« Ils veulent nous laisser ici, c’est raciste, c’est tout. »

Le centre de rétention administrative (CRA) de Toulouse est comme toujours bien rempli. Les prisonnier.e.s témoignent depuis les différents secteurs du centre pour faire connaître les conditions d’enfermement et les acharnements racistes de l’État qu’iels subissent.
Des algérien.ne.s sont enfermé.e.s alors qu’il n’y pas d’expulsions vers l’Algérie qui ne délivre pas de laissez-passer depuis la fermeture de ses frontières en raison du Covid.

 

J : « Y’a pas d’avion pour les algériens et rien que dans ce secteur on est plusieurs, ils ont pris 28 jours et 60 jours, Y’a plein d’algériens dans le centre pour rien… Je suis marié et père d’une fille de 3 ans, elles sont françaises et je suis en France depuis 2016.  Ils veulent nous laisser ici, c’est raciste c’est tout. »

L : « On nous traite comme des chiens ici, les policiers ils font des gestes bizarres, on veut se couper les cheveux, c’est eux qui choisissent qui va se couper les cheveux. Tout est comme ça, le manger est dégueulasse, on mange du pain avec de la mayonnaise, on a faim.

Les gens ici sont loin de leurs enfants, y’a des pères de famille ici, pour les visites avec l’enfant il faut faire une demande, il faut demander à la Cimade. On dort pas de la nuit ici, on a des problèmes dans la tête, après ils viennent rajouter des problèmes, des propos racistes. On a parlé à la cheffe, on verra si ça va changer.
On demande qu’ils arrêtent de nous chauffer la tête, il faut pas fatiguer les gens ici.  Ils nous prennent la tête avec tout. Il faut qu’ils laissent les enfants rentrer.

Y’a des caméras ici vous pouvez demander à voir les caméras pour voir ce qui se passe. Je veux pas en rajouter, je dois régler ma situation. »

Plusieurs personnes d’un même secteur :
« Ici c’est pire que la prison. La liberté, c’est un truc énorme. Ils n’arrivent pas à expulser, mais avec la nouvelle loi maintenant on peut faire 90 jours, c’est pas bien ça. La plupart de nous, on vient de loin, Lyon, Marseille, on peut pas avoir de visites. »

« Nous, les musulmans, on mange végétarien. La dernière fois, ils n’ont pas voulu me donner mon argent pour manger dans la cellule. Mais même un truc sucré, dehors ça coûte 30ct, ici c’est 1€. »

« Ils sont racistes, la police ici ils ne respectent pas »

« Quand je suis venu ici, ils m’ont mis 6 jours au cachot, tu sors pas, enfermé 24h sur 24, tu sors juste pour aller aux toilettes deux fois. »

« Ici c’est dangereux ! Viens ici vérifier, ici c’est dangereux, ici il n’y a pas de liberté. Même le manger, ils donnent de la merde. Il y a des rats, il fait froid. Ils disent non pour la couverture. »

« Ici on est comme des animaux. 60 jours c’est long, on n’a pas de draps, pas de couverture. La dernière fois je voulais une couverture en plus, il m’a dit non. Pas de vêtements, pas d’argent, quand on va voir le juge. Moi j’étais en prison, à Rodez, c’était mieux pour rester. Il n’y a pas de cigarette. »

M : « Je n’ai pas mangé depuis 4 jours, c’est vraiment pas possible de manger, ici c’est pire que la prison. En prison ils te donnent la gamelle c’est mieux que le manger là. Il y a la machine, tu peux prendre du coca, des biscuits ou des chips mais au bout de 3 jours la machine y’a plus, les gens achètent.

Il y a des policiers qui nous cherchent pour tomber dans leur jeu, quand je suis revenue du parloir avec mon frère, la policière me parle mais je comprends pas, je lui dis je comprends pas, elle me dit, me prends pas pour une con. Elle me dit je rigole pas avec toi, je lui dis j’ai rien fait, j’ai fait ce que tu m’as dit. J’ai rien dit après pour qu’elle me laisse tranquille. L’autre fois un flic m’a dit plusieurs fois, toi tu vas partir à Lagos. Je sais pas pourquoi il me dit ça. »

S : « Ici c’est pire que la prison. La liberté, c’est un truc énorme. Ils n’arrivent pas à expulser, mais avec la nouvelle loi maintenant on peut faire 90 jours, c’est pas bien ça ». « Si tu peux, la plupart de nous, on vient de loin, Lyon, Marseille, on peut pas avoir de visites. »

E : « Je suis de Lille, je suis venu travailler dans les vendanges à Montauban. Ils m’ont mis 2 jours en garde à vue et après ici. J’étais venu dans le sud pour travailler un mois. ça fait 11 ans que je suis en France. J’ai vu une femme guinéenne qui a fait 90 jours ici…
ça fait 35 jours que je suis ici, un mois ici c’est comme 6 mois en prison. La bouffe est dégueulasse, le petit-déjeuner à 7h, si tu le rates, tu attends jusqu’à 11h30 et ensuite le diner à 19h, entre temps rien, que des saletés dans les distributeurs, c’est pas de la nourriture ça, on mange des bonbons nous ?

On dépense 10 euros par jour, y’a pas de chauffage. Tu peux pas dormir le soir, tu es toujours en stress y’a pas de droits ici. Y’en a qui crient le soir, les gens deviennent fous.

Y’en a qui ont des cartes de séjour, un a fait 12 ans de prison et ils le ramènent ici, ça suffit pas 12 ans de prison ? Sa vie est ici, il a sa famille, une promesse d’embauche… Avec les élections ça tombe sur nous les étrangers »

A :  « Tout le monde, il prend des cachets pour dormir. Et ça c’est injuste. Quand tu as des problèmes pour dormir, le médecin il donne des trucs, normal, comme ça.
Moi je lui dis, vous êtes généraliste. Dans mon cas il faut des spécialistes. Mais on est tellement enfermés, ils veulent pas. Un des médecins, il m’a dit « on n’est pas là pour ça ».

C : « Je suis arrivé en france mineur à 14 ans, j’étais scolarisé à Montauban, j’ai passé un CAP,  j’ai eu des papiers et le  31 août dernier, ma carte était finie, ils m’ont donné rdv le 14 et le jour où je vais à la préfecture pour le rdv, je suis arrêté à la gare de Montauban, ils m’ont menotté et m’ont emmené au comissariat 3 heures et ensuite ici au centre. Et je découvre que j’ai une OQTF.
Le juge m’a donné 28 jours une première fois puis encore 30 jours.

Mon ambassade a refusé de donner le laissez-passer, la consule ne comprend pas pourquoi je dois être expulsé.

Alors ils ont dit ils vont demander à la Centrafrique, au Sénégal ou à la Côte d’Ivoire de m’accepter. Je leur ai dit vous avez mes papiers guinéens, la photocopie du passeport, l’extrait de décès guinéen de mes parents je vais pas rentrer dans un pays qui n’est pas le mien….

J’ai travaillé à Toulouse, j’ai fait les travaux à l’université Paul Sabatier, j’ai tous les contrats de travail. Je leur ai dit laissez moi partir si vous voulez m’expulser, je vais aller dans un autre pays mais ne me laissez pas enfermé ici.

ça sert à rien que je combatte ici pour rien si dans 5 ans je me retrouve encore comme ça, c’est pas la loi ça.

A Toulouse c’est pas net pour nous les noirs, on donne des certificats, des attestations, des contrats pour rien, ils sont racistes contre les noirs ici. »

Grève de la faim de prisonniers au CRA de Toulouse

Suite à de nombreuses arrestations la semaine dernière, notamment jeudi 1er avril, le centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu Toulouse a été rempli.
Des prisonniers sont en lutte pour dénoncer les conditions d’enfermement et ont débuté une grève de la faim vendredi 2 avril dans un des secteurs.
Voici leurs témoignages qu’ils demandent de diffuser :

D : « J’appelle du CRA parce que on a commencé une grève de pas manger depuis 24h :
– A cause de la bouffe qui est pas mangeable ;
A cause du Covid, on est 25 dans le secteur et des fois deux par chambre, c’est pas normal avec le Covid ;
A cause de l’hygiène qui est pas fait dans les douches, les WC, les couloirs, partout, ils passent juste une serpillère c’est tout ;
A cause des policiers, ils nous provoquent, ils nous cherchent

La bouffe est pas mangeable alors on a décidé de plus manger. C’est vraiment dégueulasse, et ça pue ! C’est pas qu’ils nous donne que des trucs pas pour les musulmans, mais ça pue, même eux ils pourraient pas le manger.
Ils disent qu’ils mangent la même chose, mais j’y crois pas, ils ont leur

bouffe à eux ! Pourquoi eux et pas nous ?

C’est pire qu’en prison ! Moi, je suis pas allé en prison, mais ceux qui en sortent le disent : c’est meilleur à la prison et tu peux avoir des colis, ils contrôlent et
c’est tout ! Les policiers disent que c’est les mêmes repas que dans les avions ! C’est pas possible, personne voudrait manger ça, même pas un chien ! Ils veulent pas qu’on se fasse apporter des choses de l’extérieur avec notre propre argent, on a fait une collecte…ils ont peur de quoi ? D’une bombe dans les pizzas ?

Quand quelqu’un se fait apporter au parloir quelque choses de bon à manger, on a seulement le droit de manger dans le parloir, pas le droit de prendre dans le secteur, C’est pas des armes ! C’est que de la bouffe !

On mange un peu de pain, un peu de fromage pour tenir, c’est tout, pour tenir quand même, on veut pas tomber !

ça sent la pisse dans les toilettes, les douches, les couloirs, les dames passent juste une serpillère, c’est tout ! Les douches, les lavabos, les WC sont pas nettoyés, et les murs c’est grave sale ! C’est dégueulasse !

Et y en a qui se grattent ! C’est la gale ou quoi ? Des punaises ? J’en sais rien mais on se grattait pas avant ! Ils en ont rien à foutre !

Quand on demande un truc, quand on dit que la bouffe est pas mangeable, il nous parlent mal, il parleraient pas comme ça même à leur chien, et ils nous poussent de l’épaule… C’est pour la provoc, ils nous cherchent, on dirait qu’ils veulent nous faire bouger, nous faire dégoupiller et y a pas intérêt à bouger !
C’est pas normal qu’ils nous touchent comme ça, pour rien, ils nous poussent à bout !

F :
Ça fait 40 jours que je suis ici, j’ai perdu 10 kilos. C’est immangeable : quand on lève le plastic, ça sent une odeur de ouf , une odeur bizarre. On le dit à la police, ils disent : « c’est pas nous qui faisons le manger ».

J’ai vu le médecin, il a vu que j’ai maigri, ça l’a étonné, je lui ai dit que j’arrivais pas à manger, il m’a dit : « je peux rien faire, c’est pas moi qui dirige le manger ».

Et même dans les visites, quand on t’apporte un tacos ou un sandwich, tu peux manger mais seulement sur place, dans le parloir, c’est tout, tu peux rien rentrer. Et même quand on nous apporte des choses emballées, en papier, pas en métal, ils en prennent la moitié ou plus, il reste deux trois choses, ils nous disent « on peut pas faire rentrer de la bouffe ! » Comment on va faire? Y a pas beaucoup d’argent ici ?  Comment ça va se passer ? On va crever de faim ? On mange que du sucre, on bouge pas…On va tomber malade ou quoi ?

Hier, mon oncle m’a apporté un Tacos, le policier a pas voulu même que je le mange sur place devant lui ! Je luis ai dit : « je le coupe en deux devant vous pour que vous voyez ! », il a pas voulu… Tout ça c’est pas bien ! C’est pas bien pour moi, mais c’est pas bien pour ceux qui vont venir après.

C’est vraiment dégueulasse, y a même des saletés dans les plats, des trucs tu sais pas ce que c’est, des cheveux des fois : tu vois ça : tu peux plus manger ! Vraiment c’est pas humain ! On va pour manger, on a envie de manger : on regarde le plateau, on sent et t’es déçu, t’as plus faim, c’est pas mangeable !

Et les policiers qui disent « mange ou crève ! ». On demande pas grand-chose ! Y a un truc pas normal : y a un policier qui laisse rentrer de la bouffe et pas l’autre : ils ont pas la même loi entre eux ? C’est quoi ça ?

Y a bien un distributeur, mais y a que des trucs sucrés et du café, c’est tout ! On mange du sucre, c’est pas bon pour la santé, et on bouge pas, on fait pas de sport, c’est l’ennui total, c’est pas bon pour la santé !

A Paris, ils ont fait la grève de la faim et ils ont obtenu de pouvoir faire rentrer des trucs à manger : on va essayer aussi ! »

Violences policières au CRA de Toulouse et peines de prison pour des refus de test Covid

Avec la fermeture des frontières, certains pays acceptent les expulsions de leurs ressortissant.e.s, si les personnes ont effectué un test PCR négatif récent.  Dans les CRA, les personnes qui refusent les tests sont poursuivies au pénal pour « soustraction à une mesure d’éloignement » et sont condamnées à plusieurs mois de prison avec souvent une interdiction de territoire (ITF), alors que le code de la santé publique exige le consentement de la personne pour la réalisation des tests.

Les juges font donc ce qu’ils veulent !

Sorties de prison, les personnes sont ensuite à nouveau enfermées au CRA, parfois pour la durée maximale de 90 jours, elles se retrouvent ainsi en circuit fermé entre CRA et prison pendant des mois !

Le témoignage de deux prisonniers :

A : « J’ai passé 3 mois au CRA de Lyon. J’ai refusé le test PCR. Ils m’ont fait passer au tribunal et j’ai fait 3 mois de prison. Après ma sortie de prison, ils m’ont envoyé au CRA de Cornebarrieu… Ici, y a quelqu’un qui fait la grève de la faim depuis 20 jours, il est dans sa chambre, il bouge pas…On va voir avec les autres ce qu’on fait, si on se met en grève aussi ? Il est tout seul… Il est là, je te le passe… »

« Ils sont arrivés à plusieurs, ils m’ont balancé sur le lit et ils m’ont scotché aux genoux et au torse, je pouvais plus bouger »

L : « Je suis en grève de la faim depuis le 11 février… Suis déjà venu en France en 2019, reparti et revenu… En août 2021, je suis arrivé à Lampedusa, ils m’ont mis sur le bateau pour la quarantaine. A ma sortie, le test covid était négatif. Le 25 septembre je suis allé à Vintimille, pour partir en Allemagne pour voir mon fils. Avec d’autres, je suis monté à l’arrière d’un camion pour le voyage. On a été contrôlé sur l’autoroute du côté de Nîmes. On nous a emmenés au commissariat puis au CRA de Nîmes, j’y suis resté 2 mois ½.

Le 19 octobre, ils ont voulu me mettre dans un avion à Marseille pour le pays, mais le commandant a pas voulu que je monte parce que j’avais pas un test-covid récent. Je suis pas parti. Ils ont voulu remettre ça 15 jours plus tard et j’ai refusé le test. Ils m’ont emmené au commissariat puis au tribunal, en comparution immédiate, et là j’ai pris 3 mois de taule, plus une ITF de 10 ans ! Je suis sorti de prison le 11 février, et c’est là qu’ils m’ont envoyé au CRA de Cornebarrieu Toulouse.

Au CRA de Cornebarrieu, j’ai été isolé pendant 14 jours, tout seul au Secteur C, car j’ai refusé de passer le test Covid. Et le 23 février, j’ai eu une agression : ils m’ont proposé un repas et j’ai refusé, et puis j’ai fait un malaise, je mange pas depuis le 11 février !… Y en a un qui a dit « on peut pas le laisser comme ça, il faut pas qu’il reste tout seul : c’est soit l’infirmerie, soit l’hôpital ! ». Ils m’ont pris la tension, le cœur et la glycémie.

Et puis, ils m’ont mis à l’isolement et m’ont pris mon téléphone, mes claquettes et mes sous. Moi, je voulais appeler ma mère et mon frère pour leur dire… Après , j’ai commencé à taper ma tête contre le mur, mais pas trop fort, j’ai pas de bleu, pas de blessure…y a qu’à voir sur la caméra, j’ai pas tapé fort…

Alors ils sont arrivés à plusieurs, ils m’ont balancé sur le lit et ils m’ont scotché au genoux et au torse, je pouvais plus bouger, ils m’ont mis un truc sur la tête, et y en a un qui m’a mis son genou sur le ventre et ses mains sur ma gorge ! Je pouvais plus respirer, j’ai cru que j’allais mourir, j’ai commencé à pleurer… Ils sont partis.

J’ai attendu un moment et j’ai sonné, et j’ai dit « je suis calme, s’il vous plaît, détachez-moi ! J’arrive pas à respirer !» Je venais de faire un malaise et au lieu de me soigner, ils m’ont attaché ! C’est Pas normal ! Ils sont venus, et ils m’ont détaché, y en a un qui a dit « Ici, vous êtes pas le roi ! Tu manges pas ? Nous, on va manger ! ». Je leur ai demandé mon portable pour appeler. Une heure après : ils m’ont redonné mon portable, ils m’ont donné une cigarette et après j’ai pu appeler mon frère. Je lui ai tout dit, alors après, il a appelé la Mairie :  « on peut rien faire ! », la Préfecture : « on peut rien faire ! » et les Droits de l’Homme : ils l’ont écouté…..Moi, j’ai demandé la Cimade, ils m’ont dit : « Ils sont pas là, ils sont parti déjeuner ! » c’est vrai, c’était entre midi et 13h….Et le lendemain, ils m’ont transféré au Secteur E avec les autres.

Le 24 février, Je suis allé à la Cimade, les Droits de L’Homme  avait déjà contacté la Cimade, ils m’avaient appelé avant et je leur avais tout raconté. La Cimade s’est occupé de me trouver un avocat qui devait venir me voir le 29 février, et finalement, il a décommandé. La Cimade m’en a trouvé un autre que j’ai eu au téléphone, et qui m’a dit de rencontrer le chef du CRA pour la plainte. Je l’ai fait, je l’ai vu le chef du CRA, et il m’a dit « Laisse tomber, ça sert à rien ! »

Le problème c’est que depuis l’agression, j’ai mal au dos et j’ai jamais eu mal au dos comme ça ! Je marche tordu, je peux plus marcher comme tout le monde !  J’ai jamais réclamé pour mon dos ! Ils ont qu’à regarder les dossiers médicaux du CRA de Nîmes, de la maison d’arrêt, j’ai jamais réclamé pour mon dos jusque-là !

J’ai encore demandé à porter plainte. Alors le lendemain, ils m’ont emmené à l’aéroport. Là-bas, ils me disent qu’ils veulent faire une audition, et je leur ai dit  » une audition ? Mais pourquoi ? Vous n’avez pas le droit ! Si vous voulez une audition, je suis pas contre, mais il faut appeler mon avocat ! Je suis pas venu ici pour une audition mais pour porter plainte ! En plus, je n’ai rien à cacher, vous savez déjà tout sur moi »…

En plus ils se sont trompés sur mon nom. Et je leur ai dit : « vous posez des questions bêtes alors que vous avez déjà tous les renseignements sur moi ! « . Je suis resté longtemps avec eux, j’ai vu qu’ils se sont un peu énervés. Y en a un qui a tapé avec son pied dans une poubelle qui était là et il a dit : « Ta plainte, elle va finir là, dans la poubelle ! » Finalement, j’ai pu déposer ma plainte. J’en ai gardé une copie, l’originale est parti à la police et j’ai envoyé une copie à la Police des polices et aux Droits de l’Homme ; il manquait juste les journalistes… J’ai demandé à la Cimade , ils m’ont dit :  » c’est ton droit ! …. » 

Moi, je connais pas de journalistes. Avec la plainte et pour mon dos, ils m’ont envoyé chez un médecin légiste qui m’a posé des questions, m’a examiné, il m’a dit « pourquoi tu manges pas ? », il m’a trouvé maigre ! Mais j’ai surtout grave mal au dos ! Il a passé des radios et a trouvé une maladie osseuse d’enfance, une « ostéopathie » ou quelque chose comme ça ?  « C’est pas grave ! » il a dit. Oui, mais moi, j’ai jamais eu mal au dos comme ça, c’est pas normal ! Même avec cette maladie d’enfance, j’ai jamais eu mal au dos ! 

Je lui ai demandé le certificat, et il n’a pas voulu me le donner alors que la Cimade et l’avocat m’avait dit de le rapporter. C’est sur les caméras comment ils m’ont poussé sur le lit, scotché et étranglé ! »

L. passera devant le juge des libertés et de la détention (JLD) le 13 mars au bout des 30 jours déjà passés au CRA de Cornebarrieu Toulouse. Sa rétention peut se prolonger jusqu’à 90 jours.

Solidarité avec les prisonnier.es qui subissent le racisme d’État et luttent à l’intérieur de ces taules !

Journée de lutte contre les violences d’État

Journée d’action samedi 20 mars 2021 pour protester contre les violences policières, carcérales, judiciaires, pénitentiaires et islamophobes.

Dans le cadre des journées internationales contre les violences policières (15 mars), pour l’élimination des discriminations raciales (21 mars) et suite à l’appel national lancé par des familles de victimes et des blessés, le Comité Vérité et Justice 31, la Case de Santé, Grisélidis, le Jeko, Toulouse Anti Cra et Révolte Décoloniale appellent à se rassembler à Toulouse le samedi 20 mars 2021 afin de protester contre les violences policières, carcérales, judiciaires, pénitentiaires et islamophobes.

Rendez-vous à partir de 13h12 au métro Capitole.

À partir de 15h30, retrouvons-nous à la Case de Santé, place Arnaud Bernard, pour se rencontrer, discuter et envisager la suite de la mobilisation ensemble.

Vérité et justice pour toutes les victimes des violences d’État et du racisme structurel.

Arrestations de personnes sans papiers sous le nez de la Croix Rouge française du Grand Ramier à Toulouse

Depuis des années, on assiste régulièrement à des arrestations de personnes sans papier à proximité du centre social du Grand Ramier à Toulouse. C’est là que les personnes sans logement stable sont domiciliées, à la Croix Rouge française, quand elles ont besoin d’une adresse pour leur courrier administratif.

La police piège les personnes utilisant ce service et procède à des contrôles d’identité qui peuvent conduire les étranger·e·s sans papiers à une garde à vue, au centre de rétention administrative (CRA) ou à la prison.

Les contrôles coïncident avec les horaires d’ouverture du service de domiciliation de la Croix Rouge, nombreux sont les témoignages venant des personnes concernées et des collectifs solidaires qui relatent les arrestations par des policiers en civil sur l’avenue du Grand Ramier, à proximité du pont Saint-Michel, au retour de la prise de courrier (1). Les contrôles sont permis par des réquisitions récurrentes (2) du Procureur de la République qui ciblent les personnes étrangères.
En effet, les périmètres des réquisitions et les horaires incluent le centre social du Grand Ramier, les infractions recherchées sont notamment les « maintien irrégulier d’un étranger » et « l’aide au séjour ». De plus, ces réquisitions sont généralement adressées aux services de la Police aux Frontières (PAF), ce qui démontre l’intention première de ces contrôles d’identité.

Nous, collectifs de personnes concernées et de personnes solidaires, dénonçons cette politique de rafles. Nous avons alerté l’antenne locale de la Croix Rouge française afin qu’elle prenne position publiquement. L’antenne locale s’est défaussée sur la direction nationale de la Croix Rouge française, et c’est sans surprise que nous sommes resté·e·s sans réponse depuis le 17 septembre 2020. Depuis des années, la Croix Rouge est le premier témoin de ces arrestations sans jamais avoir condamné cette situation ni agi d’une façon ou d’une autre.

Ces pratiques ignobles parmi beaucoup d’autres, qui se déroulent aux portes de la Croix Rouge, sont l’expression du racisme d’État et des politiques de chasses aux étranger·e·s de plus en plus féroces, dans un contexte d’islamophobie, de négrophobie, de rromophobie… où les personnes racisées sont considérées comme de potentiels ennemis de l’intérieur.

Les persécutions ont lieu partout sur le territoire, comme à Calais avec l’interdiction de distribution de nourriture pour les associations non-mandatées par l’État ou encore à Rennes avec des arrestations ciblées autour des centres de distribution alimentaire.

Par son absence de réaction et sous couvert de ses principes de neutralité, d’humanisme et d’indépendance, la Croix Rouge se rend complice de l’arrestation des personnes étrangères.

Face à ces institutions complices, face aux politiques racistes et sécuritaires, construisons des solidarités contre les violences d’État, organisons la riposte !

Le Collectif Russell
La CREA
La Perm 31
Toulouse Anti CRA

Contact presse : ripostegrandramier@riseup.net

(1) Carte de la zone du Grand Ramier

(2) réquisition du Procureur de la République et procès-verbaux de vérification du droit de circulation ou de séjour


Contrôles avenue du Grand Ramier

Rassemblement samedi 19 décembre à 14h devant le CRA de Cornebarrieu Toulouse

POUR L’ABOLITION DES PRISONS POUR ÉTRANGER.E.S !

Le 18 décembre, pour la Journée internationale des migrantEs, nous rejoignons les collectifs de sans-papiers et tous leurs soutiens pour un acte 4 : continuer la lutte pour la régularisation de toutEs les sans-papiers, la fermeture des centres de rétention administrative (CRA) et le logement pour toutEs.

Les images du démantèlement du camp à Saint-Denis et de la répression policière lors de la manifestation des exiléEs place de la République à Paris donnent à voir comment l’État traite les personnes vulnérables, sans abri. Mais loin des caméras, la répression est le quotidien des exiléEs, notamment à Calais.

Cette violence policière et ce racisme d’État s’exercent sur les sans-papiers partout, tout le temps : dans les rues, les camps, les squats, et dans les CRA. Les CRA sont des prisons pour étrangerEs, où les personnes y sont humiliées, déshumanisées et violentées par l’État.

Cette violence policière et ce racisme d’État s’exercent depuis des décennies sur les populations précaires et racisées. Appliquant une doctrine coloniale du maintien de l’ordre dans les quartiers populaires, la police harcèle, insulte, humilie, frappe, mutile et tue.

Il s’agit ainsi de soumettre les populations : de les invisibiliser, de les maintenir à la marge et dans la précarité, de permettre leur exploitation. Les CRA ont une fonction comparable, ils ne servent pas qu’à expulser et punir les sans-papiers, mais aussi à les faire vivre sous la menace permanente de l’enfermement et de l’expulsion, afin de les maintenir corvéables et invisibles, d’en faire une main d’œuvre délocalisée à l’intérieur du territoire.

La fuite en avant autoritaire et fascisante de l’État s’accentue avec la loi de « sécurité globale », tandis que la « loi confortant les principes républicains » (ex-loi contre le « séparatisme ») affiche une islamophobie d’État totalement décomplexée. Ces lois alimentent l’imaginaire d’un ennemi de l’intérieur qui est à contrôler, enfermer, expulser, à la suite des lois sécuritaires et racistes qui ont précédé et se sont empilées au fil des ans.

Sous le prétexte d’une « lutte anti-terroriste », l’État s’attaque depuis des années à toutes les personnes musulmanes ou supposées telles. Avec la décision récente de dissoudre le CCIF sur la base d’accusations fallacieuses, il cherche aussi à désarmer les luttes contre l’islamophobie, la résistance et l’auto-organisation de celles et ceux qui subissent le racisme d’État.

Contre cet État raciste, contre sa police, nous opposons une auto-organisation émancipatrice, décoloniale, anti-impérialiste et antiraciste, nous nous joignons aux collectifs de personnes concernées qui organisent la défense et la riposte.

Nous soutenons les luttes que les personnes enfermées mènent à l’intérieur des CRA, elles exigent leur libération et la fermeture de tous les CRA en France.

En solidarité avec les personnes sans-papiers emprisonnées au CRA, venez le samedi 19 décembre à 14h ! Notre collectif organise un covoiturage, n’hésitez pas à nous contacter au 07 51 37 96 57.

Papiers pour toutEs ou pour personne, ni prison, ni CRA, ni expulsion. À bas le racisme d’État ! À bas les frontières !

 

Au CRA de Cornebarrieu Toulouse, les prisonniers du secteur A ont été violemment réveillés pour une fouille. LA PAF a emmené 2 personnes en garde à vue.

Mardi 8 décembre, la PAF a violemment réveillé les prisonniers du secteur A, du centre de rétention de Cornebarrieu en banlieue toulousaine. Ils les ont sorti de leur chambre et ont fouillé leurs affaires. Un des retenus raconte : « Ils nous ont fouillés comme des animaux. Ils ont cassé des téléphones et ont tout balancé par terre… On a été privés de sortie [du secteur à l’intérieur du CRA]. On ne peut pas aller chercher des cigarettes ni aller voir la Cimade ».

La police prétexte une tentative d’évasion alors que personne n’a été retrouvé dehors. Ils ont sorti du secteur deux personnes (dont un qui est parti « en short » sans qu’on lui laisse le temps de s’habiller)

« La porte était grande ouverte, personne n’est sorti. L’équipe de nuit a mis une heure ou même une heure et demie à venir voir la porte et à constater qu’il ne manquait personne. Ils ont relevé les empreintes sur la porte : ça n’a pas de sens vu que tout le monde la touche. Ils vont trouver leurs propres empreintes. »

Tout au long de la journée la présence policière a été massive au secteur A et aux abords du CRA. La PAF patrouille même sur les pistes de l’aéroport qu’on voit derrière le grillage depuis le secteur A. «D’habitude c’est pas autant ». «On aurait dit qu’on avait fait un braquage, un attentat».

« On est juste enfermés parce qu’on est en situation irrégulière. T’es la, t’as rien fait. On a pas commis un délit : même si on s’était vraiment évades ce serait trop »

Finalement, les retenus ont obtenu qu’on les laisse sortir du secteur au moins pour aller voir la Cimade (qui leur fait du conseil juridique) en insistant auprès de la police. « Ils ont cédé parce qu’on leur a fait un boucan ».

On a appris que les deux personnes embarquées ont été gardées à vue dans un commissariat voisin, puis déférées, mais on n’en sait pas plus sur leur éventuel procès, transfert…

Tout ceci s’ajoute aux conditions de détention déjà difficiles en temps normal et qui ont empiré dernièrement :

Depuis deux semaines le secteur A n’arrive pas à accéder a l’OFII, ou ils peuvent acheter des cigarettes, des recharges téléphoniques… Ils sortent les avant-derniers en promenade, juste avant les prisonnières du secteur B, et ils leur disent que c’est trop tard pour acheter.

Lundi ils leur ont coupé l’eau a 21h. Le lendemain matin elle a été rétablie mais elle était froide. « C’est comme si c’était une punition ».

« On a rien fait, déjà moi je suis pas d’accord qu’on soit ici, mais en plus on est dans de mauvaises conditions »

Les CRA sont une prison ou l’on déshumanise d’autant plus les prisonniers qu’ils sont étrangers, à bas les frontières et à bas l’enfermement !

Acharnement de la préfecture et des juges sur une femme enceinte de 5 mois enfermée depuis 60 jours au CRA de Toulouse

V. est enceinte de 5 mois, elle est enfermée au centre de rétention de Cornebarrieu Toulouse depuis bientôt 60 jours. Elle habite Nice et a été transférée au CRA de Toulouse sans raison puisqu’il en existe un à Marseille. Elle est donc loin de sa famille et de ses 4 enfants. Elle a fait 3 hémorragies, elle a été emmenée à l’hôpital en urgence à deux reprises et ramenée au CRA à chaque fois. V. a grandi en France et ne connait pas son pays d’origine. Elle n’est pas expulsable mais la préfecture et les juges s’acharnent pour garder une femme enceinte de 5 mois enfermée dans des conditions dégueulasses et qui génèrent un stress intense.

Fin octobre, plus de 30 prisonnier.e.s font une grève de la faim suite à l’annonce du nouveau confinement en France et de la fermeture totale des frontières extérieures, V. témoigne :

« On fait la grève de la faim parce que nous sommes ici, ils nous font la misère ici quand on reste ici pour rien…
Le confinement il n’y a plus rien. Nous sommes dans la merde, il n’y a plus personne, plus de visite, plus rien maintenant.
Chaque fois qu’on passe au tribunal, c’est négatif c’est négatif parce que les juges du tribunal sont tous racistes, même la préfecture elle est raciste.
Moi ici je suis enceinte de 5 mois, je me stresse, même je suis partie deux fois à l’hôpital. 24h après qu’ils m’aient apporté à l’hôpital, que j’ai saigné, j’ai perdu du sang et tout, et ils font rien.
Normalement nous on doit être dehors, avec notre famille, avec nos enfants.
Moi j’ai 4 enfants, tous mineurs, de 6 ans jusqu’à 1 an ici en France, ils sont nés en France, je suis enceinte de 5 mois, c’est n’importe quoi en fait.
On a droit à notre liberté, normalement c’est les droits de l’homme, la liberté »

Elle témoigne des conditions indignes d’enfermement et du racisme du médecin du CRA, qui est médecin généraliste et non pas gynécologue, et qui préconise l’enfermement depuis le début. Ce même médecin a pour pratique de shooter les personnes enfermées à coup de somnifères et d’anxiolytiques, ou de refuser des soins, de nombreux témoignages à ce sujet sont disponibles sur ce blog.

Témoignage recueilli par Luttes Labo
« ça fait trois jours que j’ai des contractions, au centre il n’y a pas de gynécologue ni de sage femmes, rien. Juste un docteur russe mais qui est raciste comme jamais. Tout le monde ici le déteste… il ne se comporte pas bien avec eux.
Dans les chambres il fait froid, les toilettes c’est comme les gardes à vue.
On sait pas pourquoi on est ici et pourquoi ils nous prolongent encore, qu’est-ce qu’ils font de nous en fait ? Si on demande le transfert, ils veulent pas parce qu’ils sont racistes au tribunal. On veut sortir, être proche de notre famille.

Je suis partie avant-hier au tribunal parce que j’ai fait 28 jours et tout le monde, a repris 30 jours, il y avait 8 personnes, il y a même pas le motif. Je sais pas ce que je fous ici en fait.

Le 27 novembre, V. nous raconte :
C’est la troisième hémorragie que je fais, j’ai saigné, je suis partie à l’hôpital. L’hôpital il dit que c’est normal. Et avant-hier y’a une sage-femme de l’hôpital qui me téléphone et me dit oui vous avez fait une hémorragie il faut que je vous suis c’est très urgent. Elle voulait venir aujourd’hui mais le problème c’est que y’avait quelqu’un contaminé de ces patients. Elle essaie de voir si c’est positif ou négatif. Si c’est négatif elle viendra la semaine prochaine. Je suis restée même pas 3 heures à l’hôpital. Il y avait deux sages-femmes une qui me dit elle va pas bien, elle a des contractions et une autre non elle est bien elle a rien.
On est onze ici, dans huit jours j’ai une audience…après je pense que je vais sortir… je sais pas combien de temps ils peuvent me garder »

Une sage-femme de la PMI se déplace au CRA de Toulouse le 1er décembre pour voir V. et établit un certificat médical indiquant l’incompatibilité de son état avec l’enfermement. Dans la journée une demande de mise en liberté est effectuée et rejetée aussitôt par ordonnance par le juge des libertés et de la détention (JLD). L’ordonnance du juge spécifie que l’enfermement pour V. est une opportunité car elle est ainsi mise à l’abri au CRA, sous prétexte qu’elle n’aurait pas d’hébergement. Ce qui est faux, V. habite Nice avec sa famille et peut fournir des attestations. Ainsi, le juge feint de prendre le CRA pour un centre d’hébergement d’urgence ! De plus, son état de santé ne justifierait pas une hospitalisation selon lui et il estime que le CRA a un service de santé adéquat pour le suivi d’une grossesse ! Le certificat de la sage-femme de la PMI contredit les décisions du médecin du CRA.

Le 1er décembre :
« La sage-femme de la PMI est venue, elle m’a vue, elle a vu que j’ai des contractions, elle a dit je dois pas rester ici, je risque d’accoucher prématuré, elle m’a fait un certificat médical, je l’ai donné à la Cimade, ils ont envoyé ça au juge et là il a refusé, j’ai reçu le papier du juge : Cour d’appel de Toulouse, Juge des libertés et de la détention, ordonnance demande de mise en liberté présentée par un étranger au centre de rétention administrative… »

Le 4 décembre, suite à la demande de mise en liberté, le juge de la Cour d’appel libère V. après 60 jours d’enfer.

Au CRA de Toulouse : violences policières, enfermement de personnes malades, pas de tests pour les sortant·e·s de prison qui arrivent au centre de rétention et des frontières toujours fermées.

Des personnes sorties de prison et ramenées au centre de rétention administrative de Toulouse pour subir la double peine témoignent qu’elles n’ont pas été testées avant leur arrivée au CRA alors que l’Agence Régionale de Santé (ARS) soupçonne la présence d’un cluster au sein de la maison d’arrêt de Seysses : 5 cas de covid sont avérés. Et cela après que le conseil d’État ait rejeté un recours qui aurait obligé l’administration pénitentiaire à fournir des masques à tous les prisonnier·e·s et réaliser des tests en masse. L’État continue de mettre en danger la santé des personnes enfermées.

Les témoignages de plusieurs personnes emprisonnées au CRA de Toulouse :

C : « Je suis malade et je n’ai pas mon traitement médical complet, j’ai des courbatures, je transpire, le médecin ne fait rien. Ici ils nous traitent comme des animaux. J’ai passé 3 ans en prison, j’ai fini ma peine ils m’ont pas fait le test, il m’ont ramené ici directement au secteur E.

Ils font des tests pour ceux qui viennent de dehors, ils les mettent au secteur D mais ils ne font pas de tests pour ceux qui viennent de prison. Je suis en France depuis 1999, j’ai des enfants français en bas-âge, la maman est en galère avec la petite. Ils m’ont dit vous êtes inexpulsable parce qu’ils ont pas mon passeport. Ils m’ont dit que les frontières vont ouvrir le 12 octobre avec le Venezuela mais j’ai pas de nouvelles de mon consulat.

Ils nous font galérer pour aller chercher un café, on sonne 2 fois, 3 fois, ils viennent blindés là, ils commencent à nous tabasser, ils ont frappé un algérien hier. Il a changé de chambre, ils lui ont dit c’est pas toi qui décide ici, c’est nous. Il a déposé plainte mais il va rien gagner parce-que c’est l’État, c’est la police, c’est des collègues, ils vont dire on n’a rien frappé. »

N : « Ils sont venus dans la chambre vers 8h pour que je change de chambre, j’ai dit attends, je me prépare, je parle pas français, je lui ai parlé en arabe et là il m’a dit nique ta mère et je sais pas quoi encore. Ils m’ont frappé normal dans la chambre, là où il n’y a pas la caméra, ils m’ont frappé au pied et à la tête, ils m’ont donné des coups de poings la tête contre le mur.

J’ai demandé au médecin un certificat pour que je le montre au juge, il m’a dit non, le policier a dit non. Le médecin m’a dit qu’il n’était pas présent, il voulait me donner du Doliprane, j’en veux pas de son Doliprane. J’ai parlé avec la Cimade, ils m’ont donné une feuille pour l’emmener devant le juge.

ça fait un mois que je suis là, je suis en France depuis 3 ans, c’est la première fois que je suis dans un centre comme ça, j’ai jamais fait de prison. J’ai pas volé, j’ai pas tué…Ils m’ont arrêté à la préfecture quand je suis allé demander l’asile. Je comprends pas, quelqu’un va demander l’asile, ils l’amènent ici ? Les frontières sont fermés et ils me gardent ici…

O : « J’ai voulu me suicider 5 fois, ma tête ça va pas, la mémoire je l’ai perdu, je suis perdu, j’étais à Seysses maintenant je suis là. J’ai fait une connerie mais c’était pour manger, j’ai payé, mais maintenant je fais quoi ici ? Je suis marin, je suis arrivé en France, j’étais en bonne santé et maintenant je suis handicapé de l’œil et de l’oreille, je ne vois plus d’un œil. C’est un policier dans Toulouse qui m’a frappé, il faisait 2 fois ma taille, le juge m’a demandé la preuve, comment je fais ? J’ai été recousu à l’œil 2 fois. J’ai galéré dans la rue, normalement je vole pas mais je dois pas être puni au point d’être paralysé d’un œil et d’une oreille. Comment je vais travailler maintenant ?

G :  « Il n’y a pas de sanitaire, les policiers rentrent et sortent, ils ramènent des gens nouveaux tous les jours, il n’y a pas d’avion, les frontières fermées, avec qui on peut parler ? On nous dit d’attendre, d’attendre le juge… ça fait 11 ans je suis en France, j’ai fait 3 mois de prison ensuite 2 mois au centre de Metz et libéré car pas de réponse du consulat. J’étais assigné à résidence à Mulhouse, j’ai pas de famille à Mulhouse, j’ai pas d’amis à Mulhouse, j’ai pas d’argent. Ma famille est à Nice. J’ai dormi dans un parc à côté de la préfecture, j’ai demandé vous pouvez changer mon adresse j’habite Nice ? Elle m’a dit non, c’est votre problème. Pourquoi ils me mettent à Mulhouse à 900 km de Nice ? J’ai un hébergement à Nice. Je suis retourné à Nice. Après, 3, 4 semaines dehors ils m’ont attrapé et m’ont ramené ici à Toulouse. J’ai demandé l’asile politique pour pas renter en Russie, refusé. J’ai 3 ans d’interdiction mais ils peuvent pas m’envoyer en Russie. Je sais que je vais rester ici pour rien, je peux pas partir à cause des problèmes pour nous en Russie. Ici  il y a tout le monde, Albanie, Kazakhstan, Roumanie, Pakistan…Un Monsieur ici du Kazakhstan a une machine dans le cœur… »

J : « C’est la catastrophe ici, il y en a qui sont malades et qui sont enfermés ici avec en plus le risque du virus. Il y en a un qui a 59 ans, il est malade et il peut pas être expulsé en Algérie, la frontière est fermée.

Pourquoi je reste ici ? Je leur ai dit, laissez-moi partir dans mon pays, j’ai un passeport, j’ai ma famille… Ici il n’y a rien, pas d’activités, pas de travail, la nourriture c’est pas possible … On est musulmans, on n’a tué personne et on n’a rien volé. Jusqu’à quand on reste là ? On ne sait rien, il n’y a rien à faire que manger et dormir. Des gens rentrent de l’extérieur, ils nous mélangent, le docteur nous voit 4 minutes, voilà le Doliprane et au revoir. »

Au CRA de Toulouse, le 15 mai : augmentation des enfermements

Alors que les frontières sont officiellement fermées, le CRA de Toulouse Cornebarrieu continue de se remplir avec en ce moment 4 personnes au secteur E et 12 au secteur D. Des personnes de Paris, Marseille et Perpignan ont été amenées. Les sortant·e·s de prisons continuent d’être enfermé·e·s au CRA comme d’habitude, dans la logique de la double peine, les CRA étant devenus des annexes des prisons.

La capacité du CRA de Toulouse Cornebarrieu est de 126 places, hors pandémie, c’est en moyenne 90 personnes qui y sont enfermées.

2 ressortissants roumains risquent d’être déportés. Des départs seraient prévus le 3 juin.

Y. : « je suis sorti de prison et on m’a ramené ici, c’est très dur ici pour nous, ça pue, c’est très sale, la nourriture pue. ça fait 3 jours que j’ai pas mangé, ça fait un an et 2 semaines que j’ai pas vu mes enfants, je peux pas rester encore ici, c’est la torture, je préfère partir en Roumanie, c’est fini pour moi la France, je veux plus rester ici… »

N. : « ils veulent m’envoyer en Serbie, je connais pas la Serbie, je vais faire quoi en Serbie, dormir sur un banc ? Je suis né à Rome, j’ai toute ma famille à Toulouse, je suis resté 18 mois en prison, ici c’est pire, la police est dure…Ils ont pas de masques… J’ai rien compris ce qu’il a dit le juge par la visio, j’étais dans la salle, la porte était ouverte et les policiers faisaient du bruit, ils rigolaient, ils ont pas fermé la porte…Je prends des médicaments 3 fois par jour pour le stress et dormir, du Tercian et un autre médicament. »

Les audiences devant le Juge des Libertés et de la Détention (JLD) se déroulent au CRA en visioconférence sans public, sans témoins. Les prisonnier·e·s sont derrière un écran, ils et elles ne peuvent pas discuter avec leur avocat comme dans une salle d’audience et être soutenu par leurs proches ou le public. S’ils ne comprennent rien à ce qu’il se passe, tant pis pour eux.

M : « j’ai 55 ans, je suis arrivé en France en 1987, j’ai travaillé 15 ans à Paris… J’ai déjà été enfermé ici en 2006 mais maintenant je vis en Espagne, je suis marin-pêcheur. Ils m’ont arrêté quand je suis passé à Toulouse, ils m’ont mis 5 mois en prison à Seysses à cause d’une interdiction de 3 ans* et après la prison je suis ici au centre depuis 24 jours. Ils peuvent pas m’expulser en Algérie » (*ITF : interdiction de territoire français)

L’objectif officiel des CRA est d’enfermer pour expulser les étranger·e·s qui n’ont pas les bons papiers mais pendant la crise sanitaire une grande partie des CRA est restée ouverte sans aucune base légale puisque les frontières sont officiellement fermées. C’est sans compter sur l’acharnement raciste de l’administration car des déportations ont bien eu lieu, un charter avec plus de 30 personnes a été organisé fin avril vers la Roumanie.

L’État a donc continué d’enfermer et ce n’est que la continuité des pratiques habituelles car l’objectif non avoué de l’enfermement dans les CRA est de punir, invisibiliser, précariser. Les CRA font partie d’un système qui maintient sans papiers les personnes alors même qu’elles travaillent. Ce système de domination fabrique depuis des décennies des travailleurs corvéables, exploités grâce à la menace permanente d’une expulsion alors qu’ils et elles représentent une force de travail pour des pans entiers de l’économie non délocalisable.

La politique d’expulsion est de plus en plus répressive. Entre 2015 et 2018, le nombre d’OQTF a augmenté de 30 % (de 80 000 à plus de 100 000 ) et leur taux d’exécution a chuté de 17 à 12 %. On enferme de plus en plus de personnes dont celles qui ne sont pas expulsables car on ne peut pas déporter sans répondre à un certain nombre d’obligations juridiques comme l’acceptation par le pays d’origine. Les préfectures le savent mais enferment quand même et les juges valident.

L’État n’a rien fait en faveur des étranger·e·s face au risque de transformer les CRA en clusters du Covid-19 (promiscuité, manque d’hygiène, pas de masques, etc.). Il a montré avec cette crise sanitaire qu’il ne compte pas changer sa politique raciste vis à vis des étranger·e·s quoi qu’il arrive.

Covid ou pas, les CRA tuent ! Les damnés de la terre y subissent une véritable torture, les conditions de « vie » sont dégradantes et les humiliations, insultes et violences policières font partie du fonctionnement de ces prisons.

Les visites sont à nouveau possible, les prisonnier·e·s ont besoin de notre solidarité, on peut y aller ou appeler.