Témoignages de personnes enfermées au centre de rétention de Toulouse Cornebarrieu

Nous relayons les témoignages de personnes enfermées au centre de rétention de Toulouse Cornebarrieu rencontrées lors de visites au parloir ces dernières semaines.
La situation pour les Algérien.nes est toujours la même, les préfectures n'obtiennent pas de laissez-passer de l'Algérie pour les expulser et les juges des libertés et de la détention maintiennent quand même les personnes en CRA.
Les conditions de vie sont, comme toujours, indignes et déshumanisantes : racisme, violences policières, mauvaise nourriture, les prisonniers ont faim, absence de soins médicaux, de nombreuses personnes malades ou souffrant de troubles psychiques sont maintenues enfermées.
L’objectif de l’État est d’enfermer systématiquement les sortants de prison et d’appliquer la double peine. Pour rappel, cela consiste à enfermer au CRA puis à déporter les personnes alors qu’elles ont purgé leur peine de prison.

Témoignage de L. H :
L. H a refusé un premier vol pour le Maroc et pour résister au second vol programmé, il a avalé des piles et des pièces de monnaies. Il a perdu connaissance et a été emmené à l’hôpital pour un lavage d’estomac. A la suite de son hospitalisation, il a été mis directement dans l’avion.
Nous avions parlé avec L. H. entre les 2 vols de déportation :
« Je suis arrivé en France à 11 ans… J’ai fait 5 ans de prison, ma carte séjour a périmé pendant la prison et le renouvellement n’a pas été autorisé. Ils m’ont mis une OQTF et j’ai été emmené à l’aéroport direct. Ça m’a choqué, je m’y attendais vraiment pas. J’ai grandit ici – je voulais ressortir pour retrouver ma famille qui est là, on m’envoie à l’aéroport pour aller au Maroc directement. Ça fait des années, j’ai personne au Maroc. Je suis en train de faire toutes les démarches, j’ai pris un avocat et tout. Je préfère crever que partir au Maroc, je vous jure, j’ai même eu des idées bizarres qui me sont passées par la tête. J’ai toute ma famille qui est ici, du jour au lendemain on veut m’envoyer au Maroc. J’ai déjà envoyé un dossier au juge, il l’a pas encore lu, entre temps on m’a déjà pris un billet d’avion. On m’éloigne de ma famille. Ma faute je l’ai payée, mais là c’est mon avenir, je suis au bord du suicide, la vérité, sincèrement, j’ai l’impression que j’existe même plus, j’ai l’impression qu’y a plus de loi. Je travaille depuis que j’ai 16 ans, j’ai tous les documents, depuis mes 18 ans j’ai mon premier CDI. On dirait c’est fait exprès, même si on tient le coup, à la fin ça passe, y’a plus de quoi tenir. J’ai ma femme qui est dehors elle a besoin de moi, elle est enceinte elle va bientôt accoucher. Je suis épuisé, on me ramène au CRA je suis encore plus épuisé. Ma femme elle prend 2 jours rien que pour venir me voir elle vient de Marseille pour me voir, ça coûte 300-400 euros rien que pour des allers retours. Ma mère pareil, elle habite actuellement à Montpellier, je suis loin de tout le monde c’est une galère. J’ai pas besoin de gâteaux, de bonbons, j’ai besoin de ma liberté j’ai besoin de retrouver ma famille au plus vite. J’attire pas l’attention j’ai l’impression. Il faut se faire du mal pour attirer l’attention vous voyez ce que je veux dire ? On me traite de la pire des manières. »

Témoignage de B. K : 
« Il y avait un Palestinien avec nous dans le secteur A. Il y a surtout des Algériens, quelques marocains et ce Palestinien, il est sorti, il est resté que 4 jours. Il a passé 2 ans à Seysses parce qu’il a fait une vidéo où il a parlé d’Israël. Il est resté 2 ans à Seysses dans le secteur des gens dangereux. Ils sont allés le chercher chez lui, ils ont fait une perquisition chez lui. 
À Toulouse c’est pire qu’à Marseille le centre, ici les flics la police ils sont méchants ils tapent les gens au cachot pour pas qu’on les voit. L’autre jour quelqu’un ne voulait pas manger, le flic lui a dit mange, il a dit non c’est une gamelle, le flic lui a dit « tu es un chien c’est pour toi ». Le gars, il a dit quelque chose pour se défendre, le flic l’a emmené au cachot pour le frapper. J’ai remarqué et j’ai fait attention, c’est dommage on a pas de téléphone pour prendre des photos, les plats qu’on mange pas ils les remettent le lendemain même s’ils sont périmés. Au secteur A, il y a que des Algériens et il y a pas de laissez-passer de l’Algérie, on est là pour rien. Dans ce secteur il y a pas la télé, il y a rien il y a pas de jeu, il y a rien, la bouffe est dégueulasse. Au centre de Nice, un algérien a été attaché et scotché pour être expulsé avec une escorte dans l’avion quand il est arrivé à l’aéroport en Algérie il était blessé et ses vêtements étaient déchirés. La police algérienne a demandé pourquoi il était comme ça, il a dit qu’il ne voulait pas être expulsé, la police a demandé à renvoyer le gars en France. »

Témoignage de M. K :
« Moi c’est la deuxième fois qu’ils m’ont envoyé au CRA, j’ai un garçon français de 4 ans. Je suis arrivé en 2002 en France, j’ai fait la maternelle, le collège, j’ai tout fait. Sauf que je suis rentré 14 ans en prison, tu vois le délire, c’est mon casier, il est sale. Et de là, l’année dernière je suis venu, je suis venu ici, j’ai fait trois mois pleins. J’ai rien à faire ici, je suis arrivé par visa par regroupement familial pour me faire une opération, j’avais un kyste à l’œil. Et voilà, j’ai fait mes papiers, mais j’ai grandi, je suis rentré dans la délinquance, en fait. Mon titre de séjour, il a périmé en 2024, j’étais en prison, j’ai pas pu le refaire. Je suis sorti, ils m’ont envoyé au centre, j’ai fait trois mois. Ils savent que je suis assigné à résidence chez ma mère, à Empalot. Ça fait 15-20 ans là-bas que c’est toujours la même adresse. Je suis sorti, j’ai signé mercredi, vendredi, mercredi, vendredi pendant un mois et demi. Jusqu’à que un soir, je me suis endormi au volant dans ma voiture, le moteur allumé. Et ils sont venus pour bruit sonore parce que j’ai un Golf R, il fait du bruit quand tu le laisses en mode parking. Et moi ça faisait deux jours que j’avais pas dormi, je m’étais endormi au volant, mais garé, devant chez moi. Ils sont venus, ils m’ont dit conduite sans permis, pas conduite sans permis, alcoolémie, pas alcoolémie. J’avais un petit peu de liquide sur moi. Et bref, ils m’ont pris en garde à vue, moi j’ai cru que j’allais sortir. Je me suis retrouvé avec 10 mois de prison, parce que je dormais dans ma voiture, le moteur allumé. Je suis sorti, et depuis, je suis là au CRA. Lundi, ça fait un mois. Mais moi, je le sais qu’ils vont me garder 90 jours, de toute façon. C’est ma deuxième fois au CRA. Je suis Algérien, c’est pour ça que je t’ai dit moi c’est 3 mois c’est juste pour me faire mal aux fesses sans être impoli, ils savent très bien qu’ils peuvent rien faire de moi. Moi je suis né à l’ancienne chez ma grand-mère, chez elle. Je suis même pas né à l’hôpital ça veut dire le consulat d’Algérie ils me connaissent pas. Je suis jamais allé en vacances en Algérie. Je suis jamais allé nulle part, je suis jamais sorti de la France, tu vois ce que je veux dire ? Ça veut dire, y a personne qui me connaît de nulle part, y a que la France qui me connaît. Tu veux m’envoyer en Algérie ? Ok, je veux bien. Mais tu veux m’envoyer chez qui, s’il te plaît ? Franchement, tu veux que je te dise quoi, moi ? Je sais pas. C’est invivable, y a pas de frigo, y a rien. T’as le droit de faire rentrer 5 articles, avant on avait le droit de faire rentrer un sac entier, tu vois ? Et ils ont fait exprès de nous interdire les boissons parce qu’il y a des boissons, tu peux les acheter à la machine, mais la petite bouteille de coca, elle coûte 2,50 €. Tu vois ce que je veux dire ? C’est parce qu’il font un magnifique bénéfice, c’est pour ça ils ont interdit les bouteilles, […] La police je te mens pas, il y a des bons et des mauvais partout, comme dans le SAMU, comme dans les pompiers, comme dans tout, tu vois.” 

Témoignage de H. B :
« J’ai été arrêté à Sète alors que je venais en France pour récupérer des papiers pour faire ma demande de renouvellement de passeport en Espagne. Je sais déjà ce qu’ils vont faire moi – parce que je me renseigne sur internet, et avec mon vécu ! Avant que je parle ils vont me rajouter un mois de plus, c’est déjà décidé. Je peux pas accéder à mon Gmail pour envoyer les papiers en Espagne. J’ai rien, ni cigarettes, ni vêtements, tout est mouillé, il fait froid. C’est Alcatraz ici, ils disent retenu mais c’est de la détention. Au tribunal on se met debout, on parle dans le vide, ça a été programmé, ils croient qu’on est bêtes. Il y a beaucoup de jeunes, moi j’ai 41 ans. Ils m’ont relâché, je suis allé à la gare pour quitter la France, la PAF m’a contrôlé et il m’ont ramené, ils veulent nous expulser mais ils nous laissent même pas partir ! La nourriture sincèrement c’est de la merde, il y a des trucs qui ont atteint la date de péremption, c’est végétarien il y a pas de viande, parfois du poisson entre guillemets. C’est Alcatraz faut voir comment c’est franchement. Pour nous les Algériens c’est difficile de refaire le passeport à cause de ce président de merde là. J’ai un asile en Espagne »

Si les préfectures et l’administration pénitentiaire collaborent depuis longtemps pour expulser les sortants de prison, la loi de janvier 2024 et la circulaire Retailleau d’octobre 2024 généralisent la double peine, facilitée notamment par « la menace pour l’ordre public ». La circulaire Retailleau appelle les préfectures à retirer les titres de séjour des personnes qui représentent une « menace » et à distribuer des arrêtés d’expulsion et des OQTF. Il n’existe aucune définition de la « menace pour l’ordre public », c’est laissé à l’appréciation de l’administration qui l’utilise très largement, par exemple pour des délits mineurs, comme le vol ou la mendicité. « La menace grave pour l’ordre public » permet, elle, de supprimer toutes les protections contre l’expulsion hormis le fait d’être mineur. Ainsi, les personnes ayant des enfants ou étant en France depuis l’enfance peuvent être expulsées si la préfecture a décidé de façon totalement arbitraire que ces personnes représentent une menace pour la société française.

L’assemblée nationale a voté l’allongement de la durée de rétention à 7 mois.

La durée maximale a d’abord été de 6 jours et passe aujourd’hui à 210 jours.
La durée de rétention pourra encore être rallongée car l’Union Européenne prévoit l’enfermement jusqu’à 24 mois.

L’allongement s’appliquera pour l’instant aux personnes condamnées à une interdiction de territoire français (ITF) pour un crime ou un délit puni d’au moins cinq ans d’emprisonnement ou dont le comportement « constitue une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public« .

La « menace à l’ordre public » a été inscrite dans la loi Asile et Immigration de 2024, c’est le fer de lance du gouvernement contre l’immigration. Elle permet de placer les personnes en CRA avec ce motif. Il n’existe aucune définition juridique de la « menace pour l’ordre public », c’est laissé à l’appréciation de l’administration qui l’utilise très largement de façon totalement arbitraire même pour des délits mineurs.

La « menace grave pour l’ordre public » permet, elle, de supprimer toutes les protections contre l’expulsion sauf le fait d’être mineur. Cela signifie que les personnes qui ont des enfants et conjoint.es français.es ou sont en France depuis l’enfance peuvent être expulsées si la préfecture l’a décidé de façon totalement arbitraire.

Idem, la loi 2024 a rallongé la durée des obligations de quitter le territoire français (OQTF) à 3 ans et a fait disparaître aussi les protections qui existaient contre les OQTF afin d’enfermer et de déporter encore plus.

La circulaire Retailleau d’octobre 2024 vient renforcer la loi de 2024, elle appelle les préfectures à retirer les titres de séjour ou à ne pas les renouveler pour les personnes qui ont commis une infraction, peu importe le niveau de gravité, en utilisant la «menace pour l’ordre public».

Les personnes qui ne peuvent pas être expulsées (par exemple si la préfecture n’obtient pas de laisser-passez consulaire du pays d’origine) sont quand même enfermées et maintenues en CRA. A l’issue de la durée maximale d’enfermement, les préfectures et les juges peuvent décider de prolonger la torture et de les assigner à résidence jusqu’ à 135 jours.

Pour l’État, l’enfermement a un double objectif : déporter les personnes qui n’ont pas les bons papiers mais aussi les maltraiter et les punir, et leur rappeler qu’elles ne seront jamais tranquilles, et pourront être humiliées et violentées à tout moment.

À bas les frontières, les CRA et le racisme d’État !

L’enfermement administratif : dispositif colonial

Podcast de la table ronde organisée par le collectif Toulouse Anti CRA dans le cadre d’une action en soutien aux prisonnier·es du centre de rétention (CRA) de Toulouse (24 mai 2025)

Textes et podcast relayés par Enquête Critique et Spectre.


L’idée de cette table ronde a été de réfléchir à l’enfermement administratif (détention, internement ou rétention) comme un dispositif de répression du racisme d’État en montrant les liens dans le temps et l’espace. 
On a d’abord parler de la question de l’emprisonnement colonial et la détention administrative des prisonniers palestiniens puis de l’enfermement administratif en Algérie coloniale et montrer le continuum colonial avec l’enfermement, les déportations et les assignations à résidence des personnes étrangères en France aujourd’hui. Enfin, montrer rapidement le lien entre l’immigration et l’impérialisme autour de la question de l’externalisation des frontières et des déportations. 

Discussion avec Tom, militant anti-impérialiste et antisioniste et avec des membres du collectif Toulouse Anti CRA, collectif anticarcéral et antiraciste créé en février 2020 qui milite contre les centres de rétention administrative et contre le racisme d’État.

Écouter le podcast sur Spectre : https://spectremedia.org/enquete-critique/?playing=2263

Lire les interventions écrites sur le site Enquête Critique : https://enquetecritique.org/projets/prison-et-enfermements/article/l-enfermement-administratif-dispositif-colonial]

Ressources
– Sylvie Thénault, « Violence ordinaire dans l’Algérie coloniale, camps, internements, assignations à résidence »
– Marc Bernardot,« La tradition d’internement en France »
– FASTI –« Abrogeons le CESEDA »
 Centres et locaux de rétention administrative – Rapport national et local des associations 2024
 MIGREUROP – Réseau euro-africain d’associations de défense des droits
 ANAFE – Défense des droits des personnes étrangères aux frontières
 Toulouse Anti CRA, brochures citées à retrouver dans la rubrique Brochures :
> Enfermement au CRA, étapes et procédures
> La répression coloniale de l’État français contre les étranger·es à Mayotte
> Contre les prisons et les frontières, luttes contre les CRA, paroles de prisonnier·es de Toulouse

Soirée en soutien aux prisonnier.es du CRA de Toulouse

– 17h Table ronde
L’enfermement administratif : dispositif colonial
// en Algérie coloniale et rétention des étranger·es aujourd’hui en France // détention des palestinien·nes sous l’occupation israélienne
avec Toulouse Anti CRA & militant·es anti-impérialistes et antisionistes

– 19h Repas vegan
– 20h DJ set – BOTCHO – afro rave
17h-22h
La Chapelle – 36 rue Danielle Casanova
Participation libre (espèces uniquement) – accès PMR

Manifestation pour la libération des prisonniers politiques et du peuple sahraoui

Du 17 au 20 avril 2025 la Marche pour la Liberté passera par Toulouse. Partie d’Ivry le 30 mars et traversant la France puis l’Espagne en direction de la prison de Kénitra au Maroc, où elle arrivera le 2 juin 2025, elle a pour objectif de faire connaître la cause sahraouie et celle des prisonniers politiques.

Texte d’appel : https://iaata.info/Manifestation-pour-la-liberation-des-prisonniers-politiques-et-du-peuple-7544.html

« Je comprends pas à la télé, BFM disent que l’Algérie ne veut pas prendre ses ressortissants mais y’a des avions pour l’Algérie. »

Au CRA de Toulouse, il n’y a plus de secteurs femmes et famille, toutes les cellules sont maintenant destinées aux hommes. L’objectif de l’Etat est d’enfermer systématiquement les sortants de prison et d’appliquer la double peine. Pour rappel, cela consiste à enfermer au CRA puis à expulser les personnes qui ont commis un crime ou un délit, alors qu’elles ont purgé leur peine de prison. Pour autant, les femmes et les familles ne sont pas épargnées, et si elles ne sont pas enfermées au CRA de Toulouse, elles sont assignées à résidence (AAR). La durée des AAR a augmenté avec la dernière loi Asile et Immigration de 2024, passant à 45 jours renouvelables deux fois, pour une durée totale pouvant aller jusqu’à 135 jours. Par ailleurs, l’AAR est de plus en plus utilisée par les préfectures quand l’expulsion n’a pas pu avoir lieu au terme de la durée maximale d’enfermement. Cette pratique permet de continuer à punir et torturer les personnes : n’ayant pas de titre de voyage valide ou de laissez-passer consulaire, elles restent inexpulsables.

Si les préfectures et l’administration pénitentiaire collaborent depuis longtemps pour expulser les sortants de prison, la loi de janvier 2024 et la circulaire Retailleau d’octobre 2024 généralisent la double peine, facilitée notamment par « la menace pour l’ordre public ». La circulaire Retailleau appelle les préfectures à retirer les titres de séjour des personnes qui représentent une « menace » et à distribuer des arrêtés d’expulsion et des OQTF. Il n’existe aucune définition de la « menace pour l’ordre public », c’est laissé à l’appréciation de l’administration qui l’utilise très largement, par exemple pour des délits mineurs, comme le vol ou la mendicité. « La menace grave pour l’ordre public » permet, elle, de supprimer toutes les protections contre l’expulsion hormis le fait d’être mineur. Ainsi, les personnes ayant des enfants ou étant en France depuis l’enfance peuvent être expulsées si la préfecture a décidé de façon totalement arbitraire que ces personnes représentent une menace pour la société française.  

Par ailleurs, le Sénat vient d’adopter deux projets de lois. Sous réserve d’un vote favorable à l’Assemblée Nationale, la loi allongera la durée de la rétention administrative à 210 jours. Elle s’appliquera aux personnes condamnées à une interdiction de territoire français (ITF) pour un crime ou un délit puni d’au moins cinq ans d’emprisonnement ou dont le comportement « constitue une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public« . L’autre loi concerne « la préférence nationale », en limitant l’accès des étranger·es aux prestations sociales.

En parallèle, l’Union Européenne renforce ses frontières et la répression des personnes étrangères. Elle a adopté deux mesures, l’une concernant l’allongement de la rétention administrative de 18 à 24 mois et l’autre autorisant les États membres à externaliser des camps d’enfermement dans des pays hors UE, appelés « centres de retour » où seront séquestrés les demandeurs d’asile avant leur déportation.
Le témoignage de S. ci-dessous rappelle que l’Italie a déjà construit d’immenses camps en Albanie où la police italienne transfère les personnes étranger·es et les trie avant de les déporter.

Pour finir, dans un autre témoignage K. s’étonne d’entendre les médias français relayer la propagande colonialiste de Retailleau et des nostalgiques de l’Algérie française, en faisant croire que l’Algérie ne délivre aucun laissez-passer consulaire alors que des avions décollent avec des algériens expulsés depuis le CRA.

TÉMOIGNAGES

S : « Au secteur C, y’a quelqu’un qui a tout cassé, les vitres, les télés, les caméras, il a cassé toutes les cellules, on est que 4 maintenant dans le secteur C. Y’a que 2 cellules maintenant. Il a pété un plomb. Il était seul, pas de visite, rien. Il a dit qu’il ne veut pas rester ici, il veut aller en prison, c’est un peu fou. Il s’est blessé avec la vitre. Il a dit heureusement je casse des trucs comme ça, c’est mieux que de casser des bouches.

C’est fini la France, c’est la troisième fois je me retrouve au centre. Deuxième fois à Toulouse. Il y a 7 mois, je suis sorti du CRA de Toulouse, je suis restée 2 semaines à la Reynerie, ils m’ont arrêté, ils m’ont mis en prison à cause de l’interdiction définitive et quand je suis sortie de Seysses, ils m’ont ramené encore ici au CRA de Toulouse. J’ai fait 6 mois de prison pour l’interdiction définitive. Et là ils viennent de me donner un mois encore au CRA.

Je sais plus quoi dire, j’ai plus les mots. C’est un cauchemard Seysses, trois dans une cellule, force aux hommes là-bas. Ici Toulouse c’est la pire ville. Je suis sorti de la Tunisie, j’ai pas de passeport, j’ai pas de carte d’identité même si je meurs, ils peuvent pas expulser mon corps chez moi. Ils peuvent pas m’expulser, à chaque fois c’est pareil, ils savent, ils ont demandé à la Tunisie, au Maroc à l’Algérie, y’a rien et ils me ramènent encore ici. Ils font ça pour que tu craques. Il faut patienter faire le prière, je sais pas moi.
Au tribunal hier, y’avait un Algérien. Il est à Toulouse depuis qu’il a 13 ans. Il a presque 33 ans. Il a payé un avocat très cher. Il a sa mère et sa soeur ici, pourquoi ils le ramènent au centre ? ça leur ramène toujours du travail, voilà pourquoi. Je trouve plus les mots. J’en ai marre de la prison, ça fait presque 9 ans que j’ai quitté le pays, j’ai pas envie de retourner comme ça. En Italie quand ils savent pas leur origine ils les envoient en Albanie dans un grand centre, y’a des trucs incroyables, c’est pas une vie quand t’as pas de papier en Europe.
On vient chez eux, on est pas au paradis non plus. Hier j’ai bien parlé avec le juge, j’ai dit donnez-moi 24h et je quitte la France, laissez-moi une chance. Le policier m’a dit toi ta chance tu l’as eue déjà, tu es arrivé en France, tu n’as pas le droit d’avoir une deuxième chance. Ils provoquent, faut être fort dans la tête.. Même si vous pouvez pas venir pour une visite, parler avec vous c’est déjà beaucoup, ça fait du bien, tu remontes le moral à la personne. »

K : « J’ai une interdiction de territoire français depuis 2023. J’étais en Espagne, je suis revenu ici pour voir mon frère et ma nièce, je suis restée 3 jours, ils m’ont contrôlé j’étais en scooter, je me suis retrouvé en prison et après ici. Franchement ils ont foutu ma vie en l’air. J’étais en Espagne en train de régler ma situation, j’ai raté plein de RDV. Ok j’ai pas respecté la loi, j’étais sur le territoire français mais je comprends pas pourquoi ils font pas ce travail en prison. Comme ça à la sortie de prison soit ils te relâchent soit ils t’envoient au pays. Ils te mettent là pour galérer en plus. J’étais à la maison d’arrêt de Rodez et pour voir le consule, ils m’ont emmené à Sètes. Ils te posent des questions, ton nom où t’habites, ils prennent tes empreintes, ta photo. En tous cas où tu vas on te prend les empreintes, en garde à vue, quand tu sors de la prison, quand tu rentres ici au CRA, partout…
Je comprends pas à la télé, BFM ils disent que l’Algérie ne veut pas prendre ses ressortissants mais y’a des avions pour l’Algérie, j’ai rien compris.
Et toi t’attends, t’es dans le suspens, t’es stressé. Ça fait un mois que je suis là et ça bouge pas. Les conditions ici pour vivre c’est la catastrophe. C’est sale, y’a des gens fous, vraiment fous, t’arrives même pas à communiquer avec eux, y’a des provocations. La nourriture est dégueulasse, c’est le ramadan, hier j’ai rien mangé. Pour le ramadan, ils donnent pas de viande halal.
Avec la police moi je parle un minimum avec eux pour pas avoir de problèmes. Y’a un groupe ça va et un groupe c’est la catastrophe. Ils ont décidé d’enlever les couvertures, il fait froid la nuit. Un collègue a commencé à réclamer pendant le repas pour avoir les couvertures, on a tous réclamé. Il voulait pas rentrer au secteur, ils l’ont foutu au mitard, ils l’ont frappé de fou. Ils ont ramené ensuite les couvertures. La plupart ont pas de famille ici, les gens sont des fumeurs, ils ont pas de tabac, ils pètent les plombs, ils ont pas de fumette alors les gens craquent. Ils savent bien ça. Y’a rien qui va ici. Y’a des chambres sans eau chaude, les sanitaires ça sent la pisse. »

« Au mitard ils frappent trop, ils te scotchent pour pas que tu bouges. »

« Quand quelqu’un fait quelque chose, ils punissent tout le monde, l’autre jour ils ont interdit de laver son linge, tout le monde a pêté les plombs, a crié, on peut plus aller à la bagagerie, ils arrêtent les visites, ils interdisent tout, comme ça tu craques, tu vas le voir, tu lui dit ‘pourquoi t’as fait ça’ et après ça créé une embrouille ». A propos de personnes qui ont cassé dans le CRA il y a quelques temps : « les 3 ils sont allés en garde à vue, après ils sont revenus… jusqu’à maintenant on est punis, jusqu’à maintenant ! Ils ont passé devant le juge et tout, heureusement ils ont été relaxés »

« Tu serres ici, tu serres, c’est une galère de fou. Ils ont ramené un collègue à moi, il lui ont enlevé ses papiers je sais pas pourquoi, il a 4 enfants ou 3 enfants. Il travaille ici et tout, comme ils disent ‘il est intégré’, mais ils l’ont ramené ici, tu comprend pas les gens ils sont intégrés tu les ramène ici, ils sont pas intégrés tu les ramène ici, ils laissent chance à personne. Ils ont ramené un handicapé, vraiment un handicapé, il a passé 3 jours ici. Soit ils l’ont relâché soit ils l’ont mis dans un centre de santé, il est vraiment handicapé il est resté 3 jours ici, j’ai pas compris pourquoi ils l’ont ramené ici. Il lui faut une aide médicale avec lui, une aide soignante quelque chose comme ça, je comprend pas il est resté, en plus il a dormi sur la chaise, laisse tomber. »

M : « Je veux faire une demande d’apatride, le Montenegro ne me reconnait pas. J’ai 6 enfants de nationalité française. Ça fait 20 ans que je suis en France, j’ai pas de papiers, j’ai pas de passeport. Je suis arrivé le 28 décembre au centre, je suis sorti de prison, les gendarmes m’ont ramené ici. J’ai fait 6 ans et demi de prison à Eysses Villeneuve sur Lot. la Cimade m’a dit, mon pays ne me reconnait pas, dès que je suis arrivé, ils m’ont dit ça, le chef de la prison me l’a dit. Je passe devant le juge le 27 janvier. La Cimade m’a dit c’est pas sûr qu’il te donne la liberté. Tout le monde reçoit un mois de plus. ça se passe mal ici. C’est 10 fois pire que la prison ».

J :  » Je discute avec les amis dans les autres CRA, l’escorte c’est au bout du 3ème vol, ici ils scotchent pour le 2ème vol. Je veux voir le laissez-passer, sinon je pars pas. J’ai refusé le vol, je l’ai dit aux policiers, j’étais dans la voiture à l’aéroport. Ils ont appelé le pilote pour lui dire, ils ont déchiré mon billet. Y’avait quelqu’un d’autre avec moi qui voulait rentrer en Algérie, il est monté dans l’avion. J’ai demandé aux policiers de me montrer mon laissez-passer, ils m’ont dit c’est interdit. Ils m’ont ramené au centre, je sais pas si je vais avoir un autre vol. Depuis que je suis revenu au centre ils me provoquent pour que je leur réponde et après m’accuser et m’emmener en prison. Je leur ai dit je suis pas un chien. »

R :  « Ça va, mais c’est dur quand même, j’arrive pas à comprendre pourquoi j’avais une résidence de 10 ans ici, ils me l’ont retirée, ma fille est née ici, pourquoi une OQTF ? Ça fait douze ans que je suis en France. » R. explique qu’on l’a accusé d’avoir fait un mariage blanc, qu’on l’a convoqué à la préfecture et qu’on lui a dit que l’obtention de son titre de séjour (qui expirait en 2028 à l’origine) était frauduleuse, et qu’on lui a mis une OQTF. Il explique également qu’il a fait 3 mois de prison suite à une plainte de sa femme qui l’a amené au pénal. A l’origine, il avait un bracelet électronique, il y a eu un problème avec le bracelet, il a été envoyé en prison.

« On m’a donné un somnifère pour dormir avec le stress, c’est pour ça que j’ai des tâches rouges, et j’ai mis de la crème […] ils donnent des médicaments comme ça ‘ils font pas chier, ils vont dormir on est tranquilles’ […] j’ai pas dormi j’étais pensif, je suis perturbé, il reste deux jours avant samedi, ça arrive »

 « Il y a beaucoup d’Algériens, à croire qu’ils ont un problème avec eux »

« C’est pas facile franchement, les repas c’est pas des vrais repas, c’est industriel, parfois je mange pas pendant 2-3 jours, j’y arrive pas. »

A propos de la police : « il y a des groupes très cool et des groupes… c’est des fachos. »

« Je ne peux pas être renvoyé en Algérie, mes parents sont ici, je peux pas les laisser. C’est tranquille, j’y crois, je sais que je vais être libre, même s’ils me renvoient je reviendrai en France par bateau, j’ai pas peur de la mer, je reviendrai avec un visa. »

« J’ai payé avec la prison, maintenant c’est mes enfants et ma femme qui doivent payer en plus »

Au centre de rétention de Toulouse, des vitres ont été installées début octobre dans tous les parloirs sauf celui des familles, empêchant tout contact physique entre les prisonnier·e·s et les visiteur·ses et rendant toujours plus carcéral l’environnement des détenu·e·s.

Alors que les flics empêchent aux visiteur·ses arbitrairement d’amener des produits secs aux prisonnier·e·s, C. dénonce des méthode de torture dans le CRA : refus d’accès aux soins, alarmes incessantes, manque de nourriture, douches froides…

Et tout ceci alors que comme C, de nombreux·ses ressortissant·e·s algérien·ne·s sont toujours enfermé·e·s au CRA, malgré le refus de l’Algérie de délivrer des laissez-passer !

Derrière les barbelés du CRA, les humiliations et violences physiques et psychologiques des flics de la PAF sont quotidiennes, en témoignent deux prisonniers.

Témoignage de R, 24 octobre 2024, enfermé depuis 30 jours et prolongé pour 30 jours
« J’ai perdu 10 kg en 3 semaines, ils nous traitent comme des animaux, ils donnent n’importe quoi à manger, tu manges ou tu manges pas tu fermes ta gueule. J’étais en prison à Chateaudun 16 mois ferme et 2 mois en semi-liberté à Poitiers. Ils m’ont donné une IRTF. Ils ont gardé mon passeport, ils ont pas voulu me le rendre. A Poitiers j’ai fait une demande de titre de séjour. Ils m’ont ramené au CRA, le jour de ma sortie, je savais pas. La préfecture de Poitiers m’a fait amener ici à Toulouse loin de ma famille qui est à Chinon. J’ai pas compris pourquoi ils m’ont éloigné de ma famille.

J’ai fait 16 mois enfermé mais jamais j’ai passé un mois comme ça, ici c’est le plus long. Y’a pas quelqu’un ici qui n’a pas dit la prison c’est mieux que le centre.

Le parloir est vitré ici, depuis 2 semaines, je peux pas être en contact avec mes enfants. Si ma famille vient, elle doit prendre une chambre d’hôtel, 12h aller-retour pour 30 mn de parloir. J’ai payé avec la prison, maintenant c’est mes enfants et ma femme qui doivent payer en plus.

Les policiers ont des caméras sur leur veste, c’est nouveau, en 2022 au CRA de Rennes, ils avaient pas de caméras.
Ils provoquent les gens juste comme ça, si on parle, obligé ils ramènent des gens au mitard, les gens esquivent, on ferme notre gueule pour que ça passe avec eux. C’est la faute de notre pays, dans notre pays en Tunisie, n’importe quel étranger on le considère bien, il a du pouvoir. En France n’importe quel citoyen français, il a la loi pour lui mais nous non, nous on reste des étrangers.

Y’a 2 semaines suis parti au docteur, j’ai annulé le rdv pour pas péter un plomb avec lui. Il me dit « de quel origine vous êtes ? Pourquoi vous rentrez pas dans votre pays c’est mieux qu’ici, votre président est d’accord avec la loi européenne*. »

*R fait ici référence aux accords dits « bilatéraux » entre la Tunisie et l’UE, celle-ci octroyant des aides à la Tunisie dans le but d’endiguer les départs des migrant·es vers l’Europe.

Témoignage de C, 02 octobre 2024, enfermé depuis 37 jours

“J’ai souffert ici je connais personne”, je ne me sens pas bien.
Tous les jours les alarmes incendie, pour rien tout le temps, c’est de la torture morale j’te jure, c’est un système pour te prendre la tête, te rendre fou »

C. souffre des dents depuis avant son arrivée au CRA, il s’en plaint à chaque visite médicale mais depuis son premier jour les médecins lui donnent un rdv pour arracher ses dents qu’ils repoussent toutes les semaines.
« Le médecin m’a donné du Tramadol. C’est mieux pour mes dents. Ici, ils me donnent du Dafalgan, ça me fait rien. Ils me disent faut attendre 3 semaines, même si j’ai mal, la visite du médecin c’est que le vendredi. Faut attendre le prochain vendredi. »

« La douche est froide, on a rien. Pas d’oreiller, j’ai demandé des vêtements, ils m’ont dit : C’est trop tard, fallait demander le premier jour. »

« La police insultent et frappent les jeunes, surtout ceux qui sortent de prison, ils les provoquent  »

« On a faim. La nourriture est dégueulasse, il faut se boucher le nez pour manger. Ils te donnent du pain, mais un tout petit peu. La nourriture n’est pas chaude. La viande n’est pas halal, on la mange pas. Et le lendemain pareil, ils ramènent encore de la viande.
Ils nous laissent pas rentrer du pain dans les chambres. On mange à 18h, 19h,  on a faim, jusqu’au lendemain matin. »

« Ça fait 28 jours que je suis ici, y’a pas de laissez-passer pour l’Algérie en ce moment, pourquoi je reste ici ? »

Les ressortissant·es Algérien·nes sont maintenus enfermé·es alors que l’expulsion n’est pas possible : le consulat d’Algérie ne délivre pas de laissez-passer en ce moment, de plus l’Algérie a refusé l’entrée d’algérien·nes expulsé·es même avec un passeport.
K., prisonnier au centre de rétention de Toulouse a été arrêté suite à un contrôle, tabassé par les flics qui au final ont porté plainte contre lui pour violences, procédé habituel. Le juge l’a condamné à un an de prison ferme. A sa sortie de prison, il a été placé en CRA avec une interdiction de territoire français (ITF). En CRA Les violences physiques et psychologiques des flics de la PAF sont quotidiennes, et les placements au mitard ou en prison fréquents. Témoignage.
 Juillet 2024.

« Ça fait 28 jours que je suis ici, y’a pas de laissez-passer pour l’Algérie en ce moment, pourquoi je reste ici ? L’Algérie ne répond pas depuis le 4 juin. Ils m’ont arrêté à Portet, je travaille dans une pizzeria. Je sors du carrefour, les gendarmes m’ont dit « contrôle, vous avez une OQTF » (obligation de quitter le territoire français) « on va t’envoyer à Seysses » (maison d’arrêt), j’ai eu peur je voulais me sauver, je suis parti en courant, ils m’ont attrapé, ils m’ont mis par terre, ils m’ont frappé, ils ont mis un genoux sur mon cou. J’ai donné un coup avec mon bras au policier pour me sauver, ils ont porté plainte contre moi pour blessures, le policier a eu 8 jours de maladie, il a fait exprès pour m’envoyer à Seysses.

Le juge m’a mis un an et j’ai fait 6 mois à Seysses. Y’a beaucoup de hogra dans la prison, y’a des problèmes dans les cellules. Ici aussi, les gens rentrent dans les chambres dans la nuit pour fouiller tes affaires.

Ici y’a des policiers nickels mais ya des groupes méchants avec nous. Ils ont frappé quelqu’un qui a pris du pain pour le manger dans sa chambre. On mange à 19h et jusqu’à minuit on n’a rien, on a faim. Le policier lui a dit « vous êtes des animaux ». Les policiers sont pas contents quand on rigole entre nous, quand on fait des jeux. Ils ont mis un copain au mitard pendant 8 jours. Il est fort et quand il est ressorti il avait perdu plusieurs kilos.

ça fait 6 mois que je n’ai pas parlé avec ma famille, c’est la honte pour la famille la prison, j’ai le coeur brisé. Je n’ai pas de visites depuis 7 mois.

Je prends 4 médicaments par jour ici et en prison pour dormir, le stress, l’angoisse. Dehors je prenais rien, pas d’alcool, pas de zetla, pas de médicaments.

J’ai traversé la mer pour venir ici, zerma l’Europe c’est bien pour travailler… Je suis ingénieur en urbanisme, j’ai un Master 2, je suis en train de perdre tout ce que j’ai appris. Je voulais m’inscrire à la fac de Paris VIII ou à Bordeaux. »

Mise à jour  : K. est passé devant le JLD (Juge des libertés et de la détention) le 08 juillet. ça faisait 30 jours qu’il était déjà enfermé et n’avait toujours pas de laissez-passer de l’Algérie qui permettrait son expulsion. Le représentant de la prefecture dit à l’audience du JLD que le Consul algérien est venu voir K. au CRA pour une reconnaissance mais K. n’a vu personne. Le juge ne tient pas compte de sa réponse. C’est sa parole contre celle de la prefecture car aucune preuve n’est donnée aux prisonniers quand les représentant.es des consulats viennent les voir. L’appel du JLD a eu lieu le 9 juillet et le juge a confirmé la prolongation de K. de 30 jours sachant qu’ils ne pourraient pas le déporter. On le rappelle, l’enfermement a un double objectif, expulser les personnes sans papiers mais aussi les punir, leur faire subir la violence de l’enfermement et les décourager ainsi à rester sur le territoire français.

Mise à jour août 2024 : K. a été libéré du CRA mais mis en assignation à résidence (AAR) à Toulouse alors qu’il ny réside pas, 45 jours renouvelables 2 fois et une signature au comissariat 2 fois par semaine. Là encore cette mesure de privation de liberté relève de l’acharnement puisqu’il n’est pas expulsable, tout comme l’attribution d’une Interdiction de territoire français (ITF) aux personnes ayant fait de la prison. C’est la double peine judiciaire.

« Ici c’est la hoggra sans pitié »

Nous relayons les propos de prisonniers du centre de rétention (CRA) de Toulouse. Ils racontent les violences médicales et psychologiques ainsi que le déni de soin que subissent quotidiennement les personnes enfermées dans les centres de rétention. Nous rappelons que ces comportements et ces pratiques nuisibles et dégradantes ne sont pas le fait de quelques individus mais qu’ils sont quotidiens, systémiques dans toutes les prisons pour sans papiers. Mais comme toujours, cela se passe en toute impunité et dans le silence.

M : « Quand j’étais en prison pendant 3 et demi j’étais suivi par une psychologue. D’abord à la prison de Fresnes après ils m’ont transféré à Metz. Ici au centre j’ai pris rdv avec la psychologue mais ils m’appellent pas, ils me disent tu n’es pas sur la liste. Mais moi j’ai parlé avec la dame c’est elle qui m’a proposé. La police veut pas me laisser la voir. 2 collègues sont allés la voir. Pour l’audience de l’appel, ils m’ont pas appelé, c’est la hogra sans pitié ici j’te jure. Je leur ai pas parlé mal, j’étais gentil. J’ai une grand broche dans le dos à cause d’un accident grave, dans ma tête aussi. Je leur ai dit je suis malade, j’ai des problèmes à la tête tout est dans mon dossier médical, en prison, ils m’ont soigné. Le médecin ici il me croit pas. L’autre fois il a jeté le stylo, il s’est énervé. J’ai expliqué l’accident que j’ai eu. Quand il voit mon dossier il doit comprendre normalement. J’ai demandé qu’il me donne du Prégabaline, le docteur ici veut pas me le donner, il m’a donné Tramadol à sa place mais ça va pas. Le Tramadol ça sert à rien pour moi. Il y en a ici qui prennent du Tramadol ils sont même pas malades, pourquoi je vais prendre ça ? Je vais pas me rendre dingue avec ça pour rien. Depuis 2019 je prends Prégabaline en prison, j’ai eu de la kiné, il m’ont donné de la pommade pour que je masse mon dos, c’est pas comme ici, ici c’est la hoggra sans pitié.

L’avocat a dit que je suis malade, fracture dans ma tête, vis dans le dos mais le juge s’en fout.
Il y a u policier qui est mauvais ici, il m’a pris la tête, j’ai dit je parle pas avec vous monsieur, je sais après qu’il va m’emmener devant le juge, les policiers ils nous prennent pour des animaux, je vous dis la vérité. Y’en a c’est des chefs ils te parlent bien. J’espère que ça va bien se passer ici avec eux. J’ai peur.
J’ai ma femme qui m’attend ici, je suis père de famille, j’ai une maison. Ils m’ont envoyé ici pour rien du tout, j’ai pas volé, pas bagarré rien. Ils m’ont contrôlé, j’étais en train d’acheter des affaires pour l’Aïd, ils m’ont arrêté à la porte. ça faisait 20 jours que j’étais sorti de prison.
Je suis partie voir la Cimade, j’ai parlé avec la dame, pourquoi les policiers m’ont pas prévenu pour aller à l’audience de l’appel et aussi pour le psychologue. Elle m’a dit je sais pas, je peux rein faire pour ça. On est des êtres humains nous, on n’est pas des animaux. Dieu punit ceux qui font du mal. »

S : « Je veux rentrer en Algérie, y’a pas de problème, mais ramenez-moi mes médicaments, j’ai jamais rien fait de mal, j’ai toujours travaillé, j’ai fait mécanicien. J’ai besoin de ce médicament je ne peux pas manger, ça fait une semaine qu’ils me le donnent pas, le Pylera avec l’Oméprazone car j’ai une bactérie. Quand j’ai demandé au médecin pourquoi je n’ai pas mon médicament, le policier à côté m’a dit ferme ta gueule. Ils nous laissent pas aller en promenade le matin, que l’après-midi et souvent c’est fermé aussi.
J’étais aux Pays Bas, j’ai demandé l’asile là-bas, après je suis venu ici en France, on m’a dit qu’il y a du travail. Ils nous supportent pas nous les algériens. Maintenant, les expulsions c’est avec le 2eme avion et l’escorte ».