Toulouse : construction d’une annexe du tribunal au CRA et externalisation de l’enfermement

Entrée du CRA de Cornebarrieu – Toulouse

Un appel d’offres publié par le ministère de l’Intérieur le 14 mars 2026

Il annonce la création d’une « annexe judiciaire » au sein du CRA de Toulouse, les travaux débuteront en mars 2027. Le marché porte sur l’aménagement d’une salle d’audience dans le centre de rétention administrative afin d’y tenir les audiences du juge des libertés et de la détention (JLD), chargé de statuer sur l’enfermement au CRA des personnes étrangères. Le document du marché public prévoit une enveloppe de travaux d’environ 1,08 million d’euros TTC.
Règlement de consultation : https://betterplace.info/files/2943532-reglement.pdf

Ce projet s’inscrit dans la loi « asile et immigration » de 2024 et prévoit donc la multiplication des annexes judiciaires au sein ou à proximité des CRA, notamment à Sète, Nîmes, Perpignan ou Toulouse. L’objectif est de déplacer les audiences hors des tribunaux, loin du regard du public, des proches, des soutiens pour renforcer l’invisibilisation des audiences concernant les personnes étrangères enfermées.

Aujourd’hui, il est encore possible de soutenir les personnes enfermées en CRA lors des audiences publiques du (JLD) au tribunal judiciaire de Toulouse. Des proches, soutiens, collectifs, associations, peuvent assister aux audiences et témoigner des conditions dans lesquelles cette justice d’abattage est rendue.

Le déplacement de ces audiences vers une annexe judiciaire directement installée au CRA de Cornebarrieu rendra cet accès beaucoup plus difficile. Situé au bout des pistes de l’aéroport de Blagnac, mal desservi par les transports en commun, le CRA est très isolé. Installer le tribunal au sein même du centre de rétention éloignera encore davantage les audiences du regard public, compliquera la présence des soutiens et renforcera l’invisibilisation des violences judiciaires et administratives subies par les personnes étrangères.

La violence que subissent les étranger·es n’est pas que policière ou carcérale, elle est aussi judiciaire. Les personnes doivent contester leur mesure d’expulsion dans un délai très court (48h) devant le tribunal administratif, tout en contestant par ailleurs leur enfermement au tribunal judiciaire devant le juge des libertés et de la détention (JLD).

Chaque jour, des dizaines de personnes comparaissent devant les différentes juridictions de France, les audiences publiques ont lieu tous les jours de l’année. À l’audience du JLD pour les étranger·es, les personnes comparaissent systématiquement en groupe, et le délibéré est lui aussi rendu collectivement en une fois, contrairement aux audiences de droit commun.

Il est difficile pour les personnes de se défendre : la plupart du temps, elles ont des avocat·es commis d’office, n’ayant pas les moyens de payer un·e avocat·e de leur choix. De plus les avocat·es de l’audience du JLD ont connaissance du dossier au dernier moment et il arrive qu’iels ne plaident pas du tout.

Audience en visio à Toulouse pendant le Covid

L’État investit ainsi des millions d’euros pour construire des CRA et alimenter le business du secteur du bâtiment – secteur qui emploie le plus de travailleur•euses sans papier surexploité•es.

Depuis plusieurs années, l’externalisation gagne du terrain dans les CRA. En 2021, un marché public de plus de 1,5 million d’euros est consacré aux escortes à Marseille, Nîmes et Toulouse. Par «escortes», il faut entendre les agents privés chargés de transférer les prisonniers par exemple, du CRA au tribunal, comme c’est le cas à Toulouse. 

Les entreprises impliquées appartiennent souvent à de grands groupes d’échelle nationale ou internationale, mais peuvent aussi être des entreprises de plus petite envergure, implantées localement. Ce sont ainsi des cabinets d’architectes comme celui de l’agence Patrice Chabbert (1) à Toulouse, qui se mettent au service de l’industrie de l’enfermement, en prison comme en CRA. En 2024, la maîtrise d’œuvre relative à la rénovation du CRA de Toulouse Cornebarrieu a été attribuée au bureau d’étude et d’ingénierie SETI, basé à Haute-Garonne. (2)

Pour assurer la gestion quotidienne d’une quinzaine de CRA dont celui de Cornebarrieu, c’est GEPSA (3)– qui appartient depuis peu au groupe Newrest, basé à Toulouse et présidé par Olivier Sadran, homme d’affaire local et ancien président du TFC (Toulouse Football Club) – qui offre ses services à l’État pour des prestations dites d’ « hôtellerie » et de « restauration » ou encore d’ « escorte » à l’intérieur du CRA. On retrouve ici le vocabulaire euphémisé utilisé par l’administration pour décrire la rétention – faisant écho à la novlangue néolibérale utilisée par l’entreprise GEPSA lorsqu’elle se décrit comme le « leader du Facility Management en site sensible », pour ne pas dire qu’elle est spécialisée dans la gestion logistique des lieux d’enfermement, CRA, maisons d’arrêt, centres pénitentiaires…

Depuis le mois de mars, la société Weesure assure l’accueil des visiteurs – visiteuses

Ce sont des agents d’une entreprise privée qui assurent l’« accueil » des visiteurs, c’est à dire : passage sous portique, palpations, fouilles poussées des sacs et des vêtements, retrait des chaussures, ouverture des objets personnels. Ces fouilles étaient auparavant réalisées par la police aux frontières. A présent, les identités des visiteurs-euses sont aussi inscrites dans des registres par les agent.es privés.

Cette externalisation s’inscrit dans le cadre d’un marché public du ministère de l’Intérieur, attribué pour plus de 3,4 millions d’euros et concernant plusieurs CRA, Marseille, Toulouse et Nîmes.

On en avait parlé dans un précédent article, la société Weesure qui a pour ligne directrice « la sécurité première des libertés ». Le choix de confier la gestions des visiteurs / visiteuses à une société privée est sans doute une réponse à la requête des flics. En effet, à chaque visite de député, ils se plaignent d’être en sous-effectif, justifiant ainsi les violences commises à l’intérieur. Résultat ? les flics auront désormais davantage de temps pour mater les prisonniers.

Elle révèle aussi la manière dont le contrôle migratoire est un marché. La sélection, la hiérarchisation et l’enfermement des étranger·es s’inscrivent dans un système raciste et capitaliste où entreprises privées, marchés publics et industrie sécuritaire trouvent de nouvelles sources de profit.

Ce recours au privé existe déjà dans d’autres CRA, notamment à Vincennes. Comme souvent dans la gestion de l’enfermement, les dispositifs testés localement finissent par être généralisés lorsqu’ils sont jugés efficaces — lorsqu’ils permettent d’isoler davantage les personnes enfermées et de renforcer le contrôle sur elles et leurs soutiens.

Les CRA tuent à l’abri des regards. Soutien à toustes les prisonnier.es !
Ni CRA ni prison ni expulsion !

(1) https://www.apcarchitectes.fr/realisation/centre-de-retention-administrative-aeroport-de-toulouse-blagnac-31/

(2)https://www.boamp.fr/pages/avis/?q=idweb:%2224-17507%22

(3) https://www.boamp.fr/pages/avis/?q=idweb:%2222-153277%22
https://www.gepsa.fr/qui-sommes-nous/appartenance-a-newrest/
https://www.newrest.eu/notre-gouvernance/
https://www.mediacites.fr/entreprise/toulouse/2025/01/20/olivier-sadran-le-centimier-enquete-dans-larriere-cuisine-de-newrest/

Victoire contre la censure : la mairie de Toulouse déboutée par le tribunal administratif

Le collectif toulousain (regroupant associations, collectifs, partis, syndicats) organisateur d’une manifestation et d’une soirée de solidarité avec le Sahara occidental le 9 mai 2026, remporte une victoire importante face à la mairie de Toulouse. 

Saisi en référé liberté, après la décision de la mairie d’empêcher la tenue de l’évènement en réquisitionnant la salle Osète, pourtant réservée et payée par l’organisateur, le tribunal administratif a donné raison aux collectifs.

Lors de l’audience, la mairie a tenté de justifier son interdiction en invoquant une prétendue menace à l’ordre public  en raison de la tenue et du contenu de l’évènement.

Des arguments fallacieux qui n’ont pas convaincu le tribunal et qui révèlent avant tout de l’alignement politique de l’État français, et de la majorité municipale, sur le soutien à la colonisation marocaine du Sahara occidental, ainsi qu’une volonté de céder aux pressions d’associations marocaines réclamant l’annulation de l’évènement.

Les pressions n’ont pas réussi à faire taire la solidarité avec le peuple sahraoui. Le collectif continuera à défendre le droit de débattre, de s’organiser et d’exprimer sa solidarité avec les luttes anticoloniales et anti-impérialistes et pour le droit à l’autodétermination des peuples. 

Libération du Sahara occidental ! Vive la lutte du peuple sahraoui ! 

La mairie de Toulouse censure un évènement en solidarité avec le Sahara occidental

Communiqué de presse
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A Toulouse la Mairie réquisitionne la salle municipale Osète, louée initialement par notre collectif (regroupant associations, collectifs, partis, syndicats) afin d’y organiser une projection-débat en solidarité avec la lutte du peuple sahraoui. La salle municipale Osète, louée pour le 9 mai (facture payée le 7 avril et visite technique réalisée le 22 avril), a été réquisitionnée via un mail expédié le 30 avril sans autre explication.

L’évènement consiste en une projection-débat ainsi qu’une exposition de photos et des prises de paroles de jeunes sahraoui.es et du représentant du Front Polisario Mohamed Ali ZEROUALI. Il vise à informer les citoyen-nes de l’histoire du Sahara occidental, victimes de la colonisation par le Maroc depuis la grande marche dite « marche verte » de 350 000 marocains, lancée par l’armée et le gouvernement en 1975 avec bombardement au napalm, obligeant les Sahraoui-es à se réfugier en plein désert algérien. Il a pour objectif d’expliquer les raisons pour lesquelles les Sahraoui-es contestent la prétendue marocanité du Sahara occidental.

Le collectif toulousain soutient le peuple sahraoui qui réclame un référendum d’autodétermination, en application du droit international et du mandat confié par l’ONU à la MINURSO depuis 1991. Il condamne les tentatives d’annexion par le Maroc et l’actuelle colonisation de peuplement de la plus grande partie du Sahara occidental. Il dénonce aussi ce mur de séparation de 2700 km de long, truffé de mines et en permanence sous surveillance policière, entre les territoires occupés par le Maroc et les territoires libérés par le Front Polisario. Ainsi que le soutien permanent de la France à cette colonisation.

Nous exigeons des explications de la part de la mairie sur le motif de cette soudaine réquisition. Nous établissons un rapprochement avec la promptitude du maire de Toulouse Mr Moudenc à cautionner, en avril 2025, les accusations mensongères de Samir Hajije, un de ses adjoints, destinées à discréditer les organisateurs de l’accueil à Toulouse de la Marche pour la Liberté, de Paris à la prison de Kénitra au Maroc, réclamant la libération des prisonniers politiques. Mensonge reconnu par la justice puisque la plainte de Samir Hajije a été classée sans suite.

https://france3-regions.franceinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/une-grossiere-manipulation-pour-virer-la-cgt-de-la-bourse-du-travail-les-faits-sur-l-agression-inventee-par-un-elu-de-la-majorite-municipale-3065683.html

Nous ne pouvons, non plus, ne pas évoquer le nombre de fois où des manifestations et évènements de soutien à la lutte du peuple palestinien ont été interdites ou empêchées à Toulouse.

Nous rappelons que les salles municipales sont des biens publics. Elles ne sauraient être considérées comme la propriété privée du maire ou de la majorité municipale, qui décideraient arbitrairement de leur attribution. Ainsi, le collectif toulousain réclame le droit d’organiser à Toulouse, dans les salles municipales, des événements anti-impérialistes et anticolonialistes. Ces initiatives relevant de l’éducation populaire ont pour objectif d’informer, notamment sur la nécessité pour la France de cesser de rejeter les droits à l’autodétermination et à la libération des peuples autochtones colonisés (sahraoui, palestinien, kanak, …).

Le collectif a déposé un référé liberté le 7 mai 2026 au tribunal administratif pour faire annuler cette décision.

JOURNÉE EN SOUTIEN AUX PRISIONNIER·ES DU CRA DE TOULOUSE

Le 29 mai à la Chapelle, Toulouse Anti CRA organise une journée en soutien aux prisonnier·es du centre de rétention de Toulouse – Pour soutenir matériellement les personnes enfermées au CRA mais aussi pour se rencontrer, faire connaitre les CRA.

Au programme :

14h : OUVERTURE – TOMBOLA LOTS EXCEPTIONNELS !!
tables de collectifs – friperie – gaufres – etc
16h : PROJECTION DOCU SUR LE HANGAR D’ARENC ET DISCUSSIONS
18h : APÉRO QUIZZ
19h : REPAS VÉGAN
20h à 22h : CONCERT MAI DE RIMAS et DJ SWELL

Participation libre (espèces uniquement) – accès PMR
La Chapelle – 36 rue Danielle Casanova – Toulouse

Avec les tables des collectifs : Nta Rajel, La Créa, Secours rouge Toulouse, Comité de soutien à la Palestine 31, CPCED, Tsedek, Survie, PMN Editions, collectif Vietnam-dioxine, AFA Tolosa, Casarp

Violences policières au centre de rétention de Toulouse

Nous publions les témoignages de plusieurs personnes enfermées au centre de rétention de Toulouse rencontrées au parloir en mars et avril 2026.

Les CRA hiérarchisent les corps et les matent. Les violences évoluent vers toujours plus de répression et de torture. Elles visent à punir celles et ceux considéré.es comme expulsable afin de les inciter à quitter le territoire par leurs propres moyens. 

Depuis un mois, dans le CRA de Toulouse, ce sont des prestataires privés qui se chargent de l'accueil des visiteurs – comprendre la fouille. 

Il s'agit de la société Weesure qui a pour ligne directrice "la sécurité première des libertés". Le choix de confier la gestions des visiteurs / visiteuses à une société privée est sans doute une réponse à la requête des flics. En effet, à chaque visite de député, ils se plaignent d'être en sous-effectif, justifiant ainsi les violences commises à l'intérieur. Résultat ? les flics auront désormais davantage de temps pour mater les prisonniers.

Cela nous rappelle que la sélection, la hiérarchisation, l'enfermement des étranger.es est à analyser et à comprendre par le prisme du système capitaliste et raciste qui sert à une poignée d'"entrepreneurs". Cet appel à des sociétés privées avait déjà cours au CRA de Vincennes. Ce qui veut dire que les conditions de vie des détenus se restructurent suite à des initiatives locales, pour être généralisées à l'ensemble des CRA quand elles sont jugées efficaces. Surtout quand elles permettent d'isoler et violenter encore un peu plus les personnes étrangères.

Témoignage de H : « Je travaille dans le bâtiment. J’ai eu mon premier vol, les policiers m’ont scotché tout le corps et un casque très serré sur la tête, ça faisait très mal. Ils m’ont emmené comme ça à l’aéroport.

Ils ont garé la voiture à côté de l’avion. Quand on est monté je leur ai dit je pars pas. Les gens m’ont vu, ils ont eu peur, une femme marocaine dans l’avion leur a dit de me laisser.

Le pilote a finalement dit à la police de me descendre de l’avion. Ils m’ont ramené au centre, ils m’ont frappé au ventre, avec un coup de pied et au visage avec le coude. »

Son codétenu :  » ils ont plié H. en quatre, les pieds et les mains comme un animal, il a des blessures au visage. C’est la première fois qu’il refuse le vol. Il est presque à 90 jours, il lui reste 15 jours, il se demande s’il aura un autre vol. L’avocate a dit que le juge est dur, elle n’a pas pu le faire sortir. Ils nous traitent comme des animaux, c’est tous des racistes, les juges, tous. »

Témoignage de B : « J’ai vu quelqu’un ici, ça fait 41 ans qu’il est France et il est enfermé là. Moi je suis partis de Tunisie, j’avais 17 ans avec ma mère et mon petit frère qui avait 9 ans à l’époque.

J’ai mis ma mère dans un container, avec juste un trou pour respirer. Moi j’ai traversé les Balkans, 14 pays à pieds, tout ça pour qu’on t’expulse en 24H – tu te rends compte le truc ?  J’ai rejoins la Suisse depuis la Roumanie sous un camion, 17H attaché dessous.

Je suis pas bien, la prison c’est mieux qu’ici, tu laisses à manger tu le retrouves pas, toutes les portes sont ouvertes, on te pique même les couvertures. J’arrive pas à dormir, je fais des cauchemars, je me réveille en me demandant où je suis, t’entends le moteur des avions tout le temps, ça fait peur, c’est du stress ». 

Témoignage de R est en France depuis l’âge de 4 ans (1992) et ses papiers ne se périment qu’en avril 2026. Il s’est fait arrêter sur un contrôle à Toulon, il a appris qu’il avait une OQTF. Il a dit que dans le CRA ils étaient traités comme des chiens, qu’il y avait beaucoup de propos racistes. Que les flics se méfie de lui « parce que je parle bien français ». « Je leur ai dit vous me respectez, je vous respecte ; vous me respectez pas, je vous respecte pas ».

« Vous l’avez compris j’aime pas beaucoup les flics – ils se croient intouchables ». « Il faut avoir de la patience, on s’ennuie ». « il se passe des choses bizarres ici – par exemple il font le ménage avec l’eau usée, après ça pue ». « Ici y’a zéro droits, rien du tout ».

« On fait tout pour qu’on soit pleins de haines, on devient associables et méfiants ». « C’est comme un cimetière ». Il a dit qu’il refuserait son vol mais le deuxième ce sera pas possible, les flics l’ont prévenu : « si tu fais le malin, on t’attache de la tête aux pieds ». Il veut pas rester en France. S’il sort il s’organise pour aller en Tunisie et vivre tranquille « au bord de la mer, entouré d’animaux ».

Témoignage de S : « Ce qui m’arrive, c’est trop compliqué parce que j’ai fait déjà 2 mois ici. Ils m’ont libéré vendredi dernier. J’ai fait une semaine dehors. Ils m’ont placé sous assignation à résidence. Je signais tous les jours, pendant 45 jours, ce qui est écrit sur le papier. Hier, quand j’ai signé, le policier a dit : « attends, il faut qu’on te ramène en garde à vue ». Après ils m’ont dit que la préfecture avait un vol pour moi le 9 et ils m’ont remis au CRA. Je comprends pas en fait, j’ai déjà fait ma demande d’asile, le premier jour où je suis venu au CRA. Elle a été refusée, on a fait appel, j’attends l’audience mais ils veulent m’expulser avant. 

J’ai personne au Tchad. J’ai perdu mes parents, j’étais petit. Ma mère était Soudanaise, donc ma grand-mère, elle est venue, elle nous a pris du Tchad pour nous ramener au Soudan. On a grandi là-bas. 

Je dois refuser le vol. C’est toujours coute que coute. En plus, la préfecture, ils sont malins, ils m’ont ramené pour que je fasse quatre jours et le quatrième jour, ils vont me mettre un vol. Parce qu’à la base, si tu rentres ici, tu fais cinq jours pour aller te faire juger. Et bien là, ils ont fait en sorte que voilà, je ne vais pas au juge. Et le quatrième jour, c’est le jour où ils vont me ramener direct. 

Pour le vol, au bout de 3 fois, ils vont vous forcer. Sinon c’est la garde à vue et après prison. Il y avait une personne, il s’appelle B.Z, il a refusé trois vols. Par chance, ils l’ont ramené ici. Et le quatrième vol, c’était avant-hier, il est parti et il n’est pas revenu. On ne sait pas ce qui s’est passé en fait. On ne pense pas qu’il a été expulsé par avion. On pense qu’il doit être en garde à vue ou qu’ils l’ont ramené en prison, un truc comme ça. Parce qu’au bout de trois ou quatre fois, tu refuses, ça veut dire que la préfecture, elle va déposer plainte. » 

18 mars : journée internationale de solidarité avec les prisonnier-es politiques

A Toulouse un rassemblement a été organisé par le collectif Secours Rouge Toulouse , à l’appel de 25 organisations, syndicats, collectifs et partis toulousains.

Prise de parole de Toulouse Anti CRA

La population carcérale en France n’a jamais été aussi élevée et ne cesse d’augmenter, sans que la criminalité elle n’augmente, conséquence d’un important durcissement du système pénal. 

Afin d’enfermer toujours plus et toujours plus longtemps, l’État prévoit, d’ici 2027, la création de 15 000 places de prison et de 1041 places en centre de rétention. 
À Muret près de Toulouse, un projet de construction d’une prison de 615 places est prévu pour faire de Toulouse – Seysses – Muret un des plus grands centres pénitentiaires de France.
8 nouveaux CRA vont également être construits d’ici 2029, en plus des 27 existants. 
Rappelons que les CRA sont des prisons pour les personnes étrangères. 

Rappelons également que les prisons sont des lieux de torture qui humilient, déshumanisent, détruisent et tue. 

Elles constituent l’outil central de contrôle social pour surveiller et punir les personnes racisées et issues des milieux populaires, à travers des pratiques policières et judiciaires racistes et discriminantes. 
En France, comme il n’y a pas de statistiques ethniques, on se base sur des études sociologiques qui indiquent que la grande majorité des personnes incarcérées, notamment en maison d’arrêt, sont des nationaux noires et arabes.

S’il y a besoin de le préciser, dire qu’il y a plus de personnes noires et arabes en prison n’implique pas qu’elles sont davantage criminogènes. Ces chiffres confirment simplement le système de domination et de surveillance issu des pratiques coloniales mis en place par l’État dans les quartiers populaires, ainsi que sa justice de classe et de race.
Rappelons que les personnes racisées sont contrôlées jusqu’à 20 fois plus que les personnes blanches et sont d’avantage judiciarisées, avec des sanctions plus sévères. 

Concernant les personnes étrangères, elles représentent presque un quart du total des personnes emprisonnées en France. Chaque année, la police interpelle 192 000 étrangers par contrôles au faciès. Par rapport aux personnes françaises, elles risquent 3 fois plus de passer en comparution immédiate, 5 fois plus d’être placées en détention provisoire, et 3 fois plus la prison ferme. ​​​​​​​

Nombreuses sont celles qui se retrouvent en circuit fermé entre centres de rétention et prison. Cela s’explique notamment par la criminalisation des stratégies de résistances mises en place par les détenus. Puis les liens entre les CRA et la prison se renforcent du fait de collaborations croissantes des préfectures et de l’administration pénitentiaire. 

En effet, la prison est l’occasion pour les préfectures de trier les personnes qui pourraient représenter une « menace pour l’ordre public » : motif fourre-tout et prétexte arbitraire afin de ne pas renouveler le titre de séjour d’une personne, voire de le lui retirer pour mieux l’expulser par la suite.

Les expulsions visent également et tout particulièrement les sortants de prison qui subissent ce qu’on appelle le double voire la triple peine : celle d’être enfermé en CRA après avoir été enfermé en prison et celle d’être déporté – parfois vers un pays qu’elles ne connaissent pas.

Les luttes des personnes concernées, notamment via le Comité national contre la double peine dans les années 1980-1990, avaient conduit à obtenir des protections contre les déportations. La loi asile et immigration de 2024 a marqué une importante régression en supprimant les catégories protégées pour faciliter les déportations des sortants de prison. 

Aujourd’hui, la lutte anticarcérale mobilise très peu. Il est nécessaire que cette question retrouve de l’écho afin de lutter concrètement contre les prisons, outil essentiel de l’État et de son système de domination capitaliste, patriarcal et suprématiste. La lutte anticarcérale passe par le soutien aux prisonniers et prisonnières, en mettant en lumière leurs résistances, individuelles ou collectives, trop souvent invisibilisées. 

Ni CRA NI PRISON NI EXPULSION
Solidarités avec toutes les personnes enfermées !

EXTERNALISATION DES FRONTIÈRES ET DES DÉPORTATIONS

Camp de migrants géré par l’Italie, situé dans un ancien camp militaire en Albanie

Depuis les années 2000, la France et l’UE externalisent leurs frontières dans certains pays du sud anciennement colonisés pour bloquer le départ des personnes vers l’Europe. Cette externalisation s’inscrit dans la politique impérialiste de l’UE. Des accords asymétriques sont passés sous forme de chantage, en coupant les « aides financières au développement» ou les engagements commerciaux si les pays ne coopèrent pas pour bloquer l’immigration. 

Cette «coopération » passe par le financement de formations policières, le renforcement des patrouilles aux frontières et la mise en place de camps dans ces pays. L’UE délègue ainsi la barbarie et s’en lave les mains. 

Les frontières tuent et représentent un business colossal pour les multinationales occidentales. Rappelons notamment le pouvoir grandissant donné à l’agence européenne Frontex avec un budget colossal de 5,6 milliards d’euros pour 2021‑2027. En 2024, l’agence a aidé les États membres à expulser plus de 56 000 personnes, marquant une forte augmentation par rapport à l’année précédente.
Une grande partie de ces déportations par vols charters, ont été organisées principalement à l’initiative de la France, l’Italie et l’Allemagne. 

Le pacte migratoire de l’UE et ce qu’il change 


Le Pacte migratoire européen adopté en avril 2024 est un ensemble de lois et de mesures actuellement en période de mise en œuvre par les États membres. Il rentrera en vigueur le 12 juin 2026.
Les mots d’ordre : identification, contrôle, fichage, filtrage, enfermement, expulsion.

Dissimulé derrière un charabia bureaucratique (procédure filtrage, asile territoire, asile frontière), il dévoile une novlangue cynique à base de « lieux adéquats » pour parler de lieux d’enfermement et de « mesures de solidarité active » ou « flexible » entre États pour le « parrainage d’expulsions » en cas d’arrivée massive de personnes.

Il durcit le contrôle aux frontières et complexifie les procédures de droit d’asile visant à filtrer, tracer et expulser rapidement les personnes jugées non éligibles. S’y ajoute un traitement désindividualisant des personnes, une augmentation des motifs d’enfermement et de leur durée (jusqu’à 24 mois de rétention), ainsi que des violences institutionnelles, psychiques et physiques.

Sur les délais d’enfermement, on peut également évoquer le cas des zones d’attente, lieux d’enfermements aux frontières, où les personnes pourront être enfermées jusqu’à 6 mois, contre 26 jours actuellement. Il s’agira alors d’ouvrir 615 nouvelles places contre les 300 actuelles. 

Le Pacte UE tend à généraliser le partage de données (empreintes, image faciale, identité et statut) entre États membres via des bases communes (Europol, Eurodac…) et accorde une place non négligeable à l’intelligence artificielle dans le triage des dossiers. Il permet d’élaborer un système commun de « gestion des retours » afin d’accélérer les expulsions.

L’enregistrement des données biométriques (à partir de 6 ans) va se systématiser. Le fichage s’applique à toutes les étapes du parcours, de l’accès au territoire jusqu’à la déportation. Il permet de vérifier la durée du séjour, contrôler, vérifier si les personnes peuvent constituer une «menace à l’ordre public», si elles ont une mesure d’expulsion, etc… Le profilage racial et l’IA transforment toutes les personnes, y compris les enfants, en suspects potentiels.

Le budget de la France en 2026 pour lutter contre « l’immigration illégale » est de 2,16 milliards – dont 508,5 millions d’euros sur la période 2025 – 2027 pour l’application du pacte migratoire.

La loi règlement retour adoptée le 9 mars 2026


Elle obligera les États membres à «détecter» les personnes en situation irrégulière à la manière de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement, police étasunienne chargée des expulsions), en généralisant les rafles et les dispositifs de surveillance. Quelques exemples du dispositif :

-Perquisitions policières dans des domicilessans mandat judiciaire, ainsi que dans des bureaux et lieux d’hébergement d’organisations humanitaires.

-Consécration et généralisation des opérations policières massives dans l’espace public comme le déploiement de 4 000 agent·es en France en juin 2025 pour mener, à grande échelle la chasse aux sans-papiers dans les gares routières et ferroviaires, afin de les arrêter et de les placer en rétention.

-Des obligations de signalement imposées aux autorités publiques et aux services sociaux. 

-Le profilage racial et surveillance technologique :  renforcer le contrôle au faciès des personnes des personnes racisées et généraliser le fichage via des bases de données communes

-Externalisation des déportations avec les « hubs de retour » l’UE prévoit des centres de détention situés hors UE, sans précision sur la durée ni le fonctionnement, pour les déportations de demandeur·euses d’asile. Il s’agit également de renvoyer les demandeur·euses d’asile vers des pays tiers « sûrs », avec lesquels le/la demandeur·euse n’a aucun liens.

Le Parlement européen a étendu la liste des pays tiers « sûrs » le 10 février 2026 :

Kosovo, Bangladesh, Colombie, Égypte, Inde, Maroc et Tunisie. Les dossiers des ressortissant·es de ces pays pourront ainsi être examinés de façon accélérée et leur expulsion effectuée plus rapidement.

Ces pays tiers sûrs serviront également à transférer les demandeur·euses d’asile débouté·es. Cette pratique, déjà testée en Italie avec l’Albanie, pourrait désormais se généraliser à tous les États membres. 

En effet, le 6 novembre 2023, l’Italie a conclu un « accord » avec l’Albanie en vue de délocaliser le traitement de la demande d’asile de certain·e·s ressortissant·es étranger·ères de l’autre côté de ses frontières – en échange de compensation financière et de l’intégration de l’Albanie dans l’UE. Il existe actuellement deux camps, à Shëngjin et Gjader. 

Évoquons dans la même logique, l’accord conclu entre le Kosovo et le Danemark en mai 2022, mêlant enfermement judiciaire et administratif. Accord qui prévoit d’ici à 2027 la location de 300 places de prison au Kosovo pour des détenu·es étranger·es condamné·es au Danemark et devant être expulsé·es après avoir purgé leur peine

Les prisonniers du centre de rétention de Toulouse transmette leur vidéo et appellent à la solidarité

Ils ont réussi à envoyer cette vidéo bien que les téléphones avec caméra soient interdits.
Ils demandent que leurs revendications et leurs résistances soient diffusées et partagées.
Soutenons-les ! Soutenons leur résistance qui crée des solidarités face à l’isolement et la déshumanisation des CRA qui est quotidienne dans ces prisons où les personnes sont humiliées, maltraitées et subissent les violences policières.

En France, on dénonce la violence de l’ICE, la milice de Trump, et ses camps pour étrangers. Mais ici aussi, on traque les personnes étrangères : la police interpelle 192 000 étrangers par an avec des contrôles au faciès. Et entre 40 000 et 50 000 personnes étrangères sont enfermées chaque année par l’État français dans les 27 CRA du territoire où règnent l’arbitraire policier et des conditions de détention indignes.

Force et soutien à toutes les personnes enfermées au CRA de Toulouse et ailleurs !
Ni CRA, ni prison, ni expulsions
A bas le racisme d’État et l’impérialisme 🔥

3000 places d’enfermement en 2027 ?

Actualité des projets de construction et des luttes contre les CRA

En 2023, après 40 ans de durcissement de lois anti-immigration et de politiques racistes, l’État français, a annoncé un grand plan d’augmentation des capacités de rétention administrative, afin d’atteindre 3000 places en 2027 en Centres de Rétention Administrative (CRA) et Locaux de Rétention Administrative (LRA).

Deux ans après ces annonces, où en sont les constructions et les luttes qui sont nées dans les villes concernées ?

Texte écrit conjointement par différents collectifs qui luttent contre les CRA/ LRA et le racisme d’État.

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Un prisonnier du centre de rétention de Toulouse a avalé des piles pour résister à sa déportation vers la Tunisie

Au lieu de le transférer à l’hôpital pour être soigné, il a été enfermé dans une cellule de l'infirmerie, à la merci des policiers qui l'ont frappé et insulté. 
Le médecin l'a vu 24h plus tard, lui a donnée des comprimés. Il a été remis dans sa cellule, il a actuellement encore les piles dans l'estomac.

Son témoignage
« Ils m’ont mis dans une cellule, je suis tout seul depuis hier. Ils m’ont dit « t’es un chien, tu restes comme ça sans rien, sans télé, ni chaussettes, ni claquette ». Le policier m’a frappé avec son pied, j’étais par terre parce que j’ai mal au ventre, il m’a dit « lève toi, arrête ton cinéma ». Ils m’ont pas ramené de couverture, j’ai très froid. Ils ont mis le plateau du repas derrière la porte. Je mange pas. Je vais mourir c’est mieux.

C’est pas une vie. Même la Cimade vient pas. La Cimade c’est pour la forme. Avec qui je dois parler ? L’infirmier il est comme le policier. C’est comme la garde à vue. Il m’a donné un gobelet pour faire pipi. Depuis qu’il m’a donné le médicament, j’ai mal au ventre, j’ai mal au pied, j’arrive pas à bouger. C’est pas normal, je suis pas un chien moi ! Ici y’a personne pour nous défendre, j’ai toujours pas vu le médecin, j’ai des piles dans le ventre, de l’acide ! J’ai un fil dans mon pantalon, je vais faire quelque chose pour mourir.

Avec le fil de mon pantalon, toute la nuit je me disais « maintenant… maintenant…maintenant » [pour mourir]. Je vois rien, je suis comme un chien. Je veux pas retourner au bled, je préfère être mort plutôt que de retourner au bled. Je vais reprendre des piles. Il n’y a pas de médecin, que des infirmiers. Je bois pas le verre qu’ils me donnent, j’ai pas confiance. C’est la police, c’est pas des médecins. Ils m’ont même pas donné mon téléphone, ils avaient peur que je le mange.
Si je retourne au bled et que je peux plus envoyer de l’argent à ma mère, on meure tous les deux. »

Après la visite du médecin qui l’a autorisé à retourner dans son secteur, il a demandé à la police de le sortir de l’isolement qui l’a insulté en retour: « ​​​​​​​La police il m’a dit « nique ta mère » c’est normal ça ? Qu’est-ce que j’ai fait moi ? »

Mise à jour le 28 janvier 2026

Samedi 24 janvier, les co-détenus de K. très inquiets de son état de santé, ont appelé les pompiers pour lui venir en aide car il avait de fortes douleurs au ventre et ne se nourrissait plus. La PAF a refusé que les pompiers interviennent leur indiquant que K. était sous surveillance et qu'il n'y avait pas d'urgence.

Après une mobilisation (1), l'administration du CRA a décidé de l'emmener à l'hôpital de Purpan faire une radio mardi 27. Le personnel de santé lui a fait une radio et rien d'autre, le médecin lui a dit : "je connais la prison, je travaille avec, tu fais du cinéma". "Les policiers étaient tout le temps là. Ils rigolaient" témoigne K.
Aucune explication de la part des médecins ne lui a été donné et K. a été ramené au CRA, toujours avec les piles dans le ventre. Il n'a pas eu accès à son dossier médical avec le résultat de la radio.
Le médecin du CRA a indiqué qu'il repassera une radio la semaine prochaine et lui a donné un médicament.

(1) https://www.mediacites.fr/breve/toulouse/2026/01/26/en-retention-pres-de-toulouse-il-choisit-davaler-des-piles-plutot-que-lexpulsion/
Mise à jour le 01 février 2026

K. est passé devant le Juge des libertés et de la détention (JLD) pour l'enfermement des 60 jours. L'audience a eu lieu dimanche 1 février. La juge a décidé de la libération de K. mais avec une assignation à résidence (AAR) de 45 jours avec signature au commissariat du lundi au vendredi (en attendant son expulsion)*.

Comme c'est souvent le cas, les personnes subissent une autre forme d'enfermement : l'AAR qui permet de les déporter à tout moment. La libération du CRA ne signifie pas que les mesures d'expulsion OQTF, IRTF, etc sont levées. Elles dépendent d'une autre juridiction, les recours se font au tribunal administratif ou au tribunal judiciaire pour les ITF (interdiction de territoire français)

Les mesures d'expulsion sont difficiles à lever (voir notre https://toulouseanticra.noblogs.org/files/2026/01/brochure-enfermement-au-cra-A5.pdf).

K. a toujours une OQTF (obligation de quitter le territoire) et une IRTF (interdiction de retour sur le territoire français) de 2 ans. Il risque donc à tout moment de se retrouver à nouveau enfermé en CRA puis déporter.

K. est sorti du CRA grâce à sa résistance au point de mettre sa santé et sa vie en danger. Sa résistance a été soutenue à l'intérieur et à l'extérieur et a poussé le préfet à annuler le vol prévu le 27 janvier.
K. a ainsi pu passer devant le JLD le 1 février.

A sa sortie du CRA, K., qui n'a pas de famille dans la région, s'est retrouvé sans argent, sans téléphone, dans la périphérie isolée où se situe le centre, toujours une pile dans le ventre : un clair prolongement de la maltraitance qu'il a subi, et que tous les détenus subissent, à l'intérieur.

Force à lui pour la suite !

* "...que la présente assignation à résidence est établie à son encontre le temps nécessaire à l'organisation de son voyage de retour vers son pays d'origine ou vers tout pays dans lequel il est légalement admissible et qu'il peut à tout moment être convoqué pour son départ dont le lieu et l'heure lui seront communiqués au moins un jour à l'avance..."