Nous publions les témoignages de plusieurs personnes enfermées au centre de rétention de Toulouse rencontrées au parloir en mars et avril 2026.
Les CRA hiérarchisent les corps et les matent. Les violences évoluent vers toujours plus de répression et de torture. Elles visent à punir celles et ceux considéré.es comme expulsable afin de les inciter à quitter le territoire par leurs propres moyens.
Depuis un mois, dans le CRA de Toulouse, ce sont des prestataires privés qui se chargent de l'accueil des visiteurs – comprendre la fouille.
Il s'agit de la société Weesure qui a pour ligne directrice "la sécurité première des libertés". Le choix de confier la gestions des visiteurs / visiteuses à une société privée est une réponse à la requête des flics. En effet, à chaque visite de député, ils se plaignent d'être en sous-effectif, justifiant ainsi les violences commises à l'intérieur. Résultat ? les flics auront désormais davantage de temps pour mater les prisonniers.
Cela nous rappelle que la sélection, la hiérarchisation, l'enfermement des étranger.es est à analyser et à comprendre par le prisme du système capitaliste et raciste qui sert à une poignée d'"entrepreneurs". Cet appel à des sociétés privées avait déjà cours au CRA de Vincennes. Ce qui veut dire que les conditions de vie des détenus se restructurent suite à des initiatives locales, pour être généralisées à l'ensemble des CRA quand elles sont jugées efficaces. Surtout quand elles permettent d'isoler et violenter encore un peu plus les personnes étrangères.
Témoignage de H : « Je travaille dans le bâtiment. J’ai eu mon premier vol, les policiers m’ont scotché tout le corps et un casque très serré sur la tête, ça faisait très mal. Ils m’ont emmené comme ça à l’aéroport.
Ils ont garé la voiture à côté de l’avion. Quand on est monté je leur ai dit je pars pas. Les gens m’ont vu, ils ont eu peur, une femme marocaine dans l’avion leur a dit de me laisser.
Le pilote a finalement dit à la police de me descendre de l’avion. Ils m’ont ramené au centre, ils m’ont frappé au ventre, avec un coup de pied et au visage avec le coude. »
Son codétenu : » ils ont plié H. en quatre, les pieds et les mains comme un animal, il a des blessures au visage. C’est la première fois qu’il refuse le vol. Il est presque à 90 jours, il lui reste 15 jours, il se demande s’il aura un autre vol. L’avocate a dit que le juge est dur, elle n’a pas pu le faire sortir. Ils nous traitent comme des animaux, c’est tous des racistes, les juges, tous. »
Témoignage de B : « J’ai vu quelqu’un ici, ça fait 41 ans qu’il est France et il est enfermé là. Moi je suis partis de Tunisie, j’avais 17 ans avec ma mère et mon petit frère qui avait 9 ans à l’époque.
J’ai mis ma mère dans un container, avec juste un trou pour respirer. Moi j’ai traversé les Balkans, 14 pays à pieds, tout ça pour qu’on t’expulse en 24H – tu te rends compte le truc ? J’ai rejoins la Suisse depuis la Roumanie sous un camion, 17H attaché dessous.
Je suis pas bien, la prison c’est mieux qu’ici, tu laisses à manger tu le retrouves pas, toutes les portes sont ouvertes, on te pique même les couvertures. J’arrive pas à dormir, je fais des cauchemars, je me réveille en me demandant où je suis, t’entends le moteur des avions tout le temps, ça fait peur, c’est du stress ».
Témoignage de R est en France depuis l’âge de 4 ans (1992) et ses papiers ne se périment qu’en avril 2026. Il s’est fait arrêter sur un contrôle à Toulon, il a appris qu’il avait une OQTF. Il a dit que dans le CRA ils étaient traités comme des chiens, qu’il y avait beaucoup de propos racistes. Que les flics se méfie de lui « parce que je parle bien français ». « Je leur ai dit vous me respectez, je vous respecte ; vous me respectez pas, je vous respecte pas ».
« Vous l’avez compris j’aime pas beaucoup les flics – ils se croient intouchables ». « Il faut avoir de la patience, on s’ennuie ». « il se passe des choses bizarres ici – par exemple il font le ménage avec l’eau usée, après ça pue ». « Ici y’a zéro droits, rien du tout ».
« On fait tout pour qu’on soit pleins de haines, on devient associables et méfiants ». « C’est comme un cimetière ». Il a dit qu’il refuserait son vol mais le deuxième ce sera pas possible, les flics l’ont prévenu : « si tu fais le malin, on t’attache de la tête aux pieds ». Il veut pas rester en France. S’il sort il s’organise pour aller en Tunisie et vivre tranquille « au bord de la mer, entouré d’animaux ».
Témoignage de S : « Ce qui m’arrive, c’est trop compliqué parce que j’ai fait déjà 2 mois ici. Ils m’ont libéré vendredi dernier. J’ai fait une semaine dehors. Ils m’ont placé sous assignation à résidence. Je signais tous les jours, pendant 45 jours, ce qui est écrit sur le papier. Hier, quand j’ai signé, le policier a dit : « attends, il faut qu’on te ramène en garde à vue ». Après ils m’ont dit que la préfecture avait un vol pour moi le 9 et ils m’ont remis au CRA. Je comprends pas en fait, j’ai déjà fait ma demande d’asile, le premier jour où je suis venu au CRA. Elle a été refusée, on a fait appel, j’attends l’audience mais ils veulent m’expulser avant.
J’ai personne au Tchad. J’ai perdu mes parents, j’étais petit. Ma mère était Soudanaise, donc ma grand-mère, elle est venue, elle nous a pris du Tchad pour nous ramener au Soudan. On a grandi là-bas.
Je dois refuser le vol. C’est toujours coute que coute. En plus, la préfecture, ils sont malins, ils m’ont ramené pour que je fasse quatre jours et le quatrième jour, ils vont me mettre un vol. Parce qu’à la base, si tu rentres ici, tu fais cinq jours pour aller te faire juger. Et bien là, ils ont fait en sorte que voilà, je ne vais pas au juge. Et le quatrième jour, c’est le jour où ils vont me ramener direct.
Pour le vol, au bout de 3 fois, ils vont vous forcer. Sinon c’est la garde à vue et après prison. Il y avait une personne, il s’appelle B.Z, il a refusé trois vols. Par chance, ils l’ont ramené ici. Et le quatrième vol, c’était avant-hier, il est parti et il n’est pas revenu. On ne sait pas ce qui s’est passé en fait. On ne pense pas qu’il a été expulsé par avion. On pense qu’il doit être en garde à vue ou qu’ils l’ont ramené en prison, un truc comme ça. Parce qu’au bout de trois ou quatre fois, tu refuses, ça veut dire que la préfecture, elle va déposer plainte. »
