Témoignage de l’intérieur du CRA de Cornebarrieu Toulouse

« Suite à notre passage par le CRA de Cornebarrieu début novembre nous voulons partager des infos, maintenant qu’on est dehors.

Comme beaucoup d’autres nous avons été transférés depuis la prison. Les flics ont passé nos affaires au peigne fin. Ils en ont jeté beaucoup et ils en ont gardé d’autres dans la fouille.

Les médecins refusent des soins et traitent avec mépris des enfermées, surtout quand iels parlent pas français. Une personne a mangé du papier pour protester et le médecin a dit « il a qu’à digérer ». Une personne enceinte n’a eu aucun suivi malgré ses demandes.

Le kit arrivant est ridicule : du savon et du dentifrice pour quelques jours alors que la plupart des gens restent deux ou trois mois. En plus, dans le secteur « femmes » il n’y a pas de serviettes hygiéniques.

Dans certains secteurs plus que d’autres les cellules sont insalubres : froid, moisissure, eau stagnante, cafards… En plus, les enfermées ne peuvent pas nettoyer (pas de produit de ménage, pas de balai…) et les agents de ménage ne font que les sols. Des secteurs sont pleins (une trentaine de personnes) tandis que d’autres sont presque vides. Il y a eu une coupure d’élec d’au moins 2 heures, ce qui entraîne la coupure de l’eau, l’annulation des promenades, et le maintien dans un bâtiment très sombre.

La gestion du covid est absurde. On n’a accès au gel hydroalcoolique qu’avant les parloirs. Quand un enfermé en a réclamé dans son secteur il lui a été répondu « il n’y en a même pas pour nous, on va pas vous en donner ». #paroledeflic Les enfermées sont séparées dans 5 secteurs avec des cours et des horaires de sorties et de repas différents. Les flics les empêchent de se croiser alors qu’ils nettoient pas les tables entre chaque service. Souvent les flics ne portent pas de masque. On nous oblige à mettre le masque pour sortir du secteur alors que dedans nous sommes en totale promiscuité. En gros, c’est au bon vouloir du flic.

L’organisation habituelle de l’accès aux colis (1 fois par jour) est suspendu dès qu’il y a des « urgences ». Or, en « période covid » cet état d’urgence est permanent, amenant des situations telles que : des personnes n’ont pas pu téléphoner à leurs familles pour les prévenir de leur enfermement pendant plus de trois jours. On nous dit qu’il n’y a pas de parloirs alors qu’ils restent autorisés. Des personnes à l’extérieur se sont pris des amendes pour « motif de déplacement irrecevable » alors qu’elles amenaient un colis, et n’ont pas pu voir les personnes qu’iels venaient voir. Cependant, grâce à la pression le lendemain il y a pu avoir des colis déposés et des visites.

Bref, le covid sert d’excuse pour faire chier les enfermées.

L’ambiance est différente selon les secteurs. Le secteur B est le secteur « femmes ». À l’infantilisation due à la langue et à l’origine s’ajoute celle liée au genre et à l’âge perçus. Les flics se moquent des fringues, disent de pas rire fort, exigent de pas parler aux « garçons », ils méprisent des personnes enceintes ou avec des enfants. Comme si les pauvres en situation irrégulière ne devaient pas avoir d’enfants. Début novembre 2020 le secteur A était plein (une trentaine de personnes). Les gens dansent, gueulent même quand il y a les flics, bref, les flics font moins la morale que dans d’autres secteurs. Malgré des vols dus à l’enfermement et à la pauvreté, en général les enfermées s’entraident : partage des portables, de la bouffe, soutien émotionnel, ceux qui parlent mieux français aident les autres avec les demandes et les papiers, notamment en parlant aux flics. Les gens résistent aux flics et ne se laissent pas faire.

N’en déplaise aux conneries des flics, qui disent « vous n’êtes pas en prison », les CRA sont bel et bien une prison. »

A bas les CRA !

« Le policier lui dit, attends, on va dans un endroit où y a pas de caméra pour régler ça, et je vais tout te faire ! »

Témoignages de prisonniers du centre de rétention de Cornebarrieu Toulouse dans différents secteurs : conditions de vie indignes, humiliations, provocations et violences de la part des flics si les personnes se rebiffent.

M. « Je suis au CRA depuis un mois parce que je suis resté plus de trois mois en France alors que j’ai des papiers en Italie et ils sont toujours valables. Je suis repassé au JLD et le juge m’a encore donné 30 jours de plus
Il veulent me renvoyer dans mon pays mais moi je veux repartir en Italie, j’ai les bons papiers et je peux travailler là-bas…Ici, au CRA, c’est pire qu’en prison : y a rien à faire de la journée : pas de sport, pas d’activité, pas de travail…Alors pour tenir je dors la journée et je regarde la télé la nuit. Les repas c’est vraiment pas bon, ça donne pas envie de manger, je mange un peu pour tenir…La semaine dernière j’avais pas le moral, encore moins envie de manger, et le policier m’a dit : « tu vas manger ou tu vas au cachot ! », alors j’ai dit « si c’est comme ça : mettez-moi au cachot ! », il ne l’a pas fait, ok mais c’est pour dire l’ambiance !… Toujours des intimidations comme : ici, c’est qui qui commande ? Dis-moi !  je réponds pas, je me tais, sinon ça va à l’embrouille ! Ils nous prennent pour des ignorants, ils nous menacent, nous traitent comme des moins que rien, même pas comme leur propre chien !

K. : « Suis au CRA depuis presque un mois, je dois passer au JLD la semaine prochaine. L’OFPRA a fait un rejet de ma demande d’asile politique, après j’ai eu le rejet de la CNDA, puis l’OQTF… J’ai été contrôlé et je me suis retrouvé ici ! Après le rejet CNDA, j’ai voulu faire une demande de Réexamen à l’OFPRA mais c‘est pas possible pour moi. Je suis parti parce que j’étais recherché et je risquais ma vie en restant au pays. Ma famille et mes amis sont eux-mêmes en danger s’ils disent qu’ils savent que je suis en France. Alors si en plus ils font des recherches pour obtenir des nouvelles preuves des menaces contre moi, c’est encore plus dangereux pour eux, c’est les condamner deux fois, je peux pas leur demander ça ! Alors j’attends ici, au CRA…
Je pensais pas qu’un endroit pareil existe en France ! C’est tendu, très tendu… La semaine dernière y a eu un désaccord entre un retenu et un policier, le policier lui dit attends, on va dans un endroit où y a pas de caméra pour régler ça, et je vais tout te faire !… », ça a s’est ensuite mal passé…on n’y était pas mais au résultat le retenu a été mis en garde à vue, le flic avait porté plainte contre lui ! J’y crois pas ! Faut voir comment ils nous parlent. Heureusement, la plainte n’a pas été retenue et le retenu est revenu au CRA…C’est pour dire que c’est vraiment tendu !… En plus, y a vraiment rien à faire ici, on peut même pas sortir dans la cour à cause des travaux, il n’y a que la télé, pas de journaux, pas d’internet même limité, pas d’informations qu’on peut choisir, c’est pire qu’une prison, rien d’autre !
Y a bien la CIMADE dans le CRA mais elle fait rien pour ça, elle respecte le protocole, elle est pas un organe de lutte, elle nous assiste un minimum pour les dossiers, pour un minimum de dignité juridique, mais c’est tout… A cause du cluster covid qu’il y a eu au CRA de Bordeaux, les policiers nous ont dit qu’on allait être tous testés, on a tous refusé ! J’ai dit aux policiers que je voulais m’entretenir avec mon médecin traitant pour en discuter avec lui, c’est un droit, c’est lui qui coordonne tous mes soins, je ne suis pas en prison ! Ils n’ont pas insisté. Je suis tombé du ciel ou quoi ?!
Ici tu perds toute ta dignité ! J’avais entendu parler des CRA mais jamais je pouvais imaginer que c’était comme ça à l’intérieur, en entrant au CRA, tu passes d’un coup d’une zone de droit à une zone de non droit… »

Pour un féminisme décolonial, anti-impérialiste, antiraciste et anticarcéral

Appel à participer à la riposte féministe le 25 novembre 18h au Capitole

Notre collectif milite pour l’abolition des prisons pour étranger·e·s appelées centres de rétention administrative, CRA.
Nous sommes solidaires des personnes sans papiers et des prisonnier·e·s, nous soutenons leurs luttes.
Notre lutte s’inscrit dans une démarche décoloniale, anti-impérialiste, antiraciste et anticarcérale.
Ce texte a été écrit en non mixité femmes.

Depuis des mois, nous recueillons la parole des personnes qui sont enfermées au prétexte qu’elles n’ont pas les bons papiers. Un enfermement qui peut aller jusqu’à 3 mois. Des dizaines de témoignages nous rapportent les conditions atroces d’enfermement notamment celles des femmes qui subissent le sexisme et le racisme de la police aux frontières (PAF) qui gère ces prisons. Elles sont insultées, humiliées, harcelées. Des refus de soin sont régulièrement rapportés par les prisonnières.

Au CRA de Toulouse les femmes se sont mises en grève de la faim le 30 octobre pour demander leur libération et dénoncer les conditions d’enfermement. L’une d’elles était enceinte de 5 mois, elle avait des douleurs, elle perdait du sang et a dû attendre plus de 24h avant que le médecin n’accepte de l’hospitaliser. Elle n’est pas libérée pour autant et elle est ramenée au CRA. (1)

Au CRA du Mesnil-Amelot en région parisienne aussi, les prisonnières dénoncent les multiples insultes et harcèlements par les flics. Alors que l’une d’elles est tombée malade suite à une infection causée par le rationnement des serviettes hygiéniques, les prisonnières ont dû lutter pour faire intervenir les pompiers, les flics ne voulant pas les appeler. Elles ont été traitées de « putes » et ont été forcées à chanter « joyeux anniversaire » au chef du centre sous peine de ne pas manger. Leurs témoignages dénoncent aussi la nourriture périmée qui leur est donnée et le froid dans lequel elles vivent. (2)

Nous dénonçons ces maltraitances et toutes les oppressions subies par les femmes et les minorités de genre, c’est à dire le patriarcat mais aussi le racisme d’État, l’islamophobie, les violences policières. Nous dénonçons également la militarisation accélérée de la société et l’enfermement massif des personnes issues des classes populaires et des personnes racisées. Les effets de cet enfermement sur les femmes sont invisibilisés.

Nous revendiquons un féminisme décolonial qui combat le racisme, le capitalisme et l’impérialisme, il est l’héritier des luttes des femmes du sud global. Nous nous opposons au féminisme universaliste qui accapare les débats politico-médiatiques et contribue à la perpétuation d’une domination de classe, de genre et de race.

Nous condamnons l’hypocrisie de l’État qui instrumentalise le féminisme pour mettre en place des lois racistes. Il récupère des revendications féministes pour pénaliser, enfermer et expulser davantage. Ce fémonationalisme est inacceptable. Le renforcement de la double peine pour les étrangers s’aligne sur le projet de l’extrême droite.

l’État précarise et violente les femmes même s’il se targue de les défendre. Il est fondé sur le capitalisme, le racisme et le patriarcat. Les femmes sans-papiers et les femmes racisées sont exploitées et discriminées. Elles occupent des postes parmi les plus dévalorisés de la société alors même qu’ils sont indispensables à son fonctionnement.
L’État refuse de régulariser les femmes sans papiers afin de les maintenir dans la précarité et de les garder corvéables, avec la menace constante d’être expulsées.

Cette violence s’exerce aussi quand l’État stigmatise les femmes musulmanes et les enjoint à se dévoiler, faisant écho aux pratiques coloniales et aux séances de dévoilement organisées en Algérie par l’armée française.
Nous gardons en mémoire comment, pendant la colonisation, la France a organisé la prostitution, la pornographie et le viol comme arme de domination et de guerre dans ses colonies ou encore comment elle a fait avorter et stériliser des milliers de femmes non blanches en Outre-mer pour appliquer sa politique antinataliste.​​​​​​​

L’État et ses prisons ne nous sauveront pas du patriarcat. Notre combat antipatriarcal et antiraciste ne pourra se faire qu’en toute indépendance de l’État et de ses institutions.

A bas les frontières, la police, les CRA et les prisons !

(1) https://toulouseanticra.noblogs.org/greve-de-la-faim-au-centre-de-retention-de-toulouse-dans-plusieurs-secteurs-suite-a-lannonce-du-confinement/
(2) https://abaslescra.noblogs.org/tu-chantes-pas-tu-manges-pas-temoignage-des-prisonnieres-du-cra-du-mesnil-amelot/

Témoignage collectif de la situation au CRA de Toulouse

05 mars 2020

Plusieurs personnes ont voulu témoigner collectivement de ce qu’elles subissent. On a d’abord eu Y qui sera déporté dimanche suite à un visa périmé. Il a besoin de vêtements pour arriver correctement habillé chez lui. « Ils m’ont contrôlé, mon visa est périmé, ils m’ont mis au CRA 8 jours. C’est la première fois qu’on me met des menottes, je comprends pas pourquoi ils les mettent dans le dos. Je suis enfermé pour un visa !« .

Puis B a pris la parole, il est enfermé depuis le 22 février. Il est sorti de Seysses et a été placé au CRA.

  • Il nous fait part d’un problème avec un policier en particulier qui pose problème : il touche les nouveaux arrivants au CRA, il s’agit d’agressions sexuelles selon les explications. « Il provoque pour nous envoyer en prison et on peut rien faire ». « Le policier fait ça devant tout le monde pour que tout le monde voit. » Ils vont essayer de relever son matricule.
  • La nourriture n’est pas halal, ils ne peuvent pas prendre de nourriture dans les chambres alors que le dîner est à 19h30, ils ont faim la nuit. Ils mangent des sandwichs à la mayonnaise. Ils sont nombreux à ne rien manger. Un des retenus a été opéré, il a un certificat médical de son opération, mais il ne mange rien non plus.
  • Il fait froid, il n’y a pas de chauffage, pas de shampoing.
  • Hier matin vers 8h, le visage d’un des camarades a gonflé « comme un ballon de foot », ils ne l’ont pas emmené à l’hôpital, ils ne sont venus qu’à 11h, ils lui ont donné du Dafalgan (paracétamol) et de l’Augmentin, un antibiotique pour ce qui semble être une grosse allergie (?) « Le médecin ne donne que du Doliprane et du Valium, il ne soigne pas, on a peur de mourir ici, on a peur qu’il nous arrive quelque chose. Voilà ce qu’on a à dire, on s’est mis d’accord pour vous dire ça »

Au CRA de Toulouse : « Si tu veux pas partir, ils mettent un casque sur la tête et du scotch sur tout le corps et tout le monde te voit. »

09 février 2020

D. a grandi dans un orphelinat à Alep, il a quitté la Syrie à l’âge de 13 ans et a vécu et travaillé dans différents pays, notamment l’Égypte. Pour atteindre l’Europe il est passé par la Libye puis le Maroc, l’Espagne et enfin la France. Il a vécu à Toulouse, Nice et Marseille. Il travaillait sur des marchés à Toulouse. Il s’est fait arrêter à Bellefontaine. Il a été enfermé au CRA de Toulouse après sa levée d’écrou. Il a passé 4 mois à Seysses. Il évoque les violences de matons à l’intérieur de la prison.

« Oui, ici au CRA, il y a des violences, j’ai entendu des gens qui crient, les policiers ils nous insultent tous les jours, ils boivent de l’alcool, on voit leur table avec les bouteilles et ils mettent de la musique, ils prennent de la coke, je reconnais quand quelqu’un prend de la coke, ça se voit.

Oui, il y a des gens au mitard en ce moment mais je sais pas qui c’est.

On mange rien, c’est dégueulasse, c’est froid, il y a des plats périmés. Il y a 6 personnes au secteur D qui veulent pas manger, ils prennent un café le matin, c’est tout, ils mangent rien.

Je prends pas de médicaments pour dormir, ici, ils en donnent beaucoup mais après quand tu sors comment tu fais si tu n’as pas ces médicaments…

À côté du bureau de la Cimade, il y a une feuille pour les expulsions mais on on ne sait pas quand on est expulsé, ils préviennent pas, on peut pas prendre nos affaires… Si tu veux pas partir, ils mettent un casque sur la tête et du scotch sur tout le corps et tout le monde te voit. »

Au CRA de Toulouse, « les policiers nous insultent, ils nous poussent pour qu’on s’énerve »

01 février 2020

R. est enfermé depuis plus de 50 jours :

« C’est pire que tout, ici c’est des fous, c’est la hogra, les policiers nous insultent, ils nous poussent pour qu’on s’énerve, même devant les caméras, ils veulent qu’on s’énerve pour nous emmener à Seysses. Ils nous détestent nous les algériens. Ils font la fête entre eux, ils mettent de la musique dans les haut-parleurs, il y en a qui sont en couple, ça se voit, ils boivent de l’alcool.

Même en prison on peut avoir la nourriture dans la chambre, ici ils veulent pas. La bouffe est dégueulasse, pas halal, les gens maigrissent beaucoup. C’est très très sale, ça pue, ils font pas le ménage. Je me lave sans shampoing, ils en donnent pas. »

Il n’a pas voulu prendre les psychotropes que voulait donner le médecin.

R. est allé voir la Cimade pour se plaindre du comportement de la police mais il ne s’est rien passé. Il avait vécu 2 ans en Allemagne, il a essayé la France mais pour lui c’est pire. Il va essayer de partir en Espagne et pourquoi pas en Algérie.