m’ont contrôlé j’étais en scooter, je me suis retrouvé en prison et après ici. Franchement ils ont foutu ma vie en l’air. J’étais en Espagne en train de régler ma situation, j’ai raté plein de RDV. Ok j’ai pas respecté la loi, j’étais sur le territoire français mais je comprends pas pourquoi ils font pas ce travail en prison. Comme ça à la sortie de prison soit ils te relâchent soit ils t’envoient au pays. Ils te mettent là pour galérer en plus. J’étais à la maison d’arrêt de Rodez et pour voir le consule, ils m’ont emmené à Sètes. Ils te posent des questions, ton nom où t’habites, ils prennent tes empreintes, ta photo. En tous cas où tu vas on te prend les empreintes, en garde à vue, quand tu sors de la prison, quand tu rentres ici au CRA, partout…
Je comprends pas à la télé, BFM ils disent que l’Algérie ne veut pas prendre ses ressortissants mais y’a des avions pour l’Algérie, j’ai rien compris.
Et toi t’attends, t’es dans le suspens, t’es stressé. Ça fait un mois que je suis là et ça bouge pas. Les conditions ici pour vivre c’est la catastrophe. C’est sale, y’a des gens fous, vraiment fous, t’arrives même pas à communiquer avec eux, y’a des provocations. La nourriture est dégueulasse, c’est le ramadan, hier j’ai rien mangé. Pour le ramadan, ils donnent pas de viande halal.
Avec la police moi je parle un minimum avec eux pour pas avoir de problèmes. Y’a un groupe ça va et un groupe c’est la catastrophe. Ils ont décidé d’enlever les couvertures, il fait froid la nuit. Un collègue a commencé à réclamer pendant le repas pour avoir les couvertures, on a tous réclamé. Il voulait pas rentrer au secteur, ils l’ont foutu au mitard, ils l’ont frappé de fou. Ils ont ramené ensuite les couvertures. La plupart ont pas de famille ici, les gens sont des fumeurs, ils ont pas de tabac, ils pètent les plombs, ils ont pas de fumette alors les gens craquent. Ils savent bien ça. Y’a rien qui va ici. Y’a des chambres sans eau chaude, les sanitaires ça sent la pisse. »

« Au mitard ils frappent trop, ils te scotchent pour pas que tu bouges. »

« Quand quelqu’un fait quelque chose, ils punissent tout le monde, l’autre jour ils ont interdit de laver son linge, tout le monde a pêté les plombs, a crié, on peut plus aller à la bagagerie, ils arrêtent les visites, ils interdisent tout, comme ça tu craques, tu vas le voir, tu lui dit ‘pourquoi t’as fait ça’ et après ça créé une embrouille ». A propos de personnes qui ont cassé dans le CRA il y a quelques temps : « les 3 ils sont allés en garde à vue, après ils sont revenus… jusqu’à maintenant on est punis, jusqu’à maintenant ! Ils ont passé devant le juge et tout, heureusement ils ont été relaxés »

« Tu serres ici, tu serres, c’est une galère de fou. Ils ont ramené un collègue à moi, il lui ont enlevé ses papiers je sais pas pourquoi, il a 4 enfants ou 3 enfants. Il travaille ici et tout, comme ils disent ‘il est intégré’, mais ils l’ont ramené ici, tu comprend pas les gens ils sont intégrés tu les ramène ici, ils sont pas intégrés tu les ramène ici, ils laissent chance à personne. Ils ont ramené un handicapé, vraiment un handicapé, il a passé 3 jours ici. Soit ils l’ont relâché soit ils l’ont mis dans un centre de santé, il est vraiment handicapé il est resté 3 jours ici, j’ai pas compris pourquoi ils l’ont ramené ici. Il lui faut une aide médicale avec lui, une aide soignante quelque chose comme ça, je comprend pas il est resté, en plus il a dormi sur la chaise, laisse tomber. »

M : « Je veux faire une demande d’apatride, le Montenegro ne me reconnait pas. J’ai 6 enfants de nationalité française. Ça fait 20 ans que je suis en France, j’ai pas de papiers, j’ai pas de passeport. Je suis arrivé le 28 décembre au centre, je suis sorti de prison, les gendarmes m’ont ramené ici. J’ai fait 6 ans et demi de prison à Eysses Villeneuve sur Lot. la Cimade m’a dit, mon pays ne me reconnait pas, dès que je suis arrivé, ils m’ont dit ça, le chef de la prison me l’a dit. Je passe devant le juge le 27 janvier. La Cimade m’a dit c’est pas sûr qu’il te donne la liberté. Tout le monde reçoit un mois de plus. ça se passe mal ici. C’est 10 fois pire que la prison ».

J :  » Je discute avec les amis dans les autres CRA, l’escorte c’est au bout du 3ème vol, ici ils scotchent pour le 2ème vol. Je veux voir le laissez-passer, sinon je pars pas. J’ai refusé le vol, je l’ai dit aux policiers, j’étais dans la voiture à l’aéroport. Ils ont appelé le pilote pour lui dire, ils ont déchiré mon billet. Y’avait quelqu’un d’autre avec moi qui voulait rentrer en Algérie, il est monté dans l’avion. J’ai demandé aux policiers de me montrer mon laissez-passer, ils m’ont dit c’est interdit. Ils m’ont ramené au centre, je sais pas si je vais avoir un autre vol. Depuis que je suis revenu au centre ils me provoquent pour que je leur réponde et après m’accuser et m’emmener en prison. Je leur ai dit je suis pas un chien. »

R :  « Ça va, mais c’est dur quand même, j’arrive pas à comprendre pourquoi j’avais une résidence de 10 ans ici, ils me l’ont retirée, ma fille est née ici, pourquoi une OQTF ? Ça fait douze ans que je suis en France. » R. explique qu’on l’a accusé d’avoir fait un mariage blanc, qu’on l’a convoqué à la préfecture et qu’on lui a dit que l’obtention de son titre de séjour (qui expirait en 2028 à l’origine) était frauduleuse, et qu’on lui a mis une OQTF. Il explique également qu’il a fait 3 mois de prison suite à une plainte de sa femme qui l’a amené au pénal. A l’origine, il avait un bracelet électronique, il y a eu un problème avec le bracelet, il a été envoyé en prison.

« On m’a donné un somnifère pour dormir avec le stress, c’est pour ça que j’ai des tâches rouges, et j’ai mis de la crème […] ils donnent des médicaments comme ça ‘ils font pas chier, ils vont dormir on est tranquilles’ […] j’ai pas dormi j’étais pensif, je suis perturbé, il reste deux jours avant samedi, ça arrive »

 « Il y a beaucoup d’Algériens, à croire qu’ils ont un problème avec eux »

« C’est pas facile franchement, les repas c’est pas des vrais repas, c’est industriel, parfois je mange pas pendant 2-3 jours, j’y arrive pas. »

A propos de la police : « il y a des groupes très cool et des groupes… c’est des fachos. »

« Je ne peux pas être renvoyé en Algérie, mes parents sont ici, je peux pas les laisser. C’est tranquille, j’y crois, je sais que je vais être libre, même s’ils me renvoient je reviendrai en France par bateau, j’ai pas peur de la mer, je reviendrai avec un visa. »

« Ça fait 28 jours que je suis ici, y’a pas de laissez-passer pour l’Algérie en ce moment, pourquoi je reste ici ? »

Les ressortissant·es Algérien·nes sont maintenus enfermé·es alors que l’expulsion n’est pas possible : le consulat d’Algérie ne délivre pas de laissez-passer en ce moment, de plus l’Algérie a refusé l’entrée d’algérien·nes expulsé·es même avec un passeport.
K., prisonnier au centre de rétention de Toulouse a été arrêté suite à un contrôle, tabassé par les flics qui au final ont porté plainte contre lui pour violences, procédé habituel. Le juge l’a condamné à un an de prison ferme. A sa sortie de prison, il a été placé en CRA avec une interdiction de territoire français (ITF). En CRA Les violences physiques et psychologiques des flics de la PAF sont quotidiennes, et les placements au mitard ou en prison fréquents. Témoignage.
 Juillet 2024.

« Ça fait 28 jours que je suis ici, y’a pas de laissez-passer pour l’Algérie en ce moment, pourquoi je reste ici ? L’Algérie ne répond pas depuis le 4 juin. Ils m’ont arrêté à Portet, je travaille dans une pizzeria. Je sors du carrefour, les gendarmes m’ont dit « contrôle, vous avez une OQTF » (obligation de quitter le territoire français) « on va t’envoyer à Seysses » (maison d’arrêt), j’ai eu peur je voulais me sauver, je suis parti en courant, ils m’ont attrapé, ils m’ont mis par terre, ils m’ont frappé, ils ont mis un genoux sur mon cou. J’ai donné un coup avec mon bras au policier pour me sauver, ils ont porté plainte contre moi pour blessures, le policier a eu 8 jours de maladie, il a fait exprès pour m’envoyer à Seysses.

Le juge m’a mis un an et j’ai fait 6 mois à Seysses. Y’a beaucoup de hogra dans la prison, y’a des problèmes dans les cellules. Ici aussi, les gens rentrent dans les chambres dans la nuit pour fouiller tes affaires.

Ici y’a des policiers nickels mais ya des groupes méchants avec nous. Ils ont frappé quelqu’un qui a pris du pain pour le manger dans sa chambre. On mange à 19h et jusqu’à minuit on n’a rien, on a faim. Le policier lui a dit « vous êtes des animaux ». Les policiers sont pas contents quand on rigole entre nous, quand on fait des jeux. Ils ont mis un copain au mitard pendant 8 jours. Il est fort et quand il est ressorti il avait perdu plusieurs kilos.

ça fait 6 mois que je n’ai pas parlé avec ma famille, c’est la honte pour la famille la prison, j’ai le coeur brisé. Je n’ai pas de visites depuis 7 mois.

Je prends 4 médicaments par jour ici et en prison pour dormir, le stress, l’angoisse. Dehors je prenais rien, pas d’alcool, pas de zetla, pas de médicaments.

J’ai traversé la mer pour venir ici, zerma l’Europe c’est bien pour travailler… Je suis ingénieur en urbanisme, j’ai un Master 2, je suis en train de perdre tout ce que j’ai appris. Je voulais m’inscrire à la fac de Paris VIII ou à Bordeaux. »

Mise à jour  : K. est passé devant le JLD (Juge des libertés et de la détention) le 08 juillet. ça faisait 30 jours qu’il était déjà enfermé et n’avait toujours pas de laissez-passer de l’Algérie qui permettrait son expulsion. Le représentant de la prefecture dit à l’audience du JLD que le Consul algérien est venu voir K. au CRA pour une reconnaissance mais K. n’a vu personne. Le juge ne tient pas compte de sa réponse. C’est sa parole contre celle de la prefecture car aucune preuve n’est donnée aux prisonniers quand les représentant.es des consulats viennent les voir. L’appel du JLD a eu lieu le 9 juillet et le juge a confirmé la prolongation de K. de 30 jours sachant qu’ils ne pourraient pas le déporter. On le rappelle, l’enfermement a un double objectif, expulser les personnes sans papiers mais aussi les punir, leur faire subir la violence de l’enfermement et les décourager ainsi à rester sur le territoire français.

Mise à jour août 2024 : K. a été libéré du CRA mais mis en assignation à résidence (AAR) à Toulouse alors qu’il ny réside pas, 45 jours renouvelables 2 fois et une signature au comissariat 2 fois par semaine. Là encore cette mesure de privation de liberté relève de l’acharnement puisqu’il n’est pas expulsable, tout comme l’attribution d’une Interdiction de territoire français (ITF) aux personnes ayant fait de la prison. C’est la double peine judiciaire.