
Entrée du CRA de Cornebarrieu – Toulouse
Un appel d’offres publié par le ministère de l’Intérieur le 14 mars 2026
Il annonce la création d’une « annexe judiciaire » au sein du CRA de Toulouse, les travaux débuteront en mars 2027. Le marché porte sur l’aménagement d’une salle d’audience dans le centre de rétention administrative afin d’y tenir les audiences du juge des libertés et de la détention (JLD), chargé de statuer sur l’enfermement au CRA des personnes étrangères. Le document du marché public prévoit une enveloppe de travaux d’environ 1,08 million d’euros TTC.
Règlement de consultation : https://betterplace.info/files/2943532-reglement.pdf
Ce projet s’inscrit dans la loi « asile et immigration » de 2024 et prévoit donc la multiplication des annexes judiciaires au sein ou à proximité des CRA, notamment à Sète, Nîmes, Perpignan ou Toulouse. L’objectif est de déplacer les audiences hors des tribunaux, loin du regard du public, des proches, des soutiens pour renforcer l’invisibilisation des audiences concernant les personnes étrangères enfermées.
Aujourd’hui, il est encore possible de soutenir les personnes enfermées en CRA lors des audiences publiques du (JLD) au tribunal judiciaire de Toulouse. Des proches, soutiens, collectifs, associations, peuvent assister aux audiences et témoigner des conditions dans lesquelles cette justice d’abattage est rendue.
Le déplacement de ces audiences vers une annexe judiciaire directement installée au CRA de Cornebarrieu rendra cet accès beaucoup plus difficile. Situé au bout des pistes de l’aéroport de Blagnac, mal desservi par les transports en commun, le CRA est très isolé. Installer le tribunal au sein même du centre de rétention éloignera encore davantage les audiences du regard public, compliquera la présence des soutiens et renforcera l’invisibilisation des violences judiciaires et administratives subies par les personnes étrangères.
La violence que subissent les étranger·es n’est pas que policière ou carcérale, elle est aussi judiciaire. Les personnes doivent contester leur mesure d’expulsion dans un délai très court (48h) devant le tribunal administratif, tout en contestant par ailleurs leur enfermement au tribunal judiciaire devant le juge des libertés et de la détention (JLD).
Chaque jour, des dizaines de personnes comparaissent devant les différentes juridictions de France, les audiences publiques ont lieu tous les jours de l’année. À l’audience du JLD pour les étranger·es, les personnes comparaissent systématiquement en groupe, et le délibéré est lui aussi rendu collectivement en une fois, contrairement aux audiences de droit commun.
Il est difficile pour les personnes de se défendre : la plupart du temps, elles ont des avocat·es commis d’office, n’ayant pas les moyens de payer un·e avocat·e de leur choix. De plus les avocat·es de l’audience du JLD ont connaissance du dossier au dernier moment et il arrive qu’iels ne plaident pas du tout.

Audience en visio à Toulouse pendant le Covid
L’État investit ainsi des millions d’euros pour construire des CRA et alimenter le business du secteur du bâtiment – secteur qui emploie le plus de travailleur•euses sans papier surexploité•es.
Depuis plusieurs années, l’externalisation gagne du terrain dans les CRA. En 2021, un marché public de plus de 1,5 million d’euros est consacré aux escortes à Marseille, Nîmes et Toulouse. Par «escortes», il faut entendre les agents privés chargés de transférer les prisonniers du CRA au tribunal, comme c’est le cas à Toulouse.
Les entreprises impliquées appartiennent souvent à de grands groupes d’échelle nationale ou internationale, mais peuvent aussi être des entreprises de plus petite envergure, implantées localement. Ce sont ainsi des cabinets d’architectes comme celui de l’agence Patrice Chabbert (1) à Toulouse, qui se mettent au service de l’industrie de l’enfermement, en prison comme en CRA. En 2024, la maîtrise d’œuvre relative à la rénovation du CRA de Toulouse Cornebarrieu a été attribuée au bureau d’étude et d’ingénierie SETI, basé à Haute-Garonne. (2)
Pour assurer la gestion quotidienne d’une quinzaine de CRA dont celui de Cornebarrieu, c’est GEPSA (3)– qui appartient depuis peu au groupe Newrest, basé à Toulouse et présidé par Olivier Sadran, homme d’affaire local et président du TFC (Toulouse Football Club) – qui offre ses services à l’État pour des prestations dites d’ « hôtellerie » et de « restauration » ou encore d’ « escorte » à l’intérieur du centre. On retrouve ici le vocabulaire euphémisé utilisé par l’administration pour décrire la rétention – faisant écho à la novlangue néolibérale utilisée par l’entreprise GEPSA lorsqu’elle se décrit comme le « leader du Facility Management en site sensible », pour ne pas dire qu’elle est spécialisée dans la gestion logistique des lieux d’enfermement, CRA, maisons d’arrêt, centres pénitentiaires…
Depuis le mois de mars, la société Weesure assure l’accueil des visiteurs – visiteuses
Ce sont des agents d’une entreprise privée qui assurent l’« accueil » des visiteurs, c’est à dire : passage sous portique, palpations, fouilles poussées des sacs et des vêtements, retrait des chaussures, ouverture des objets personnels. Ces fouilles étaient auparavant réalisées par la police aux frontières. A présent, les identités des visiteurs-euses sont aussi inscrites dans des registres par les agent.es privés.
Cette externalisation s’inscrit dans le cadre d’un marché public du ministère de l’Intérieur, attribué pour plus de 3,4 millions d’euros et concernant plusieurs CRA, Marseille, Toulouse et Nîmes.
On en avait parlé dans un précédent article, la société Weesure qui a pour ligne directrice « la sécurité première des libertés ». Le choix de confier la gestions des visiteurs / visiteuses à une société privée est une réponse à la requête des flics. En effet, à chaque visite de député, ils se plaignent d’être en sous-effectif, justifiant ainsi les violences commises à l’intérieur. Résultat ? les flics auront désormais davantage de temps pour mater les prisonniers.
Elle révèle aussi la manière dont le contrôle migratoire est un marché. La sélection, la hiérarchisation et l’enfermement des étranger·es s’inscrivent dans un système raciste et capitaliste où entreprises privées, marchés publics et industrie sécuritaire trouvent de nouvelles sources de profit.
Ce recours au privé existe déjà dans d’autres CRA, notamment à Vincennes. Comme souvent dans la gestion de l’enfermement, les dispositifs testés localement finissent par être généralisés lorsqu’ils sont jugés efficaces — lorsqu’ils permettent d’isoler davantage les personnes enfermées et de renforcer le contrôle sur elles et leurs soutiens.
Les CRA tuent à l’abri des regards. Soutien à toustes les prisonnier.es !
Ni CRA ni prison ni expulsion !
(1) https://www.apcarchitectes.fr/realisation/centre-de-retention-administrative-aeroport-de-toulouse-blagnac-31/
(2)https://www.boamp.fr/pages/avis/?q=idweb:%2224-17507%22
(3) https://www.boamp.fr/pages/avis/?q=idweb:%2222-153277%22
https://www.gepsa.fr/qui-sommes-nous/appartenance-a-newrest/
https://www.newrest.eu/notre-gouvernance/
https://www.mediacites.fr/entreprise/toulouse/2025/01/20/olivier-sadran-le-centimier-enquete-dans-larriere-cuisine-de-newrest/
