« Les flics sont venus m’arrêter sur mon lieu de travail : un collègue m’avait dénoncé en disant que j’avais des faux papiers français »

Nous publions les témoignages de personnes enfermées au centre de rétention de Toulouse rencontrées au parloir en mai et juin 2026.

Concernant les déportations vers l’Algérie : cinq Algériens ont été déportés depuis la Haute-Garonne le mois dernier. Après plusieurs années de refus, le consulat algérien recommence, dans certains cas, à délivrer des laissez-passer. À Toulouse, le consul se rend au CRA régulièrement pour rencontrer ses ressortissants afin d’émettre ou non un laissez-passer qui permettra leur déportation si ces derniers n’ont pas de passeport valide. Cependant l’Algérie refuse que les personnes déportées soient accompagnées d’une escorte de policiers. Les escortes sont diligentées par la PAF pour contraindre la personne à partir et l’empêcher de résister. Celle-ci est bâillonnée, casquée et attachée afin d’éviter toute résistance à bord de l’avion. Dans ce cas, il arrive que le pilote décide de la faire descendre de l’avion, notamment lorsque les passagers se solidarisent avec la personne et protestent.

Le 12 juin le Pacte migratoire de l’UE est entré en vigueur et le 17 juin le loi Règlement retour a été votée par le parlement européen où des députés de droite et d’extrême droite ont scandé « send them back » pour se féliciter de l’adoption de cette loi raciste qui va considérablement renforcer la chasse aux personnes étrangères, leur enfermement et leur déportation.

Retrouvez notre article sur le Pacte migratoire et la loi Règlement retour sur le blog : https://toulouseanticra.noblogs.org/critiques/

Également les articles de Migreurop : https://migreurop.org/article3596.html?lang_article=fr

Témoignage de A.B. : « Je suis né au Maroc en 71 mais je suis en Italie depuis 96 et j’ai une carte de séjour longue durée depuis 2008. Aujourd’hui je vis dans le Tarn avec ma femme et mes enfants. Je travaille à l’Intermarché de Montauban, je suis préparateur de commande. Le 2 mars, les flics sont venus m’arrêter sur mon lieu de travail : un collègue m’avait dénoncé en disant que j’avais des faux papiers français. Ils m’ont amené chez moi et ils ont perquisitionné ma maison, ma femme et mes enfants dormaient, ils ont pris mon passeport marocain et ma carte de séjour italienne puis ils m’ont mis en garde à vue pendant 4H.
Après j’ai reçu une OQTF et une ITF d’un an. Ils m’ont dit que je passerais au tribunal le 18 juin. Mais d’ici là il fallait que j’aille signer à la gendarmerie tous les lundi, mercredi et vendredi. Un jour je suis allé signé et ils ont dit – on a un vol pour toi pour le Maroc, tu acceptes ? J’ai dit – non, j’attends mon jugement le 18. Puis le 22 mars, en allant signer, ils m’ont arrêté et ils m’ont enfermé au CRA. Ils ont recommencé – on a un vol pour toi demain pour le Maroc et moi j’ai dit – non, j’attends de passer devant le juge ! parce que tu passes devant le juge 4 jours après être entré au CRA. Maintenant ils m’ont programmé un vol pour le 12 juin et comme j’ai refusé les précédents, ils ont dit qu’ils allaient me mettre une escorte. Même si on m’envoie au Maroc, je retourne direct en Italie. Je leur ai dit – envoyez moi en Italie, j’ai mes papiers là bas ! mais ils s’en foutent. Tout ce que j’espère c’est qu’il vont me rendre ma carte de séjour italienne. »
A.B a finalement été déporté au Maroc le 12 juin, on ne sait pas si la préfecture lui a rendu sa carte de séjour italienne.

Témoignage de K.A. 
: « Depuis 2017 j’ai mal aux hanches mais on me dit que j’ai rien et je passe pour un fou. En 2019 je suis rentré en prison, en 2023 transféré à Muret jusqu’en 2026, j’ai jamais été soigné, juste ils m’ont donné du tramadol, tous les jours. Là ça fait 25 jours que je suis au CRA et que je demande à voir le médecin mais les flics ils me poussent et ils disent que le médecin il est pas là. Alors moi j’insiste tu vois ? J’insiste et d’un coup le médecin il est là, il apparait ! Je l’ai vu, il m’a pas consulté, pas touché, rien ! Juste il m’a posé des questions. Je lui ai dit que je voulais faire une radio, des examens, que j’avais le droit d’être soigné. Il a répondu – je suis chez moi, je fais ce que je veux. Il m’a donné un anti-inflammatoire ! Mais moi je peux pas marcher, j’ai mal tout le côté gauche ! C’est pas un médecin, c’est la mafia. Des fois j’ai trop mal pour aller manger mais les flics ils s’en foutent, ils disent que je refuse le repas. La Cimade j’ai été les voir, ils font rien, ils sont complices, ce matin ils m’ont répondu – on n’est pas dieu. »

Témoignage de O.C. :
J’ai fait un an de prison, c’était pire qu’ici, enfermé h24 dans une cellule minuscule avec deux autres gars. Ici tu vas tu viens, la cellule elle est grande. Quand je sors, je reste pas en France, je vais en Italie – y’a mon père et mon frère là bas. En Tunisie y’a rien, tu travailles toute la journée tu gagnes 50 dinar, tu sors, tu manges tu bois un coup : 60 dinar. Tu peux rien faire. Ils peuvent m’expulser, je reviens en Italie, je suis jeune, c’est pas la première fois, ils croient quoi ? Comment je suis arrivé ici ? J’ai pris un bateau, Tunisie – Italie. Le gars avec qui j’ai fait la traversée, il est resté, j’aurai du faire pareil, regarde où je suis moi ? on m’avait dit la France c’est bien, c’est mieux. J’ai vu la France et c’est pas bien : regarde où je suis ? »

Témoignage de I.L. : « Je suis arrivé en France à 15 ans, j’ai été pris en charge comme mineur isolé à Lyon, j’ai mon diplôme de CAP, j’ai des fiches de paie, j’ai tout mais ici ils s’en foutent ! A l’audience ils faisaient que répéter menace pour la France, menace pour la France. Moi j’ai tout fait pour être en règle.

A chaque fois que j’allais à la préfecture pour ma demande de titre de séjour j’amenais un CDI, une fiche de paie, à chaque fois ! Mais eux ils me donnaient un récépissé de trois mois puis ils mettaient 6 mois à la renouveler ! Alors l’employeur il voulait pas me garder, ils disaient ton récépissé il est périmé. Et ça pendant 4 ans ! Après je suis venu à Toulouse, j’ai été pris pour stup et maintenant ils me disent que je suis une menace pour la France. Je suis sorti de Seysses après 13 mois pour bonne conduite mais à la sortie ils m’ont amené direct au CRA.

Ça fait 6 jours que je suis en grève de la faim – je préfère être hospitalisé que rester ici. Ils sont pas humains les flics. Je mange pas et ils me disent que je suis un comédien. Quand j’ai eu ma première audience, ils m’ont pas ramené au tribunal l’après midi pour connaitre la décision du juge. Puis le lendemain ils m’ont donné un papier qui disait que je prenais 26 jours supplémentaires. Et là où j’étais censé signé, y’avait écrit – refus de signer, avec la date de la veille. Mais j’ai rien refusé moi, je l’avais même vu le papier – tu vois comment ils font ici ? Comme l’OQTF ! Il me l’ont mise quand j’étais en prison sauf que je l’ai jamais reçue. Pourtant je recevais le courrier des impôts qui me disait que j’avais pas payé ceci cela. Alors pourquoi j’ai pas reçu le refus de titre de séjour doublé de l’OQTF ? Pour pas que je conteste ! Parce que t’as que 48H pour contester. Je suis déprimé.

Y’a des gars ici qui sortent parce qu’ils ont aucun papier, rien, la préfecture les trouve pas. C’est injuste. Moi j’ai tout alors ils me gardent pour m’expulser dans mon pays d’origine, en Côte d’Ivoire. Y’a beaucoup d’Algériens ici et je sais pas c’est quoi les accords entre l’Algérie et la France mais les gars ils font trois mois et il sortent et ils reviennent à nouveau et ils sortent. C’est quoi l’histoire ?
Comme si la France elle avait pas de lien avec la Côte d’Ivoire ! 80% des richesses de la France elles viennent de la Côte d’Ivoire ! Et c’est comme ça qu’on nous traite aujourd’hui ? »

Témoignage de L.R. à propos de la résistance de H.F. à sa déportation en Algérie, prévue 3 jours avant qu’il arrive au terme de ses 90 jours d’enfermement, et alors qu’il avait déjà résisté à plusieurs tentatives de déportation : « Il a pris des médicaments dangereux. Après, il était dans la chambre, il est resté comme ça… Il était malade beaucoup parce qu’il a pris un médicament dangereux, comme ça il part à l’hôpital, et il peut pas partir en Algérie direct. Après, la police est venue chez lui le matin, et l’a ramené direct. Facile, comme ça ! Il n’est pas revenu, il est plus là. »